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L’écologie est-elle autoritaire, voire fasciste ? Ou bien résolument démocratique ?

Par Dominique Bourg

La prétendue menace d’une écologie autoritaire est une rengaine qui a le cuir dur. La récente publication par le site Novethic.fr de ce qu’impliquerait pour un pays comme la France, l’exigence du GIEC de réduction de nos émissions de CO2 de 63 % entre 2017 et 2030 – plus d’achat de voiture individuelle, ne plus prendre l’avion ou presque, revêtir un pullover en hiver chez soi, etc. –, a récemment alimenté la chronique des accusations d’écofascisme[1]. Des réactions épidermiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec les choix en termes de libertés – au pluriel – qu’exigerait une amorce de sortie de l’ornière dans laquelle nous nous enfonçons. Et pour couper court à ces élucubrations accusatoires, il suffit de remarquer que le profil psychologique requis pour devenir dictateur ne laisse guère augurer un comportement soucieux du bien public, au point de prendre des risques d’impopularité accrue au présent, pour épargner au genre humain des maux censés advenir dans au moins deux décennies. Les raisons pour lesquelles les démocraties peinent à répondre aux défis écologiques – assumer des privations au présent pour un bénéfice futur –, rendent l’émergence d’une dictature écologique anticipatrice, conçue pour épargner à l’humanité des maux futurs, encore moins probable. Une telle dictature existe, objectera-t-on, elle s’incarne dans la planification écologique à la chinoise et dans sa réussite en matière photovoltaïque notamment[2]. A cette différence près qu’il s’agit au premier chef d’une réussite industrielle et commerciale, aux retombées pécuniaires immédiates, et non d’une conversion de la Chine à un modèle écologique de consommation (voir ici même, dans ce dossier, la contribution de Mark Beeson).

Avant d’examiner ce qu’impliquerait, en matière de libertés, une authentique écologisation de la société, j’envisagerai le paysage politique démocratique actuel, où les menaces autoritaires ne manquent pas. C’est en réalité un tout autre danger que l’écofascisme qui nous menace. La vague populiste qui s’impose depuis quelques années dans nombre d’élections démocratiques constitue en effet une menace directe contre les libertés démocratiques (voir dans ce dossier les analyses de Ben Meeus sur Bolsonaro et d’Hervé Rayner sur Salvini). Par ailleurs, semble bien caractériser tous ces mouvements une indifférence profonde à tout ce qui touche l’écologie, et tout particulièrement un négationnisme climatique endurci, à l’exception apparente du Rassemblement National en France. Nous sommes aux antipodes d’un prétendu écofascisme (par ailleurs voir ici le texte de Johann Chapoutot sur le nazisme). Cette vague populiste ne menace pas seulement nos libertés au sens classique, mais le fondement et la condition de l’exercice de quelque liberté que ce soit, la possibilité de pouvoir continuer à vivre sur la planète Terre. L’urgence de la situation, et notamment en termes d’effondrement du vivant et de climat, nous impose en effet d’agir dans un temps court. Si nous ne parvenons pas notamment à réduire nos gaz à effet de serre de façon drastique à l’échéance de la prochaine décennie, l’objectif d’une limitation de la température moyenne sur Terre à 2° ne sera plus atteignable[3]. La fenêtre d’action qui reste encore entrebâillée, se refermera définitivement. Or, l’accès au pouvoir de populistes dans de nombreux États – Trump, Bolsonaro et bien d’autres, mais aussi Xi Jinping et ses routes de la soie ou encore Poutine et ses lubies impériales – risque de nous faire perdre ces dix dernières années qui nous restent. La vague populiste et ses effets sur les sociétés en général pourraient en effet barrer la route à toutes formes d’actions écologiques collectives et nous exposer à la dynamique d’effondrements qui s’annonce. Si tel devait être le cas, ce sont alors les criminels et autres fauteurs de trouble qui pourraient ensuite empocher la mise. Des populations désorientées soumises à des difficultés écologiques croissantes, à des pénuries diverses, qu’elles comprendraient d’autant moins qu’elles auraient été entretenues durant des années dans une ignorance écologique, seraient probablement susceptibles de succomber à un désir autoritaire.

ÉCOLOGIE ET GILETS JAUNES

Commençons par aborder le mouvement des Gilets jaunes qui aura marqué durant les derniers mois la chronique politico-sociale française. Ce dernier n’est pas sans relations avec les questions écologiques puisque le déclencheur en a été le refus de la taxe carbone en novembre 2017. Ce mouvement original et inattendu, surprenant par ses modes d’expression et sa longévité, rétif aux formes de représentation et de leadership classiques, plutôt issus de la ruralité et des périphéries urbaines, disparate avec des populations qui pouvaient différer d’un rond-point à l’autre, mêlant des classes d’âge différentes, de gens jeunes jusqu’à de nombreux retraités, mais incorporant aussi des niveaux de revenus différents, non systématiquement situés aux niveaux les plus critiques, est pour toutes ces raisons difficile à interpréter. Il a d’ailleurs brassé de nombreuses choses et leurs contraires, des revendications démocratiques au travers du RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), une sensibilité écologique minoritaire avec la présence de Gilets jaunes dans des cortèges climatiques, jusqu’à quelques dérapages individuels et collectifs franchement antisémites et fascisants.

Le rejet virulent de la personne du Président de la République Emmanuel Macron, et au-delà de certaines élites, caractéristique du mouvement, n’est pas sans lien avec les particularités françaises au sein du mouvement général de néolibéralisation des nations occidentales. Dans cet ensemble de nations, seule la France connaissait une économie semi-dirigée, avec un secteur public important. Dès lors la fonte du capital public par rapport au capital privé (Chancel, 2017 ; Chancel, 2018), caractéristique de la vague néolibérale, y a nécessairement été organisée par la haute fonction publique d’État. Le parcours d’Emmanuel Macron passant de l’inspection des finances à la banque Rothschild – des passages public-privé très fréquents dans la haute administration française et ailleurs, à commencer par la Commission européenne avec son ex-président, Barroso, recruté pas Goldmann-Sachs après sa présidence –, et d’autres informations circulant au sujet de sa désignation comme candidat à la présidence de la République par certains milieux d’affaires, l’ont aisément transformé en symbole de ce dépeçage des États par ces mêmes milieux d’affaires, d’où une haine tenace. Il a fini par apparaître comme le symbole de la trahison des élites publiques.

Sur le plan écologique, ce mouvement est au mieux ambivalent. Nous venons de la rappeler, il tire son origine immédiate du refus de la taxe carbone qui aurait augmenté de 3 centimes le prix du litre de carburants. Certes cette taxe était destinée à abonder le budget de l’État, et non à financer des infrastructures décarbonées, ou si peu, ni à soutenir quelque action en faveur des précaires énergétiques. Mais aurait-elle été mieux acceptée si tel avait été le cas ? Il est impossible de l’affirmer, et qui plus est dans un contexte où il était difficile de discerner des revendications précises et non contradictoires. Le mouvement semble avoir été impulsé par une sorte de ras-le-bol général, dû à trente années de politiques néolibérales, à une désertion des services publics des campagnes, à un sentiment de ne plus être représenté que justifie en grande partie la composition sociologique des assemblées (Bourg, 2018), peut-être également à une fragmentation du paysage de l’information qui peut aboutir à l’enfermement informationnel de segments entiers de la population, etc. Un tel sentiment peut s’accrocher à n’importe quelle mesure, cristallisant un refus qui la dépasse infiniment.

Il est bien d’autres aspects du mouvement qui montrent au mieux sa neutralité, au pire son hostilité, voire encore son indifférence, aux enjeux écologiques : le refus de la limitation de la vitesse à 80 Km/h ; les profils des figures que la presse a fait émerger comme Éric Drouet, présenté comme un amateur de tuning ; plus généralement, le fait qu’aucune de ces figures n’ait attaché une importance notable aux enjeux écologiques, etc. La volonté de rapprochement est plutôt venue d’écologistes comme Cyril Dion ou d’organisations comme Alternatiba et diverses ONG, désireux de fondre les Gilets jaunes et les manifestants contre le dérèglement climatique, notamment lors de la manifestation parisienne du 8 décembre 2018. L’entente ultérieure entre Priscillia Ludosky, une des figures des Gilets jaunes, Cyril Dion et le RAC confirme la réalité d’une sensibilité écologique au sein de ce mouvement[4], difficilement mesurable toutefois.

Les difficultés de cette convergence sont soulignées par certains Gilets jaunes. Dans un article publié sur le site Grozeille, militant cependant pour un rapprochement, il est fait état d’une opposition de classes entre Gilets jaunes et écologistes : « Durant les manifestations parisiennes aussi, beaucoup d’entre-nous sentent qu’ils sont tenus à distance du cortège « officiel », qu’on est juste là pour défiler derrière Juliette Binoche et applaudir les discours de Cyril Dion. Mais nous ne faisons pas partie du même monde qu’eux.[5] » Force est de constater qu’il y a là l’indice d’une réalité plus large, celle d’une plus faible sensibilité aux enjeux écologiques dans le bas des classes moyennes et les bas-revenus. Il n’y a que très peu d’élèves issus des écoles professionnelles dans les manifestations pour le climat. De même, alors que la contestation du modèle industriel est désormais vive parmi les étudiantes et étudiants de nombre d’écoles d’ingénieurs, il ne semble pas que ce soit le cas au sein des IUT ; cette différence d’appréciation ayant probablement un lien avec les milieux dont sont issus les étudiants de ces deux types de formation. Il est difficile toutefois de ne pas faire un lien avec un état de choses plus large : à savoir l’importance de la pénétration des thèses comploe4tistes, plutôt hostiles aux enjeux écologiques, dans les milieux populaires, où se trouvent, aux USA et au Brésil, nombre d’électeurs de Trump comme de Bolsonaro. La fragmentation du paysage de l’information du fait du numérique joue sans aucun doute un rôle notable dans cet état de choses. Quoi qu’il en soit, cette répartition socialement marquée de la sensibilité aux enjeux écologiques constitue une difficulté et un défi de taille en matière de justice écologique.

Le bilan du mouvement des Gilets jaunes n’est guère aisé à établir en matière d’écologie. L’allergie aux représentants caractéristique des Gilets jaunes est étrangère à la mouvance écologiste. Celle-ci est plutôt gourmande de figures, de modèles, chose aisément compréhensible quant on valorise un changement de mode de vie, facile ni à inventer ni à observer. Sur un autre plan, une mesure comme le RIC, le référendum d’initiative citoyenne, aurait pu rapprocher les deux mouvements. Il manifestait un désir d’approfondissement de la démocratie, d’autant plus notable qu’il semblerait que nombre de Gilets jaunes ait jusqu’alors nourri les abstentionnistes. Mais là encore les discours porteurs de cette mesure se sont déployés dans toutes les directions, rendant la mesure revendiquée terriblement floue : susceptible de déboucher sur le pire – du plébiscite à des manipulations électorales jouant sur les émotions et les réactions populaires à des événements divers –, comme sur le meilleur[6]. Une des figures des Gilets jaunes en ayant appelé au début du mouvement au gouvernement d’un « général », le mouvement ayant été relativement perméable à la présence de groupes d’extrême gauche ou d’extrême droite, il ne semble pas indemne, au moins pour partie, de toute tentation autoritaire. Enfin, après ces mois de contestation, il ne sera pas aisé de remettre sur le métier des avancées en matière de taxation écologique. Dans quel sens ce mouvement finira-t-il par pousser la société française ? Il est impossible d’en avoir quelque idée a priori. Notons cependant une retombée hautement positive, l’impossibilité effective de laisser désormais en l’état les institutions de la démocratie représentative. Pour autant qu’on puisse le savoir, le projet de réforme constitutionnel de l’actuel pouvoir porte toujours le dessein d’une réforme du CESE enrichissant les procédures de démocratie participative ; lequel CESE n’a pas attendu cette réforme pour initier une expérience intéressante d’implication des citoyens, hors société civile organisée, dans ses groupes de travail.

POPULISME, LUTTES DES CLASSES, MARXISME ET ÉCOLOGIE 

La catégorie de populisme n’est pas entièrement stabilisée, mais s’il fallait se refuser à employer toutes les catégories instables, le discours politique s’en verrait profondément appauvri. Dans ses Écrits logiques (1971) Gottlob Frege discerne dans le mot « peuple » un exemple particulièrement caractéristique de signe doté d’un sens, mais dépourvu de référence. En d’autres termes, le signe « peuple » ne permet pas de discerner et de désigner une catégorie particulière d’individus, d’où des usages troubles et confus, utiles aux manipulateurs de foules. L’usage populiste contemporain de ce mot est cependant autre. L’absence de référence claire, permet un usage plus exclusif que confus. Ou plutôt la confusion sémantique permet d’identifier au « vrai » peuple ceux qui se reconnaissent dans l’appel au peuple du leader populiste – Mélenchon ou Le Pen en France, Salvini en Italie, etc. – et d’en exclure les autres, de leur ôter voix au chapitre, en réalité toute espèce de légitimité. Aux yeux des Républicains d’outre-Atlantique, par exemple, les Démocrates ne peuvent légitimement gouverner ; quand ils accèdent au pouvoir, il convient de déployer tous les moyens institutionnels possibles pour les contraindre à l’exercer le moins possible : shutdown budgétaire, impeachment, nomination d’un juge à la Cour suprême parce que virulemment antidémocrate, etc. Autant de détournements ultra partisans d’instruments existants. Dès lors le populisme relève d’une logique de l’opposition du nousaux autres. Il n’est pas à cet égard sans liens avec l’usage du registre sémantique de la lutte des classes, destiné à délégitimer l’opposition majorité/opposition au sein des démocraties représentatives libérales classiques, à cette différence près que la dynamique populiste se veut rassembler de façon majoritaire dans le cadre d’un processus électoral. Avec toutefois l’idée que ceux qui ne se reconnaissent pas dans le peuple ainsi désigné, ne sont pas tant des adversaires que des ennemis, du peuple précisément. D’où la haine qui accompagne systématiquement ce type de positionnement et de discours et la contestation virulente des dirigeants ennemis. Remarquons que le triomphe du néolibéralisme et sa promotion du tina, there is no alternative, n’ont pas pour rien précéder le populisme et les démocratures, ou démocraties illibérales. Ils ont les premiers incarner le règne de la logique l’Un hostile au multiple, pourtant consubstantiel à l’idéal démocratique.

S’oppose en effet totalement aux uns et aux autres l’usage authentiquement démocratique de la catégorie de peuple, inséparable de la catégorie du multiple. Pour autant qu’il est intrinsèquement pluriel, le peuple n’est pas identifiable. Il ne se laisse pas approprier. Le peuple n’existe formellement que lors des élections et il ne s’exprime alors que divisé, réparti entre majorité et opposition. Et même lorsque l’on dit, à propos d’un vote majoritaire, que le peuple s’est exprimé, ce n’est pas une substance, mais le résultat d’une procédure, dont le résultat est par définition évolutif et variable. Majorité et opposition incarnent des sensibilités opposées qui traversent le même et unique peuple. Aucune partie, aucun mouvement ne peut prétendre l’incarner en totalité. C’est pourquoi il n’est au sein du peuple que des adversaires, et non des ennemis, pour un combat à jamais interminable. Tel est le pendant populaire, du côté du peuple, de l’impossibilité pour les gouvernants d’incarner le pouvoir, lieu vide et non appropriable, décrite par Claude Lefort(1981).

Le retour en force de l’inspiration marxiste depuis la crise de 2008 ne nous aide guère dans notre appropriation de la démocratie. Marxisme et démocratie n’ont jamais fait bon ménage, en raison essentiellement de la prétention à la scientificité du matérialisme dialectique. S’il y a en effet une science du devenir des sociétés, à quoi bon alors le suffrage universel, lequel présuppose un pluralisme insurmontable des valeurs et des opinions ? Sur un autre plan, celui du rôle de l’État, le devenir des démocraties libérales représentatives au 20esiècle semblait avoir donné raison à Hegel contre Marx[7]. Pour Hegel, il revenait à l’État, conçu comme un tiers surplombant la société civile, comme raison en acte, d’empêcher l’implosion de la société en proie à de profondes contradictions, au premier chef celle entre riches et pauvres. Pour Marx, au contraire, l’État n’était que l’instrument au service de la domination de la bourgeoisie sur le reste de la société. La transformation de la société ne pouvait être qu’immanente, impulsée par le développement même des forces productives, lequel ne pouvait que déboucher sur l’avènement révolutionnaire de la dictature du prolétariat, seul apte à assurer le développement terminal des forces productives. Or, à compter de la fin du 19esiècle, avec la naissance du droit social, avec la reconnaissance des syndicats et du droit de grève, puis avec l’embourgeoisement relatif de la classe ouvrière durant les Trente glorieuses, c’est plutôt le scénario hégélien qui s’est réalisé, celui du dépassement des conflits internes à la société civile, par l’État et le droit, sous la pression toutefois des luttes syndicales qu’il autorisait. La thèse de Timothy Mitchell (2013) sur la dépendance de la démocratie au charbon, par opposition au pétrole, éclaire plus qu’elle ne s’oppose à cette analyse ; la dépendance totale de l’économie vis-à-vis du charbon et des mineurs, précède de plusieurs décennies l’avènement du droit social, et les Trente glorieuses ont été rendu possibles par l’exploitation massive du pétrole en sus du charbon.

Or, après trente années de néolibéralisme, ce schéma hégélien ne fonctionne plus, le pouvoir des États, notamment en termes de régulation économique, ayant été largement érodé. Les inégalités sont dès lors reparties à la hausse et la question de la pauvreté fait même retour. Cela ne donne pas non plus simplement raison à Marx contre Hegel, en un sens c’est même l’inverse, l’affaiblissement du pouvoir régulateur des États débouchant sur le retour de la pauvreté et autre précarité. La néolibéralisation du monde, la transformation des États en simples agents économiques, la réduction de leurs moyens de régulation et celle des capitaux publics[8] dont ils disposent nous reconduisent à une situation analogue à celle que nous connaissions durant la période féodale. La souveraineté des États n’était pas unique, ils devaient compter avec celle de l’Église. L’une et les autres constituaient les deux sources de la régulation des sociétés, auxquelles s’ajoutait d’ailleurs la coutume. Les grands groupes économiques exercent désormais sur nos existences une influence déterminante et contraignent fortement par le lobbying et par les tribunaux arbitraux associés aux accords commerciaux multilatéraux le pouvoir régulateur des États.

Revenons à Marx et à la pensée écologique. En dépit des développements tardifs de Marx sur la rupture métabolique entre ville et campagne, inspirés de Liebig notamment – d’autres textes de Marx et Engels témoignant d’une sensibilité préécologique[9]–, il n’en est pas moins une contradiction fondamentale entre la pensée écologique et la pensée marxienne aussi bien que marxiste. Cette contradiction est consubstantielle à l’idée de limite dans nos relations à la nature. Elle concerne tout particulièrement l’affirmation d’une domination technique de la nature et, concrètement, la possibilité d’un essor sans limites des flux d’énergie et de matières au sein de la biosphère. En revanche, semble bien au cœur des développements de l’œuvre de Marx, et de façon récurrente, l’idée selon laquelle il convient de pousser à son terme le développement des forces productives, afin de surmonter aussi bien la rareté que sa conséquence, la nécessaire division conflictuelle du travail social et productif.

Nous sommes là au cœur de l’un des problèmes centraux de la philosophie politique moderne : celui de la compatibilité ou de l’incompatibilité de l’égalité politique démocratique (un être humain = une voix) et des inégalités sociales et économiques. Les inégalités économiques, les différences de moyens qu’engendrent les différences de fortune vont-elles permettre de détourner, voire d’annihiler l’égalité démocratique et ses effets potentiels ? Une question plus encore décisive aujourd’hui qu’elle ne l’était compte tenu de l’importance des moyens d’information et de leur dimension économique. Or, alors que Rousseau pensait que seul un faible développement de la division sociale du travail pouvait permettre la construction d’une société d’égaux, Marx pose que la condition à une telle société est le dépassement du principe même de la division du travail social, grâce au développement maximal, quasi infini, des forces productives (Bourg, 1996). D’où chez Marx, l’importance de l’homme générique, de l’individu capable des développer en lui les potentialités du genre humain en général. La posture libérale, au moins par défaut, étant en revanche la coexistence possible des liberté et égalité politiques avec les inégalités économiques afférentes à la division sociale du travail. Elle s’est traduite par l’avènement des classes moyennes, et ce non sans relations avec le schéma hégélien évoqué de disparition du prolétariat ; lesquelles classes moyennes sont en train de disparaître à leur tour, une dynamique qui rend possible la montée des populismes et les dynamiques illibérales que nous connaissons.

C’est évidemment sur ce point clé de la conception marxienne de l’évolution des sociétés que la pensée écologique vient porter une contradiction fatale. La reconnaissance et l’affirmation de la finitude de la planète, désormais associées à l’idée de limites planétaires, ruinent l’espoir d’un développement plénier et ultime des forces productives. Elles y dénoncent au contraire un processus délétère, ruinant les conditions mêmes d’habitabilité de la Terre. Elles viennent ainsi contredire la récriture marxiste de l’histoire du salut, inséparable de la promesse d’une société sans classes. Et si la perspective d’une société sans classes se voit barrée, la lecture du devenir des sociétés en termes de lutte des classes ne peut plus être l’alpha et l’oméga de l’interprétation des processus historiques passés et en cours.

Nous sommes même reconduits à une posture proche de Rousseau. Non qu’il faille évidemment revenir au modèle du village suisse de paysans horlogers, mais en revanche des écarts de revenus trop marqués interdisent une écologisation de la société. Il est de toute évidence impossible d’organiser une redescente générale des niveaux de consommation de ressources si une partie de la société en est, pour des raisons de revenus élevés, exonérée. Sans resserrement des inégalités, point d’écologisation de la société. Ce sont d’ailleurs dans l’histoire les inégalités qui ont joué un rôle déterminant dans l’effondrement des sociétés[10]. Elles ont de nouveau, sur fond de cynisme néolibéral, atteint un degré effrayant.

J’ajouterais que dans une perspective d’effondrements possibles et même probables, la lecture en termes de lutte des classes n’est guère optimale. Il convient au contraire de préserver par anticipation une large gamme de savoir-faire, d’où j’imagine dans certains milieux une allergie à l’approche en termes de collapsologie.

LIBERTÉS ET ÉCOLOGIE

Repartons de l’étude de B&Lévolution, Comment s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C ? Comme en avertissent les auteurs, ils n’ont pas tenu compte des questions d’acceptabilité sociale ou de toute autre considération étrangère à la cible directe à atteindre. A émissions constantes, avec un accroissement désormais situé entre 2 et 3 ppm par an, et un niveau proche des 415 ppm, nous sommes à bout touchant de la barre des 450 ppm et donc d’un monde à 2° de plus par rapport à la température moyenne sur Terre de la fin du 19esiècle. Le pas de temps des 12 ans du GIEC pour une diminution mondiale des émissions de moitié constitue une base solide de discussion pour mesurer l’effort à fournir, la rapidité et la radicalité des changements impliqués.

Le premier point est qu’un tel changement ne peut être produit par des techniques seules. Les techniques de production d’énergie sont des techniques lourdes et coûteuses, conçues pour durer, de vingt-cinq ans pour les ENR à plus d’un siècle pour un barrage. Et l’on ne saurait en douze ans substituer à la moitié des quatre cinquièmes de l’énergie primaire mondiale, issus de sources fossiles, des sources d’énergie non carbonées. Et lorsqu’on passe de l’énergie primaire à ses usages divers, les possibilités techniques ne relèvent pas non plus du miracle. On ne saurait en douze ans isoler efficacement tous les habitats, supprimer toutes les chaudières au fuel ou au gaz, électrifier le parc automobile mondial, et réduire de moitié la consommation de tous les convertisseurs d’énergie. Et quand bien même nous y parviendrions, nous n’atteindrions pas pour autant une baisse de moitié de la consommation mondiale d’énergie. Et ce sans même comptabiliser les effets rebonds. Les études conduites sur des écoquartiers français, dans le cadre du programme de recherche sur les modes de vie – Movida – du ministère français de l’écologie ont montré que les bilans des écoquartiers de Grenoble ou d’Auxerre, sont loin d’être hautement positifs en raison des reports des habitants des gains réalisés sur le chauffage sur d’autres consommations carbonées.

Ce qui ne signifie nullement qu’il ne faille pas investir et changer nos infrastructures ou isoler les habitats. Mais simplement que nous sommes sur des pas de temps supérieurs et que ces changements, pour être efficaces, devraient être accompagnés de mesures de lutte contre les effets rebonds. A cet égard l’idée d’une carte carbone à puces permettant de limiter les consommations individuelles directes et indirectes carbonées constitue une solution intéressante (Szuba, 2014). Il convient donc de ne pas jouer exclusivement sur les techniques, mais également sur les comportements.

Considérons au passage la récente baisse des émissions carbonées européennes de 2,5 % en 2018, après une hausse en 2017 de 1,8 % (Eurostat). Cette baisse est due en partie au recul en Europe du charbon et du gaz. En partie seulement, car jouent dans ces chiffres des facteurs conjoncturels comme la météo en hiver. Notons encore que ces chiffres ne concernent que les consommations directes d’énergie sur un territoire. Or, un tiers des émissions suscitées par un Français proviennent en moyenne des achats de biens produits à l’étranger, et plus encore pour un Suisse ou un Scandinave.

A quoi s’ajoute que nous ne sommes pas, et de loin, confrontés au seul climat, mais à l’effondrement du vivant et aux autres limites planétaires. Concernant la destruction du vivant et l’augmentation du taux d’érosion des espèces, sont en cause des facteurs comme la destruction des habitats et l’artificialisation des surfaces, la fragmentation des territoires, l’agriculture conventionnelle, etc. En réalité, pour faire front à la dynamique en cours de destruction de l’habitabilité de la Terre, il conviendrait d’organiser une redescente rapide de nos flux de matière et d’énergie, de notre emprise sur les territoires et de notre démographie, une redescente mesurable en termes d’empreinte écologique et de limites planétaires[11].

Il apparaît très clairement que cette redescente, dans le temps et absolument, ne saurait être la conséquence des seuls changements technologiques. Pour revenir à l’étude de B&Lévolution, elle intègre bien sûr une accélération du taux de rénovation annuel des logements, le renouvellement des équipements de chauffage, etc., mais elle comporte aussi des mesures comme : la « mise en place d’un couvre-feu thermique,  coupure des chauffages non décarbonés entre 22h et 6h pour atteindre une température moyenne de 17°C dans les logements » ; pour les avions, « suppression des lignes internes disposant d’une alternative par la route ou le fer en moins de 4h dès 2022 » ;  « interdiction de commercialiser un véhicule dont la consommation est supérieure à 4 l/100 km en 2020, 3l/100 km en 2023 et 2l/100 km en 2027 » ; « toute parcelle de jardin doit devenir productive » ; « tout territoire doit tendre vers une autonomie alimentaire et en matériaux de construction » ; « interdiction progressive des produits transformés substituables » ; « instauration de quotas pour la consommation de produits importés. En particulier café, chocolat, fruits exotiques » ; « aucune nouvelle artificialisation des sols du territoire dès 2019 » ; « obligation de justifier de l’intérêt d’un déplacement professionnel ». Etc.

On le voit, il s’agit avec ces mesures de comportements ou d’associations comportements-techniques. La contradiction est alors frontale entre d’un côté la vision libérale laissant à la liberté négative, et donc à l’arbitraire individuel, le choix des modes de vie et de leurs substrats en termes de flux de matières et d’énergie et, de l’autre côté, le basculement du choix des modes de vie vers la liberté positive, à savoir leur détermination collective et démocratique au sein d’une société écologisée. Il n’y a rien d’autoritaire, ni d’arbitraire en la matière. Est bien plutôt totalement arbitraire d’autoriser des modes de vie dont l’accumulation ruine l’habitabilité de la planète. On passe en l’occurrence d’un type de liberté à un autre, de la liberté négative à la liberté positive, avec une réduction du pouvoir individuel arbitraire de nuire. En revanche, soulignons-le, ce passage d’une modalité de liberté à une autre n’affecte que les flux matériels que nous suscitons par nos consommations, et non les libertés fondamentales de penser, croire ou s’associer, etc. Il serait dans ces conditions absurde de parler d’autoritarisme et plus encore de fascisme.

Évoquons ici une étude intéressante qui articule les performances d’une centaine de pays sur le plan des limites planétaires, pour parties et associées à l’empreinte écologique, avec leur capacité à satisfaire les besoins sociaux. Concernant ces derniers, c’est une nomenclature classique qui a été retenue, avec une mesure du bien-être trop étroitement dépendante des standards occidentaux. Il aurait mieux valu retenir une matrice plus fondamentale et universelle comme les neuf besoins fondamentaux selon Max Neef (subsistance, protection, affection, compréhension, participation, loisir, création, identité et liberté)(Max-Neef, 1991). Quoi qu’il en soit, il en ressort qu’il serait tout à fait possible de satisfaire les besoins de 8 milliards d’êtres humains, sans pour autant exploser les limites planétaires, pour autant qu’on accepte de tourner le dos aux standards occidentaux d’hyper-consommation. Le Sri Lanka, pays situé à droite de la page, parvient pratiquement à pleinement satisfaire l’accès de sa population à l’énergie, mais aussi à satisfaire les besoins en termes d’emploi, d’éducation et de santé, tout en restant en-deçà du cercle vert foncé illustrant la barrière des limites planétaires. Les USA, à gauche, ne parviennent au contraire pas même à satisfaire tous leurs besoins sociaux, précisément ceux en termes d’égalité et d’emploi, tout en excédant dramatiquement les limites planétaires.

Source: Daniel W. O’Neill et alii, « A good life for all within planetary boundaries », Nature Sustainability, vol. 1, February 2018, 88-95.

DÉMOCRATIE ÉCOLOGIQUE

Je ne reprendrai pas ici ce que j’ai développé ailleurs avec d’autres collègues sur les instruments et institutions aptes à intégrer les enjeux de long terme au sein du processus législatif (Bourg, Whiteside, 2010 ; Bourg et al, 2011 ; Bourg et al, 2017). Je commencerai par rappeler que le propre d’une démocratie écologique est de mettre à profit pleinement les trois modalités par lesquelles les citoyens influencent la décision publique au sein d’une démocratie : les modalités représentative, participative et délibérative, et directe. L’intensité des instruments utilisés étant au prorata des exigences écologiques en matière de changements des modes de vie. L’écologisation de la société impose par ailleurs de faire percoler dans la société des contenus de savoir scientifique, et par là-même des enjeux de long terme. Les caractéristiques des enjeux écologiques étant de n’accéder que fort peu à nos sens et de comporter des dimensions temporelles que seuls des savoirs formels et abstraits peuvent éclairer. Ce qui sépare les enjeux écologiques des enjeux classiques. Même si je ne comprends pas les tenants et aboutissants d’une politique économique, je finirai par en ressentir les effets positifs ou non concernant mon bien-être et même plus approximativement celui du grand nombre. En revanche, je peux en environnement adopter une conduite dont les effets négatifs ne se feront sentir qu’après des décennies, et sans que j’aie pu avoir la moindre idée des effets ultérieurement délétères de mes choix, me concernant tout autant qu’autrui. Je ne suis pas alors le juge ultime de mes choix.

A ces considérations s’ajoute qu’une forme démocratique ne se réduit pas à une alchimie originale d’instruments divers. Elle est tout autant tributaire d’un imaginaire et même d’une ontologie. Il est en effet impossible de concevoir les démocraties représentatives modernes sans les replacer dans une généalogie au temps long. Elles sont inséparables de la philosophie du contrat qui renvoie elle-même à la modernité, ou si l’on veut au naturalisme au sens que lui donne Descola, celui de l’une des ontologies possibles, celle séparant l’humanité des autres vivants (2005). Les démocraties modernes sont le fruit du paradigme qui s’impose à la fin du 16esiècle et au début du suivant, à la faveur de l’avènement de la science moderne. La nature apparaît alors comme un simple agrégat de particules mécaniques, extérieures les uns aux autres, et dépourvue de toute espèce d’intériorité. Les animaux apparaissent alors comme des machines et l’humanité, dans un premier temps, est appréhendée comme étrangère à la nature ainsi comprise. Étrangeté qui recouvrait une interprétation particulière du livre de la Genèse, celle qui ne retient que Gn 1, 26-28, attribuant aux seuls êtres humains d’avoir été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ainsi le progrès ne pouvait être conçu que comme un arrachement à la nature. Un progrès qui apparaitra lui-même comme le fruit de la domination technique et productive de la nature, laquelle est au cœur de la philosophie du contrat, une domination de la nature conçue comme la fin de l’activité individuelle et sociale.

Or, ce paradigme pourrait céder la place à un autre, émergent. A cet arrachement à la nature s’oppose désormais un mouvement profond de réinscription de l’humanité au sein de la nature. Ce dernier a commencé avec la révolution darwinienne. Elle a la première jeté un coin dans la construction moderne d’une humanité étrangère à la nature. Elle a replacé l’humanité au cœur de l’odyssée des espèces, sous pression de la sélection naturelle. Depuis la seconde moitié du 20esiècle, l’éthologie ne cesse de nous démontrer que les différences qui nous séparent des autres animaux sont de degré, et nullement de nature. Plus récemment, la biologie végétale nous a montré que les végétaux constituaient des êtres non moins complexes que les animaux et leurs organes. En réalité, il n’y a pas de vie sans communication et sans intelligence adaptative, laquelle évidemment ne s’exprime pas de la même manière chez des végétaux, des animaux et des animaux symboliques comme les êtres humains. Mais en revanche l’unité et la solidarité du vivant sont indéniables. Nous sommes des êtres vivants qui ne pourrions vivre sans d’autres vivants. Et sur ce point l’opposition entre les deux logiques ou paradigmes ne souffre pas de conciliation possible. Cette affirmation renouvelée de l’unité du vivant s’exprime désormais de plus en plus fort. La manifestent l’affirmation de par le monde des droits de la nature, le développement de la sensibilité animale, la redécouverte sensible des végétaux et au premier chef des arbres, des pratiques comme la sylvothérapie, la permaculture[12] et l’agroécologie, et un courant comme l’écopsychologie, mais encore la réaffirmation de spiritualités tournées vers la nature comme le chamanisme, et sur un autre plan une encyclique comme Laudato si’, etc. Ce large mouvement de retour à la nature me semble devoir nourrir un nouvel imaginaire, le terreau porteur de nouvelles formes démocratiques, non plus tendues vers une domination aussi illusoire que destructrice de la de la nature, mais vers la recherche de relations plus équilibrées entre êtres humains, entre êtres humains et non humains.

NOTES

[1]Liste de mesures tirées de l’étude de B&Lévolution,Comment s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C ?, http://www.bl-evolution.com/Docs/181208_BLevolution_Etude-Trajectoire-rapport-special-GIEC-V1.pdf, sur lesquelles nous allons revenir.

[2]A quoi on pourrait ajouter des efforts de reforestation gigantesques pour lutter contre l’extension du désert de Gobi, une action qui n’entre pas non plus en contradiction avec les ressorts de l’économie.

[3]Sauf à envisager un scénario d’émissions négatives massives, tout aussi dangereux pour le vivant que pour notre capacité à nous nourrir ; voir dans ces colonnes l’entretien avec Hervé Le Treut, https://lapenseeecologique.com/entretien-avec-herve-le-treut-examen-des-techniques-de-geoingenierie/

[4]Voir la proposition de « Contribution climat solidaire » ( https://reseauactionclimat.org/wp-content/uploads/2019/04/dossier-fiscalite-rac.pdf ), présentée par le RAC en avril 2019 dans une conférence de presse à laquelle a participé précisément Priscillia Ludosky.

[5]https://grozeille.co/de-quelle-ecologie-veulent-les-gilets-jaunes/

[6]Pour le RIC, je renvoie à D. Bourg, « S’il est bien encadré, le Référendum d’Initiative Citoyenne pourrait revivifier la vie politique », Usbek & Rica, 22 décembre. Voir par ailleurs D. Bourg, « La démocratie représentative au défi des limites planétaires », La Pensée écologique, 2019/1 n° 3, cairn.info.

[7]Pour le rôle de l’État selon Hegel voir G. W. F. Hegel, Principes de la philosophie du droit, Gallimard – Idées, 1974 et E. Weil, Hegel et l’État. Paris, Vrin, 1950 ; pour Marx les références sont plus diffuses et renvoient à de nombreux textes.

[8]A relativiser en raison du quantitative easinget de la création monétaire dont disposent les banques centrales.

[9]Voir Serge Audier, L’Âge productiviste. Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques, La Découverte, 2019, pp. 147 et s. Pour la fameuse rupture métabolique voir K. Marx le livre 1 du Capital,chap. 15, section IV, et plus généralement les analyses de John Bellamy Foster, Marx’s Ecology. Materialism and Nature, Montly Review Press, 2000.

[10]Voir D. Bourg, « Environnement et justice sociale » in P. Savidan (ss. dir.), Dictionnaire des inégalités et de la justice sociale, Puf, 2018, pp. 500 – 508 ; voir aussi S. Motesharrei, J. Rivas et E. Kalnay, « Human and Nature Dynamics (HANDY): Modeling Inequality and Use of Resources in the Collapse or Sustainability of Societies », Ecological Economics, mai 2014.

[11]Cf. https://lapenseeecologique.com/la-democratie-representative-au-defi-des-limites-planetaires-dominique-bourg/et D. Bourg & Ch. Arnsperger, Écologie intégrale. Pour une société permacirculaire, Puf, 2017.

[12]Pour en savoir plus : Léger François, Sass Ferguson Rafter et Kevin Morel, 2017, « Permaculture (Point de vue 2) », La Pensée écologique, vol 1 n°1, URL : https://lapenseeecologique.com/permaculture-point-de-vue-2/

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Pour citer cet article: Dominique Bourg,L’écologie est-elle autoritaire, voire fasciste ? Ou bien résolument démocratique ?, La Pensée écologique, vol 3 n°2.