L’ami de l’ogre : Trump décrypté

Par Sylvain Piron, historien, EHESS, Paris.

Le texte suivant de Sylvain Piron sera le dernier texte publié par la première tranche de vie de cette revue que j’aurai fondée en et dirigée depuis 2017. La Pensée écologique entamera une nouvelle vie dans les prochaines semaines sous la direction conjointe de Victor Petit et de Matthieu Duperrex. Tous mes voeux de réussite pour cette nouvelle aventure éditoriale.

L’analyse de Sylvain Piron n’a pas pour dessein de comprendre pourquoi des dizaines de millions d’électeurs adhèrent à la candidature  d’un cas psychiatrique avéré et d’une personnalité ordurière, au contraire, elle rend cette adhésion plus bizarre encore ; et ce en décryptant la généalogie d’une telle personnalité, discours de Trump et éléments historiques à l’appui. Le résultat est hallucinant !

Dominique Bourg

 

Il n’a fallu que quelques minutes à Kamala Harris, lors du débat du 10 septembre, pour obtenir la confirmation du jugement cinglant porté par Tim Walz sur Donald Trump et son colistier JD Vance : ils sont « bizarres » (weird) dans leurs propos, leur comportement et leurs obsessions. Le mot vaut en l’occurrence pour les deux, puisque c’est à Vance que Trump a repris l’idée grotesque, dénuée de tout fondement, que des Haïtiens mangeraient les chats et les chiens des habitants de Springfield, dans l’Ohio. On voit bien l’intérêt politique d’une telle outrance : en alimentant les haines raciales et la peur des migrants, Trump détourne l’attention des questions de fond pour lesquelles il n’a, comme à propos de l’assurance maladie, que « les concepts d’un plan ».

Le débat a ainsi montré à des millions de téléspectateurs l’ancien Président tel que le voit le public de ses interminables discours : vieillissant, incapable d’aligner deux idées cohérentes, s’égarant dans des divagations sans fin sur des sujets ineptes, à propos de requins, de batteries électriques, d’éoliennes ou du personnage d’Hannibal Lecter.

Les commentateurs politiques sont désarmés face à une telle confusion mentale et verbale, et  passent charitablement sous silence ces tissus d’absurdités. Un médiéviste, habitué à décrypter des textes obscurs, est peut-être mieux placé pour y trouver un sens. Dans ce qui suit, je tenterai de mener un exercice d’herméneutique de ces déclarations apparemment délirantes. Certaines reviennent de façon si répétitive qu’il ne semble pas impossible de dégager le contenu latent de ces idées fixes. Je préfère avertir d’emblée les âmes sensibles, cette exploration nous conduira vers des régions inconfortables. La fixation d’un esprit dérangé sur des thèmes macabres risque bien d’être le symptôme de véritables horreurs.

L’homme sans vertu

L’auteur anglais Nate White a su décrire avec brio l’essence de Donald Trump. Dénué de tout sens de l’humour et de toutes les qualités que les Britanniques attendent d’un gentleman, « il n’a ni classe, ni charme, ni flegme, ni crédibilité, ni compassion, ni esprit, ni cœur, ni sagesse, ni subtilité, ni sensibilité, ni retenue, ni humilité, ni honneur, ni délicatesse » ; à l’inverse, il ressemblerait plutôt à un assemblage monstrueux de tous les défauts humains possibles[1].

Pour un historien des religions, l’emprise qu’exerce un tel délinquant patenté, fier de ses nombreux crimes, de la fraude fiscale à l’agression sexuelle, sur des foules de chrétiens fervents est proprement stupéfiante. La liste de ses vices est infinie. Sa capacité à proférer des litanies de mensonges et à nier contre toute évidence les réalités les mieux établies est phénoménale. L’absence totale de compassion et d’empathie qu’il manifeste en toutes circonstances fait de lui la créature la moins évangélique que l’on puisse imaginer.

Rien n’indique qu’il ait jamais lu, ou même entendu réciter la Bible. On ne l’a vu poser la main sur sa couverture que pour faire la promotion d’une version personnalisée, dans un acte de simonie flagrante, pour employer un terme technique. En incluant dans le même volume la constitution américaine, à laquelle il a par ailleurs déclaré vouloir mettre fin, il a profané d’un coup les deux textes. Il s’était déjà livré à une même instrumentalisation lors d’une séance de photos à Lafayette Square, à Washington, en 2020, après l’expulsion brutale de manifestants par l’armée, le livre sacré bien en mains devant une église, vêtu d’une longue veste sombre, dans une pose qui lui donnait un air étrangement démoniaque.

Dans le même ordre d’idées, la cruauté de Trump prend souvent une forme très spécifique. Il humilie ses ennemis et les force à renoncer à leur loyauté et à abjurer leur foi, exigeant en retour une dévotion sans faille à sa propre personne. C’est exactement ainsi qu’il a agi avec JD Vance, autrefois son détracteur, qu’il a pris sur son ticket « parce qu’il m’aime bien ». Le ton apocalyptique de nombreuses déclarations récentes est sans équivoque : s’il n’est pas reconduit au pouvoir, Trump promet des « bains de sang » ou que « l’enfer se déchaînera ». Lors du débat présidentiel, il annoncé pas moins de trois fois l’imminence de la Troisième Guerre mondiale. Tout le jeu pervers qu’il a joué pendant des années avec le mouvement complotiste QAnon peut être mis à la même enseigne.

La combinaison de tous ces traits fait ainsi de lui le meilleur candidat que l’on puisse imaginer pour tenir le rôle de l’Antéchrist – cette figure inquiétante, étrangère à toutes les vertus chrétiennes, destinée à régner sur le monde vers la fin des temps, séduisant tous les fidèles par ses mensonges et ses tromperies, pour être ensuite vaincue peu avant le second avènement du Christ ou, dans certaines versions, avant l’entrée dans l’âge de l’Esprit[2]. De fait, le mouvement MAGA a fini par prendre toutes les apparences d’une secte, où des chrétiens se rassemblent pour adorer un homme sans principes. Le plus étonnant, aux yeux d’un observateur extérieur, est que de larges segments de la droite chrétienne soient tombés si longtemps dans le panneau[3].

Devenir un « tueur »

On ne naît pas psychopathe, on le devient. Pour être à ce point dénué de toute qualité humaine, on peut se demander par quelles épreuves il a dû passer. Sa nièce Mary Trump a fourni à ce sujet quelques informations utiles sur son histoire familiale[4]. Après avoir perdu avant l’âge de deux ans l’attention et l’affection d’une mère absente, Donald Trump a été façonné par une intense rivalité intrafamiliale, sous le commandement d’un père autoritaire qui avait pour dessein de faire de son fils aîné un « tueur » en affaires.

Élevé dans une famille récemment émigrée dans le Bronx où l’on parlait allemand à la maison, Fred Trump a toujours été par la suite limité en anglais. Ce qu’il cherchait à obtenir était moins un héritier à qui transmettre son empire immobilier qu’un adjoint impitoyable, plus séduisant que lui, qui l’aiderait à étendre ses affaires à Manhattan. Constatant que son frère aîné, Freddy, ne répondait pas aux exigences paternelles, le jeune Donald s’est forgé une personnalité narcissique et arrogante, ne comprenant que les rapports de pouvoir, afin d’obtenir l’attention et l’approbation de son père.

Son insistance à toujours se tenir du côté des vainqueurs est à l’origine de l’une des facettes les plus laides de l’immoralité de Trump : son dénigrement des anciens combattants et des prisonniers de guerre, qualifiés de « perdants » et de « nuls » (losers and suckers). Incapable de comprendre le sens du sacrifice et du désintéressement, il avait refusé d’honorer les morts de la bataille du bois Belleau, lors du centenaire de 2018, et accablé d’injures à la même époque la mémoire du sénateur John McCain, héros de la guerre du Vietnam. La récente tentative de corriger son image sur ce point par une photo mise en scène au cimetière d’Arlington s’est retournée contre lui. Enfreignant toutes les règles de la décence, il s’est montré souriant, le pouce levé, derrière la tombe d’un soldat, suscitant un scandale qui n’est pas prêt de s’éteindre.

Son incapacité à admettre la moindre défaite ou erreur est enracinée dans la nécessité de satisfaire aux normes d’indestructibilité réclamées par son père. L’obstination absolue, dans ce cas, semble être d’une importance vitale. En revanche, les affirmations répétées compulsivement selon lesquelles il aurait gagné « de beaucoup », obtenu de meilleurs résultats que n’importe quel autre Président, qu’il attire des « foules plus importantes » que quiconque ou qu’il serait « plus beau » que Kamala Harris sont si puériles qu’elles démontrent simplement à quel point son ego est fragile. Comme l’observe sa nièce Mary Trump, il fait preuve de la maturité émotionnelle d’un enfant de trois ans.

À présent, avec la démence sénile qui s’installe, il ne serait pas absurde de faire l’hypothèse que ses dérapages incontrôlés font revenir à la surface certains traumas infantiles.

Le dilemme du requin et de l’électrocution

Parmi les sujets incongrus qui émaillent les discours de Trump ces derniers temps, il est beaucoup question de requins et de batteries électriques. Les deux thèmes apparaissent le plus souvent séparément, mais ils semblent profondément liés dans son esprit. La terreur que lui inspirent les requins est telle que lors d’un récent rassemblement dans le Wisconsin, il a exprimé son soulagement qu’ils ne vivent pas dans les lacs (27 juin 2024). Si tel est le cas, n’est-il pas étonnant qu’un pur New-Yorkais comme lui ait choisi de résider depuis des décennies en Floride, au bord d’un océan infesté de squales ?

En ce qui concerne les batteries, il témoigne d’une étrange inquiétude face à leur poids prétendument excessif. Dans l’Iowa, le 1er octobre 2023, il se plaignait déjà que des batteries trop lourdes feraient couler tout bateau qui en serait équipé. À une autre occasion, il a affirmé que les camions électriques sont « deux fois et demie plus lourds » que les camions à essence, si bien que tous les ponts d’Amérique risquaient de s’effondrer à leur passage (10 juin 2024). Elon Musk a dû dépenser beaucoup d’argent et d’énergie pour le convaincre de soutenir les voitures électriques. Il est probable que son acharnement à médire de l’énergie éolienne puise à la même source d’une terreur viscérale face aux installations électriques.

La rencontre, surréaliste s’il en est, entre requins et batteries a donné lieu à l’une de ses plus étranges digressions, à Las Vegas, le 9 juin 2024. Après avoir raconté sa discussion avec un marin sur le risque qu’une batterie cause le naufrage d’une embarcation, il a soudain demandé : « Que se passerait-il si le bateau coulait à cause de son poids […] et que la batterie était maintenant sous l’eau, et qu’il y avait un requin à environ dix mètres là-bas ? » La possibilité qu’une telle situation se produise dans la vie réelle est ridiculement faible. Pourtant, Trump la présente comme une question profonde, probablement parce qu’elle lui permet d’exprimer une réponse qu’il était impatient de fournir : « Mais vous savez ce que je ferais s’il y avait un requin, ou sinon si vous étiez électrocuté ? Je choisirais l’électrocution à chaque fois. Je ne m’approcherai pas du requin ! »

À première vue, le dilemme semble n’être que la collision de deux fantasmes bizarres : un bateau qui coule sous le poids de sa batterie, la proximité d’un requin. Pourtant, le ton sur lequel il est énoncé semble lui conférer une importance existentielle. C’est peut-être l’un des rares moments où Trump montre un visage humain, affrontant ses peurs d’enfant. En laissant de côté le naufrage du bateau, comme simple prétexte pour soulever la question, on peut reconnaître que, dans l’absolu, le choix entre l’électrocution et un requin n’est pas nécessairement absurde. Il ne peut toutefois renvoyer qu’à une seule chose : le choix entre deux moyens de torture ou de punition.

La clause temporelle fournit une clé : « à chaque fois ». L’expression semble impliquer que Trump a été exposé plus d’une fois à une telle alternative. Il ne s’agissait donc pas de choisir entre deux peines de mort, la chaise électrique ou la dévoration par des bêtes féroces. L’électricité a dû être appliquée d’une manière plus douce, mais suffisamment désagréable pour susciter encore aujourd’hui une profonde anxiété. La seule possibilité qui subsiste est donc celle d’une contrainte à subir des électrochocs sous la menace d’être jeté aux requins.

Rappelons que nous sommes engagés dans un simple exercice d’interprétation. Je ne suggère pas que cette situation précise ait jamais existé, mais seulement qu’un choix de cet ordre est resté gravé dans la mémoire traumatique du jeune Donald Trump, alors qu’il avait peut-être entre 3 et 6 ans. Il n’y avait peut-être pas de requin, mais l’électricité était sans doute très réelle.

Lorsque l’analyse de documents conduit l’historien.ne à un résultat totalement inattendu, sa première réaction ne doit pas être de l’écarter d’emblée. Au contraire, il lui faut commencer par tester sa vraisemblance par tous les moyens possibles. La thérapie par électrochocs a été introduite en psychiatrie en 1939 par les Italiens Enrico Cerletti et Lucio Bini, pour se répandre rapidement dans le monde entier. Elle était déjà utilisée à New York la même année[5]. L’appareil de Cerletti était assez massif, ce qui peut correspondre à l’obsession de Trump quant à la taille et le poids des batteries électriques. S’il semble improbable que Fred Trump ait pu disposer d’un tel appareil à la maison, il aurait pu faire subir de tels chocs à son fils dans un cadre différent.

Le sujet est extrêmement sensible, les recherches sont rares et la plupart des documents pertinents sont classifiés ou détruits. Cependant, les indications disponibles autorisent à affirmer que, dans les années qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale, soucieuses d’égaler les résultats obtenus par leurs homologues soviétiques en matière de techniques de lavage de cerveau, certaines agences militaires et de renseignement américaines encourageaient des recherches secrètes sur la manipulation mentale et qu’elles mettaient à profit la sinistre expertise de médecins nazis recrutés dans le cadre de l’opération Paperclip après les procès de Nuremberg[6]. Le projet MK-Ultra lancé au sein de la CIA en 1953, bien documenté, avait eu des précurseurs moins connus. Un témoignage indique que des enfants de moins de 6 ans étaient traités par électrochocs à des fins expérimentales à Long Island dès 1946, année de naissance de Donald Trump[7].

Fred Trump, chargé pendant la guerre de construire des baraquements et appartements pour les ouvriers et le personnel de l’US Navy, était forcément lié aux autorités militaires et politiques. De langue maternelle allemande et de sensibilité conservatrice, arrêté pour avoir participé à une manifestation du Ku Klux Klan dans le Queens en 1927, il aurait pu être associé à des projets secrets impliquant des scientifiques nazis après 1945. Ces hypothèses ne sont pas lancées au hasard. John Trump, frère cadet de Fred, était ingénieur électricien au MIT depuis les années 1930.  Impliqué pendant la guerre dans les projets hautement confidentiels du National Defense Research Committee, il a été amené à travailler avec d’anciens savants nazis comme Wernher von Braun, exfiltré aux États-Unis dès septembre 1945. Pour ce qui est de la seule plausibilité, il ne serait donc pas invraisemblable que le jeune Donald Trump ait été exposé, aux alentours de 1950, à certains traitements cruels impliquant l’usage de l’électricité, à la demande de son père et par l’entremise de son oncle. Et c’est peut-être le souvenir des énormes machines à haut voltage que manipulait ce dernier qui fait retour dans sa hantise des batteries.

Si elle s’avérait exacte, une telle conjecture jetterait une lumière différente sur la formation de sa personnalité. Au lieu de l’endurcissement volontaire d’un enfant décidé à éviter les humiliations qu’il voyait son père infliger à son frère aîné, comme le suggère Mary Trump, son habitude invétérée de nier tout échec ou défaite pourrait être plutôt le résultat d’une programmation mentale destinée à façonner et à conditionner de façon permanente ses fonctions cognitives et émotionnelles. Ce traitement pourrait également avoir eu pour effet l’annihilation de son jugement moral. L’écart entre la cause et l’effet peut sembler vertigineux, mais ce n’est au fond qu’un rappel de l’inertie de l’histoire : des expériences réalisées dans les premières années de la guerre froide pourraient être à l’origine du comportement erratique du 45th Président des États-Unis, 70 ans plus tard.

Il reste encore un dernier élément à prendre en compte. Pour justifier à quel point sa question était « très intelligente », Trump fait référence à sa « relation avec le MIT », sans nommer cette fois son oncle John. Cette indication peut être exploitée d’une autre façon, en s’intéressant à l’éventualité d’un arrière-plan scientifique. De fait, il est possible de formuler le dilemme d’une manière formelle qui répondrait aux critères de la rationalité académique. Imaginons qu’on donne le choix à un prisonnier entre deux options : s’il ouvre la porte de gauche, il recevra à coup sûr une décharge électrique, qui sera certes douloureuse mais somme toute bénigne. En revanche, en prenant la porte de droite, il sera plongé dans une piscine où pourrait se trouver un requin, dont la présence n’est toutefois pas garantie. Quel choix devrait-il raisonnablement faire, entre un choc non mortel mais certain et le risque d’une rencontre mortelle ? Pour que ce test devienne réellement pertinent, il suffirait d’ajouter comme variable l’intensité du choc électrique. Au-delà d’un certain seuil, la douleur serait telle qu’elle pourrait rendre l’option du requin préférable.

Bien que le contenu soit très différent, cette expérience est remarquablement similaire dans sa forme au célèbre « dilemme du prisonnier », qui est devenu l’un des fondements de la théorie des jeux. (Soit deux prisonniers interrogés séparément : si tous deux nient, ils seront libres ; s’ils avouent, leur peine sera mesurée, alors qu’elle sera très élevée pour celui qui serait dénoncé par l’autre sans avouer lui-même). Dans les deux cas, une personne privée de liberté est contrainte de choisir entre deux options présentant un certain degré d’incertitude. Rappelons que le dilemme du prisonnier a été testé pour la première fois en 1950 par la RAND Corporation, une société de conseil travaillant pour l’armée américaine, à une époque où le sujet des réactions à la torture était une préoccupation majeure. Ce dernier argument n’est mobilisé qu’à titre contextuel. Il vient s’ajouter à un faisceau de pistes qui suggèrent que la phobie des requins et de l’électrocution du Trump vieillissant pourrait faire référence à une situation historiquement attestée.

Pour étayer encore davantage cette possibilité, on peut rappeler quelques éléments bien établis. Les survivants des expériences de manipulation mentale insistent sur le fait que les effets de ces traitements ne sont jamais de courte durée. Ils produisent des troubles dissociatifs durables dont il est extrêmement difficile, si ce n’est impossible, de se remettre[8]. En outre, les programmeurs semblent maintenir leurs sujets sous surveillance pendant des années. Le projet MK-Ultra a été révélé lors d’audiences du Congrès en août 1977. Bien plus tard, certaines victimes se sont plaintes d’avoir été soumises à de tels traitements, sans leur consentement, dès leur plus jeune âge, durant des périodes allant jusqu’à 25 ans[9]. Il est également admis que les souvenirs restent souvent longtemps cachés et ne refont surface qu’à un âge avancé[10]. En d’autres termes, Trump pourrait être sujet à un phénomène qui est plus souvent attesté de la part de victimes d’agressions sexuelles : la sortie d’amnésie traumatique.

Hannibal Lecter

La référence la plus troublante qui transparaît dans ses récents discours est certainement le personnage d’Hannibal Lecter. Son nom surgit souvent au terme d’un dédale de propos incohérents, initialement liés au dénigrement des migrants. Il est désormais clair que l’ex-Président confond depuis longtemps les demandeurs d’asile et les fugitifs d’asiles psychiatriques (oui, sa stupidité est telle qu’il ne distingue pas les deux sens du même mot). Désignant pour cette raison tous les immigrés comme des criminels potentiellement dangereux, par une nouvelle association d’idées, il fait ensuite appel à Hannibal comme le cas le plus alarmant de maniaque évadé d’un établissement psychiatrique. La référence au Silence des agneaux est présente dans ses discours depuis juillet 2023, mais à partir de mai 2024, on observe une inflexion qui pourrait indiquer qu’il a regardé le film une nouvelle fois[11]. Le simple fait de nommer le personnage suscite un sourire de plaisir cruel. Au lieu de le dénoncer comme un criminel de la pire espèce, « feu le grand Hannibal Lecter » (the late, great Hannibal Lecter) est maintenant décrit comme une personne remarquable, « un homme merveilleux » qui mérite des « félicitations ». L’argument politique n’a plus aucun sens, mais on peut supposer que la répétition irrépressible des mêmes phrases veut tout de même dire quelque chose, du moins dans l’inconscient de l’orateur.

De nombreux commentateurs ont noté que Donald Trump avait à l’esprit une personne décédée, alors que le tueur en série fictif est toujours en vie à la fin de l’histoire, de même qu’Anthony Hopkins qui a joué son rôle. Cet indice est le signe qu’il projette le personnage sur quelqu’un qu’il a lui-même connu. Compte tenu de ce que nous savons de lui, s’il faut identifier un homme effrayant et cruel, expert en manipulation comme l’était Lecter, dont Trump serait fier et heureux d’avoir été l’ami, les regards se tourneront naturellement vers son père, décédé en 1999, qui inspirait à la fois terreur et admiration à son fils.

Essayons d’abord de suivre cette piste sur un plan général. Un autre trait marquant de Donald Trump tient à ce que, s’il agi toujours avec brutalité à l’encontre des faibles, il devient doux comme un agneau face aux dictateurs les plus coriaces. Incapable de les affronter comme un président américain devrait le faire, en mettant au premier plan l’intérêt stratégique de la Nation, il semble à la fois admiratif de leur autorité et désireux d’obtenir leur affection personnelle. La façon étonnamment enfantine dont il s’est comporté durant sa présidence à l’égard de Poutine, Kim Jong-un ou Xi Jinping pourrait s’expliquer, une fois de plus, par les traces d’un programme de manipulation mentale mis en œuvre dans ses jeunes années. Fred Trump voulait que son fils devienne un collecteur de loyers impitoyable, mais qui respecterait aussi inconditionnellement son autorité. Soumis à un tel traitement, l’enfant n’avait pour seul horizon qu’un effort désespéré pour obtenir l’amour de son père. Cette structure comportementale se retrouve à l’identique dans son interaction avec les dictateurs. Cependant, l’élément psychologique n’exclut pas une dimension idéologique : la préférence explicite de Trump pour les régimes autoritaires par rapport aux démocraties, y compris une appréciation positive d’Hitler (qui « a fait beaucoup de bonnes choses »[12]), peut également faire partie intégrante de son héritage familial.

Il faut tenter d’aller plus loin, car Trump n’élude pas, mais souligne au contraire les traits les plus insoutenables d’Hannibal Lecter, qui est devenu légendaire pour la manière sophistiquée dont il cuisine puis mange ses victimes. Malgré le dégoût que l’on peut éprouver, il est utile d’observer la grammaire des discours de Trump. Récemment, il a remplacé la célèbre phrase à double sens prononcée par Anthony Hopkins, « J’aimerais vraiment discuter plus longtemps, mais j’ai un vieil ami pour dîner », par une phrase à la troisième personne qui lui permet d’adresser le message à son public sous la forme : « il adorerait vous avoir à dîner ». Lors d’un meeting récent dans le Michigan, il a même lancé l’expression, « Il veut vous inviter à dîner » à un spectateur en le pointant du doigt, ajoutant ce commentaire glaçant : « Et c’en sera fini avec vous, au fait ». D’une crainte de voir des psychopathes en liberté envahir le pays, cette séquence s’est transformée en une menace adressée à ses propres partisans qu’un « homme merveilleux » voudrait faire d’eux des mets de choix.

Il ne s’agit pas d’une métaphore. Donald Trump n’est pas connu pour maîtriser l’usage de ce procédé rhétorique. Au même titre que les requins et l’électrocution, la référence au cannibalisme doit être prise au pied de la lettre. « Ce sont des histoires vraies », a-t-il récemment insisté lors d’un rassemblement à Charlotte, en Caroline du Nord. Cette fois, Trump n’est plus du côté des victimes menacées d’être jetées aux requins, il sympathise avec l’auteur du crime. Il se délecte de ces scènes avec une jubilation que l’on pourrait qualifier vulgairement de « flippante ». L’insistance avec laquelle il revient sans cesse sur ce thème, malgré les critiques de la presse et de ses conseillers qui lui demandaient d’éviter le sujet, est le signe que cette histoire touche quelque chose de profond en lui. Si l’on s’en tient à notre hypothèse initiale selon laquelle les absurdités qu’il radote seraient des vestiges de chocs subis dans l’enfance qui remontent à présent à la surface, l’éloge d’Hannibal Lecter exprimerait la fréquentation de pratiques véritablement inhumaines.

D’autres histoires d’ogres

Or ce n’est pas la seule histoire d’horreur que Trump raconte avec un tel aplomb. Il faut se souvenir de son affirmation récurrente et sans fondement selon laquelle les démocrates soutiendraient l’avortement tardif, « jusqu’au neuvième mois et même au-delà », suggérant ainsi qu’ils seraient favorables à l’« exécution » des bébés après la naissance. Cette accusation était déjà présente dans le débat présidentiel de 2016, elle est revenue sur le devant de la scène depuis le printemps 2024, pour être à nouveau lancée contre Tim Walz, qui aurait validé de tels actes dans le Minnesota, et répétée dans le débat face Kamala Harris. La calomnie est tellement délirante que la plupart des auditeurs ont du mal à saisir ce qu’elle implique littéralement : un homme qui a été en charge du pays affirme sans fondement que neuf États autorisent le meurtre de nouveau-nés. Retenons notre souffle et passons à la suite.

Lors d’un rassemblement en Arizona le 23 août dernier, Trump a semblé tout heureux d’avoir enfin trouvé une accusation du même tonneau qui pourrait fonctionner contre Kamala Harris. Le passage complet mérite d’être cité, pour bien entendre le martèlement sonore qui tient lieu de rhétorique argumentative chez Trump : « Et c’est impossible à croire… écoutez ça : 325 000 enfants migrants ont disparu, ils sont portés disparus. Elle a permis qu’ils soient victimes de trafic dans notre pays… Beaucoup de ces enfants sont maintenant des esclaves sexuels, ou ils sont morts, probablement morts pour la plupart. Ils ne reverront jamais leurs maisons ou leurs parents, ils ont été arrachés de leurs maisons, ils ont été enlevés de leurs maisons. 325 000 enfants, c’est un chiffre du gouvernement, 325 000 enfants, des esclaves sexuels ou ils sont morts, beaucoup sont morts. »

La perversité de cette allégation est manifeste car Trump fait ici indirectement allusion aux mesures de séparation des enfants de leurs familles à la frontière entre les États-Unis et le Mexique mises en place au cours de la première année de sa présidence. Cette politique délibérément cruelle, conçue comme un moyen de dissuasion de l’immigration clandestine, a causé l’isolement de plus de 5 000 enfants, souvent détenus dans des cellules ou des cages à la frontière, dans des conditions inhumaines[13]. Le « chiffre du gouvernement » allégué ici est cohérent avec le niveau d’immigration illégale de mineurs dans les premières années de la présidence Biden, qui a en effet explosé récemment. Mais à ce que l’on sait, ces enfants et adolescents sont pour la plupart embauchés dans des emplois pénibles, dans des usines ou des services divers à travers le pays[14]. Leur exploitation est l’un des rouages qui maintient l’opulence américaine. De manière tout à fait littérale, ils sont en effet « esclaves » de leurs employeurs.

Trump laisse proliférer ses obsessions morbides sur ces faits. Avec complaisance, il souligne pas moins de quatre fois, que la plupart des enfants sont morts. « Probablement morts pour la plupart », insiste-t-il, comme pour laisser entendre qu’il en sait davantage et qu’il aurait un accès secret à quelque chose « d’impossible à croire ». Ce sont là des astuces classiques de la rhétorique conspirationniste, utilisées pour alimenter discrètement le grand récit qui présente les Démocrates comme des « pédophiles et satanistes », adeptes de rituels au cours desquels les enfants sont soumis à des viols, des tortures et des sacrifices.

Avec ces mots, nous abordons des parages dans lesquels personne n’aurait envie de s’aventurer de bon cœur. Le résultat de notre enquête est malheureusement indiscutable. En passant en revue les propos apparemment délirants de Trump, une grande cohérence émerge. Sous différentes perspectives, il y est régulièrement question de mise à mort, torture ou dévoration de petits enfants, comme menace (les requins) ou délectation (Lecter). Même si l’histoire des chiens et chats de Springfield est une rumeur récente qui ne vient pas de lui, la joie mauvaise avec laquelle il l’a assénée autorise à l’inscrire dans la même constellation.  Ses innombrables traits anti-chrétiens relevés plus haut pourraient également être invoqués dans le même sens. Toutefois, une accumulation d’indices ne fait pas une preuve, surtout sur des questions aussi graves. Le « satanisme » est l’un de ces mots face auxquels toute réflexion s’arrête, qui déclenche un blocage mental excluant la possibilité d’une discussion sereine. Plutôt que de nous incliner devant l’obstacle, je voudrais proposer de le franchir au moyen d’une réflexion épistémologique.

La dissimulation de second degré

Notre enquête semble s’enferrer dans une impasse. Les principales idées fixes de Trump  convergent autour de ce qui fait le cœur du rituel sataniste : l’exécution d’un nouveau-né dont le sang est bu et la chair mangée par les participants, dans une inversion sacrilège de la célébration eucharistique. Or, pour l’opinion commune, il est bien connu que de telles cérémonies n’existent pas, qu’elles sont inventées de toutes pièces, généralement dans des milieux conservateurs ou évangéliques, dans le but de dénoncer des pratiques imputées à leurs opposants progressistes.

Il serait en effet plus confortable de penser que de tels actes appartiennent exclusivement au domaine des complots imaginaires. Malheureusement, ces pratiques sont attestées par des témoignages de victimes qui y ont survécu, les travaux de certains thérapeutes qui prennent soin d’eux et plus rarement de sociologues[15]. Ces récits sont souvent accueillis avec méfiance, en raison de la répulsion morale que ces crimes suscitent. Il faudrait pourtant prendre la peine de les écouter sans détourner le regard, sans forcément en accepter tous les détails, mais en cessant de postuler par principe que ces horreurs sont impossibles, en faisant l’effort de concevoir l’inconcevable. On découvrirait ainsi que ces crimes rituels constituent la strate la plus profonde d’une pédocriminalité organisée aux multiples formes que les institutions policière, judiciaire ou médiatique sont la plupart du temps incapables d’appréhender. Comment, se demandera-t-on alors, de telles horreurs peuvent-elles passer inaperçues ? Le silence qui les entoure est en effet l’une des raisons majeures de l’incrédulité du grand public.

Pour aller plus loin, il y aurait à mener une histoire détaillée de la conspiration « pédophile et sataniste » et de ses diverses métastases au cours des dernières décennies. Un schéma s’est répété presque à l’identique, d’abord aux États-Unis dans les années 1980, puis au Royaume-Uni à la fin de la décennie et un peu plus tard dans d’autres pays. Certaines accusations d’abus sexuels et rituels, étayées par des témoignages d’enfants et des observations médicales des blessures qu’ils avaient subies, ont été rejetées au terme de longs procès, souvent en appel après un premier jugement favorable. L’accusation initiale s’est alors trouvée dépeinte comme un « fantasme » et les voix des enfants ignorées et tournées en ridicule. En France, l’affaire d’Outreau qui a donné lieu, avec retard, à un tel retournement ne comportait pas de volet sataniste. Mais ce n’est pas parce que cet aspect n’est presque jamais mentionné dans notre pays qu’il n’y est pas présent comme ailleurs[16].

Les parties mises en cause dans ces affaires ont été les premières à défendre l’idée que ces crimes étaient imaginaires, liés à de soi-disant « faux souvenirs »[17]. Le thème a ensuite été repris sur le fond, en dehors de tout contexte spécifique, par différents groupes qui l’ont pris au sérieux, notamment dans les courants évangéliques qui y trouvaient un argument pour dénoncer la corruption de la société moderne. Mais l’excès même de ces dénonciations a eu pour effet contre-productif de les banaliser et de leur ôter toute crédibilité. Dans de telles circonstances, les criminels auraient eu tout intérêt à rajouter eux-mêmes de l’huile sur le feu, en pratiquant ce que l’on peut appeler une dissimulation au second degré : ne pas seulement rejeter ses propres fautes sur autrui, mais de surcroît, laisser entendre qu’elles sont tellement énormes qu’elles en deviennent impensables.

Pour prendre un exemple apparenté, tout le monde considère à présent les Illuminati comme l’exemple type d’une société secrète imaginaire à laquelle seuls les complotistes les plus endurcis prêtent foi. Mais si cet authentique mouvement de type maçonnique fondé au XVIIIe siècle en Bavière avait poursuivi ses activités jusqu’à nos jours, de quelle formidable cape d’invisibilité ne bénéficierait-il pas pour dissimuler ses activités aux yeux du public, puisque la seule mention de son nom résonne aussitôt comme un signal d’invraisemblance ? De la même façon, les organisateurs des puissants réseaux pédocriminels dans lesquels se pratiquent des rituels de type sataniste ont réussi à persuader l’opinion publique qu’ils n’existent pas.

La structure de ces dissimulations correspond à la définition même des histoires à dormir debout : des fables ou des contes dont la teneur est tellement extravagante que l’auditeur perd tout intérêt, cesse d’être attentif et s’endort. Si quelqu’un vous racontait une histoire d’ogre remplie de détails effroyables, l’adulte en vous s’ennuierait rapidement, tandis que l’enfant serait profondément terrifié, au point de craindre que le narrateur lui-même ne soit un ogre. Consciemment ou non, c’est le genre de manipulation que Donald Trump exerce sur son public avec ses obsessions morbides. Il se vante en tout cas d’être l’ami de l’ogre le plus célèbre de notre époque.

 

 

 

 

[1] Nate White, « Why do some British people not like Donald Trump? », 12 février 2019, https://londondaily.com/british-writer-pens-the-best-description-of-trump-i-ve-read

[2] À ce sujet, voir Jay Rubenstein, « Teflon Antichrist : How Did a President Who Fit the Role So Well Avoid the Label ? », Religious Dispatches, 30 mars 2021, https://religiondispatches.org/teflon-antichrist-how-did-a-president-who-fit-the-role-so-well-avoid-the-label/

[3] La récente tentative d’assassinat lors d’un meeting joue sur la même corde, mais je la laisse de côté car elle semble bien avoir les apparences d’un coup monté.

[4] Mary Trump, Too much and never enough. How my family created the world’s most dangerous man,, New York, Simon & Schuster, 2020.

[5] E. Shorter et D. Healy, Shock therapy. A History of Electroconvulsive Treatment in Mental Illness, New Brunswick, Rutgers University Press, 2007.

[6] Stephen Kinzer,  Poisoner in Chief. Sidney Gottlieb and the CIA Search for Mind Control,  New York, Holt, 2019, voir le chapitre 2. Alfred McCoy, A Question of Torture. CIA Interrogation, from the Cold War to the War on Terror, New York, Holt, 2006.

[7] Wendy Hoffman, The Enslaved Queen. A Memoir About Electricity and Mind Control, Londres, Karnac Books, 2014.

[8] Alison Miller, Healing the Unimaginable : Treating Ritual Abuse and Mind Control, Londres, Karnac Books, 2012.

[9] Hearings of the Advisory Committee on Human Radiation Experiments, Washington, 15 mars 1995 [En ligne : https://nsarchive2.gwu.edu/radiation/dir/mstreet/commeet/meet12/trnsc12a.txt].

[10] Bessel Van der Kolk, The Body Keeps the Score : Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma, New York, Viking Press, 2014.

[11] Miles Klee, « Why Is Trump So Obsessed With Hannibal Lecter : A Complete Timeline », Rolling Stone, 30 juillet 2024.

[12] Ce commentaire a été fait à John Kelly en 2018 et est rapporté dans Michael C. Bendler, Frankly, We Did Win This Election : The Inside Story of How Trump Lost, New York, Grand Central, 2021.

[13] Pour plus de détails, voir American Oversight, dernière mise à jour le 4 janvier 2023 : https://www.americanoversight.org/a-timeline-of-the-trump-administrations-family-separation-policy ; Testimony of Clara Long Before the U.S. House Committee on Oversight and Reform, Subcommittee on Civil Rights and Civil Liberties, 11 juillet 2019, https://www.hrw.org/news/2019/07/11/written-testimony-kids-cages-inhumane-treatment-border ; Amelia Cheatham et Diana Roy, « U.S. Detention of Child Migrants », Council on Foreign Relations, 27 mars 2023 : https://www.cfr.org/backgrounder/us-detention-child-migrants.

[14] Hannah Dreier, « Alone and Exploited, Migrant Children Work Brutal Jobs Across the U.S. », New York Times, 25 février 2023.

[15] Outre les références fournies ci-dessus, voir surtout Michael Salter, Organised sexual abuse, Londres, Routledge, 2013.

[16] Samir Aouchiche, Bruno Fouchereau, L’Enfant sacrifié à Satan, Filippachi, 1997.

[17] Sur l’escroquerie que constitue  le « syndrome des faux souvenirs », voir Michael Salter et Ruth Blizard, « False Memories And The Science Of Credibility: Who Gets To Be Heard? », Journal of Trauma & Dissociation, 23, 2022, p. 141-147 et l’ensemble du numéro.