La pensée écologique, de quoi s’agit-il ?
Cette revue est un héritage, celui du philosophe Dominique Bourg. Précisons d’emblée que la pensée écologique n’est pas la pensée environnementale : « elle est plus qu’une simple démarche d’extension des cadres de pensée habituels au domaine de l’environnement, ou qu’une doctrine parmi d’autres. Elle propose un déplacement et une reconfiguration des cadres de pensée eux-mêmes » (D. Bourg, “La pensée écologique”, in Dictionnaire de la pensée écologique, 2015).
Nous héritons d’abord de son titre : « la pensée écologique ». Il eut fallu dire : les pensées écologiques, car la pensée écologique est plurielle. Mais il s’agit bien de « pensée » plutôt que de « science », quoique cette pensée soit indubitablement nourrie de science. Et il s’agit d’une pensée « intrinsèquement réflexive » (idem), une pensée qui questionne ses propres conditions de possibilité.
Nous héritons ensuite d’une certaine ligne éditoriale. Certains se souviennent peut-être que Dominique Bourg était philosophe des techniques avant d’être philosophe de l’écologie, ou mieux : philosophe pour l’écologie. Cette précision donne une direction à cet héritage : « Penser l’écologie, écrit-il, c’est donc en premier lieu nécessairement penser la technique et, dans une certaine mesure, réciproquement » (ibid).
Dans les orientations nouvelles données à la revue, nous souhaitons mettre l’accent sur les matérialités, sur l’enquête de terrain, sur les milieux techniques… Ces matérialités sont autant ce dont nous héritons que ce avec quoi nous avons “affaire” pour l’avenir, pour le pire comme pour le meilleur. Entrer dans le détail de nos conditions matérielles d’existence est selon nous la condition sine qua non pour toute pensée écologique. Ce qui nous unit est quelque chose comme une écologie des milieux, sensible à la singularité des territoires et à la pluralité des mondes pour un même environnement.
