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Étude comparative de la résistance au coronavirus : les premiers de cordée dans la tourmente

Étude comparative de la résistance au coronavirus : les premiers de cordée dans la tourmente

Par Jacques Julien (Maître de conférences, écologie théorique, Paris VII, retraité)

La crise suscitée par le Covid-19 est probablement la première grande manifestation de l’entrée dans la seconde phase de l’Anthropocène, celle caractérisée par les effets boomerang des sept décennies antérieures d’atteintes massives au système Terre. Et ce pour deux raisons. C’est en effet l’économie globalisée et son expansion tous azimuts continue qui augmentent la probabilité des zoonoses, et c’est cette même économie mondialisée qui facilite la transformation des épidémies en pandémies. L’autre raison, corrélée à la première, est que ce sont désormais les « premiers de cordée » de la globalisation économique qui, à de rares exceptions près, sont les plus affectés. Les crises sanitaires et la santé publique défaillante étaient autrefois plutôt l’apanage des pays pauvres. Les plus touchés sont désormais les pays riches. C’est ce que rappelle et montre l’étude de Jacques Julien. La relation qu’il établit alors avec l’usage ou le mésusage du principe de précaution est d’autant plus judicieuse que ce dernier principe se voulait justement l’instrument de correction préventive des dégâts potentiels du Progrès. Remarquons encore que la France est en la matière en pôle position : en fonction des corrections comparatives apportées par Jacques Julien, elle serait le pays le plus touché et le plus inefficace sanitairement ; à quoi on peut ajouter qu’elle a connu la mise en œuvre parmi les plus policières du confinement, et qu’elle est l’un des pays où la récession s’annonce parmi les plus sévères ! La nomination comme Premier Ministre d’une personnalité, Jean Castex, dont le nom, outre la gestion du déconfinement, est significativement attaché à la mise en œuvre de la fameuse T2A, à savoir la tarification à l’acte qui a contribué à saper l’hôpital public, est à cet égard étonnante. Décidément, notre génialissime Président a plus à voir avec cet autre premier de classe qu’était le général Gamelin, qu’avec le général de Gaulle.

Dominique Bourg

Cette note a pour objectif d’étudier la résistance – l’âpreté du combat pour certains – à l’épidémie du coronavirus, et d’en dégager une conduite à tenir dans de futures semblables situations. Dans une première partie, nous nous pencherons sur la comparaison entre les pays les plus atteints par l’épidémie, puis dans une seconde partie, nous confronterons des ensembles de pays se distinguant sur le plan économique, idéologique, culturel.

Nous avons utilisé comme mesure de cette résistance le taux de létalité égal au nombre de décès divisé par le nombre de cas confirmés. Même si les chiffres correspondants peuvent ne pas correspondre à la réalité, ce sont les données officielles fournies par chaque pays. Pour les pays peu atteints ou encore à l’abri, ce taux est peu signifiant et susceptible de fortes variations suite à de petites fluctuations du nombre de cas confirmés ou de celui des décès ; c’est ainsi que le Yémen ou la Mauritanie arrivent dans le peloton de tête avec respectivement 6 et 1 décès, de même que le déni du Nicaragua avec ses 8 décès !

Définition et étude des pays les plus atteints

Nous avons d’abord examiné les 50 premiers pays classés par taux de létalité. Beaucoup (une trentaine) sont des micropays ou des pays peu atteints, d’autant moins comparables aux pays plus atteints que leurs paramètres sont très fluctuants. Nous pouvons les sortir, ou opérer différemment. Afin de travailler sur un ensemble cohérent et signifiant, nous avons alors fait le choix de prendre les pays présentant un nombre de décès supérieur à 1’000. Ce seuil étant défini, nous avons ainsi un échantillon de 22 pays, la plupart d’entre eux étant bien positionnés dans le classement de l’ensemble des taux de létalité de façon stable[1] ; seulement six d’entre eux ont un rang au-delà du cinquantième dans ce classement : l’Allemagne, le Portugal, l’Inde, le Pérou, la Turquie, la Russie. En fixant le seuil à 1’000 décès, nous n’avons également pas retenu dans cet échantillon les pays intermédiaires (entre 10 et 1’000 décès), très peu apparaissent en bonne position dans le classement de l’ensemble des taux de létalité ; dans les cinquante premiers ne figurent ainsi comme pays de cette catégorie que la Hongrie, l’Indonésie, les Philippines et la Roumanie. Enfin ce seuil apparaît conforme aux groupes de tête que nous avons définis dans une précédente note à partir des données des 22 mars et du 10 avril.

Les résultats sont consignés dans le tableau ci-dessous et sont représentés également par une série d’histogrammes correspondant respectivement aux dates des 22 mars, 10 avril et 7 mai.

Cet échantillon représente environ la moitié de la population mondiale et est composé essentiellement de pays développés.

Nous constatons une différence entre ces trois moments : en mars l’épidémie très présente en Chine, en Iran et au Pérou est quasiment terminée en avril et mai, alors qu’inversement, elle est encore peu présente en mars en Belgique et en Suède, et se développe en avril et mai. Par contre, l’Espagne, la France, la Grande Bretagne, l’Italie, les Pays Bas, ont le même type de positionnement durant toute cette période, c’est-à-dire en tête.

Si nous examinons la croissance du taux de létalité, nous remarquons que malgré le passage du pic de l’épidémie, ce taux est toujours en forte augmentation pour la France (4,4), surtout en comparaison avec l’Espagne ou l’Italie (respectivement 2 et 1,5). Notons également les valeurs élevées de 7,4 pour la Belgique et de 11 pour la Suède, en conformité avec une stratégie de « laissez passer ». Notons également de fortes augmentations pour l’Allemagne, le Brésil, le Canada, l’Irlande, la Suisse, et les USA, liés au retard de l’arrivée du virus ou à la stratégie du « laissez passer », voire aux deux.

Taux de létalité (décès/ confirmés en %)RangAugm. du taux de létalitéDensitéTaux de létalité
Pays22-Mars10-Avril07-Maien Maide Mars à MaidémographiqueCorrigé

 

Canada1,3732,5256,86954,13,388
Russie00,7050,92228,80,310
Suède1,1029,57612,3561124,32,505
Brésil1,2175,3846,77105,625,21,348
Pérou4,2692,8662,78200,725,40,551
USA1,2753,7436,02134,735,71,007
Iran8,5836,2066,29110,750,40,886
Mexique05,63810867,31,219
Équateur1,3164,1475,46164,167,90,662
Espagne6,02010,16011,7772931,220
Irlande0,443,556,2712141050,612
Turquie2,4272,1392,72211,1106,40,263
Portugal1,1042,8114,14183,7112,40,390
France4,28114,55418,8614,4119,11,728
Chine4,24,0735,59151,3150,70,455
Italie9,25912,77213,8841,5201,60,978
Suisse0,8614,0816,01147216,20,409
Allemagne0,3792,2654,361711236,10,284
Royaume-Uni4,91112,02814,7633275,20,890
Belgique2,20511,32116,3727,4379,70,840
Inde1,6873,2373,35192455,40,157
Pays-Bas4,54510,83912,6452,8506,70,561

Tableau 1 Taux de létalité des 22 pays représentant 96% des décès à différents moments de l’épidémie

Le taux de létalité mesure une résistance globale à l’épidémie. Nous pouvons distinguer, d’une part, la dispersion de la population (Canada, Russie, Suède), ou au contraire sa concentration (Belgique, Inde, Pays Bas), et d’autre part, la qualité des infrastructures sanitaires (masques, lits, tests, respirateurs, etc.) et des décisions gouvernementales (intensité du confinement, politique de dépistage, etc.).

Fig. 1 Histogrammes des taux de létalité

Les abscisses correspondent aux différents pays selon : 1 Canada 2 Russie 3 Suède 4 Brésil 5 Pérou 6 USA 7 Iran 8 Mexique 9 Equateur 10 Espagne 11 Irlande 12 Turquie 13 Portugal 14 France 15 Chine 16 Italie 17 Suisse 18 Allemagne 19 Grande Bretagne 20 Belgique 21 Inde 22 Pays Bas. Les couleurs correspondent aux 3 dates inscrites dans le tableau

En vue d’un ajustement entre les différents pays, nous avons divisé le taux de létalité par la racine carrée de la densité démographique pour tenir compte de la concentration de population, la distance entre individus étant un des paramètres essentiels dans la propagation de l’épidémie. A défaut de connaître plus précisément les différents liens ce taux de létalité corrigé n’indiquera qu’une tendance, mais reflètera mieux la résistance du pays à la pandémie. Se dessine ainsi, via ce paramètre, un gradient montrant les réussites allemande, suisse et chinoise et a contrario, la faiblesse des infrastructures du Pérou, de l’Irlande, de l’Equateur, de l’Iran ou du Mexique, et les politiques aventuristes de la Grande Bretagne, des USA, du Brésil ou de la Suède. Certains pays présentent des valeurs plutôt faibles pouvant correspondre à une bonne protection, mais également à une situation décalée dans le temps (retard ou retour à la normale anticipé), ce qui sous-entend que la correction effectuée sur le taux de létalité n’a pas suffisamment discriminé les différents facteurs. Même sur le simple facteur de la densité démographique, il faudrait éventuellement faire intervenir l’hétérogénéité territoriale ; par exemple entre le Nord et le Sud de la Suède, ou entre les provinces et les territoires du Canada, aboutissant à diminuer le paramètre corrigé d’un tiers.

Afin de conjurer les effets de retard, nous avons également tenté d’opérer une correction, via le nombre de cas confirmés, sans succès ; du fait de la croissance exponentielle du nombre des victimes, un simple effet multiplicatif n’est pas suffisant.

Le cas de la France ne saurait passer inaperçu. Au sixième rang en mars, elle est au premier rang en avril et mai, y compris pour le taux de létalité corrigé. Cette spécificité française en situation de « premier de cordée » peut être la conséquence d’une synergie entre plusieurs facteurs : nous avançons notamment l’état des infrastructures sanitaires, le retard pris dans les mesures gouvernementales ainsi que leur faible qualité (par exemple les franchissements des frontières ou les déplacements à l’intérieur du pays).

Confrontation Nord – Sud

Rappelons que cet échantillon de 22 pays est quasiment le terrain de l’épidémie puisqu’il correspond à 96% des décès. Le taux de létalité y atteint quasiment 8%, alors qu’il est quatre fois plus faible dans le reste du monde. Toutes les très grandes puissances mondiales en font partie et notamment les principales puissances du monde occidental.

Cette disproportion entre riches et pauvres est moins accentuée, en prenant pour référence l’Occident défini par l’appartenance à l’UE ou à l’OTAN et représentant 12,5% de la population mondiale ; le pourcentage des décès n’y est plus que de 84,5%. Cette disproportion entre riches et pauvres sera encore moins accentuée, en prenant pour référence l’Europe en tant que continent représentant 7,5% de la population mondiale ; les décès descendent alors à 55% en raison de l’absence de l’Amérique. Cette « atténuation » est due à la présence dans ces deux dernières catégories (Occident, Europe), d’une Europe de l’Est moins riche que celle de l’Ouest. Dans cette Europe de l’Est le taux de létalité y est deux fois plus faible qu’à l’Ouest, voire six fois plus faible pour le petit carré de la Biélorussie, l’Ukraine, la Bosnie Herzégovine et la Serbie, qui n’appartiennent ni à l’UE, ni à l’OTAN.

Les pays en développement ne peuvent être définis par une référence particulière telle l’Europe, l’Occident, ou le PIB, mais au contraire par la non-appartenance à telle ou telle référence. En particulier, nous devons tenir compte de l’existence de quelques pays riches (c’est-à-dire à fort PIB), non européens, n’appartenant pas à l’Occident, et dont le nombre de décès causés par le virus est inférieur à 1’000. Ce sont les huit pays suivants : le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, Taïwan, les Emirats, la Nouvelle Zélande. Le taux de létalité y est trois fois plus faible que dans les 22 et même deux fois plus faible qu’en Europe de l’Est, un bon résultat dû à leur situation d’insularité et souvent à l’ampleur des mesures prises par les autorités.

Nous pouvons enfin parvenir aux pays en développement ; ces pays seront ici simplement obtenus par le complément mondial de la totalité d’un ensemble constitué par l’appartenance au groupe des 22, à l’Occident, à l’Europe, ou au groupe des huit pays que nous venons de définir dans le paragraphe précédent dont le PIB est très élevé.

Le tableau ci-dessous résume cette confrontation Nord – Sud :

CatégorieNombre de cas confirmésDécèsPourcentage confirmés/mondePourcentage  morts/ mondeTaux de létalité
Groupe de tête des 22330042325872586,6695,987,84
Pays hors des 225081561083913,344,022,13
Monde3808579269564
Occident270038022792570,9084,558,44
Continent européen149645514826739,2955,009,91
Europe des 22134689314280010,60
23 pays de l’UE ou de l’OTAN10382847154,54
ni 22, ni UE, ni OTAN457347521,64
8 pays à fort PIB et hors des 229788922652,31
Pays en développement26070531066,841,151,19
Afrique8826428322,321,053,21

Tableau 2 Taux de létalité de différents regroupements de pays

Si nous examinons les distributions en décès et en létalité de ces différents groupes, nous avons une bonne séparation, à l’exception du groupe des huit, par rapport à l’Europe de l’Est pour les décès, et par rapport aux pays en développement pour le taux de létalité. Ce rapprochement avec l’Europe de l’Est montre que les huit disposaient des moyens nécessaires et ont adopté suffisamment tôt une politique forte. Pour les pays en développement, c’est un peu différent, les taux de létalité voisins, voire plus mauvais pour le Sud, découlent de l’écart du Sud par rapport à la mondialisation, c’est leur « insularité » qui leur a permis d’être plutôt à l’abri et non des mesures sanitaires dont ils n’avaient guère les moyens, notamment vis-à-vis des huit.

Rappelons que l’Europe de l’Ouest est formée par l’« Europe des 22 » et l’Europe de l’Est indiquée par les deux lignes notifiées « 23 pays… » ou « ni 22 ni UE ».  Soulignons que ce tout dernier groupe constitué de la Biélorussie, la Bosnie Herzégovine, la Serbie, l’Ukraine, est peu cohérent, mais ce n’est guère gênant vu sa faible représentativité démographique de 0,8%. Certaines cases ne sont pas remplies vu leur non-utilisation.

Avec 6,84% des cas déclarés, et 1,15% des décès, les pays dits en développement, c’est-à-dire les plus pauvres, s’en tirent beaucoup mieux, malgré de moindres moyens sanitaires. Le taux de létalité avec une valeur de 1,19% est ainsi bien meilleur chez les perdants que chez les gagnants. Plusieurs raisons expliquent ces résultats : les populations sont plus jeunes, moins aseptisées, beaucoup de ces pays sont en situation d’insularité (tel le continent africain ou en raison d’un certain isolement) et surtout relativement à l’écart de la mondialisation, notamment au niveau des déplacements de personnes. Ajoutons que contrairement à un discours convenu, cette situation ne résulte pas d’une absence de dépistages, les morts ne trichent pas. Nous avons indiqué les chiffres concernant l’Afrique. Alors que le continent semble à l’abri de la pandémie, notons un taux de létalité presque triple par rapport à celui de l’ensemble des pays en développement, preuve d’une forte insuffisance sanitaire. Cette situation devrait attirer l’attention des pays riches : par rapport à toute pandémie, c’est toute l’humanité qui est solidaire, y compris pour le pire.

Un histogramme permet de synthétiser cette analyse en exprimant le taux de létalité en ordonnées et la population cumulée en abscisses, chaque barre horizontale représentant ainsi la population du groupe. Une barre verticale sépare une zone de forte létalité d’une zone où le virus est peu présent ou bien combattu. Nous voyons ainsi se dessiner un gradient avec quatre niveaux respectivement séparés selon un facteur de 1,9 entre deux niveaux successifs, en ayant écarté les deux groupes de l’Europe de l’Est quasiment invisibles en raison de leur faible population.

Fig. 2 Histogramme des taux de létalité dans différents groupes de pays

Successivement de haut en bas : l’Occident des 22, le complément de l’Occident dans le groupe des 22, les 23pays européens de l’UE ou de l’OTAN n’appartenant pas au groupe des 22, les 8 pays à fort PIB hors des 22, les 4 pays européens hors UE, OTAN, ou 22, les pays non développés.

Semblablement aux précédentes analyses, la mobilité, et a contrario l’immobilité, apparait comme un facteur essentiel, d’abord en tant que facteur de l’entrée du virus sur un territoire, puis ultérieurement en tant que facteur de sa propagation au sein du territoire. Plus le pays est riche et participe au processus de la mondialisation et plus le virus y pénètre et se propage facilement, même si les infrastructures sanitaires sont bonnes, comme nous pouvons le supposer en ces pays développés. La résistance à l’entrée ou à la propagation du virus nécessite une résistance totale :

  • une situation d’insularité ou un isolement
  • une densité démographique hétérogène comportant de nombreux déserts
  • une mobilité extérieure et intérieure réduite voire nulle
  • une infrastructure sanitaire en moyens et personnels qui soit suffisante et bien répartie sur l’ensemble du territoire
  • des mesures gouvernementales respectant le principe de précaution c’est-à-dire suffisamment rigoureuses et suffisamment à temps – beaucoup d’avance étant préférable à un léger retard.

C’est la plus grande conjugaison de ces éléments et non pas la focalisation sur une seule face, qui permet la meilleure résistance. Nous n’avons pas évoqué le rôle de la stratégie choisie pour juguler l’épidémie, les résultats d’une politique de « laissez passer » et d’immunisation collective s’avérant plutôt négatifs pour cette épidémie.

Le positionnement de la France en premier de cordée, a déjà été évoqué ci-dessus. Ajoutons que si les insuffisances des infrastructures sanitaires sont bien le résultat d’une politique hospitalière de rentabilité financière depuis plus d’une décennie, de même l’important brassage de la population (attraction / émigrés, tourisme, politique de flexibilité, participation à la mondialisation, dont l’européisation n’est pas le moindre avec incitation à la délocalisation, etc.) n’est nullement propre à la France, mais à la soumission au néolibéralisme propre à l’Europe actuelle. Par contre, le retard pris dans les mesures gouvernementales, ainsi que leur faible qualité (par exemple les franchissements des frontières ou les déplacements à l’intérieur du pays) cités ci-dessus, relèvent entièrement du pouvoir actuel, exécutif ou législatif, ce qui devrait aboutir à une intervention de la Justice, les responsabilités politiques et celles du fameux « conseil scientifique » étant engagées et devant être évaluées. Un éventuel biais dans le compte des confirmés résultant de l’absence de dépistage peut être avancé, mais l’incertitude sur les confirmés est valable quasiment également pour chaque pays, avec des raisons plus ou moins semblables.

Dans l’éventail des conditions énumérées, le degré de liberté disponible en urgence est assez faible, il s’agit essentiellement de l’application du principe de précaution, (et non de prévention vu la méconnaissance du virus et de ses effets au début de l’épidémie). Cette application du principe de précaution doit être nécessairement prise par le pouvoir politique. Au moins en France, nous avons constaté l’inefficacité de l’application étroitement gestionnaire du néolibéralisme à la santé, débouchant sur une absence totale de culture et d’anticipation du risque.

Au regard des situations propres à chaque pays, cette application ou absence d’application du principe de précaution apparaît très effective ; et avec d’autant plus d’efficacité que la population ne subit pas, mais participe activement à son application et ceci, contrairement à un certain discours, quel que soit le type de régime politique (qualifié de démocratique ou d’autoritaire). La culture de cette synergie dirigeants-citoyens devrait inciter à une sérieuse réflexion sur la démocratie et les institutions. En la matière, l’attitude du personnel soignant français est une leçon pour la révision de l’avant et créer un après qui sera mieux prêt. Par exemple, la bonne résistance des pays asiatiques illustre bien ce propos et inversement les mauvais résultats des endroits où a prévalu le modèle suédois.

Cette pandémie doit être considérée comme un signal d’alarme pour plusieurs raisons. En premier lieu au niveau santé, les différentes actions de l’homme ont pour conséquence une modification importante de son environnement : raréfaction et anéantissement d’espèces, laissant le champ libre à des espèces opportunistes que nous n’avons pas l’habitude de fréquenter, et qui se révèlent des pesticides particuliers, pour nous, homos sapiens. En d’autres termes, une bonne part de l’actuelle action humaine aboutit à la libération de niches écologiques qui sont alors occupées par des espèces étrangères ou nouvelles, avec les conséquences drastiques que nous connaissons.

En second lieu, soulignons que ces épidémies, sont éphémères, alors que les conséquences des transformations que nous créons sur notre milieu de vie sont bien plus radicales et durables. Citons entre autres le réchauffement climatique, la disparition ou la dissémination des ressources, la croissance démographique, la dégradation des terres cultivables, etc.… Le défi du xxie siècle est ainsi de remettre en place un milieu vivant, qui nous permettra de continuer à vivre, ou au moins de survivre. Le coronavirus nous donne un avertissement sévère et nous place devant notre responsabilité en tant qu’espèce vivante.

Nous sommes entrés dans une période assez simple : l’absurdité de l’actuelle économie appelle à un redressement politique. En distinguant ce qui est vraiment nécessaire à la vie, des divers superflus produits pour le profit de quelques-uns, nous serons mieux armés vis-à-vis des différentes catastrophes qui vont nous tomber sur la tête, dont certaines ne seront pas de simples épidémies plus ou moins éphémères.

La conclusion de ce descriptif propre au coronavirus est claire : les jours heureux nécessitent une application entière et rigoureuse du principe de précaution. Le temps est venu : nous sommes à la croisée des chemins entre survivre ou jouir des derniers instants.

[1] Dans le classement des pays par taux de létalité le rang de la médiane du groupe des 22 est égal à 33, et ceux des deux autres quartiles 8 & 68.