1

Entretien avec Su Hsin du peuple Papora de Taïwan

Propos recueillis par Amélie Pochon et Maxime Von der Mühll

Su Hsin, jeune représentante du peuple Papora de Taïwan, est venue en Suisse en mai 2018 dans le cadre de la rencontre intitulée « Au cœur des temps ». Nous avons eu la possibilité de lui poser plus tard quelques questions, lors d’un appel vidéo, alors qu’elle était déjà rentrée à Taiwan. Elle nous a répondu depuis le bureau où elle travaille comme ingénieure, situé dans une université non loin de sa communauté. Nous avons été marqués par les défis rencontrés par son peuple, tiraillé entre deux cultures différentes. La détermination, la foi de cette jeune femme très souriante en la possibilité de rendre le futur meilleur nous ont marqués. Son témoignage nous a permis de nous rendre compte des différences qui peuvent exister dans la manière de percevoir le monde et de le comprendre.

Amélie Pochon et Maxime Von der Mühll (étudiants du Master en Fondements et pratiques de la durabilité de l’Université de Lausanne)

Amélie Pochon et Maxime Von der Mühll : Pouvez-vous vous présenter vous et votre peuple, son histoire et le pays où vous vivez ?
Su Hsin : Je m’appelle Su Hsin, mon nom traditionnel est Li-i mali et je fais partie du peuple indigène Papora au centre de Taiwan.
Nous étions un royaume il y a 400 ans, il était situé à l’Ouest de Taiwan, près des côtes. Lorsque les Hollandais sont venus en Asie, ils ont essayé de coloniser Taïwan. Mon peuple et mes ancêtres ont alors essayé de travailler avec eux, et ils ont réussi. Nous avons cependant été contraints d’avoir des accords commerciaux avec les Hollandais, parce qu’ils voulaient des matériaux comme de la peau de cerf. Ils ont aussi essayé de nous convertir au christianisme, sans grand succès à l’époque. Beaucoup de nos gens ont été tués à ce moment-là. Nous étions du côté Ouest de Taïwan et nous étions donc très près de la Chine. Beaucoup de Han ont émigré à Taïwan et ont pris nos terres, tué beaucoup de nos gens et pris possession de notre territoire traditionnel. Après la dynastie Han avec l’empire Tsing, notre royaume a malheureusement été détruit. Une partie de notre peuple s’est alors installée dans les régions centrales de Taïwan, qui sont les zones de haute montagne. Nous avons donc dû abandonner notre territoire d’origine. Il y avait entre 100 et 200 personnes qui sont restées à l’époque, il y a environ 200 ans. En raison de plusieurs facteurs, Taïwan ne nous reconnaît pas en tant que peuple autochtone, même si elle en reconnaît d’autres. Si vous reconnaissez un peuple autochtone, vous devez reconnaître son droit à la terre. Ils ont encore peur de nous reconnaître parce que cela signifie que toutes les basses terres autour de Taïwan devraient nous être rendues. Aujourd’hui, mon peuple lutte toujours avec le gouvernement pour être reconnu par la loi comme un peuple autochtone.
Nous perdons notre identité propre. Si tu vas à l’école, tu apprends l’anglais, le chinois, les mathématiques, mais nous n’avons pas le temps d’apprendre notre culture traditionnelle. Si tu veux être compétitif avec les gens à l’extérieur, si tu veux gagner de l’argent, tu dois apprendre plus de choses de la société dominante. Si nous voulons apprendre notre propre culture et notre propre langue, nous devons y consacrer un temps supplémentaire. Maintenant mon peuple, la plupart des gens qui restent dans la communauté sont des aînés. Certains jeunes, comme moi, restent dans notre communauté et essaient de préserver et de pratiquer notre culture et notre langue traditionnelles. Mais c’est vraiment difficile pour nous parce que nous avons besoin d’avoir nos propres emplois pour vivre, et devons essayer de trouver le temps de s’adonner aux pratiques traditionnelles ensemble, mais chacun est si occupé. Si tu perds ta terre, c’est aussi très difficile. Tu perds ta forêt, ton océan et même ta rivière, cela signifie que nos pratiques traditionnelles sont aussi détruites par cela.

A. P. et M.M : Pourriez-vous essayer de décrire le mode de vie de votre peuple, l’environnement dans lequel vous vivez, la nature qui vous entoure, l’importance de la technologie pour vous et votre peuple ? Vous avez également mentionné brièvement auparavant qu’il est difficile de maintenir les traditions au sein des nouvelles générations. Comment éduquez-vous les nouvelles générations à propos de vos traditions, votre culture, vos valeurs ?
S. H. : Les anciens restent dans la communauté, ce sont des paysans, ils plantent du riz. Ils gardent le riz qu’ils veulent manger et vendent ce dont ils n’ont pas besoin pour gagner de l’argent. En tant que peuple, nous avons déménagé au centre de Taïwan, où nous avons une très petite superficie de terre pour notre communauté. Très différente du territoire d’origine, mais nos ancêtres étaient très intelligents. Ils ont organisé de très petites équipes, certaines personnes devaient surveiller la forêt, la rivière, nos terres pour s’assurer que notre gagne-pain était en sécurité. Cela signifie que nous protégeons notre Terre mère et que notre peuple sera ainsi en sécurité. Nous l’avons gardée pendant 200 ans jusqu’à il y a 30 ans, lorsque de nombreux citadins sont venus s’installer chez nous, dans notre deuxième patrie à Puli. Ils ont beaucoup d’argent pour acheter des terres, ils viennent dans notre communauté et comme certains jeunes veulent gagner plus d’argent, ils déménagent en ville pour ne pas avoir besoin de garder leur maison ou leur terre, et vendent leur terre à ces gens. Ces gens vivent dans notre communauté, mais ils ne comprennent pas comment les indigènes essaient de maintenir l’équilibre de la nature, ils viennent simplement et ils cultivent, mais ils utilisent beaucoup de produits chimiques. Les poissons dans les rivières, les légumes sauvages sont tous partis. Nous ne pouvons plus les trouver. Nous essayons de communiquer avec eux parce qu’en tant qu’indigènes, nous ne nous battons pas d’emblée, nous essayons toujours de parler. Malheureusement, l’argent est la chose la plus importante à laquelle les gens vont penser. Il est maintenant difficile de trouver une rivière propre dans notre communauté. Il est vraiment difficile de vous dire « oui, ma communauté ce sont toutes des personnes Papora », maintenant notre communauté a beaucoup de gens de l’extérieur.
Il y a une vingtaine d’années, il y a eu un séisme très grave, 7,2 selon l’échelle de Richter. Beaucoup de nos gens sont morts ou leurs maisons ont été détruites. Le chef de mon peuple – ma mère –, pensait que, parce que nous perdions des gens, les Papora allaient disparaître peut-être dans 50 ans et tomber dans l’oubli. Nous avons donc mis sur pied une toute petite équipe communautaire composée d’aînés. Chaque aîné a ses propres compétences. Certaines personnes sont douées pour certaines choses, d’autres sont douées pour la pêche, l’agriculture, les connaissances et la langue traditionnelles. Ils ont donc organisé une équipe pour enseigner à la nouvelle génération. Beaucoup de jeunes d’environ 20/50 ans iront en ville, mais leurs enfants resteront dans la communauté avec les anciens. Ils essaient ainsi de nous [la nouvelle génération] instruire de cette façon. Même moi j’ai été instruite par ma grand-mère pour savoir comment être Papora. Parce que le Papora est notre langue traditionnelle, on m’a appris à être une Papora au cours des 20 dernières années, et c’est très difficile pour nous.
Vous allez à l’école, et vous devez obtenir de très bonnes notes parce que vous voulez gagner une bourse, parce que la vie dans la communauté est très difficile. Si vous voulez faire des études supérieures, vous avez vraiment besoin d’une bourse, donc vous devez apprendre tout ce que vous devez apprendre à l’école. Mais, quand vous rentrez chez vous, c’est un autre monde, vous devez changer. A l’école, l’enseignant vous enseignera 1 est 1, 0 est 0, mais dans le monde Papora, 1 n’est pas seulement 1, et 0 signifie tout, c’est très différent.
C’était très surprenant parce que quand j’avais environ 7 ans, quand j’allais à l’école primaire, je me souviens que le professeur essayait de nous éduquer comme Han/Chinois. Ils ont essayé de m’apprendre à être Chinoise, et ils nous ont demandé d’appeler notre mère « maman » mais dans ma langue c’est « gaia ». J’essayais de parler avec mon professeur à propos de cela : « non professeur, dans ma langue nous disons pour ma mère, gaia ». A ce moment-là, les gens – camarades de classe, professeur –, étaient très surpris. Ils pensaient que j’étais stupide de parler comme ça ; j’étais différente d’eux. Quand nous parlions de science, ils enseignaient aux jeunes à savoir ce qu’est une fleur et ils utilisaient des livres et ne nous amenaient jamais dehors, même si la fleur en question était dehors à quelques mètres. Mais dans ma communauté, nous ne faisons pas comme ça. Si tu veux que je sache quelle est l’espèce de cette fleur, tu m’amèneras devant la fleur et l’aîné me dira : « tu dois essayer de parler avec elle avec ton cœur et ensuite tu verras que le monde est différent ».
Cela signifie que beaucoup de jeunes comme moi sont confrontés à des opinions très différentes de ces deux mondes, même au sujet de la vie bonne. Donc, certaines personnes comme moi choisissent de rester Papora. D’autres ne le peuvent pas, ils ne résistent pas au fait que tout le monde soit différent. Ils décident donc d’oublier qui ils sont, parce qu’il est très difficile pour eux de rester dans ce lieu, parce que si vous restez dans la communauté, cela signifie que vous devez être agriculteur. Vous n’aurez pas la chance d’être un personnage important et de gérer une entreprise prospère. Nous nous séparons donc en deux groupes différents. Maintenant, nous sommes deux groupes différents dans la même génération, et nous essayons de parler entre nous. Ces gens qui vivent en ville ont un bon salaire et apportent leur contribution à la communauté. Ils ont besoin d’autres personnes pour les aider à garder nos traditions, de garder notre terre. Nous essayons de faire pression sur eux pour qu’ils viennent avec nous, pour qu’ils communiquent avec le gouvernement.
Nous avons eu de la chance il y a 5 ans quand nous avons essayé de rappeler les jeunes à revenir, parce que nous allons construire une nouvelle alliance. Certaines personnes veulent revenir. Ils veulent savoir qui ils sont, même si eux-mêmes ne sont plus restés dans notre communauté. Et maintenant, nous essayons toujours de suivre notre chemin de manière durable.
Depuis que j’étais dans le ventre de ma mère jusqu’à présent, j’ai l’impression de ne jamais être allé ailleurs, je reste dans la communauté. J’ai de la chance parce que je suis très douée pour les études. J’ai même fait des demandes de bourse à de nombreuses bonnes universités, à New York ou à Taipei, notre capitale, mais ma mère et mon père m’ont toujours demandé de rester. Ils disent que si tous les jeunes quittent notre communauté, cela signifie que notre communauté n’a pas d’avenir. Mais maintenant, non seulement moi, mais une dizaine de personnes comme moi restent ici, mais nous essayons de chercher un meilleur emploi, meilleur que celui d’agriculteur, car nous avons vraiment besoin d’un salaire pour faire quelque chose. Je suis ingénieure civile et je travaille dans une université près de ma communauté. Et certaines personnes gèrent une petite entreprise, d’autres sont des chercheurs ou des médecins. Et ils abandonnent le travail en ville, ils reviennent dans la communauté pour travailler avec les gens.

A. P. et M.M : Nous voulions également vous poser quelques questions concernant votre visite en Suisse et en Europe. Vous êtes venue en Suisse et en Europe en mai. Nous voulions en savoir un peu plus sur ce qui vous a motivée à venir en Suisse en tant que représentante de votre peuple et sur les messages que vous vouliez nous communiquer.
S. H. : Ce n’est pas sans liens avec les changements climatiques. Dans ma communauté, nous sommes confrontés à de très graves problèmes liés aux changements climatiques, parce que depuis les dix dernières années, les typhons deviennent graves à Taïwan. Et aussi les glissements de terrain, les inondations, etc. Ces problèmes sont vraiment hors de notre cerveau. Parce que mes ancêtres n’y ont jamais été confrontés auparavant. Même les non-autochtones. Donc, en tant qu’indigènes, nous nous disons « y a-t-il quelque chose qui ne va pas avec les gens qui habitent sur notre Terre mère, que faisons-nous sur elle, c’est vraiment mal ? ». Et nous continuons à nous demander comment nous pouvons rendre le monde meilleur. Parce qu’en tant que Papora, nous savons comment vivre avec notre mère Nature, et ce depuis des milliers d’années. Alors quand les Suisses sont venus me demander « viendrez-vous et apporterez-vous un message de votre communauté au monde, comment pouvons-nous rendre le monde meilleur ? ». Je me suis dit « Ok, je peux y aller ». Parce que vous savez, c’est une prise de décision difficile. Si j’allais en Suisse, cela signifiait que je devais demander de partir de mon bureau, je devais demander à mon patron : « Désolée, s’il vous plaît ne réduisez pas mon salaire ». Mais c’est très important parce que les gens qui habitent en Europe, vous ne connaissez jamais les personnes en Asie, ce à quoi nous sommes confrontés. Des gens meurent tous les jours. Les gens manquent d’eau. Ils ne savent jamais s’ils peuvent survivre ou non.
Mais il semble que les ressources en Europe sont meilleures qu’en Asie, et même que dans ma communauté. En tant qu’être humain, je veux vraiment que tout le monde y pense. Quand vous habitez en Suisse, vous profitez, dans un environnement relativement sain, des produits d’autres pays, mais ces produits polluent tellement leur environnement d’origine et non le vôtre ! Y pensez-vous ? Et ça réchauffe notre Terre. Cela signifie que le changement climatique est grave. Les gens perdent leurs terres, perdent leur vie. Les gens en Suisse ou dans d’autres pays européens, même en Amérique, vous avez une belle vie. Mais qu’en est-il de nous ? Et je veux aussi faire connaître notre culture de Papora à tout le monde, parce que nous sommes de moins en moins nombreux. Peut-être finirons-nous par disparaître, peut-être pas ? Mais il est bon d’échanger nos expériences et nos réflexions. Alors nous pouvons rendre le monde meilleur. C’est ce que je pense.

A. P. et M.M. : Vous avez mentionné les difficultés que vous rencontrez avec les changements climatiques. Pourriez-vous être plus précise, quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés chaque jour, actuellement, avec ces problèmes croissants ? Nous aimerions en savoir un peu plus sur les problèmes quotidiens et les luttes quotidiennes auxquels vous, Papora, devez faire face dans les communautés ?
S. H. : Maintenant la pluie devient plus forte qu’avant, même en dehors de nos exploitations. Les gens qui vivent dans les régions montagneuses sont donc très inquiets pour leur vie. Les glissements de terrain se produisent sans aucun système d’alerte précoce efficace. Maintenant, nous essayons de savoir comment nous pouvons les prévoir, mais ce n’est pas encore le cas. Et parfois c’est la sécheresse qui est très grave. Le problème est donc de savoir comment nous pouvons nous y prendre avec ça. Nous perdons notre rivière avec les inondations, nous n’avons plus d’eau potable. Comment pouvons-nous faire de l’agriculture si les gens n’ont même pas d’eau à boire ?
Il y a beaucoup de maladies typiques auxquelles nous n’avions jamais été confrontés, mais que nous avons maintenant, c’est vraiment étrange. Mais heureusement, en tant que peuple indigène, nous avons des connaissances traditionnelles, nous savons comment utiliser les plantes médicinales. Donc, en 2006, il y a eu une maladie très grave que l’on appelle le SRAS. À l’époque, dans de nombreux pays d’Asie, on ne plaisantait pas avec ce sujet, parce qu’ion n’arrivait pas à trouver de remède efficace. Beaucoup de gens mouraient. Mais dans ma communauté, les anciens sont très intelligents, ils nous ont dit : « Prenez des plantes médicinales, prenez ça et ça vous protègera. » Tout le monde disait « Sérieusement ? Vraiment ? » Mais à la fin, ça a fait ses preuves et ils ont pensé « oui, c’est a réussi ». Et aussi les scientifiques, ils ont découvert « oui, leur genre de médecine à base de plantes a vraiment du succès ». Tout le monde sait désormais comment guérir le SRAS. C’est donc un autre bon exemple qui réconforte : « oui on apprend les savoirs traditionnels, c’est une bonne chose, ce n’est pas vraiment une mauvaise chose ou quelque chose de pauvre ». C’est donc la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui. La météo change aussi. Vous savez, parfois il fait si froid, parfois il fait si chaud. Cela signifie que lorsque nous plantons notre planète, nous n’avons aucune idée de ce que nous pouvons récolter ou non. Les gens d’ici, nous essayons de trouver une solution.

A. P. et M.M. : Quelle est la meilleure façon selon le peuple Papora d’aborder les problèmes dont nous avons parlé et les multiples acteurs qui sont impliqués ?
S.H: Tout d’abord, il faut qu’on se connaisse mieux. Je sais que tout le monde n’est pas mauvais. Mais les gens ne savent pas ce qui arrive à d’autres. La première chose à faire, c’est de nous connaître mutuellement, de savoir ce qui se passe dans le monde. La deuxième chose, c’est qu’il ne suffit pas de savoir. Nous devons faire quelque chose pour changer. C’est pourquoi je suis allée en Suisse. Faisons savoir aux gens ce qui nous arrive et ensuite les gens commenceront à réfléchir à la façon d’aider. Donc la première chose est qu’après mon voyage en Suisse, il y a plusieurs journalistes qui m’ont interviewée et ont écrit sur nos problèmes et notre histoire dans un magazine et certaines personnes ont vraiment envie de faire quelque chose. Ils ont commencé à écrire un e-mail pour se renseigner, pour savoir ce qu’ils peuvent faire pour nous. Mais nous, les Papora, nous n’avons pas besoin d’argent, parce que nous savons que l’argent est quelque chose comme un bonbon, mais ce n’est pas comme du riz qui peut vraiment vous rassasier.
Ce que nous leur demandons de faire, c’est d’abord : « merci de respecter les gens qui sont différents de vous, les différentes cultures, les différentes personnes, les différents genres, etc. ». Deuxièmement, lorsque, par exemple, vous utilisez les mouchoirs dans votre vie quotidienne, pouvez-vous utiliser quelque chose pour les remplacer, de sorte ne pas utiliser de mouchoirs. Pouvez-vous ne pas utiliser de sacs en plastique. Troisièmement, quand vous utilisez votre système électrique, pouvez-vous l’éteindre le plus vite possible après que vous n’en ayez plus besoin ? Que chacun fasse des petites choses, cela changera beaucoup de choses. Et quatrièmement, si vous voulez vraiment nous aider, venez nous rendre visite, apprenez par vos yeux. Beaucoup de gens veulent donner une contribution en argent pour nous. Oui, nous avons vraiment besoin d’argent pour mener à bien certains projets, pour construire un bon centre pour éduquer notre jeune génération, mais cependant nous refusons chaque fois, parce que nous voulons faire savoir que nous pouvons tout faire par nos propres mains. Peut-être sommes-nous pauvres, peut-être ne sommes-nous pas intelligents, mais nous avons un grand cœur (a beautiful heart). C’est ce dont l’être humain a besoin. Et nous voulons être un modèle.

A. P. et M.M. : Quelques questions à votre sujet en particulier : nous voulions clarifier votre propre rôle au sein de votre communauté, et qu’en est-il du fait que vous soyez une femme ?
S. H. : Ma mère est roi. Nous sommes une société où les femmes ont plus de pouvoir. Ma mère est comme un père.

A. P. et M.M. : C’est une reine ?
S. H. : Un roi ! Ma mère est le roi de mon peuple. Et je suis la seule fille qu’elle a. Elle a deux fils. Mais je suis la seule. Je ne veux pas être le prochain, mais on verra bien.

A. P. et M.M. : Donc si je comprends bien, les Papora sont surtout influencés par l’autorité des femmes ?
S. H. : Avant, c’était la femme. Même maintenant. Mais maintenant, nous sommes confrontés à de nombreux problèmes parce que vous savez que les Chinois sont une société où les hommes ont le pouvoir, donc si vous épousez votre femme, votre femme doit (venir) habiter avec vous. Vous n’allez pas habiter avec votre femme. Mais dans ma communauté, vous devez habiter avec votre femme. Mais maintenant, parce que beaucoup de gens de l’extérieur viennent, il est vraiment difficile de maintenir notre gouvernance traditionnelle. Cela signifie que nous avions l’habitude, quand maman parle, de rester silencieux, nous l’écoutions, mais dans de nombreux cas, même à l’école, quand un professeur masculin parle, nous devons parfois garder le silence. Même une enseignante, même encore à Taiwan. C’est très différent pour nous. Et aussi…. Quand je postule à mon emploi, si je me marie, si j’ai un bébé, pendant ma grossesse peut-être que mon patron envisagera de me renvoyer. Parce que peut-être quand j’aurai un bébé, je n’aurai pas le temps de bien garder mon emploi ou il devra payer plus parce que les assurances seront plus élevées. Et aussi, c’est vraiment différent. Dans ma communauté, si vous êtes une femme, vous avez un meilleur statut social, mais à Taïwan, c’est l’inverse. Donc si vous voulez être un leader dans votre équipe, dans votre travail, vous devez travailler plus dur qu’un homme. C’est comme ça. Et il est aussi très difficile de trouver un homme qui veut se marier avec vous en ce moment (rires). Parce qu’ils diraient : « Qu’est-ce qui ne va pas chez cet homme, le pauvre il doit vivre chez sa femme ».

A. P. et M.M. : Combien y a-t-il de Papora ? Combien êtes-vous au total ?
S. H. : Si l’on parle du sang, d’après les liens du sang, c’est autour de 3000. Mais si on parle d’auto-identification, il y en a maintenant environ 500.

A. P. et M.M. : Y a-t-il encore quelque chose que vous voulez ajouter ou transmettre aux lecteurs de l’article ?
S. H. : Bienvenus dans notre communauté, nous sommes de très bons hôtes. Vous découvrirez la façon d’être un vrai être humain. Mais pour ceux qui ne peuvent pas venir mais qui peuvent nous écouter ou nous ire, peu importe, je leur dis que je souhaite juste que vous puissiez apprécier votre bon cœur durant toute votre vie. Vos petites actions vont changer le monde, beaucoup. Donc, si vous vous souciez davantage des gens et de votre environnement, vous le saurez, nous avons encore la possibilité de sauver notre Terre mère. Nous avons encore la possibilité de mieux apprendre à nous connaître mutuellement. Nous avons encore la possibilité de garder plus de cultures différentes sur Terre. Et nous avons encore la possibilité de faire savoir à nos bébés, à la nouvelle génération, à quel point le monde est beau. C’est ce qu’ont dit ma mère et ma grand-mère avant mon départ pour la Suisse.

Traduction de l’anglais par Amélie Pochon et Maxime Von der Mühll