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Vivre la transition écologique et solidaire avec les Sentiers des Savoirs

Par Philippe Le Bé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Initié par l’ingénieur forestier Ernst Zürcher, le projet des Sentiers des Savoirs, notamment soutenu par la fondation Zoein, offre à des apprenants-itinérants de tout âge l’occasion de se former à un nouveau métier, ou simplement à une nouvelle activité. Des « passeurs de savoirs », paysans, artisans, scientifiques ou artistes les accueillent dans leur lieu de travail pendant une durée limitée. Les apprenants-itinérants ne se déplacent qu’en marchant sur des parcours choisis pour leur authenticité et leur richesse naturelle.

 

Mardi 20 octobre 2020, prend racine le projet des Sentiers des Savoirs. Ce jour-là, Bettina Schroeder, pédagogue et spécialiste des pèlerinages, Éric Castex, forestier dans les Landes, Maëva Bourgeois, coordinatrice de formation au Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique et Ernst Zürcher, chercheur en sciences du bois, se rencontrent tous les quatre pour la première fois. Ils sont attablés au restaurant « Le Bonne Nouvelle » (une enseigne prédestinée !), dans le 10ème arrondissement parisien. Par la fenêtre du restaurant, ils voient défiler les passants masqués. Dans une atmosphère pesante, les quatre commensaux qui se connaissent depuis quelques mois seulement dessinent un autre avenir que celui plombé par le coronavirus. Celui qu’ils imaginent est enthousiasmant, surtout pour une jeunesse en quête d’un vivre autrement et désirant orienter sa vie professionnelle dans la transition écologique et solidaire.

 

Passeurs de savoirs et apprenants-itinérants

 

Le projet des Sentiers des Savoirs dont Ernst Zürcher est l’initiateur offre à des apprenants-itinérants, qui toujours marchent de lieu en lieu sans voiture ni transports publics, une formation dispensée par des « passeurs de savoir, de savoir-faire et de savoir-être ». Ces transmetteurs de connaissances résident dans des « lieux hôtes » tels que les fermes, écolieux, ateliers, etc. Ce qu’ils enseignent ? La liste n’est pas close. Déjà ont été répertoriées des activités comme l’agroécologie, le maraîchage, l’apiculture, l’élevage, l’éco-construction, la réparation mécanique, l’alimentation durable, la médecine intégrative, la foresterie, les arts, la musique, etc.

Tout au long de leur parcours dont chaque étape dure au maximum un mois, les apprenants-itinérants s’initient au métier de leur choix et de leur rêve. Elles ou ils peuvent rencontrer successivement les mêmes transmetteurs de savoir (des vanniers par exemple, habitant des lieux différents) ou découvrir d’autres disciplines selon leur désir. La durée totale de leur voyage au cours duquel ils traversent des paysages choisis pour leur intérêt et leur beauté n’est pas limitée (lire « Déroulement du périple » ci-après). Avant leur départ, les candidats sont épaulés si nécessaire par un coach qui les aide à organiser leur périple et leur séjour auprès des enseignants-praticiens, et qui les accompagnera peut-être sur un premier bout de chemin.

Les porteurs de savoirs ne sont pas nécessairement établis dans un endroit fixe. Ils peuvent aussi être mobiles et se déplacer de lieu en lieu, accompagnés ou non de leurs apprentis. Ainsi tel botaniste expérimenté va initier à la botanique des fermiers souhaitant parfaire leurs connaissances dans cette discipline, et faire par exemple un inventaire floristique des lieux pour en identifier les richesses à protéger.

 

Une plateforme numérique internationale

 

Les Sentiers des Savoirs vont se développer dans un premier temps  en France, en Suisse et en Belgique. Ils seront avec le Revenu de transition écologique (RTE) la cheville ouvrière d’une future plateforme numérique de la fondation Zoein qui vise trois objectifs :

 

  • Offrir une formation dans les métiers de la transition, par des stages sur le terrain. Il s’agit d’une solution complémentaire au système d’enseignement classique. Donc il n’est pas question de se couper des écoles, universités et instituts mais au contraire de s’ouvrir à ces derniers.

 

  • Donner de la visibilité aux acteurs de la transition sur les territoires, trop souvent très éloignés les uns des autres. Grâce à une cartographie en ligne, ces acteurs peuvent créer et actualiser leurs profils avec des capsules vidéos, des tutoriels, une bibliothèque des bonnes pratiques, etc.

 

  • Mettre en réseau les acteurs et les accompagner dans la création de coopératives de transition écologique (CTE). La plateforme encourage le dialogue et le partage d’expériences à l’échelle communale, cantonale ou régionale. « Grâce au soutien d’une équipe d’experts membres de la fondation Zoein, souligne Sophie Swaton, les apprenants-itinérants pourront rejoindre une coopérative de transition écologique (CTE) ou en fonder une nouvelle si elle n’existe pas. La CTE est le laboratoire d’expérimentation du Revenu de transition écologique, son réservoir de savoir-faire et son poumon économique et financier ».

 

Imaginons une personne qui souhaite se former à l’ébénisterie ou compléter ses connaissances dans cette discipline. Elle va rencontrer des formateurs dans différents lieux d’accueil. Après des mois de perfectionnement, elle envisage de développer sa propre activité mais manque notamment de moyens financiers. Intégrée dans une coopérative de transition écologique (CTE), elle peut non seulement bénéficier d’un revenu de transition écologique (RTE) mais aussi de précieux conseils juridiques et pratiques pour faire démarrer sa nouvelle entreprise. Une fois prospère, celle-ci affiche des résultats dont une partie sera versée à la CTE qui en fait bon usage pour soutenir d’autres apprenants-itinérants. Un cercle vertueux est ainsi créé dans un esprit de partage et de solidarité.

 

L’écolieu Langenberg, en Alsace

 

D’autres organisations, comme Terre et Humanisme, se sont déclarées intéressées à devenir partenaires du projet. En France, les Sentiers des Savoirs sont représentés par une association dont le siège est à Wissembourg, au nord de l’Alsace, dans l’écolieu Langenberg. A cheval sur la frontière franco-allemande, ce site encore en chantier rassemble des Français et des Allemands de plusieurs générations. Il devrait à terme héberger une cinquantaine de résidents. « La transmission des savoirs et le vivre ensemble dans un environnement riche en permaculture sont les fondements de Langenberg », souligne Maëva Bourgeois. Ce sera un lieu de départ privilégié – et non le seul – pour les apprenants-itinérants. Ceux-ci, tout comme les personnes-hôtes qui les accueillent, adhèrent à ladite association. Laquelle répertorie les activités des « lieux-hôtes », la nature des savoirs qui sont transmis, les capacités d’hébergement, les curiosités locales à ne pas manquer, etc.

 

La marche, un éveil de la conscience

 

« Il n’y a pas de plus haute spiritualité que la marche ! » C’est cette intime conviction qui a incité Ernst Zürcher à imaginer la formule des Sentiers des Savoirs. Entre deux lieux d’accueil, les itinérants marchent, découvrent de nouveaux paysages, font des rencontres insolites. Ils voyagent à l’image des Compagnons du Devoir qui parcourent encore la France, la Suisse et bien d’autres pays au cours de leur formation individuelle, personnelle et professionnelle. Mais à la différence de beaucoup de compagnons actuels, ils ne se déplacent qu’à pied. « Réaliser par la marche une véritable transition intérieure, sans laquelle toute transition extérieure serait vaine, c’est l’essence même de ce projet », souligne Ernst Zürcher qui préfère parler de « compagnons du vouloir ».

 

Dès le plus jeune âge, le forestier s’est passionné pour la marche. De Ropraz (VD), son village d’enfance dans la région du Jorat, à la prochaine station de bus le conduisant à son collège de Moudon ou plus tard à son gymnase de Lausanne, le jeune Ernst parcourt des kilomètres à pied. En 2009, il réalise son rêve de jeunesse : rejoindre la mer, en marchant, sac à dos. En 26 jours, il part seul de Chancy (GE), la commune la plus occidentale de Suisse pour rejoindre Cassis, dans les célèbres Calanques près de Marseille, en passant par le Parc naturel régional de Chartreuse, le pied du Vercors, le massif du Luberon, la Provence et le port de la Ciotat. « J’ai découvert que nous sommes beaucoup plus libres que nous ne l’imaginons, se souvient-il. En très peu de temps, nous pouvons aller partout, comme de la Suisse à la Méditerranée en moins d’un mois ». Dans la foulée, Ernst Zürcher a ensuite relié la Méditerranée à l’Atlantique, toujours à pied, en passant par le pays cathare qu’il affectionne particulièrement. La marche, c’est donc pour l’initiateur des Sentiers des Savoirs la clé de toute réalisation humaine joyeuse et pérenne. Le philosophe Henri Bergson ne dit pas autre chose en affirmant que « l’unique moyen de savoir jusqu’où l’on peut aller, c’est de se mettre en route et de marcher ».

 

Reflet d’un monde qui émerge

 

Les membres de la fondation Zoein partagent cette vision. « En cheminant sur ces Sentiers des Savoirs, par ses multiples rencontres, la personne se transforme intérieurement en même temps qu’elle s’initie à la pratique d’un nouveau métier. C’est la dimension relationnelle, spirituelle et transformative du projet ! » observe Caroline Lejeune, chercheur en écologie politique à l’Université de Lausanne (UNIL) et membre du conseil scientifique de Zoein. Par ailleurs, constate Franco Gamarra, ingénieur en environnement et co-créateur du projet, « les Sentiers des Savoirs sont le reflet d’un monde qui émerge dans les bouleversements engendrés par le dérèglement climatique, la destruction des écosystèmes et la multiplication des pandémies. Plus que jamais, nous devons faire preuve d’esprit communautaire et de résilience ».

 

Témoignages de candidates

 

Les premiers candidats aux Sentiers des Savoirs n’ont pas toujours une idée précise du métier auxquels ils souhaitent être initiés. « Lors des étapes d’apprentissage, relève Camille (23 ans), j’aimerais croiser des adeptes de la permaculture, de la culture biologique du jardin, ou bien encore des éleveurs de chevaux ou de chèvres. Apprendre à faire du fromage et du pain, à reconnaître les plantes comestibles et curatives, à créer des produits ménagers et hygiéniques ou encore à construire une maison, tout cela m’intéresse ». Animatrice nature de métier, Camille visualise cette aventure comme une occasion de s’instruire « pour construire le monde de demain ». A ses yeux, la transition écologique est une impérieuse nécessité. Dès lors, parcourir les Sentiers des Savoirs, c’est pour elle qui aime particulièrement voyager à pied « joindre l’utile à l’agréable ». Nul doute que la transition extérieure passe par la transition intérieure ; c’est une « introspection personnelle étendue à la biodiversité ».

 

Laure (60 ans) souhaite quant à elle « cumuler deux grands plaisirs : la randonnée et la découverte de paysages et de nouvelles personnes ». Institutrice pendant 24 ans en Lorraine au sein de quartiers défavorisés, détentrice d’un CAP de dessinateur industriel et d’un diplôme de génie de l’environnement, elle a finalement choisi l’enseignement parce qu’elle aime apprendre et faire découvrir ce qu’elle a appris. Installée depuis 10 ans dans le Jura français, veuve et retraitée, elle est prête à se laisser surprendre par l’imprévu. « J’adore trouver ce que je ne cherche pas ». Elle n’a donc pas encore une idée précise des compétences qu’elle pourrait développer lors d’une marche sur les sentiers des savoirs. En revanche, Laure est toute disposée à offrir l’hospitalité à des « apprenants-itinérants » dans sa maison construite tout en bois massif, autonome en énergie, équipée de toilettes sèches, de récupérateurs d’eau de pluie et dont le jardin attenant accueille des abeilles, des poules, un portager et un verger. Plus écolo, tu meurs !  Ecrivaine à ses heures (elle est auteure du livre Hasard et perception – Gabriel aux éditions les 3 colonnes), elle relève avec le sourire qu’« accueillir du monde, c’est une façon de voyager en restant sur place ».

 

Pour un réseau des réseaux

 

« Invisible comparé au monde de la publicité et des multinationales dont l’influence n’a jamais été aussi grande, le monde de la transition gagne cependant du terrain jour après jour », relève Ernst Zürcher. Il y a une vingtaine d’années, certains métiers, certaines pratiques étaient encore inconnues du grand public. Comme les Repair Cafés qui permettent de réparer des objets endommagés auxquels on tient grâce à l’aide de spécialistes de la réparation. Une manière efficace de lutter contre le gaspillage des ressources et la montagne de déchets. Autre exemple, parmi bien d’autres, l’utilisation de thés de compost ou de préparations dynamisées dans l’agriculture. Ces techniques développées à partir de matières organiques ou minérales d’origines diverses renforcent l’épanouissement des plantes. Elles sont de précieux alliés des paysans dans leur combat contre la dégradation des sols. Les nouveaux ou anciens métiers revisités sont toujours plus nombreux. A chacun de ces derniers correspond un réseau : celui des maraîchers bio dans un département français, des permaculteurs en Suisse romande, des apiculteurs dans le canton de Neuchâtel, etc. « Mais chaque micro-réseau reste dans l’entre-soi, constate le forestier. Il manque un réseau des réseaux qui permettrait aux uns et aux autres de se connaître mutuellement ». Le projet des Sentiers des Savoirs est précisément un moyen idéal pour mettre en relation tous ces réseaux qui poursuivent le même objectif de transition écologique et solidaire.

 

Système original de financement

 

Fort de son expérience d’enseignant, notamment aux Écoles polytechniques fédérales de Zurich et de Lausanne ainsi qu’à l’Université de Lausanne et à la Haute école d’ingénieurs du bois à Bienne, Ernst Zürcher a rencontré des étudiants ne souhaitant pas se limiter à une formation principalement destinée à l’industrie et formatée pour elle. Ils sont « en attente » d’autre chose, d’une reconnexion avec le vivant. Comme l’argent ne doit pas être un obstacle à plusieurs mois de cheminement sur les Sentiers des Savoirs, un système original est mis sur pied : pour l’hébergement et la nourriture des itinérants, les lieux-hôtes en France sont rétribués 25 euros par nuit. L’itinérant ne paie qu’une participation de cinq euros. Des fondations et mécènes se chargent des 20 euros restants. Parmi ces derniers, le mouvement suisse des Grands-parents pour le climat, reconnu d’utilité publique, pourrait éventuellement rassembler des donateurs potentiels qui seraient particulièrement motivés, et même opter pour un mode de parrainage de jeunes itinérants-apprenants. « Dans cette catégorie d’âge, observe Ernst Zürcher, nombreuses sont les personnes disposant d’une épargne qui pourrait en partie être utile aux nouvelles générations en quête de conversion. Mieux vaut utiliser cet argent pour nourrir de beaux projets que le portefeuille des grandes banques ! » Pour les hôtes passeurs de savoirs, l’apport financier peut aussi s’avérer précieux, notamment pour des paysans en grande fragilité financière. Recevoir plus de 700 euros supplémentaires en un mois (pour un seul apprenant itinérant), ce n’est pas rien pour toute une famille d’agriculteurs qui gagne parfois à peine plus de 1000 euros mensuels !

 

Place aux nouveaux troubadours

 

Si les apprenants-itinérants font penser aux Compagnons du Devoir, les artistes invités à participer aux Sentiers des Savoirs font penser aux troubadours. « Offrir de la beauté sur place, chez des paysans ou des artisans qui n’ont ni le temps ni l’énergie d’engager des artistes, c’est aussi une priorité », souligne Ernst Zürcher. Musiciens, chanteurs, danseurs, conteurs, jardiniers experts en art floral ou sculpteurs sont invités à visiter les lieux-hôtes et les animer avec des fêtes, des créations, des spectacles ou des expositions ouverts au public. Le vrai, le beau, le bon (lire ci-dessous) sont trois valeurs indissociables et garantes de la réussite du projet des Sentiers des Savoirs.

 

 

 

 

Déroulement du périple

  • Les itinéraires peuvent être conseillés, mais pas imposés (car le chemin est aussi le but !).
  • Après un entretien sur ses motivations (pas d’examen d’entrée) et son adhésion à l’association, l’itinérant reçoit un carnet de route qu’il fera tamponner par ses hôtes ainsi qu’un tampon « itinérant ».
  • Les hôtes (et les sympathisants accueillants) auront, de même, chacun leur livret d’accueil qu’ils font tamponner par les itinérants, et leur tampon « hôte ».
  • L’itinérant devra si possible prendre contact avec les lieux en avance pour savoir s’il y a de la place.
  • La durée maximum d’apprentissage sur un lieu est fixée à un mois. Nous voulons encourager le mouvement : « marcher est le moteur ».
  • Les hôtes pourront signaler leurs besoins. Ex : visite d’un botaniste, événement artistique, etc.
  • Il n’y aura pas d’examen de sortie.
  • Nous ne fixons pas de durée maximum sur Les Sentiers des Savoirs.
  • Et un festival annuel itinérant !
  • Et des troubadours qui voyagent de lieu en lieu ! (Source : Association Les Sentiers des Savoirs, France)

 

 

Le vrai, le beau, le bon

 

« La simplicité véritable allie la bonté à la beauté. (…) La beauté, c’est la splendeur du vrai ». Ainsi s’exprimait Platon.

 

Le vrai, la beauté, la bonté, une trilogie dont sont imprégnées les initiatives de revenu de transition écologique (RTE) comme les Sentiers des Savoirs.

 

Le vrai, c’est donner au travail sa vraie valeur : permettre à l’être humain d’évoluer vers une plus grande conscience de ce qu’il est et de ce que sont les autres. Le travail, non plus vécu comme une corvée ou comme le moyen de s’enrichir matériellement en « gagnant sa vie », mais comme la meilleure manière d’être reconnu dans ce que l’on peut offrir de meilleur. Clé de voûte du RTE, la coopérative de transition écologique permet aux plus démunis et aux personnes à la recherche d’une autre voie professionnelle d’œuvrer vraiment pour le bien commun. L’argent n’est plus un vain objectif de vie mais un moyen d’huiler tout un rouage économique et social, favorable aux écosystèmes de notre planète.

S’initiant à un métier par la marche et des rencontres vivifiantes, l’apprenant qui chemine sur les Sentiers des Savoirs réalise lui aussi quelle est la véritable finalité du travail : se construire intérieurement par la relation à l’autre. Sa vie a désormais un sens.

 

La beauté est indissociable du travail bien fait, de « la belle ouvrage ». Enfin reconnu pour ses talents, l’artisan ou le paysan prend à cœur de faire au mieux tout ce qu’il entreprend. Dès lors, l’objet confectionné ou réparé tout comme la parcelle de terrain cultivée se déploient dans une harmonie naturelle et organique. Dans les sentiers des savoirs, les artistes ont la part belle, offrant tels des troubadours leurs musiques, chants, et danses à un monde assoiffé d’une beauté oubliée dans notre monde déshumanisé.

 

La bonté, enfin, ne se clame pas mais se manifeste subtilement dans la confiance de celui qui « donne » en celui qui « reçoit ». Le bénéficiaire d’un RTE sait que le jour viendra où, ayant développé son activité devenue florissante, il aidera à son tour d’autres personnes à se réaliser. Quant aux marcheurs des sentiers des savoirs, ils tissent au fil des rencontres des liens d’affection d’autant plus solides qu’ils sont le fruit d’une transmission authentique des valeurs les plus précieuses. 

 

 

 

Un artisan-académicien

 

A l’image des Sentiers des Savoirs qui laissent une large place à l’aventure et à la découverte, le parcours de vie d’Ernst Zürcher a sillonné des chemins bien éloignés d’une autoroute monotone et rectiligne. Après seulement deux ans d’études d’ingénierie forestière à l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETHZ), il jette l’éponge en 1971, estimant qu’à 20 ans le jeune académicien qu’il est ne peut décemment pas diriger des équipes de forestiers, des praticiens qui en savent bien plus que lui. Cette prise de conscience va accompagner Ernst Zürcher durant toute sa vie professionnelle.

 

Après avoir abandonné provisoirement ses études académiques, Ernst Zürcher se fait engager comme employé communal et bûcheron de sa commune à Ropraz, dans une activité en plein air et au sein de la forêt du Jorat. Puis, souhaitant se faire quelque peu oublier par l’armée qui le presse à faire un service militaire très éloigné de son éthique, il décide de quitter la Suisse pour le sud de l’Europe puis pour l’Afrique du Nord, où un ami l’a rejoint. Au terme d’un long et compliqué périple qui les mène jusqu’en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie, le jeune Ernst retourne en Suisse en passant par l’Inde et l’Afghanistan pour y entreprendre des études de biologie à l’Université de Lausanne durant quatre semestres. Des études interrompues à deux reprises ! « Je me passionnais pour une matière mais, très vite, il aurait fallu passer à autre chose pour la préparation des examens ». Tout un été, il reste concentré sur la géologie au lieu de travailler toutes les branches de front, avant de finalement ranger tous ses livres et d’entreprendre un apprentissage de fromager. C’était le métier de son père ainsi que celui de ses deux frères. Cette fois, le plus âgé des apprentis de sa volée  va jusqu’au bout d’une formation qui dure deux ans. « La fromagerie, c’est une profession très méticuleuse et très physique à la fois », sourit-il aujourd’hui. Il aura fallu cette initiation à un métier manuel pour qu’Ernst Zürcher se sente enfin prêt à achever, avec facilité, des études d’ingénieur forestier commencées sept ans plus tôt à l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETHZ).

 

Profil bas à l’armée

 

Le rebelle n’a finalement pas pu échapper au service militaire. Alors il décide de se faire le plus discret possible pour ne pas avoir à monter en grade. Bien que parfaitement bilingue, il ne parle pas un mot de suisse allemand. Lors des séances de formation, il s’abstient de toute parole, ne répond spontanément à aucune question posée. Un jour finalement, compréhensif, son capitaine le convoque pour lui signifier que l’armée n’insistera pas pour le convaincre de grader et le laissera désormais tranquille.

 

Au Rwanda sous tension

 

Mais pour Ernst Zürcher, la vie ne peut être un fleuve tranquille. Enfin ingénieur forestier diplômé de l’ETHZ et docteur en sciences naturelles de la même institution suite à une thèse sur la morphologie des arbres et l’anatomie du bois, il est nommé responsable du programme d’appui au Département de foresterie de l’Institut des sciences agronomiques du Rwanda, pour le compte de la coopération suisse. En décembre 1988, il s’envole donc avec son épouse Christiane, infirmière de formation, et ses deux enfants au « pays des mille collines », anciennement aussi appelé « les Monts de la lune » .  Si les deux premières années demeurent relativement calmes, la guerre civile rwandaise éclate en octobre 1990. Représentant la communauté suisse dans le sud du pays, Ernst Zürcher est aussi responsable de la colonne d’évacuation en cas de crise majeure. Une vingtaine de voitures sont prêtes à tout moment à quitter le pays pour la frontière la plus proche. Fuir ou rester ? « Nos collègues rwandais nous le disaient : si vous quittez le pays, ce serait laisser entrer le diable dans la maison. Sans regard extérieur, le pire serait à craindre », se souvient Ernst Zürcher. Qui décide de demeurer au Rwanda jusqu’en 1992. « C’est la scolarité de nos deux enfants qui nous a finalement incités à partir. Sinon, nous serions restés encore plus longtemps », se souvient-il. Deux ans plus tard, entre avril et juillet 1994, un génocide fait plus d’un million de victimes dans le pays. « Notre cuisinier, son petit garçon et un autre membre de notre personnel, tous des Tutsis, ont été massacrés ».

 

Recherche et enseignement

 

De retour en Suisse, Ernst Zürcher rend visite à ses anciens collègues de l’ETHZ qui lui demandent de revenir dans la grande école, non plus en qualité de simple assistant mais comme chargé de cours en sciences du bois. Parallèlement, il enseigne à l’École d’ingénieurs du bois, à Bienne, affiliée à la Haute école spécialisée bernoise. Au sein de cette dernière, le professeur réalise des projets de recherche en chronobiologie, physique et technologie des essences tempérées et tropicales. Il est aussi chargé de cours en sciences du bois à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ainsi que pour un module « Foresterie » au niveau du Master durabilité de l’Université de Lausanne. Une riche palette d’enseignement qui prendra fin entre 2019 et 2020.

 

Anatomie fonctionnelle

 

De la foresterie au matériau bois, Ernst Zürcher a développé une grande expertise ainsi qu’une approche didactique originale. « Je commençais mes cours à l’envers », souligne-t-il. A ses yeux, ce ne sont pas les cellules qui font les plantes mais les plantes qui font les cellules. « Il faut toujours chercher quel est l’organisme de référence, à tous les niveaux ». Habituellement, dans un enseignement scientifique classique, sont d’abord étudiés les éléments chimiques, puis la chimie organique. S’ensuit une narration de l’apparition de la vie à partir du monde minéral et végétal jusqu’aux organismes vivants toujours plus complexes. « Or partir d’un organisme visible, comme un arbre, c’est bien plus intéressant ! ». De quoi cet arbre a-t-il besoin pour tenir encore debout après deux siècles d’existence ? On étudie comment il s’alimente en eau, capte l’énergie solaire pour réaliser la photosynthèse, stocke ses nutriments pour résister au froid de l’hiver, bref on cherche à savoir comment il fonctionne. « Il s’agit de passer de l’anatomie descriptive à l’anatomie fonctionnelle, non plus avec un regard purement analytique, mais avec un regard intelligent, qui essaie de déceler des liens entre les phénomènes ». Au niveau du vivant : si tel organisme se présente de telle manière, avec ses caractéristiques propres, c’est qu’il a bel et bien une fonction à remplir.

 

Penser le monde invisible

 

Inspiré par l’épistémologie de la pensée Goethéenne de Rudolf Steiner et par sa Philosophie de la Liberté, Ernst Zürcher reconnecte la perception, toutes ces informations que nous livrent nos sens de manière passive, à la pensée active. « Tant que notre perception de la réalité n’a pas été pensée, elle n’a aucune signification. Prenez une bouteille d’eau. Tant que j’ignore sa fonction, qu’elle peut contenir un liquide désaltérant, qu’elle est dotée d’un bouchon avec une structure bien particulière, etc., tant que je n’ai pas ‘pensé’ cette bouteille, elle ne me sert à rien ». Dès lors, c’est parce que nous ne savons pas encore « penser » le monde invisible qu’il nous est encore étranger. Dans son livre « Les arbres entre visible et invisible » (2016, Actes Sud) comme dans le film documentaire La Puissance de l’arbre qu’il a réalisé avec Jean-Pierre Duval , Ernst Zürcher nous révèle les aspects insoupçonnés de ces gardiens du temps dont l’existence nous est indispensable. En tentant de comprendre comment les arbres fonctionnent, nous découvrons par exemple la richesse des moyens de communication qu’ils ont développés entre eux !

 

Concernant plus généralement la nature, le chercheur qui aime décidément les retournements de la pensée, nous suggère une nouvelle prise de conscience : « Nous savons quelle est la nécessité de la nature pour l’homme. Elle nous offre de quoi nous nourrir, nous vêtir, nous loger, etc. Mais que savons-nous de la fonction de l’homme pour la nature ? Autrement dit, qu’attend-elle de nous ? » Poser cette question, c’est mettre l’Homme à sa juste place, non pas dans une attitude dominatrice mais dans une attitude de respect du vivant sous toutes ses formes. 




Précarité et passoires énergétiques : quels impacts et comment y remédier? Guide pratique

Par Camille Balavro d’Hello Watt

 

Selon un rapport du ministère de la Transition écologique, datant de septembre 2020, la France compterait près de 5 millions de passoires thermiques. C’est ainsi que sont appelés les logements aux performances énergétiques jugées médiocres. Voyons maintenant tous les tenants et les aboutissants de la précarité énergétique dont font l’objet un certain nombre de français.

La corrélation entre passoires thermiques et précarité énergétique

En 2019, l’Observatoire National de la Précarité Énergétique faisait état de près de 6,8 millions de Français en situation de précarité énergétique. Découvrons l’origine de ce fléau social ainsi que ses répercussions.

La précarité énergétique, qu’est-ce que c’est ?

Selon l’Ademe, on parle de précarité énergétique lorsqu’un ménage consacre plus de 10% de ses revenus à ses factures énergétiques. Les augmentations de prix du gaz et de l’électricité qui viennent toujours un peu plus alourdir la facture et aggraver cette situation. Mais quelle est donc l’origine de la précarité énergétique ? Elle est grandement liée aux passoires thermiques, ces logements qui ne parviennent pas à conserver la chaleur et qui laissent entrer le froid. Bien souvent, ces derniers sont anciens et loin des standards d’isolation actuels. Les déperditions thermiques obligent les occupants à chauffer toujours plus pour ressentir un certain confort lors de basses températures extérieures. Ajoutons que la précarité énergétique peut également prendre la forme d’un équipement de chauffage défectueux ou insuffisant. Une installation inadaptée ou même mal entretenue est source de dépenses énergétiques supplémentaires. 

Quelles sont les conséquences de la précarité énergétique ?

Le phénomène de précarité énergétique impacte notre société bien plus profondément qu’on ne pourrait le croire. En effet, il ne s’agit pas que de factures un peu trop salées et de petits coups de froid dans les intérieurs. D’un point de vue économique, les passoires énergétiques sont habitées par des ménages modestes à très modestes, voire même sous le seuil de pauvreté. Conséquences ? Les situations de surendettement sont une réalité pour beaucoup de ces personnes. Et cela ne s’arrête pas là. Un logement mal isolé peut conduire à son insalubrité. Entre humidité, moisissures et autres dégradations, ces conditions de vie sont propices à l’apparition d’effets indésirables sur la santé. Ils peuvent prendre la forme de problèmes dermatologiques, de maladies pulmonaires comme l’asthme, voire même de maladies cardiovasculaires. Chauffer une passoire énergétique est onéreux et les conséquences sanitaires n’arrangent en rien la situation économique des foyers qui les occupent.

Comment en venir à bout de la précarité énergétique ?

Miser sur la rénovation énergétique à grande échelle

La France souhaite mettre un terme aux passoires énergétiques de façon progressive. Pour y parvenir, des réglementations décidées par l’État sont mises en place dès maintenant, mais aussi pour ces prochaines années. Voici lesquelles :

  • Depuis le 1er janvier 2021, les propriétaires de passoires énergétiques (notés F ou G) ont pour interdiction d’augmenter le prix de leurs locations entre deux occupants. Cette restriction exclut les logements qui atteignent au minimum la catégorie E du diagnostic de performance énergétique (DPE).
  • En 2022, pour toute vente ou location, un audit thermique devra être effectué pour les logements notés F ou G.
  • En 2023, les logements dont l’étiquette énergétique affiche la lettre G, ne pourront plus être mis sur le marché de la location. De ce fait, pour qu’un logement puisse être loué, il devra impérativement afficher une consommation énergétique annuelle inférieure à 450 kWh/m².
  • En 2028, les propriétaires de logements de type passoires thermiques devront effectuer des travaux de rénovation énergétique. Ces logements devront au minimum être catégorisés E.

Des aides financières pour isoler les passoires énergétiques

L’Ademe indique que les déperditions d’énergie d’un logement se font jusqu’à 30% par le toit, 25% par les murs, 15% par les fenêtres et 10% par le sol. Ces déperditions sont toutes autant d’économies d’énergie qu’il est possible de réaliser. Pour cela, des aides financières ainsi que des primes existent pour soutenir les projets de rénovation énergétique des personnes les plus modestes :

  • L’éco-prêt à taux zéro permet de bénéficier, comme son nom l’indique, d’un prêt avec des intérêts à 0%. Son montant peut varier entre 7 000€ et 30 000€ en fonction du type de travaux d’isolation.
  • Ma Prime Rénov’ est déterminée sur la base des revenus ainsi que de la hauteur d’économie d’énergie apportée par les travaux.
  • Les aides de l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat) sont évaluées à partir du niveau de ressources du demandeur. Pour les revenus dits très modestes, un remboursement maximal de 50% des travaux HT peut être versé.
  • La TVA à taux réduit permet d’acheter le matériel nécessaire à l’isolation à moindre frais. Pour bénéficier de la TVA à 5,5%, l’achat des produits doit être facturé par une entreprise. Dans le cas contraire, ce sont les 20% habituels qui s’appliqueront.

Notez que d’autres solutions d’aides et d’économie d’énergie existent, retrouvez-les en  cliquant ici.




Conférence : Le revenu de transition écologique en France et en Suisse, un an après

Retour sur les expérimentations du RTE en France et en Suisse, un an après leur lancement. Conférence organisée par la fondation Zoein et les territoires d’expérimentation du revenu de transition écologique en France et en Suisse, le 28 Janvier 2021 aux Assises Européennes de la Transition Energétique




Les métiers de la transition écologique

Quels seront les emplois du 21ème siècle ? A quoi ressemble le quotidien de ceux qui s’engagent déjà pour la transition écologique ? Est-il possible de faire un tel métier et d’en vivre? Quels sont les freins qui empêchent ces métiers de se développer ?

Ces questions interpellent. Et elles sont au cœur du travail de la Fondation Zoein. Pour y répondre, il faut aller à la rencontre de ceux qui sont sur le terrain.

Dans cette série de vidéo « métier du futur » se trouvent les témoignages de personnes qui s’engagent professionnellement et qui développent des savoirs faire pour la transition écologique en Suisse romande.




Échanger au lieu d’acheter

Un marché gratuit proposant des fournitures scolaires aux étudiants de Dunkerque, c’est une des actions de l’association des Chrysalides co-fondée par Angélique Févin. Autour d’elle, 1700 personnes qui ont rejoint la communauté « Effet papillon » qui aide à faire des collectes, des ateliers de ré-emploi et ré-utilisation d’objets usagers. Mais comment financer une activité entrepreneuriale basée sur l’échange ? Si les marchés sont gratuits pour les participants ce n’est pas forcément le cas pour les structures qui les accueillent.

Fédérer toutes les bonnes volontés, organiser des actions publiques pour faire évoluer les modes de consommation, et pourquoi pas conseiller des entreprises qui souhaiteraient réduire leurs déchets, un métier d’avenir auquel Angélique croit.

L’association des Chrysalides est soutenue, entre autres, par la Coopérative de Transition écologique des Hauts-de-France Tilt.




Sortir durablement de la galère 2/2

Des porteurs de projets expérimentent le Revenu de Transition Écologique

Anthony Sieckelinck se lance dans la rénovation et l’upcycling de meubles, Marie Depret est en train de mettre sur pied un petit bistro solidaire. Des projets qu’ils portaient depuis longtemps mais qui, il y a quelques mois encore, leur paraissaient irréalisables.

L’absence de fonds propres, l’âge, le manque de connaissance en comptabilité et les discours décourageants des instances chargées de la réinsertion, formaient des obstacles insurmontables. Car tous deux sont passés par la case chômage.

Mais grâce au soutien de Label épicerie et aux contrats CAPE (contrat d’appui au projet d’entreprise) signés en juillet 2020 avec la Coopérative de transition écologique des Hauts-de-France Tilt, ils peuvent aujourd’hui tester leurs activités

Un podcast de la fondation Zoein




Sortir durablement de la galère 1/2

Allier action sociale et transition écologique

Des paniers de légumes frais et locaux à 2.50 €, c’est ce qu’offre Label Epicerie à Coudekerque Branche près de Dunkerque. Cette épicerie coopérative et solidaire, créée en 2019, est aussi un espace où des bénévoles reprennent pied dans la vie professionnelle et voient leurs capacités et leurs talents reconnus.

Encouragé.e.s et accompagné.e.s, certain.e.s démarrent leur propre activités, bistro solidaire, restauration de meubles etc. en signant un contrat CAPE avec la coopérative de transition écologique des Hauts-de-France Tilt.
Portait d’un lieu étonnant et de sa dynamique coordinatrice, Stéphanie Ambellié.

Un podcast de la Fondation Zoein.




Réparateur de vélos à domicile

Des porteurs de projets expérimentent le Revenu de Transition Écologique

Il y a quelques mois Nicolas Devaux a décidé de se lancer dans la réparation de vélos à domicile. Tout cela sans émissions de carbone puisqu’il se déplace uniquement en vélo cargo. Il lance alors son site, lechappee.bike, et quitte un emploi d’ingénieur en informatique.

La Coopérative de transition écologique des Hauts-de-France Tilt, qui expérimente le Revenu de Transition Écologique, ainsi que le club d’investisseurs des Cigales, l’accompagnent dans ce nouveau business prometteur.

Un podcast de la Fondation Zoein.




Colorier pour renaître

Des porteurs de projets expérimentent le Revenu de Transition Écologique

Oser croire en soi, dépasser ses croyances limitantes et devenir entrepreneuse après un grave accident. Proposer à d’autres de retrouver confiance en eux à travers un livre de coloriage anti-stress pour adulte. Se former à l’art-thérapie, pour bientôt peut-être proposer des ateliers, c’est le parcours un peu fou de Laetitia Waryn et de son activité LWillustration.

Elle a signé en juin 2020 un contrat CAPE (contrat d’appui au projet d’entreprise) avec la Coopérative de transition écologique des Hauts-de-France Tilt. Cette coopérative créée à l’initiative de la Fondation Zoein et de la Ville de Grande-Synthe expérimente le Revenu de Transition Écologique.

Un podcast de la Fondation Zoein.




Grande-Synthe, quand le Revenu de Transition Écologique fait TILT !

Conceptualisé par Sophie Swaton, philosophe et économiste, Maître de conférence à l’Université de Lausanne et présidente de la Fondation Suisse d’Utilité Publique ZOEIN, le Revenu de Transition Écologique (RTE) est un dispositif qui vise à encourager la transition écologique et sociale, au plus près des territoires. Embryon d’un nouveau modèle économique en phase avec les enjeux de notre temps, il doit permettre de réconcilier « fin du monde » et « fin du mois », de bâtir un nouveau paradigme plus résilient pour nos sociétés dont la vulnérabilité a été crûment mise à jour ces derniers mois. Les premières expérimentations sont en cours en France et en Suisse. Focus sur Grande-Synthe où la Coopérative de Transition Écologique (CTE) qui porte le RTE a été lancée en mai 2019 . 

De nombreuses activités à vocation sociale et écologique se développent aujourd’hui dans nos territoires, dans des domaines variés : agriculture, alimentation, mobilité, consommation solidaire et durable, services de proximité aux populations, « zéro déchet », low tech, etc. Pourtant, ces activités sont peu ou pas valorisées, et restent souvent isolées. En outre, les porteurs de projets peinent à vivre correctement de leurs activités et plus particulièrement à se dégager un salaire en phase d’amorçage. C’est ce maillon manquant pour une réelle transition écologique et solidaire que le Revenu de Transition Écologique entend combler. À la fois droit à un revenu et à la formation, il a vocation à : 

  • accompagner les individus et entreprises dans la transition de leur activité, 
  • sortir les plus précaires et chômeurs de longue durée de l’exclusion en en faisant des acteurs de la transformation écologique et sociale de leur territoire, 
  • générer des activités non délocalisables, qui répondent au plus près des besoins et spécificités de chaque collectivité, 
  • favoriser les synergies entre les acteurs. 

In vivo

Pour que le RTE puisse prendre racine et vie, Sophie Swaton a imaginé les Coopératives de Transition Écologique (CTE). Véritables outils opérationnels d’expérimentation, elles ont 3 fonctions principales : 

  • financière : versement d’une aide à l’investissement de départ et mise en place d’une garantie de revenu conditionné ; 
  • d’accompagnement : outillage des porteurs de projets, formation, suivi dans leur développement… ; 
  • et de mutualisation des coûts, pratiques et connaissances.

À Grande-Synthe, cette Coopérative de transition écologique a été baptisée TILT, comme un appel à réveiller les consciences. Elle prend la forme d’une Société Coopérative d’intérêt Collectif (SCIC), sans but lucratif, à vocation Coopérative d’Activité et d’Emploi (CAE). Ses membres ont le statut d’entrepreneurs-salariés créé par la loi sur l’Économie sociale et solidaire de 2014. 12% de leur marge brute est réinvestie dans la coopérative pour contribuer aux frais communs, mais aussi financer les formations ou RTE des autres membres. « Il n’y a pas un modèle fixe ou figé de CTE. Nous avons fait ce choix car il correspondait le mieux à notre philosophie et au modèle économique que nous voulions bâtir mais d’autres formes sont possibles », tient à préciser Jean-Christophe Lipovac directeur de l’association ZOEIN France qui pilote l’initiative (voir son inteview plus loin). Dans un premier temps, les porteurs de projet signent un Contrat d’appui au projet d’entreprise (CAPE). Une fois leur activité pérennisée, ils intègrent la coopérative en tant qu’entrepreneurs-salariés. L’entité bénéficie de subventions de la Région Hauts-de-France, de l’ADEME, de la Communauté urbaine de Dunkerque ou encore de la Fondation ZOEIN, mais l’objectif est bien d’arriver à l’autofinancement. Pour Jean-Christophe Lipovac, « il faudrait entre quarante et cinquante entrepreneurs-salariés pour arriver à cet équilibre ». Il espère signer dans un premier temps 15 contrats en 2020 puis 20 en 2021. Une initiative salutaire, car malgré une politique ambitieuse en matière de transition écologique et citoyenne Grande-Synthe compte toujours 31% de sa population sous le seuil de pauvreté et un taux de chômage de 29%, qui grimpe à 40% chez les moins de 25 ans. « La vraie question c’est : en quoi la politique de transition peut être un levier de création d’emploi »,  souligne Jean-Christophe Lipovac qui a collaboré auparavant aux côtés de Damien Carême à la Mairie. « Le RTE peut être cette brique manquante pour une transition inclusive où chacun puisse prendre sa part. »

Synergies

Au-delà de l’aspect financier, les CTE ont également vocation à jouer le rôle de plateforme, d’interface avec l’ensemble des acteurs du territoire. Ainsi TILT compte parmi ses membres fondateurs : la ville de Grande-Synthe, l’Association ZOEIN France, la Maison de l’initiative de Grande-Synthe, l’URSCOP Hauts-de-France ou encore Isabelle Robert, chercheuse et maître de conférence en économie à l’Université de Lille qui assurera plus spécifiquement le volet « Recherche » du dispositif. Mais l’objectif est d’aller bien plus loin et de constituer une plateforme solidaire et démocratique, en réseau, qui mutualise toutes les volontés, bonnes pratiques, acteurs et savoir-faire pour construire un nouveau modèle économique durable, citoyen et résilient. 

A lire aussi: Un article sur l’avancement du revenu de transition écologique en Haute Vallée de l’Aude « Avec le Covid-19, le revenu de transition écologique est plus que jamais nécessaire »


« Les premiers de cordée de la transition écologique des territoires »

3 questions à Jean-Christophe Lipovac, directeur ZOEIN France, en charge de l’expérimentation de Grande-Synthe. 

Quelle est la genèse de cette expérimentation ? 

Le projet est né sous l’impulsion de l’ancien Maire de Grande-Synthe, Damien Carême. Il s’est concrétisé il y a tout juste un an. Mon travail jusqu’ici a consisté à mettre un place un consortium d’acteurs (collectivités, associations locales, acteurs de l’économie sociale et solidaire…), à développer des partenariat et écrire les statuts. Nous étions prêts à accueillir nos premiers porteurs de projets en février-mars 2020, mais la crise du Covid a retardé notre lancement opérationnel. Nous avons finalement signé le premier contrat le 18 mai dernier. 

Comment cela fonctionne concrètement ? 

Le Revenu de Transition Écologique se décline en trois formes : 

  1.  le « RTE investissement ». Il s’agit de débloquer des fonds, sous la forme de dons, d’aides en nature ou de prêts remboursables, pour aider les porteurs de projets à lancer leur activité. Par exemple, Nicolas (voir portraits de citoyens en transition ci-dessous), notre premier contrat, voulait lancer une activité de réparation de vélo à domicile. Pour se déplacer, il avait besoin d’un vélo cargo, mais cela coûte 4 000 euros. Nous avons alors signé une convention avec une association d’épargne solidaire locale, le Club Cigales des Hauts-de-France, qui lui a débloqué 1500 €. Des discussions sont en cours pour faire de cette association un partenaire plein et entier de TILT. Nous sommes également en discussion avec un habitant de Grande-Synthe qui voudrait lancer une activité de compostage semi-industrielle en récupérant les déchets verts des nombreux jardins en pieds d’immeubles et maraîchages de la ville. Il lui faudrait un terrain pour développer cette activité. Nous sommes en discussion avec la mairie pour voir si elle pourrait en mettre un à disposition. 
  2. Le « RTE formation ». Nous avons par exemple une personne qui souhaite se lancer dans une activité de cantine solidaire mais qui a besoin d’une formation hygiène/sécurité. Quand les organismes traditionnels ne prennent pas en charge ce type de formation, le RTE peut s’y substituer. La CTE a vocation à être une sorte d’Université populaire de ce modèle économique soutenable que nous voulons bâtir. 
  3. Le « RTE garantie de revenu/de salaire ». C’est un volet qui ne pourra être actionné qu’après avoir atteint une masse critique d’entrepreneurs-salariés. On pourrait alors décider collectivement d’un niveau de revenus en dessous duquel le RTE se déclenche pour soutenir les salaires des membres de la coopérative sur un temps déterminé. Quand une personne développe son activité, les revenus peuvent être en dents de scie, prendre du temps à se pérenniser. Et puis les activités que nous cherchons à développer sont, par nature, peu ou pas rentables, même si elles ont un impact positif incontestable sur la vie locale. Le RTE pourrait servir de complément de revenu temporaire. Mais la stratégie et les paramètres seront à définir avec les sociétaires. D’ici 4-5 ans, j’espère que nous pourrons financer 30% de RTE au sein de la coopérative. 

Cette nouvelle approche peut-elle être un facteur de résilience pour les territoires ? 

Parfaitement. Nous sommes dans une logique de relocalisation de l’économie, avec des entrepreneurs dont les activités sont profondément ancrées dans leur territoire. C’est un réseau de solidarité économique et sociale que nous essayons de mettre en place afin de construire de nouvelles formes de résilience par des liens de confiance. Avec les collectivités, associations, entreprises et habitants, nous bâtissons des écosystèmes qui ont vocation à grandir et se démultiplier pour créer de nouvelles solidarités. Il y a encore de la pédagogie à faire, nous devons faire connaître notre projet au plus grand nombre. Mais les premiers retours sur le terrain sont enthousiastes. Il y avait une attente. À chacun d’entre nous, à présent, de sauter le pas. Le chemin se dessine à mesure que nous marchons et le champ des possibles est infini. Nous sommes les premiers de cordée de la transition écologique des territoires.  


Portraits de citoyens en transition

Nicolas, ex-informaticien, 42 ans

Nicolas a été le premier contrat signé par TILT. Après une carrière dans l’informatique, il a eu envie de se lancer dans une activité qui ait du sens. Il a donc décidé de créer L’Échappée, une entreprise de réparation et d’entretien de vélo. Nicolas développe également, en parallèle :  

  • des ateliers de formation à de sensibilisation à la pratique du vélo, notamment auprès des entreprises ; 
  • un service de livraison à vélo pour les commerces locaux. 

Pour cela, il est en train de créer une plateforme qui lui permet de mettre à profit sa première activité professionnelle. « Nous encourageons beaucoup les porteurs de projets à diversifier leur activité le plus possible pour avoir des relais de revenus quand l’une se fait plus calme », précise Jean-Christophe Lipovac. Mais le projet est bien dans l’air du temps et a connu un démarrage fulgurant. TILT l’accompagne dans le développement de ces différentes activités en tâchant notamment de nouer des liens avec les commerces, entreprises ou services similaires qui se sont développés dans la région. 

Nicolas n’a pas créé à proprement parler « son » entreprise : il bénéficie de l’hébergement juridique de la Coopérative TILT – Coopérative de la Transition Ecologique pour tester son activité. Et demain, il pourra en devenir « entrepreneur salarié et associé ». Dès aujourd’hui, la Coopérative Tilt lui apporte conseils et financement dans le cadre du lancement de son activité. Un « Revenu de Transition Ecologique (RTE) – Investissement »vient compléter l’avance remboursable que lui ont octroyé deux Clubs de finances citoyennes et solidaires (les Clubs Cigales du Dunkerquois) – par ailleurs, sociétaires de la Coopérative – afin de contribuer à l’achat d’équipements. (voir photo de l’article)

Laetitia, ex-développeuse informatique, 35 ans

Laetitia a enfin réalisé son « rêve d’enfance » en créant son entreprise d’illustration et d’ateliers créatifs autour de la connaissance du patrimoine et de la biodiversité locale. Et quel meilleur endroit que Grande-Synthe, première capitale française de la biodiversité pour cela ! Laetitia souhaiterait également développer une activité autour du livre et voudrait commencer à écrire de petits contes et histoires sur ses thématiques de prédilection. « Nous sommes en train de voir avec elle si nous pouvons déclencher un RTE formation pour lui donner les bases en story-telling et techniques de narration », souligne Jean-Christophe Lipovac. 

Angélique, association éco-responsable, 30 ans

Angélique est la fondatrice de l’association Chrysalides qui cherche à structurer, sur le territoire du Dunkerquois, un réseau d’habitants éco-responsables et solidaires. L’idée : favoriser et promouvoir le réemploi, le don ou l’emprunt. À ce jour, près de 1 200 membres ont rejoint l’initiative à travers la « communauté de l’effet papillon ». Un succès qui pousse aujourd’hui Angélique Févin, à développer sa propre activité “porteuse de sens” ! La jeune trentenaire, habitante de Dunkerque, a ainsi quitté volontairement son emploi en CDI pour se lancer dans la création de son emploi plus en adéquation avec ses valeurs, ses convictions et sa ferme intention de construire le “monde de demain” ! Son emploi au sein de l’association Chrysalides est financé depuis le mois de mai par la Fondation du Dunkerquois Solidaire. Dans le cadre d’une convention entre la Fondation du Dunkerquois Solidaire, la Fondation Agir Contre l’Exclusion (FACE), et la Coopérative TILT, Angélique bénéficie d’un accompagnement de la Coopérative pour construire le modèle économique de son activité et pérenniser son emploi. La perspective d’ici un an est qu’Angélique développe une activité entrepreneuriale et rejoigne la coopérative en bénéficiant du statut d’entrepreneur-salarié chez TILT. « Elle n’entrait pas vraiment dans nos cases », reconnaît Jean-Christophe Lipovac, « puisqu’elle bénéficiait déjà d’un accompagnement financier. Mais le cas d’Angélique est un bon exemple, à la fois du processus itératif de notre développement et des nouveaux partenariats que nous sommes capables de tisser avec d’autres organismes pour aller plus loin ensemble. »

Rédigé par Antoine Morlighem

Bibliographie pour aller plus loin: