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L’éthique des vertus : une condition pour opérer la transition environnementale

Par Corine Pelluchon

Vol 1 (1) – octobre 2017 – « Les transitions écologiques »

 RÉSUMÉ

Alors que la plupart des citoyens reconnaissent que la dégradation de l’environnement est préoccupante et que l’accord sur le climat adopté en décembre 2015 est le signe que l’écologie s’impose comme l’un des enjeux politiques de ce siècle, la transition environnementale est loin d’être une réalité. Rares sont les personnes qui changent leurs habitudes de consommation et les États tardent à prendre les mesures requises dans le domaine de la production, des transports, de l’énergie, de l’agriculture, etc. Cet écart entre la théorie et la pratique peut toutefois être comblé dès lors que l’on s’intéresse aux motivations concrètes des agents, c’est-à-dire aux représentations, aux émotions et aux affects qui sont les véritables moteurs de l’Histoire. Tel est l’intérêt de l’éthique des vertus, qui identifie les dispositions morales permettant aux individus de modifier leurs styles de vie et de contribuer à la réorganisation de l’économie et de la politique.

ABSTRACT 

While the majority of citizens acknowledge that environmental degradation is concerning, and that the climate agreement passed in December 2015 is a sign that environmentalism establishes itself as one of the political issues of this century, the ecological transition is far from being a reality. Few people change their consumption habits and states delay taking the necessary steps in sectors such as production, transportation, energy, agriculture, and so on. This gap between theory and practice can however be bridged when one pays attention to the agents’ actual motives, that is to representations, emotions and affects, which are the real driving forces of history. In this respect, the appeal of virtue ethics lies in its ability to identify the moral dispositions that enable individuals to change their lifestyle and to contribute to the reorganization of the economy and politics.

 PLAN

  • Pourquoi l’éthique des vertus ?
  • L’eudémonisme et l’unité des vertus
  • Une éthique de la considération
  • Éducation morale et politique

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POURQUOI L’ÉTHIQUE DES VERTUS ? 

Personne ne peut nier aujourd’hui que la situation dans laquelle nous sommes sur le plan environnemental est préoccupante. De nombreux textes et déclarations portant sur les conséquences géopolitiques, sanitaires, économiques et sociales du réchauffement climatique et de l’érosion de la biodiversité appellent les individus et les gouvernements à opérer des changements drastiques tant sur le plan de l’action que des représentations. La protection de la biosphère est devenue une finalité du politique ; elle s’ajoute aux autres devoirs des États, comme la sécurité et la réduction des inégalités[1]. À cet égard, l’étape franchie à Paris en décembre 2015 lors de COP 21 est le signe que l’écologie s’est imposée comme l’un des enjeux politiques fondamentaux de ce siècle[2].

Pour consulter cet articlehttps://www.cairn.info/revue-la-pensee-ecologique-2017-1-p-e.htm

Pour citer cet article : Pelluchon Corine.2017. L’éthique des vertus : une condition pour opérer la transition environnementale. La Pensée écologique, 1, (1), e-. doi:10.3917/lpe.001.0101.