Eglise et écologie, Groupe des Amis de la Vie de Paris

Par Jean-Pierre Raffin

 

L’idée de cette intervention repose sur le constat suivant. Il est paru ces dernières années différents ouvrages ainsi que des articles de presse dans La Croix et la Vie sur le thème de l’Eglise et de l’Ecologie. Ils ont un trait commun celui d’occulter systématiquement :

  1. Bien des réflexions et actions de clercs et de laïcs chrétiens avant la belle encyclique Laudato si’ du Pape François ,
  2. Les réflexions d’écologues qui sans partager une foi chrétienne ont une approche éthique des rapports des humains avec les autres êtres vivants.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me faut définir ce que j’entends par les mots « Eglise » et « Ecologie ». L’Eglise est l’ensemble des clercs et des laïcs qui partagent la même foi catholique alors que dans certains ouvrages évoqués ci-dessus, l’Eglise se résume aux seuls clercs.  Et pourtant Jean-Marie Lustiger, lors du pèlerinage de Chartres du 8 mai 1960 en s’adressant aux étudiants ne déclarait-il pas « Vous êtes l’Eglise » ? Il ne disait pas, bien sûr, toute l’Eglise… L’Ecologie est une discipline scientifique née à la fin du XIX° (Haeckel. 1866) qui étudie les rapports des organismes vivants entre eux et avec leurs milieux. Cette discipline est restée longtemps essentiellement naturaliste. Il faudra attendre les années 1960 pour qu’elle intègre les humains.

Ainsi François Bourlière (grand médecin qui a introduit la gérontologie en France et écologue naturaliste de réputation internationale), René Dubos (agronome de formation, microbiologiste inventeur de nombreux antibiotiques et philosophe), Frank Fraser Darling (écologue) et Marion Clawson ( économiste)  intitulaient-ils leur rapport lors d’une conférence intergouvernementale sur les ressources de la biosphère organise à à l’Unesco en septembre 1968 : « L’homme et ses écosystèmes : l’objectif d’un équilibre dynamique avec le milieu satisfaisant les besoins physiques, économiques, sociaux et spirituels ». C’était, en quelque sorte de l’écologie intégrale avant l’heure. De cette conférence intergouvernementale naîtra, en 1971, le programme  international MAB ( Man and Biopshere : L’Homme et la Biosphere).

Or des ouvrages comme : Penser l’écologie dans un monde catholique  de Fabien Revol (2018), Eglises et écologie, une révolution à reculons de Christophe Monnot et Frédéric Rognon (2020), Théologie de l’écologie, une Création à partager de François Euvé (2020), La nouvelle théologie verte de Christophe Monnot et Frédéric Rognon (2021) et Le Christ vert, itinéraire pour une conversion intégrale d’Etienne Grenet (2021) font l’impasse sur les réflexions et actions des laïcs qui ont agi avant Laudato si ainsi que sur les  réflexions des écologues  qui ont une approche éthique des rapports entre humains  et autres vivants ( en ne limitant aux auteurs francophones : Reclus (1869, 1905), Hainard (1943), Heim (1952), Dorst (1965), Dubos (1972-1973-1980), Dajoz !1971), Duvigneaud(1974), Ramade (1974), Saint-Marc(1978), Grassé( 1980), di Castri (1984), Serres (1990), Blandin (1994), Genot ( 2003), Barbault (2006), Comeliau (2006), Pierre (2006), Diagne( 2007), Loreau (2007) , Blandin (2010), Blondel (2012), Lebreton (2012). etc. A l’heure où l’on parle de science participative,  une théologie, une philosophie peuvent-elles s’élaborer avec le seul entre soi de philosophes et théologiens estampillés ?  Sans pouvoir développer les propos des auteurs ci-dessus cités, je ne retiens que celui de Michel Loreau. Il écrivait : « L’écologie scientifique appelle à une nouvelle relation entre l’humanité et la nature, qui accepte et même célèbre la diversité de la vie. C’est là que l’écologie rencontre l’éthique : une nouvelle éthique est nécessaire pour prendre en compte ces données de l’écologie scientifique » (Pourquoi se soucier de la biodiversité ? L’écologie à la rencontre de l’éthique.  Signons la paix avec la Terre. Entretiens du XXI° siècle. Unesco-ALbin Michel. 2007).

 

Or curieusement les ouvrages loués par La Croix qui ont été mentionnés ci-dessus et présentés comme ouvrages de référence sont muets sur ces réflexions. Il en va de même dans de multiples articles publiés dans La Croix et La Vie parus depuis l’encyclique  Laudato si’. Or, contrairement à ce que pourrait laisser croire la lecture de ces écrits, il y a eu un avant Laudato si, en matière de prise de conscience et d’action de chrétiens notamment catholiques et d’écologues s’inscrivant dans une démarche spirituelle.

Je vais en donner quelques exemples. Mais je me limiterai au seul volet concernant les réflexions et actions de croyants référencées dans  l’ouvrage Ecologie intégrale. 25 ans après l’Appel de Klingentahl, publié en 2021 et dont La Croix a,  d’ailleurs, refusé de rendre compte alors qu’elle louait les livres ci-dessus mentionnés

1970

Intervention de Paul VI, au siège de la FAO, à Rome, le 16 novembre. Après avoir salué les efforts faits pour améliorer la production agricole, Paul VI  précise : « Mais la mise en œuvre de ces possibilités techniques à un rythme accéléré ne va pas sans retentir dangereusement sur l’équilibre de notre milieu naturel, et la détérioration  progressive de ce qu’il est convenu d’appeler l’environnement risque, sous l’effet des retombées de la civilisation industrielle, de conduire à une véritable catastrophe écologique ».

1971

Le Centre Catholique des Intellectuels Français organise, à Paris, un débat entre philosophes, scientifiques et théologiens sur le thème « La nature problème politique : sommes nous des apprentis sorciers ? ». En relire les conclusions publiées chez Desclée De Brouwer (Recherches et débats  n° 72. Septembre  1971) donne à penser  que  bien des éléments d’actualité  étaient déjà en question. L’on y traite de réchauffement de la terre, de pollutions diverses, de pesticides, de surexploitations de ressources naturelles, de démographie, etc…Jean Dorst, du Museum d’Histoire naturelle, évoque une nature à concevoir comme « partenaire » de l’homme. Dominique Dubarle, doyen de la Faculté de Philosophie de l’Institut Catholique de Paris  s’interroge sur les conséquences du propos cartésien de l’homme comme « maître et possesseur de la nature ». Il  reviendra  plus tard sur ce point en 1975.

11 décembre. Le Cardinal Jean-Marie Villot,  préfet de la  Congrégation du clergé, secrétaire d’Etat au Vatican envoit  une lettre à l’Union des juristes catholiques d’Italie  pour son congrès consacré à l’environnement.

-« Si  cette nature est offerte à l‘homme pour qu’il en use et en jouisse, ne devra-t-on pas dire que par droit de nature et d’appartenance s’applique à elle cette exigence primordiale de justice que la civilisation juridique la plus ancienne a déjà exprimée dans la formule classique : «Primum non laedere». D’abord ne pas nuire ? N’est-il pas vrai que tout dommage excessif, toute atteinte indue portée à la création indirectement est un affront au Créateur ? »

1972

 Juin. Extraits du message de Paul VI à Maurice Strong, secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement, lu lors de l’ouverture de la conférence, à Stockholm, le 5 juin. « Comment ignorer les déséquilibres provoqués dans la biosphère par l’exploitation désordonnée des réserves physiques de la planète, même dans le but de produire de l’utile, comme le gaspillage des ressources naturelles non renouvelables ; les pollutions du sol, de l’eau, de l’air et de l’espace avec leurs atteintes à la vie  végétale et animale ? (…) Mais toutes les mesures techniques demeureraient inefficaces si ne les accompagnait une prise de conscience de la nécessité d’un changement radical  des mentalités. C’est à la lucidité et au courage que tous se trouvent appelés.(…) Nul ne peut s’approprier de façon absolue et égoïste le milieu ambiant qui n’est pas une « res nullius » – la propriété de personne-, mais la « res omnium » – un patrimoine de l’humanité. »

1975

Dossier n° 9 de la revue « Aujourd’hui. Tome III. « Les chrétiens et la gestion du monde ». Articles de J .Carlier, directeur des information de RTL : « J’aime François d’Assise » ; J. Hug, sj. « Genèse I et limites de la croissance » ; Professeur Visser’t Hooft, président d’honneur du Conseil œcuménique des Eglises «  L’homme et la création » ; D. Dubarle, ancien doyen de la faculté de Philosophie de l’Institut catholique de Paris, « Question de vie ou  de mort » ;  A. Dumas, doyen de la faculté de Théologie protestante de Paris, « Morale pour le temps  présent ». D. Dubarle écrit alors : « L’homme créé à l’image de Dieu souligne une proximité privilégiée de l’homme vis-à-vis de Dieu et non pas une position de domination sur le monde » (…) « Soyez  féconds, multipliez, emplissez la terre » est l’objet d’une bénédiction et non d’un ordre  » (…) «Trois siècles durant, nous avons agi à l’égard de la nature comme à l’égard d’un matériau ; nous nous en sommes rendus brutalement maîtres et possesseurs. Nous ne pouvons plus entretenir pareille habitude despotique et, somme toute infantile ».

A signaler que le «soyez féconds et multipliez »  que l’on trouve dans le premier récit de la Genèse, écrit pendant l’exil à Babylone d’une bonne partie du peuple hébreu , n’était, après tout, qu’une mesure de sauvegarde pour sa pérennité…

1979

 20 novembre, soit un an après son élection le pape Jean-Paul II promulgue Saint François : « patron devant Dieu de tous ceux qui  font la promotion de l’écologie ».

A signaler que Jean-Paul II  interviendra tout au long de son pontificat, pratiquement chaque année, sur le thème de « l’écologie » Je ne peux retenir que quelques unes de ces interventions.

1988

18 -21 janvier. Conférence de 75 Prix Nobel  réunie au Palais de l’Elysée à l’initiative  d’ Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix 1986 et du Président  François Mitterrand  dont l’une des conclusions est «Toutes les formes de vie doivent être considérées comme un patrimoine essentiel  de l’humanité . Endommager l’équilibre écologique est donc un crime contre l’avenir »

1990

1er janvier. Message  de Jean-Paul II à l’occasion de la journée mondiale de  la Paix : «  La Paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création »

« Face à la dégradation générale de l’environnement (…) on assiste ainsi à la formation d’une conscience écologique qu’il ne faut pas freiner mais favoriser, en sorte qu’elle se développe. » (…) « Les réflexions bibliques mettent mieux en lumière le rapport entre l’agir humain et l’intégrité de la création. Lorsqu’il s’écarte du dessein de Dieu créateur, l’homme provoque un désordre qui se répercute inévitablement sur le reste de la création. » (…) « Certains éléments de la crise écologique actuelle font apparaître à l’évidence son caractère moral. Il faut y inscrire en premier l’application sans discernement des progrès scientifiques et technologiques. (…) Pour aucune intervention dans un domaine de l’écosystème on ne peut se dispenser de prendre en considération ses conséquences dans d’autres domaines et, en général, pour le bien être des générations à venir. » (…) « Des équilibres écologiques délicats sont bouleversés par une destruction incontrôlée des espèces animales et végétales ou par une exploitation imprudente des ressources ; et tout cela, il faut le rappeler, ne tourne pas à l’avantage de l’humanité, même si on le fait au nom du progrès et du bien-être. » (…) « On n’est peut-être pas encore en mesure d’évaluer les troubles provoqués dans la nature par des manipulations génétiques menées sans discernement et par le développement inconsidéré d’espèces nouvelles de plantes et de nouvelles formes de vie animale, pour ne rien dire des interventions inacceptables à l’origine même de la vie humaine » (…) « La société actuelle ne trouvera pas de solution au problème écologique si elle ne révise sérieusement son style de vie. En beaucoup d’endroits du monde, elle est portée à l’hédonisme et à la consommation, et elle reste indifférente aux dommages qui en découlent. Comme je l’ai déjà fait observer, la gravité de la crise écologique révèle la profondeur de la crise morale de l’homme. Si le sens de la valeur de la personne et de la vie humaine fait défaut, on se désintéresse aussi d’autrui et de la terre. L’austérité, la tempérance, la discipline et l’esprit de sacrifice doivent marquer la vie de chaque jour, afin que tous ne soient pas contraints de subir les conséquences négatives de l’incurie d’un petit nombre.(…)« On ne peut négliger, enfin, la valeur esthétique de la création. Le contact avec la nature, par lui-même, est profondément régénérateur, de même que la contemplation de sa splendeur donne paix et sérénité. La Bible parle souvent de la bonté et de la beauté de la création appelée à rendre gloire à Dieu.(…)« Le problème écologique a pris aujourd’hui de telles dimensions qu’il engage la responsabilité de tous .(…) « Les chrétiens, notamment savent que leurs devoirs à l’intérieur de la création et leurs devoirs à l’égard de la nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi. C’est pourquoi, ils sont conscients du vaste domaine de collaboration œcuménique et interreligieuse qui s’ouvre devant eux ». Dans ce message, Jean-Paul II n’oublie pas l’urgence d’une solidarité  nouvelle entre pays à des niveaux de développement différents. Il insiste, comme le fera plus tard le Pape François, sur le nécessaire lien entre la défense de l’environnement et la lutte  contre la pauvreté . « L’on ne parviendra pas à un juste équilibre écologique si l’on ne s’attaque pas directement aux formes structurelles de la pauvreté existant dans le monde » écrit-il.

8-9 septembre. Colloque pluridisciplinaire« Sauvegarde et gérance de la Création » organisé, à Paris, par Pax Christi. Interviendront théologiens, philosophes, écologues, médecins, économistes, enseignants, élus, etc.  L’essentiel des communications sera rassemblé dans l’ouvrage « Sauvegarde et gérance de la Création » publié en 1991 (Desclée) sous la direction de René Coste et Jean-Pierre Ribaut

1991

-8 mars, A Paris, réunion constitutive de la Commission nationale de la sauvegarde et gérance de la Création au sein de Pax Christi à l’initiative de René Coste, prêtre de Saint-Sulpice, professeur de théologie sociale à la Faculté de théologie de l’Institut catholique de Toulouse, Antoine Tran Van Toan, professeur de philosophie à la Faculté libre des Lettres de Lille et Jean-Pierre Ribaut, chef de la Division de l’environnement  et des ressources naturelles du Conseil de l’Europe. Cette commission, qui va comporter de nombreux laïcs, se donne pour mission de mobiliser les catholiques sur la question écologique en mettant en application  le message prophétique du 1er janvier 1990 de Jean-Paul II.

Par souci de simplification, on la nommera dans la suite du texte CSGC (Commission Sauvegarde et Gestion de la Création)

  1. 1994.

1-2 octobre . Organisation, à Paris, par le CSGC du colloque scientifique et pluridisciplinaire « L’influence de notre mode de vie sur l’environnement »  Y sont évoquées des  initiatives suisses, néerlandaises, belges, françaises, etc.

1995

 17-29 octobre Colloque scientifique, pluridisciplinaire et interconfessionnel « Ecologie, éthique, spiritualité » organisé à Klingenthal  (Alsace) par la CSGC avec le soutien notamment  du Conseil de l’Europe, de Yéhudi Menuhin,  des Fondations  Johann Wolfgang von Goethe (Bâle) et Charles Léopold Mayer  pour le  progrès de l’Homme (Paris).  A l’issue de ce colloque lancement de l’Appel de Klingentahl.

Se retrouvèrent animiste, bahaï, bouddhiste, catholique, juif, hindouiste, musulman, protestant, shintoïste, franc-maçon et représentants de divers «peuples premiers» (aborigène d’Australie, africain, amérindiens, lapon, etc) pour alerter sur la dégradation des écosystèmes, la surexploitation des ressources naturelles, l’érosion des sols, le réchauffement de la planète, les conflits armés et le sort des «populations locales» atteintes dans leur conditions de vie… et demander le développement de spiritualités soucieuses de la sauvegarde de la planète et de ses habitants. Ils lancent un appel qui se termine par ces propos

« ENSEMBLE nous exhortons tous les peuples et leurs dirigeants à agir concrètement et durablement pour une gestion et une protection responsable de notre patrimoine commu .

ENSEMBLE nous voulons exprimer et vivre cette solidarité.

Quant aux initiatives et actions concrètes, les propositions surabondent depuis longtemps. Le plus important, c’est que se développe en chacun une attitude écologique, c’est-à-dire qu’à, chaque instant nous soyons conscients du fait que nos choix et décisions ont des conséquences à long terme sur l’environnement, le nôtre et celui des autres. Il convient également de redécouvrir l’importance d’une certaine frugalité et de la modération.

Cette conversion de nos comportements est particulièrement importante dans les pays industrialisés, qui assument une responsabilité toute particulière dans l’état actuel de la planète. Mais indépendamment de cette constatation, quels que soient nos responsabilités, statuts ou fonctions, nous avons toutes te tous à témoigner  azr notre comportement dans la vie quotidienne et par l’éducation. »

1998

27 février-1er mars. Colloque pluridisciplinaire « Développement durable et nouveaux modes de vie : un défi pour nos sociétés » organisé à Chantilly par la CSGC. Sont développés les enjeux d’un développement soutenable dans les différents compartiments de la vie sociale et les moyens d’y parvenir.

1999

 12 juin. Homélie de Jean-Paul II à Zamosc (Pologne)  titrée « Le chrétien a le devoir de participer à la protection de l’environnement : « La beauté de cette terre me pousse à invoquer sa préservation pour les générations futures (…) Je m’adresse en particulier à ceux auxquels a été confiée la responsabilité de ce pays et de son développement, les invitant à ne pas oublier le devoir de le protéger contre la destruction écologique ! Qu’ils préparent des programmes pour la protection de l’environnement et qu’ils veillent à leur application efficace ! Qu’ils adoptent surtout des comportements de respect pour le bien commun, pour les lois de la nature et de la vie !  Qu’ils soient soutenus par des organisations ayant pour objectif la défense des biens naturels ! (…) Que chaque disciple du Christ revoie son style de vie, afin que la juste aspiration au bien-être n’offusque pas la voix de la conscience, qui examine ce qui est juste et ce qui est authentiquement bon ».

C’est notamment une invitation aux catholiques à soutenir le monde associatif, dirons-nous, de la protection de la nature. L’ on a pas l‘impression, qu’en France, cette invitation ait eu beaucoup d’effets…

2000 

Février. Déclaration de la Commission sociale des Evêques de France « Le respect de la Création » à laquelle a collaboré la CSGC « Les deux siècles qui viennent de s’écouler laissent leur sillage de lumière et de progrès, il ne nous vient pas l’idée de le nier. Mais il appartiendra aux générations qui montent de répondre aux défis que, sur un autre   versant, la pollution atmosphérique a entraînés, risquant de compromettre l’avenir même de l’espèce humaine. C’est pourquoi, afin de soutenir le « principe de précaution»  préconisé à Stockholm (1972) et Rio de Janeiro (1992) nous en appelons, à la suite des plus grandes instances chrétiennes, à un « sursaut vital » de tous ». L’effort scientifique ne peut, à lui seul, assumer l’avenir de la planète. Une véritable ascèse des groupes et des personnes, mieux, selon le mot d’Alexandre Soljenitsyne, une « autolimitation » des individus et des Etats, s’impose ».

Le propos de Mgr de Berranger, président de la Commission sociale, rappelle  celui du père d’Albert Camus rapporté dans son autobiographie posthume « L’homme premier » (1964)  selon lequel « un homme, ça s’empêche » tout comme celui de Jacques Testart  (La Vie ; n° 3782. 24 février 2018) demandant  une éthique de la non-recherche et l’application d’un principe de précaution strict, en matière de biomédecine.

Novembre Colloque pluridisciplinaire et interconfessionnel  «  Ethique pour un consommateur citoyen et solidaire ? »  organisé, à Paris, par la CSGC et le Centre de Recherche sur la Paix (CRP) de l’Institut catholique de Paris.

2002

Transformation  de la Commission CSGC de Pax Christi en Antenne Environnement et modes de vie de la Conférence des Evêques de France que l’on mentionnera «AEMV » Cette antenne sera présidée par Mgr Marc  Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi-France Elle a pour mission de rédiger des fiches  pour les évêques sur des sujets d’actualité touchant la question écologique ;  organiser des colloques et des campagnes destinées au grand public.

2003

Publication par « Fêtes et saisons » de « Merci Jean-Paul II, Célébrons vingt-cinq années de

pontificat ». Il n’y a pas un seul mot sur le message « écologique » d’un pape qui pourtant tout au long de son pontificat n’a cessé d’intervenir sur l’écologie, au sens large : l’environnement mais aussi la lutte contre les « formes structurelles de la pauvreté ».

2005

2 avril . Décès de Jean-Paul II. Dans les articles et numéros  spéciaux de La Croix et La  Vie, il n’y a pas un mot sur l’engagement du pape décédé pour l’écologie.

Dans La Vie, il est en revanche accordé de l’importance à la question du célibat des prêtres…

J’ai alors écrit à Max Armanet, directeur de la rédaction ( 19 /04/2005) pour lui, demande si pour l’avenir de l’humanité il était plus important que les prêtres puissent se marier ou que le peuple catholique se bouge pour l’environnement en mettant en application les nombreux messages du pape décédé. Il n’y eut pas de réponse.

Dans La Croix, même silence. Mgr Marc Stenger et Jean-Pierre Ribaut, respectivement président et vice-président de l’Antenne Environnement et Modes de Vie proposèrent alors un texte rappelant l’importance des engagements  de Jean-Paul II pour l’écologie.  La Croix  refusa de le publier.

Mai. Publication de la fiche «  Environnement et développement durable et modes de vie » 20 de l’AEMV.

Juin. Publication de « Planète vie-planète mort., l’heure  des choix » ouvrage collectif dirigé par Mgr Stenger et réalisé pour l’essentiel par des membres de l’AEMV. Echo très  discret dans La Vie ( 21 mots, 3 lignes sur une colonne, alors que l’un des contributeurs, René Valette, était le président des Amis de La Vie)) plus conséquent dans La Croix.

Octobre. Lancement de la campagne « Noël, bonne nouvelle pour la terre » .  Y participent Justice et Paix, CCFD-Terre solidaire, Chrétiens en monde rural (CMR), Mouvement rural de la Jeunesse chrétienne (MRJC), Pax Christi-France, Secours catholique-Caritas France, Communauté Vie Chrétienne (CVX) et Action catholique des enfants.(ACE).

2006

Février. Création du réseau chrétien « Paix, environnement et modes de vie ».

Mai. Lancement de la campagne « Vivre l’été autrement » Cet été disponible, naturellement ! » assurée par les Chrétiens dans le monde rural-CMR, Fédération protestante de France, Association catholique générale féminine-ACGF, Pax Christi-France, A Rocha, Scouts Guides de France, Mouvement chrétien des cadres-MCC, Action catholique des enfants-ACE, Communauté Vie Chrétienne-CVX, Mouvement rural de Jeunesse chrétienne-MRJC et Eclaireurs & Eclaireuses  Unionistes de France.

Décembre Campagne Noël autrement : « Noël, mille manières  de donner . Donnons du sens à nos cadeaux ».11 mouvements chrétiens en sont partenaires.

2007

Juin  Campagne « Heureux ceux qui se déplacent autrement, ils transmettent la terre » Ce sont maintenant 13  mouvements chrétiens qui l’assurent.

Octobre. Campagne « Heureux vous qui goutez Noël autrement » . Ce sont 17 mouvements qui assurent la campagne.      

 Publication  de la fiche « Principe de précaution ».

Novembre. Exposition « Vivre autrement : pour un développement durable et solidaire » organisée par AEMV à Notre-Dame de Pentecôte ( quartier de La Défense) dans le cadre de la 82 ème Semaine sociale de France

2008

Juin. Campagne « Vivre l’été autrement , prendre le temps ».menée par Action catholique des enfants-ACE, Action catholique générale féminine-ACGF, Aumônerie enseignement public, CCFD-Terre solidaire, Chrétiens dans le Monde rural-CMR, Christian Organisation for Ecology-CORE, Communauté Vie chrétienne-CVX, Eclaireuses & Eclaireurs unionistes de France, Fédération protestantes de France, Fraternité franciscaine séculière, Jeunesse ouvrière chrétienne-JOC, Mouvement des cadres chrétiens-MCC, Communauté Mission de France, Mission populaire évangélique de France, Mouvement eucharistique des Jeunes-MEJ, Mouvement rural de Jeunesse chrétienne-MRJC, Oeku, Pax Christi, Prier-l’aventure spirituelle, Secours catholique-Caritas France.

Septembre. . « L’agriculture en France, aujourd’hui ».  Document épiscopal

 n ° 7 du Secrétariat général de la Conférence des évêques de France. C’est là un texte d’une actualité « brûlante » où est posée la question de quelle agriculture pour demain…

Novembre. Lancement de la campagne «  Noël autrement : Arrêtons l’Hyper-Noël, faisons la paix avec la terre» par 22  mouvements  chrétiens

 2009

Mai. Lancement de la campagne “Eté autrement: “Ne prenons pas la Terre pour une gourde : l’eau est un don  de Dieu » . 24 mouvements en sont partenaires.

Septembre Journée de formation  de Pax Christi :« Appelés à vivre simplement : comment faire ? Individuellment ou collectivement ? » Y sont préconisées, entre autres : dans l’alimentation de privilégier les productions de proximité et de saisons  (AMAP), le commerce équitable, d’éviter le gaspillage alimentaire, de privilégier la viande provenant d’élevages « naturels », d’user d’eau du robinet etc ; en matière d’habillage  «  choisir la durabilité par rapport à l’éphémère et u jetable du suivi de la mode » ; dans les transports choisir les transports en commun…etc… Collectivement ? S’engager dans des mouvements associatifs ou politiques qui privilégient le bien commun. Par exemple soutenir une réforme de la Politique Agricole Commune  où les aides aillent plutôt vers des pratiques vertueuses alors que 15% des agriculteurs  « industriels » perçoivent 83 %  des aides … etc.

Novembre. Assemblée plénière des évêques de France  à Lourdes. Création d’un groupe de travail épiscopal « Ecologie et environnement » qui sera piloté par Mgr Marc Stenger .

Décembre. Campagne “ Ne prenons pas la terre pour une dinde. A Noël réchauffons nos cœurs ».24 mouvements chrétiens en sont partenaires

2010

1er janvier . Message  de Benoît XVI pour la 43ème Journée mondiale de la paix.

Extraits : « Si tu veux construire la paix, protège la Création » . «  Il faut considérer que la crise écologique ne peut être appréhendée séparément des questions qui s’y rattachent, étant profondément liée au concept même de développement et à la vision de l’homme et de ses relations avec ses semblables et avec la création » (…) « La crise écologique montre l’urgence d’une solidarité qui se déploie dans l’espace et le temps.il est, en effet, important de reconnaître, parmi les causes de la crise écologique actuelle, la responsabilité historique des pays industrialisés ».(…) « L’Eglise a une responsabilité vis-à-vis  de la création et elle pense qu’elle doit l’exercer également  dans le domaine public, pour défendre la terre, l’eau et l’air, dons du Dieu créateur à tous, et, avant tout, pour protéger l’homme du danger de sa propre destruction. La dégradation de la nature est, en effet, étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine, c’est pourquoi « quand l’écologie humaine est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire avantage ».

L’antenne Environnement devient département environnement et modes de vie.L

Pubilcation de la fiche Fiche  « Nanotechnologies ».

Campagne d’été « Pour le bien de tous, donnons des vacances à la terre, cessons de   l’épuiser ! » 25 organisations y participent.

Juin Journée « Biodiversité et foi chrétienne » organisée à la CEF.

Campagne Noël autrement « Offrons nous un avenir. Les biens communs sont notre richesse » 25 organisations et 5 publications  chrétiennes en sont partenaires.

2011 

Fiche « Les marées vertes ».

Campagne Noël autrement « La Terre a du prix. La Terre nous est confiée, ne la bradons pas »

25 organisations et 6 publications partenaires.

2012

Mai.. Parution de « Enjeux et défis écologiques pour l’avenir » du Groupe de travail  « Ecologie  et Environnement- CEF. » mis en place en 2009. Après avoir auditionné des personnes compétentes en divers domaines, les évêques ont tiré des conclusions et propositions concernant essentiellement les modes d’informations, les transports, l’énergie et les déchets, l’alimentation, etc. Curieusement la diversité biologique et les manipulations qu’elle subit sont des thèmes à peine évoqués alors que des biologistes ont été auditionnés. Il semble qu’il y ait là une certaine peur de sacralisation de la Nature conduisant à ce que soit écartée la question des rapports entre l’espèce humaine et les vivants non humains. Cette frilosité de l’épiscopat explique sans doute qu’un projet de fiche sur les OGM, prévu dès 2003, n’ait pu aboutir.

Curieusement mais sans doute pour des raisons différentes, lorsqu’il sera question de transition écologique dans les années 2020, l’on trouvera ce même déséquilibre. Alors que la transition écologique repose sur deux volets principaux : la lutte contre les causes du dérèglement climatique et la lutte contre les causes de l’effondrement de la diversité du monde vivant, les responsables politiques tout comme les médias mettent l’accent sur la question climatique et laissent de côté la diversité du monde vivant. Les premiers engagent même des politiques qui vont à l’encontre du maintien et de la restauration de la diversité biologique.

Fiche « Effet de serre et changement climatique ».

Octobre .Journée de formation Pax Christi à Paris « Enjeux et défis écologiques pour l’avenir » Les thèmes évoqués en 2009 sont repris et développés.

2013

24 novembre Exhortation apostolique «Evangelii gaudium : La joie  de l’évangile » du Pape François élu le 13 mars après la renonciation de Benoît XVI.Le Pape François développe le propos (proposition 215) déjà évoqué lors de la messe inaugurale  de son pontificat en ces termes “ Il y a d’autres êtres fragiles et sans défense, qui très souvent restent à la merci des intérêts économiques ou sont utilisés sans discernement. Je me réfère à l‘ensemble de la création. En tant qu’êtres humains, nous ne sommes pas les simples bénéficiaires, mais les gardiens des autres créatures. Moyennant notre réalité corporelle, Dieu nous a unis si étroitement au monde qui nous entoure, que la désertification du sol est comme une maladie pour chacun ; et nous pouvons nous lamenter sur l’extinction d’une espèce comme si elle était une mutilation. Ne faisons pas en sorte qu’à notre passage demeurent des signes de  destruction et de mort qui frappent notre vie et celle des générations futures. En ce sens, je fais mienne la belle et prophétique plainte exprimé il y a plusieurs années par les évêques des Philippines:

“ Une incroyable variété d’insectes vivait dans la forêt et ceux-ci étaient engagés dans toutes sortes de tâches propres (…). Les oiseaux volaient dans l’air, leurs brillantes plumes et leurs différents chants ajoutaient leurs couleurs et leurs mélodies à la verdure des bois (…).Dieu a voulu cette terre pour nous, ses créatures particulières, mais non pour que nous puissions la détruire et la transformer en sol désertique (…). Après une seule nuit de pluie, regarde vers les fleuves marron-chocolat, dans les parages, et souviens-toi qu’ils emportent le sang vivant de la terre vers la mer (…). Comment les poissons pourront-ils nager dans cet égout comme le rio Pasig, et tant d’autres fleuves que nous avons contaminés ? Qui a transformé le merveilleux monde marin en cimetière sous-marins dépourvus de vie et de couleurs ? “ (Lettre pastorale de la Conférence épiscopale des Philippines du 29 janvier 1988). ».

Fiches « Biodiversité : crise et réponse de la société  et Valeur et respect du  vivant ».

Campagne Noël autrement « Noël sans cadeaux mais avec joie, simplicité,  imagination, fête ». Collectif Vivre autrement

2015

Encyclique Laudato si’ du Pape François.

J-P. Raffin : Quelques réflexions sur la lettre encyclique du Pape François « Laudato si’ » et sur certains commentaires l’ayant accompagné.( août 2015)

Sémantique…

D’aucuns avançant (par exemple : AFP, 16/06/2015 ; La Croix, 17/06/2015 ; le Service national Famille et Société de la Conférence des Evêques de France, 17/06/2015 ; Terraeco. 18/06/2015, etc) que le Pape François publierait une encyclique sur l’« écologie humaine », l’on pouvait penser qu’il s’inscrirait dans la démarche développée à la suite de la Manif’ pour tous par des responsables d’Alliance Vita. La réalité est plus subtile. Si le Pape François reprend cette dénomination employée par ses prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoît XVI, il l’utilise dans un contexte particulier. Il conçoit une « écologie intégrale » permettant la sauvegarde de notre « maison commune » dont feraient parties une écologie environnementale et sociale, une écologie culturelle et une écologie de la vie quotidienne cette dernière intégrant l’écologie humaine. Cela ressemble vraiment beaucoup à ce que contenait un rapport de la réunion intergouvernementale organisée en septembre 1968 à Paris, par l’Unesco (Utilisation et conservation de la biosphère) dû, pour bonne part, à François Bourlière, médecin et écologue, et René Dubos, biologiste et philosophe. Il était alors question de « L’homme et ses écosystèmes ; l’objectif d’un équilibre dynamique avec le milieu satisfaisant les besoins physiques, économiques, sociaux et spirituels», traduction d’une conception où tout est lié (ce que reprend à son compte le Pape François) et où l’on ne peut envisager un développement humain étranger au reste du monde vivant. Il s’en suivait une mise en avant de la nécessité de développer des travaux sur l’écologie humaine. Cela conduira au lancement, en 1971, du programme international MAB, l’Homme et la biosphère.

L’adjectif « intégral » n’ajoute donc pas grand chose mais peut-être était-il nécessaire dans le brouillard idéologico-politico-médiatique où ont fleuri l’écologie aimable, l’écologie chrétienne, l’écologie environnementale, l’écologie du futur, l’écologie heureuse, l’écologie de libération, l’écologie géopolitique, l’écologie humaniste, l’écologie humaine, l’écologie intégriste, l’écologie intelligente, l’écologie joyeuse, l’écologie lucide, l’écologie partisane, l’écologie permissive, l’écologie politique, l’écologie populaire, l’écologie positive, l’écologie pragmatique, l’écologie profonde, l’écologie punitive, l’écologie réformiste, l’écologie répressive, l’écologie sociale, l’écologie sans complexe, l’écologie souriante, l’écologie superficielle, etc. (1) sans oublier, bien sûr, l’écologisme…

Enfin comment ne pas faire remarquer que les termes « maison commune » rappellent furieusement l’étymologie de l’écologie et de l’économie : oïkos logos, oïkos nomos avec comme trait commun : « oïkos », la maison (commune…), l’habitat…

L’encyclique  aborde de multiples aspects de ce qui devrait être cette vie au sein d’une maison commune qui ont été largement commentés. Comme l’écrit le philosophe et sociologue Edgar Morin (La Croix, 22/06/2015), « cette encyclique est peut-être l’acte 1 d’un appel pour une nouvelle civilisation » Il concerne nombre des réflexions élaborées, au fil du temps, par la Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature-FFSPN, maintenant France Nature Environnement depuis le Manifeste pour la sauvegarde de la nature et de l’environnement proposé par le Doyen Maresquelle et adopté par l’assemblée générale de décembre 1972.

A titre personnel et conscient de laisser de côté de nombreux points qui pourraient être développés (et qui ont été présentés ailleurs : dimensions spirituelles, dérèglement climatique, eau, dégradation sociale, attention portée aux petits, aux plus pauvres, finance débridée qui conduit à la fraude institutionnalisée gentiment appelée « optimisation fiscale », soumission à une technologie qui oublie l’homme, agriculture respectueuse des hommes et des ressources, équité entre pays riches et pays moins favorisés, dette écologique, etc.) je retiens les éléments suivants, exposés sans hiérarchie, qui pourront apparaître bien réducteurs par rapport à l’ampleur du texte du Pape François. Cela ne veut pas dire que je néglige les autres et que je ne partage pas les conclusions du Pape François sur l’aspect « humain » mais je n’ai pas la prétention de vouloir tout embrasser et je préfère insister sur certains aspects qui sont moins évoqués par les commentateurs.

Dans ces réflexions les chiffres entre parenthèse correspondent aux différents paragraphes de l’encyclique auxquels il est fait allusion.

La nature source d’émerveillement

Le Pape François évoque au début de son texte (1) cette maison commune comme une sœur avec laquelle nous partageons l’existence et comme une mère belle qui nous accueille à bras ouvert (1). Il poursuit, citant François d’Assise, que pour le Poverello n‘importe quelle créature était une sœur, développant ensuite son propos : « Cette conviction ne peut être considérée comme un romantisme irrationnel, car elle a des conséquences sur les opinions qui déterminent notre comportement. Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable des fixer des limites à ses intérêts immédiats » (11). La beauté de la nature et le respect qui lui était dû, étaient déjà évoqués par le Pape Jean-Paul II dans son message pour la journée mondiale de la paix de 1990 et par le Pape François dans son exhortation apostolique de 2013. Cela évoque pour moi les propos d’un Jean Dorst selon les quels « L’homme a assez de raisons objectives pour s’attacher à la sauvegarde de la  nature sauvage. Mais la nature ne sera en définitive sauvée que par notre cœur. Elle ne sera préservée que si l’homme lui manifeste un peu d’amour, simplement parce qu’elle est belle et parce que nous avons besoin de beauté quelle que soit la forme à laquelle nous sommes sensibles du fait de notre culture et de notre formation intellectuelle. Car cela aussi fait partie intégrante de l’âme humaine » (Avant que nature meure. Delachaux et Niestlé.1965) mais aussi ceux de Patrick Blandin écrivant que la diversité biologique devrait être considérée comme « compagne », la nature comme « convive » (in Planète vie-Planète mort :l ’heure des choix. M. Stenger ed. Cerf. 2005) plutôt que comme un ensemble de « purs objets soumis à la domination humaine arbitraire « (82) « comme un bien sans propriétaire » (89).

Le monde vivant

Le Pape consacre un chapitre entier à la diversité biologique (III. 32 à 42) en des termes que les protecteurs de la nature pourraient revendiquer sans difficulté. Il met en parallèle la fragilité des espèces vivantes et la fragilité des humains les plus pauvres malmenés par  les puissances financières. Ces créature, dit-il, ne doivent pas être  perçues comme de simples ressources exploitables « en oubliant qu’elles ont une valeur en elles-mêmes » et qu’« à cause de nous (…) elles ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit  Cela est d’autant plus important pour nous autres français que l’Episcopat catholique de notre pays a été jusqu’à présent particulièrement frileux dans le domaine du vivant non humain. En effet, si la Commission sociale des Evêques de France avait bien publié en 2000, une déclaration  « Le respect de la Création » faisant allusion à la régression de la diversité biologique, le document « Enjeux et défis écologiques pour l’avenir » (2012) du groupe de travail Ecologie et Environnement de la Conférence des Evêques de France  n’est pas très disert sur la diversité biologique, le vivant non humain. Et pourtant ce vivant et un bien commun donné par le Créateur. C’est sans doute un héritage de la vision d’un Descartes ou d’un Buffon. Pour le premier, l’homme devait se percevoir « comme maître et possesseur de la nature » et l’animal n’était qu’une « machine» horlogère. Pour le second, la nature « naturelle » était une abomination qu’il fallait à tout prix détruire. C’est aussi vraisemblablement dû à l’influence d’un scientisme qui a marqué, chez nous, la fin du XIX ème et le XX ème. Mais des penseurs chrétiens tels le Père Dubarle, ancien doyen de la faculté de philosophie de l’Institut catholique ou le Pasteur Dumas, doyen de la faculté de Théologie protestante, montraient bien, dès 1975, l’inanité de cette vision, issue d’une lecture biaisée de la Bible et conduisant à une « habitude despotique et, somme toute infantile ». En effet, des siècles durant cette habitude avait effacé la sollicitude divine magnifiquement exprimée dans la Genèse où, après le déluge, le Créateur dit à Noé : « Je vais établir mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes les bêtes sauvages qui sont avec vous.J » (Gn 9-9-10). Et puis comment ne pas oublier  ce passage de l’évangile de St. Marc (16-15) où le Christ dit aux apôtres : « Allez par le monde entier, proclamez l’évangile à toutes les créatures. » ?  Sans tomber dans le biocentrisme ou l’écologie profonde il faut bien constater, quand on examine comment sont traités bien des animaux dans des élevages industriels et des abattoirs ainsi que la diversité biologique en général, que nos sociétés « occidentales » se comportent de manière inique avec des créatures « alliées » au Créateur. Très curieusement, nombre de théologiens, avant que ne soit exprimé le Pape François, sont restés muets sur les conséquences pratiques de ces passages des Ecritures saintes, marqués par une vision cartésienne du monde vivant. Et pourtant, sans ce monde vivant qui nous a précédé et qui nous accompagne, nous n’existerions pas.

L’on peut également constater que les commentaires français sur l’encyclique du Pape François sont aussi fort discrets sur l’aspect monde vivant non humain – diversité biologique du document. Il faudra attendre le déjeuner-débat organisé à Bruxelles le 25 juin par la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne-COMECE, pour que soit vigoureusement  évoqué ce point par une théologien irlandais le Père Sean Mac Donagh et le député européen Philippe Lamberts, co/président du groupe des Verts/Alliance libre européenne. Dans un monde que des mécanismes financiers réducteurs veulent simplifier à l’extrême la diversité est plus présentée comme un frein  que comme un atout  même si nous sommes le fruit de la diversité au travers de la longue histoire de près de 4 milliards d’année de la vie. Finalement comme le rappelait l’écologue P. Blandin (in Planète vie-planète mort : l’heure des choix. 2005.) cette diversité biologique est l’unique matériau disponible pour l’évolution, c’est en quelque sorte l’assurance-vie pour l’avenir de l’humanité. En un autre domaine, c’est ce qu’évoquait le Pape François avançant l’image du polyèdre comme  objectif pastoral plutôt que la sphère niant les différences  (§ 236. Exhortation apostolique. La Joie de l’Evangile. 2013).

Sur l’importance de la diversité du monde vivant que l‘on nomme « biodiversité » par anglicisme, je renvoie à mon article « Mort aux vivants » publié le 12 octobre 2021 dans la revue en ligne « La pensée écologioue » de Dominique Bourg.

Transparence et prise de décision

Le Pape François insiste beaucoup sur  les modalités de prise de décision en matière de protection de la nature  et d’environnement (on notera qu’il reprend cet intitulé qui était celui du premier ministère français en la matière assumé par Robert Poujade en 1971) notamment sur la transparence  (chapitre III, 182-188). Pour ce qui concerne les études d’impact, il relève qu’elles devraient être élaborées de manière interdisciplinaire et insérées dès le début des projets. C’est exactement ce que demandait la FFSPN, notamment les 19 septembre 1978 et 7 mai 1979, en rencontrant MM. d’ Ornano,  ministre de l’Environnement et du Cadre de Vie et Delmas son secrétaire d’Etat. La FFSPN avait fait valoir que l’étude d’impact arrivait beaucoup trop tard dans la procédure quand le projet était bouclé. Il était alors inévitable que ceux qui avaient élaboré un projet, quelquefois pendant plusieurs années, refusent  des remarques qui eussent pu être intégrées lorsque  le champ des possibles était encore ouvert. En conséquence, il ne restait plus aux citoyens appelés à se prononcer lors de l’enquête publique que le refus en bloc ou la résignation. Les pouvoirs publics qui pouvaient remédier facilement à cette situation puisqu’il suffisait de prendre un nouveau décret d’application de l’article 2 de la loi du 10 juillet 1976, n’en ont rien fait. La pression des services des ministères aménageurs (Equipement et transports, Industrie, Agriculture, etc) peuplés d’ingénieurs guère soucieux de dialogue et de concertation n’est sans doute pas étrangère au refus d’adopter une mesure de bon sens.  Il est amusant de voir qu’aujourd’hui la chargée de projet « Démocratie et Gouvernance » de la Fondation Nicolas Hulot, reprenne à son compte la revendication ancienne de la FFSPN, dans le cadre du « dialogue environnemental » (cf. l’article « Comment éviter de nouveaux drames comme à Sivens ? La Croix.4/06/2015).

Rôle des citoyens et des associations

Tout comme le Pape Jean-Paul II, à Zamosc (Pologne) le 12 juin 1999, déclarant « Le chrétien a le devoir de participer à la protection de l’environnement », demandant le soutien des « organisations qui se donnent pour finalité la défense des biens naturels », le Pape François fait une place importante aux associations (13,179, 206, 214, 232). A propos de ce que l’on appelle la gouvernance (chap.II des pistes d’action : le dialogue en vue de nouvelles politiques nationales et locales ), le Pape François écrit « La société à travers des organismes non gouvernementaux et des associations intermédiaires doit obliger les gouvernements à développer des normes, des procédures et des contrôles plus rigoureux » (179). Cela ne rappelle-t-il pas, en plus vigoureux, l’apostrophe de M. d’ Ornano lors de l’AG de la FFSPN de 1979 : « vous devez  rester l’aiguillon vigilant de l’action administrative »… ?

Démographie ?

Le reproche fait par Odon Vallet, historien des religions bien connu (Terraeco 18/06/2015) de sous-estimer le problème démographique et d’en être resté à Abraham dont les descendants devraient être plus nombreux que les grains de sable mérite d’être analysé.

Premièrement sur la reprise du fameux passage de la Genèse : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez la » (Genèse 1. 28), je partage le souci de contextualisation de notre historien comme je l’écrivais il y a dix ans. Pour le peuple d’Israël en exil à Babylone, lors de la période où a été écrite cette partie de la Bible, fécondité et prolificité étaient tout simplement une question de survie dans un monde hostile qui le tenait en esclavage.

Deuxièmement, je constate que le Pape François  lorsqu’il cite la Genèse (65, 66, 67, 68, 69) ne fait aucune allusion à cette fécondité et cette prolificité mais insiste au contraire sur l’ interprétation dévoyée (car hors contexte  sémantique et dans la foulée d’un Descartes pour qui l’homme était  « comme maître et possesseur de la nature » et l’animal une « simple machine » – Discours de la méthode. 1637) du mot « dominer » qui a été très longtemps celle de nombreux chrétiens.  Il faut rappeler, à nouveau, que dès 1975, le dominicain P. Dubarle, ancien doyen de la faculté de Philosophie de l’Institut catholique de Paris, le jésuite J. Hug de Genève, le Pasteur A. Dumas, doyen de la faculté de Théologie protestante de Paris et le professeur Visser’ t Hooft, président d’honneur du Conseil œcuménique des Eglises, s’insurgeaient déjà devant cette lecture  erronée de la Bible (Aujourd’hui. Dossier n° 9, Les chrétiens et la gestion du monde. 1975). Au même moment le protestant Edouard Kressmann, recensant les attaques de certains écologistes renvoyait à une autre lecture de la Bible dans Combat Nature (n°22, novembre 1975).

Et puis n’est-ce pas le même Pape François qui, lors d’un déplacement à Manille en janvier dernier (2015), appelant à une « paternité responsable » déclarait : « certains croient, excusez moi du terme, que pour être bons catholiques, ils doivent être comme des lapins… » ou « encore «  cela ne signifie pas que les chrétiens doivent faire des enfants en série ». ?

L’on ne peut oublier aussi qu’en 1993, le Secours catholique publiant un dossier spécial « Environnement et Développement » n’éludait pas la question du problème démographique dont son secrétaire général, Denis Vienot, disait (La Croix. 21-22/02/1993) qu’il était « colossal, prioritaire »…

Le reproche donc d’une sous-estimation de la question démographique me semble injustifié.

Sans être papolâtre l’on peut prendre acte d’un changement manifeste de discours dans l’Eglise catholique.

Développement soutenable

L’Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources (UICN) lançait en 1980  une stratégie mondiale de la conservation, la conservation des ressources vivantes au service du développement durable (soutenable). La FFSPN tentait alors, sans succès, d’en obtenir de M. d’Ornano, ministre en charge de l’environnement, une déclinaison nationale. L’un des objectifs de cette stratégie était de maintenir les capacités de renouvellement des ressources naturelles car « l’utilisation durable revient à dépenser l’intérêt tout en conservant le capital ». C’est ce qu’écrivait déjà G-P. Marsh en 1864… « L’homme a trop longtemps oublié que la terre lui a été donnée pour qu’il en utilise le seul usufruit, non pour qu’il l’épuise, encore moins pour la gaspiller de manière éhontée » ( Man and Nature or Physical Geography as Modified  by Human Action). Le Pape François ne dit pas autre chose : « Quand on parle d’une utilisation durable, il faut toujours y inclure la capacité de régénération de chaque écosystème dans ses divers domaines et aspects » (140)

Il faut souligner ici que lorsqu’est paru le rapport Brundtland (1987) « Our common future » la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, commanditaire du document avait bien précisé que les termes « sustainable development » devaient être traduits en français par « développement soutenable ». Cette commission était manifestement consciente du fait que, pour beaucoup, les mots « développement durable » signifieraient la continuation des modes de développement en vigueur, tels que définis dans le discours du Président Truman du 20 janvier 1949, tout juste badigeonnés de vert et non pas un développement ajusté aux capacités de renouvellement des ressources et tenant compte de limites. Il est vrai que la notion de limites semblait obscène aux tenants d’une économie libérale échevelée adoratrice de la « loi du marché ». La traduction française malhonnête du titre du rapport du club de Rome de 1972 « The limits to growth » par « Halte à la croissance ! » est, à cet égard, significative.

Les OGM

Sur cette question (132, 133, 134, 135) le Pape François fait preuve de la même réserve que son prédécesseur Jean-Paul II alors que Benoît XVI était plus ambigu. On sent l’influence forte du Cardinal ghanéen Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix. En effet, après qu’à partir de  2003, les Etats-Unis aient fait pression sur le Vatican pour obtenir une prise de position favorable aux OGM (sensu lato) et aient trouvé l’oreille complaisante du Cardinal Renato Martino, les choses ont changé avec le Cardinal Turkson. Celui-ci, dès 2011 exprimait ses réserves et faisait état de pressions de multinationales, notamment en Afrique, pour que les évêques locaux encouragent l’utilisation de plantes génétiquement modifiées. Déjà, lors du Synode  pour l’Afrique de novembre 2009, les évêques africains avaient fait part de leur réticence et de leur inquiétude vis à vis du monopole des multinationales sur les semences. En France, la parole épiscopale a été ambigüe ou nulle. En 2008-2009, le Cardinal Barbarin (Le Parisien. 23/02/2009) assimilait même la transgénèse aux croisements entre espèces, avançant l’exemple de la nectarine et du mulet. Il semblait ignorer que la nectarine tout comme le brugnon, ne résultaient que d’une mutation naturelle du pêcher connue depuis l’Antiquité et utilisée pour l’amélioration des races de pêcher au XIX ème. Quant au mulet, issu du croisement d’un âne et d’une jument, c’est un produit infécond (ce qui montre que cet événement naturel ou provoqué par l’homme est un cul-de-sac évolutif). Dans les deux cas, il s‘agit de processus survenus ou provoqués au sein d’un même  groupe systématique, c’est-à-dire d’organismes biologiquement proches. Il y a une différence fondamentale entre ce processus et la manipulation consistant à insérer un élément génique de méduse dans le génome d’un lapin, de poisson dans celui d’une fraise ou d’araignée dans celui d’une chèvre ou plus récemment d’une méduse dans une brebis…On voit mal, et ce même à l’échelle du temps de l’Evolution, quelles peuvent être les probabilités du transfert d’un élément génique d’une méduse dans le génome d’une lapine ou d’une agnelle, ces trois espèces vivant, c’est le moins que l’on puisse dire dans des milieux bien différents où les occasions de rencontre sont pour le moins improbables. Et même si un tel processus peut être théoriquement envisagé, il se situerait dans une échelle de temps sans commune mesure avec la réalité d’aujourd’hui comme le fait remarquer le Pape François (133). Il reste que l’assimilation par le Pape François des mutations génétiques produites par la nature à la transgénèse est quand même problématique. Il s’agit de deux mécanismes biologiques bien distincts. Enfin, dans le document épiscopal français de 2012 (Enjeux et défis écologiques pour l’avenir), il n’est pas fait la moindre allusion aux  OGM.

Quand on lit les propos du Pape François sur le dialogue et la transparence dans les processus de décision et le dialogue religions-sciences (chapitre 5-III et 5-V), on attend avec impatience quelle sera la nouvelle position du Vatican par rapport à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), organisation créée pour la promotion de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques et à l’Organisation Mondiale de la Santé. (OMS). Le Vatican est, en effet, membre de l’AIEA depuis 1957, et cette organisation internationale  a  mis en place une chape de plomb sur les conséquences sanitaires de l’accident nucléaire de Tchernobyl selon des modalités totalement contradictoires avec les propos du Pape François. En vertu d’un accord signé en 1959, l’OMS est tenue de soumettre à l’AIEA toutes ses publications qui pourraient interférer avec la promotion  de l’énergie nucléaire. C’est ainsi que les actes d’une réunion internationale organisée en 1995 par l’OMS, ayant rassemblé près de 700 experts du monde entier sur les conséquences sanitaires de l’accident de Tchernobyl, ont été bloqués par l’AIEA  et n’ont jamais été publiés. Nous, français, avons l’habitude de cette occultation de l’information dès qu’il s’agit d’énergie nucléaire. Faut-il rappeler le mutisme des ingénieurs du CEA, d’EDF, de l’IPSN ou du SCPRI face aux calembredaines d’un François Guillaume, ministre de l’Agriculture, affirmant que la France avait été épargnée par les retombées radioactives de Tchernobyl alors qu’ils savaient, de par leurs compétences, l’ineptie du propos ministériel ? Faut-il rappeler que les données sur le niveau réel de contamination de ces retombées avaient été tues alors que les responsables des organismes ci-dessus cités les connaissaient ? Mais consigne avait été donnée de ne pas les diffuser et il faudra attendre plus de 15 ans pour en avoir connaissance.  Mais l’on pourrait également citer, dans le même ordre d’idée, les consignes internes données au sein de l’Institut national de la Recherche agronomique, dans les années 1990, de « faire silence » sur les OGM pour ne pas effrayer l’opinion publique (C. Bonneuil & F. Thomas. Gènes, pouvoirs et profits. Recherche publique et régimes de production des savoirs de Mendel aux OGM. 2009).

En conclusion, l’on peut dire que bien des propos contenus dans l’encyclique du Pape François, bien des suggestions d’actions et de solutions alternatives pour une vie bonne dans la maison commune, c’est à dire intégrant tout à la fois les aspects sociaux, économiques et environnementaux (les trois piliers du développement soutenable) correspondent à ce que les associatifs, dont je me réclame, avons proposé et proposons depuis des décennies. Cela s’inscrit pour moi, dans une perspective spirituelle marquée par ma foi catholique. Je ne peux mettre de côté que dans ce contexte pour moi le Création reste un don du Créateur. L’avenir quels que soient nos efforts « civils » pour remédier aux errements humains qui, semble-t-il , s’accroissent au fur et à mesure que nos sociétés « techniciennes » s’éloignent du vivant reste  dans la main du Créateur. L’ autorité morale du Pape François et la vigueur de son discours ne peuvent que nous conforter à persévérer dans la voie ouverte il y a maintenant près d’un demi-siècle

Paris,  août 2015

                                                                                    Jean-Pierre Raffin

Addendum  septembre 2017.

Les réflexions d’écologues et/ou d’historiens, philosophes, économistes contemporains comme: Comeliau (La croissance ou le progrès ? 2006), Barbault (Un éléphant dans un jeu de quille. 2006), Blandin (Biodiversité. 2010), Entretiens du XXIème siècle (Signons la paix avec la Terre. 2007), Bourg (Pour une sixième République écologique. 2011), Blondel (L’archipel de la vie. 2012), Lebreton (Le futur a-t-il un avenir ? 2012) ou Harari (Sapiens, une histoire brève de l’humanité. 2015)  attestent que la perception des rapports de l’homme avec le reste du monde vivant va d’une large vision éthique à une remise en cause du fonctionnement « économiste » et financiarisé d’une bonne part de nos sociétés « occidentales ». Est-ce cela l’écologie « intégrale » ?

  • Il faudrait rajouter après l’intervention de M. Macron, président de la République , le 31 décembre 2018: « l’ écologie industrielle ».
  • Addendum février 2019. Dans une rencontre avec un groupe d’experts en théologie morale, le 9 février 2019, le Pape François déclare à propos du péché contre l’environnement  : «  Nous ne sommes pas encore conscient de ce péché » à propos de la maltraitance de la création. Il a constaté que lorsqu’il administrait le sacrement de réconciliation, les fidèles se reprochaient « rarement d’avoir violé la nature, la terre et la création » , évoquant également «  le cri de la terre, violée et blessée de mille manières par une exploitation égoïste». (in  12/02/2019). Dans son message de Carême, le 26 février, le Pape François insiste sur la nécessaire conversion du rapport de l’homme avec la Création et condamne les « comportements destructeurs envers le prochain et les autres créatures »

 

2023

Exhortation apostolique « Laudate deum. Louez Dieu » du pape François . Elle est centrée sur le dérèglement climatique . après  un long développement sur le constat des causes et des conséquences de ce dérèglement , ce qui n’étonnera pas celles et ceux qui réfléchissent sur la question depuis plusieurs décennies voire des siécles (1) le pape François  engage les  chrétiens à agir.

  • Le 25 rappelle le propos de G-P. Marsh (1864) : L’homme a trop longtemps oublié que la terre lui a été donnée pour qu’il en utilise le seul usufruit, non pour qu’il l’épuise, encore moins pour la gaspiller de manière éhontée ».

Le § 26 rappelle le propos d’§ E. Reclus (1905)  « L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même ».

Le § 29 sur l’éthique rappelle le propos de M. Loreau (2007) Voir plus haut.

Etc.

Après cette présentation des différentes données sur les rapports entre Eglise et écologie une première réflexion concerne le parti pris d’occultation des auteurs ci-dessus mentionnés :

Frédéric Rognon est professeur de philosophie de la religion à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg

Christophe Monnot est maître de conférences en sociologie du protestantisme à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg

François Euvé et Fabien Revol sont des théologiens catholiques

Etienne Grenet est prêtre catholique et enseigne au collège des Bernardins

Que les deux premiers auteurs n’aient guère porté attention aux démarches de catholiques qu’ils soient clercs ou laïcs n’est donc pas très étonnant. Mais ils ne font pas non plus grand cas des laÏcs protestants qui ont agi.

Pour les seconds, il est étonnant que soient passées sous silence les réflexions et actions de laïcs qui n’étaient pas théologiens comme si l’Eglise n’était constituée que des clercs.

Quant aux articles de presse l’on peut s’interroger sur le désintérêt de certains journalistes, pendant des années, pour traiter de l’implication de laïcs qui se sont investis pour diffuser les messages, par exemple, d’un Jean-Paul II.

Lorsque s’est développée une prise de conscience « écologique» chez certains catholiques, dans les années 1980-2000, l’écologie confondue avec l’écologisme n’avait pas bonne presse ou était ignorée dans les milieux catholiques et donc dans certains de leurs organes de presse.

Une anecdote personnelle est pour moi significative d’un certain manque d’intérêt de la hiérarchie catholique française pour la question écologique jusqu’aux années 2000.

En 1986, j’étais invité, comme responsable d’une fédération d’associations de protection de la nature à me rendre en Pologne pour voir comment nous pourrions de l’extérieur aider un mouvement écologiste polonais soutenu par Solidarnosc. A Varsovie et à Cracovie où je me suis rendu, j’ai eu la surprise de constater que l’Eglise polonaise et un mouvement franciscain soutenaient les luttes « écologistes » notamment contre les pollutions industrielles. A chaque fois que j’étais interrogé sur l’implication de l’Eglise de France sur ce thème j’étais bien embarrassé pour répondre. Rentré en France, je me suis adressé à mon évêque, Mgr Armand Le Bourgeois, pour savoir qui dans l’épiscopat français suivait la question écologique. Il me répondit qu’il ne voyait pas et me remerciait de l’alerter sur un sujet où je lui ouvrais des horizons. Et pourtant, depuis 1979, Jean-Paul II, n’avait pas cessé d’attirer l’attention du monde catholique sur la nécessité de s’engager dans la conversion écologique.

La situation actuelle est donc paradoxale. Ignorés à l’époque où ils agissaient, les mêmes le sont aujourd’hui au moment où le verdissement est à l’honneur.  Le peu d’accueil fait au livre « Greening of the church «  de Sean Mac Donagh paru en 1990 fait contraste avec l’engouement pour la Nouvelle théologie verte , le Christ vert…

Pourquoi cette occultation  systématique ?

  1. Un manque d’intérêt pour le passé qui est un trait fréquent de notre société de l’immédiat ?

Et pourtant un Ernest Renan n’écrivait-il pas en 1883 :« Les vrais hommes de progrès sont ceux qui, pour point de départ, ont un profond respect pour le passé »

Et pourtant le Pape François, en 2020, dans « Fratelli tutti » (§ 13) insistait, notamment auprès des jeunes sur l’impérieuse nécessité d’avoir une conscience historique ?

  1. Un certain ressentiment à l’encontre de Jean-Paul II à, cause de son attitude envers certains responsables religieux pédocriminels ou les tenants de la théologie de la libération ?
  2. Un certain déni de la réalité d’une partie de notre société ?

Jean-Pierre Dupuy, scientifique et philosophe écrivait en 2006 «Nous ne croyons pas ce que nous savons ».

C’est ce qu’illustre l’annonce récente par M. Attal , premier ministre et M. Fesneau , ministre de l’Agriculture  et de la Souveraineté alimentaire,, de la  suspension  du programme Ecophyto de réduction des pesticides au motif qu’il n’y aurait  pas, comme l’affirme la FNSEA, d’alternative. Or, ce programme, lancé en 2008, n’est déjà pas appliqué. C’est le constat du député Dominique Potier, agriculteur, dans un rapport rendu le 21 décembre 2023 . En 2017, le Centre d’étude biologique de Chizé (Deux-Sèvres) publiait une étude menée auprès de 450 agriculteurs portant sur 45.000 ha de céréales montrant que la diminution de l’usage d’engrais azotés et de pesticides, n’entrainait pas une baisse de revenus des exploitants. En 2019 l’agronome Marc Dufumier publiait avec O. Le Naire « L’agroécologie peut nous sauver » montrant que d’autres pratiques que l’agriculture industrielle à base de pesticides étaient possibles. C’est ce que démontrent Pascal Hervé, céréaliculteur, maire Laillé (Ille et Vilaine), Paul François, ancienne victime de Monsanto, exploitant 240 ha à Bernac (Charente) agressé en 2023 pour s’être opposé publiquement aux pesticides, Benoît Biteau, exploitant plus d’une centaine d’ha à Sablonceaux (Charente-Maritime), etc. Mais nos responsables politiques préfèrent ignorer la réalité et céder aux propos fallacieux de certains groupes de pression.

Mais l’on peut dire la même chose de ceux qui prônent un arrêt de l’élevage bovin au motif que ces ruminants sont des emetteur de méthane, un gaz à effet de serre. C’est vrai, mais mettre dans le même sac des élevages industriels (comme en Amérique du nord) où lesdits bovins ne voient jamais de leur vie le moindre brin d’herbe et sont nourris à grand renfort d’aliments industriels et des élevages à l’herbe de prairies permanentes naturelles comme dans le Brionnais, n’est pas honnête. Er ce d’autant plus que les prairies naturelles sont des puits de carbone !

  1. Une certaine insouciance vis-à-vis des générations futures ?

Un exemple d’actualité…

En 2001, les fabricants de pesticides organisaient un colloque sur l’acceptation sociale de l’usage de leurs produits. A une interrogation du philosophe Dominique Bourg et d’un médecin de la Mutualité Sociale Agricole sur l’impact sanitaire à moyen et long terme, M. Rico, président de la Commission des toxiques en Agriculture, répondait : « Je suis complètement interloqué quand on me dit : Il faut faire attention aux générations futures ». Mais les générations futures, excusez-moi du terme, elles se « démerderont » comme tout le monde ».

Mme Brundtland, dans son rapport de 1987 initié par la Commission sur le développement et l’environnement de l’ONU « Notre avenir à tous » avait raison d’écrire : « Nous empruntons un capital écologique aux générations à venir, en sachant pertinemment que nous ne pourrons jamais le leur rembourser.  Elles auront beau nous maudire d’avoir été si dépensiers, elles ne pourront jamais récupérer ce que nous leur devons. Nous agissons de la sorte parce que nous n’avons pas de comptes à rendre : les générations futures ne votent pas, elles n’ont aucun pouvoir politique ou financier, elles ne peuvent s’élever contre nos décisions ».

 

Conclusion

C’est dire que Dieu merci notre cher Pape François, tout comme Jean-Paul II ou Benoît XVI et de nombreux laïcs ont porté et portent le même message. Mais est-il bien entendu et mis en application ?  D’une certaine manière oui avec la naissance, par exemple, de Chrétiens Unis pour la Terre  (2012) ,  de l’Eco-hameau de La Bénisson-Dieu (2016), d’Eglise verte (2017), du Campus de la Transition (2017) mais il y a encore beaucoup à faire pour embarquer l’ensemble du peuple catholique. Un petit exemple : dans ma paroisse, avait été organisée en 2022-2023, une série de conférences sur Laudato si’. J’avais alors suggéré que soient engagées des actions concrètes pour le maintien ou la restauration de la diversité biologique sur le territoire de la paroisse. La proposition n’a eu aucun écho.