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L’esthétique, l’humilité et l’étonnement : d’autres modes de relation à l’environnement

Par Emily Brady

Vol 2 (1) – avril 2018 – L’environnement et l’esthétique

Résumé

Dans cet article, j’avance la thèse que le développement de relations significatives d’ordre à la fois esthétique et éthique entre espèces et au sein des différentes espèces, entités organiques et inorganiques, se révèle d’une importance décisive pour configurer un avenir commun sur la planète terre. À cette fin, j’esquisse les contours de ces relations au moyen de « modes de relation » qui revêtent une importance et une signification particulières pour les êtres humains et les non-humains. Les modes de relation que j’examine sont : Esthétique– un mode de relation caractérisé par la perception multisensorielle, l’attention et l’imagination libre ; Humilité – un mode de relation, compris de manière épistémologique et morale, caractérisé par la conscience des limites de la connaissance et du pouvoir humains ; et l’Étonnement– un mode de relation caractérisé par l’ouverture d’esprit et la curiosité. Comment justifier l’idée que ces modes de relation sont désirables ? Je poserai cette question pour chacun d’entre eux, en me demandant dans quelle mesure l’esthétique, l’humilité et l’étonnement permettent de construire un avenir florissant.

Mots-clé :attention, avenir, curiosité, esthétique, étonnement, humilité, imagination, mode de relation, limites

Aesthetics, Humility, and Wonder: Other-Regarding Ways of Relating to Environment

 Abstract

In this paper, I argue that developing meaningful aesthetic-ethical relationships among and between species, organic and inorganic entities, is central to shaping a shared future on planet earth. To this end, I outline the contours of those relationships through, specifically, ‘ways of relating’ that have significance and meaning for human and more than human worlds. The ways of relating I explore are: Aesthetics – a way of relating characterized by multisensory perception, attention and imaginative freedom; Humility – a way of relating, both epistemically and morally, characterized by awareness of the limits of human knowledge and power; and Wonder – a way of relating characterized by openness and curiosity. On what grounds are these ways of relating desirable? I’ll ask this question of each one, considering how aesthetics, humility and wonder enable us to build a flourishing future.

Key-word: aesthetics, attention, curiosity, future, humility, imaginative freedom, limits, way of relating, wonder

CONTENT

  • Introduction
  • Meaningful relations as starting point
  • Aesthetics as a way of relating
  • Humility – moral and epistemic
    • Moral humility
    • Epistemic humility
    • Rachel Carson
  • Wonder
    • John Muir
    • Animals
    • Geology
  • Conclusion

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Pour citer l’article :  Emily Brady. 2018. « L’esthétique, l’humilité et l’étonnement : d’autres modes de relation à l’environnement ». La Pensée écologique. Vol 2 (1).




Esthétique, phénoménologie de l’habitation de la Terre et considération

Par Corine Pelluchon

Vol 2 (1) – avril 2018 – L’esthétique et l’environnement

Résumé

L’appréciation esthétique de la nature implique un engagement du corps et contribue à élargir notre perception de nous-mêmes en nous faisant ressentir notre appartenance à la communauté biotique. Pourtant, l’esthétique environnementale ne se fonde pas sur la connaissance des phénomènes biologiques complexes ni même sur une éthique environnementale liée à la reconnaissance de la valeur intrinsèque des autres vivants. La capacité à admirer la nature indépendamment de l’usage que l’on en a suppose un décentrement du regard, mais ce dernier ne résulte pas de connaissances ou de normes. Il est plutôt le fruit d’une transformation de soi qui modifie en profondeur la manière dont le sujet se pense et perçoit la nature. Tel est le sens de la considération, qui unit l’éthique et l’esthétique, la capacité à admirer les animaux sans chercher à les dominer et le désir de prendre soin de la nature découlant d’un rapport à soi et au monde commun.

Mots-clefs : corporéité, esthétique, éthique de la Terre, éthique des vertus, phénoménologie de l’habitation de la Terre

Aesthetics, Phenomenology of the Inhabiting the Earth and Virtue Ethics

Abstract

Environmental aesthetics requires a participation of the body and contributes to enlarge our perception of ourselves by making us feel that we are members of the biotic community. And yet, environmental aesthetics is not based upon biological knowledge. Nor is it grounded upon environmental ethics and the acceptance of the intrinsic value of other living beings. The capacity to admire nature without focusing on the way we use it supposes that we depart from an anthropocentric point of view. However, this change does not result from norms nor knowledge. It is rather the consequence of a process of self-transformation that changes from within the way we think ourselves and perceive nature. This is at stake in the notion of consideration, which articulates ethics and aesthetics: the capacity to admire animals without exploiting them and the desire to care for nature derive from the experience of our relation to the common world we belong.

Key words : Aesthetics, Corporeality, Land Ethic, Phenomenology of living on Earth, Virtue Ethics

Plan

  • Introduction
  • Esthétique de la nature et phénoménologie de l’habitation de la Terre
    • Le sentir et la corporéité
    • Plaisir, existence et élargissement du sujet
    • L’émotion esthétique témoigne du lien nous unissant à la nature
  • Esthétique et éthique de la considération
    • Sens commun, monde commun et responsabilité
    • L’éthique comme transformation de soi
    • La considération, lien unissant l’éthique et l’esthétique
    • Perspectives et conclusion

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Pour citer l’article: Corine Pelluchon.2018. Esthétique, phénoménologie de l’habitation de la Terre et considération. La Pensée écologique. Vol 2 (1)




L’expérience esthétique à l’épreuve des valeurs de la nature : vers une esthétique environnementale intégrale

Par Gérald Hess

Vol 2 (1) – avril 2018 – L’environnement et l’esthétique

Résumé

Grâce aux travaux du philosophe Allan Carlson notamment, l’esthétique environnementale est devenue aujourd’hui un champ de la réflexion philosophique qui s’est clairement émancipé de l’esthétique artistique aussi bien que d’une conception subjectiviste de l’esthétique. Dans cet article je questionne d’abord le modèle cognitiviste de Carlson dans une perspective anthropologique et épistémologique, afin de monter que la beauté de la nature, fût-elle épistémiquement objective, est insuffisante pour servir un argumentaire en faveur d’une protection de l’environnement. Je suggère que ce modèle doit être corrigé ou complété par une approche en 1èrepersonne, comme celle que propose la phénoménologie. Aussi bien l’esthétique de l’engagement d’Arnold Berleant qu’une esthétique de la médiance, inspirée de l’œuvre du géographe Augustin Berque, invitent à dépasser le dualisme épistémologique encore sous-jacent à l’esthétique objectiviste de Carlson. La perspective phénoménologique conduit finalement à revisiter l’esthétique acentrique du détachement de Stan Godlovitch. Le détachement ne signifie pas nécessairement un point de vue extérieur au monde ; on peut être détaché de l’intérieur du monde en étant au plus près de la présence de la nature elle-même. Une esthétique environnementale au service de la protection de l’environnement doit être une esthétique intégrale : elle doit recourir non seulement à la beauté de la nature dans une attitude de désintéressement, mais encore à son « habitabilité » dans une attitude d’engagement et à son mystère dans une attitude de détachement.

Mots-clés : Berleant, Carlson, Godlovitch, esthétique, phénoménologie, beauté, habitabilité, mystère, désintéressement, engagement, détachement

Aesthetic experience under the consideration and point of view of values of nature: toward an integral environmental aesthetics

Abstract

With the work of philosopher Allan Carlson in particular, environmental aesthetics has become a field of philosophical reflection emancipated from aesthetics of arts as well as from a subjectivist conception of aesthetics. In this paper I first question Carlson’s cognitivist model of environmental aesthetic from an anthropological and epistemological point of view, in order to ascertain that the beauty of nature, even if it is epistemically objective, is not sufficient as an argument for the protection of nature. I suggest that this model must be corrected or supplemented by a first-person approach, like phenomenology. Arnold Berleant’s aesthtetics of engagement or aesthetics of “mediance”, inspired by the work of the French geographer Augustin Berque, invites to go beyond the epistemological dualism still underlying Carlson’s objectivist aesthetics. The phenomenological perspective leads at the end to revisit Stan Godlovitch’s model of acentric aesthetics. Aloofness means not necessary to be outside the world; one can be detached from inside the world in being closer to the presence of nature itself. Environmental aesthetics in the service of the protection of the environment must be an integral aesthetics: it must not only refer to the beauty of nature in an attitude of disinterestedness, but also to its “habitability” in an attitude of engagement and to its mystery in an attitude of aloofness .

Key words : Berleant, Carlson, Godlovitch, aesthetics, phenomenology, beauty, inhabitability, mystery, disinterestedness, engagement, aloofness

Plan

    • Introduction
    • Le modèle cognitiviste de Carlson
    • L’approche phénoménologique de l’esthétique environnementale : esthétique de l’engagement et esthétique de la médiance
    • L’esthétique acentrique
  • Conclusion : vers une esthétique environnementale intégrale

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Pour citer l’article: Gérald Hess.2018. L’expérience esthétique à l’épreuve des valeurs de la nature : vers une esthétique environnementale intégrale. La Pensée écologique. Vol 2(1)




Le protectionnisme esthétique de Ned Hettinger

Par Hicham-Stéphane Afeissa

Vol 2 (1) – avril 2018 – Dossier « L’esthétique et l’environnement »

Résumé

Nous nous proposons de présenter les fondements de la théorie d’esthétique environnementale que Ned Hettinger a développée sous le nom de « protectionnisme esthétique », en entendant par-là la théorie selon laquelle les considérations esthétiques fournissent par elles-mêmes une importante justification rationnelle aux entreprises de protection de l’environnement, sans être pour autant exclusives d’autres types d’argumentaires visant à atteindre le même objectif.  Le protectionnisme esthétique est une théorie pluraliste qui s’efforce de réaliser une synthèse équilibrée des différents modèles d’esthétique environnementale avancés depuis le début des années 1970. Même si elle accorde un privilège à l’esthétique cognitive élaborée par Allen Carlson, puis développé par Holmes Rolston dans le cadre de sa propre philosophie, la théorie de Hettinger n’ignore pas les limites d’une telle approche et reconnaît expressément l’existence d’une multiplicité de réactions esthétiques légitimes à l’environnement, parmi lesquelles certaines apparaissent toutefois comme étant préférables à d’autres.

Mots-cléfs : Carlson, pluralisme, protectionnisme esthétique, objectivité esthétique, Rolston

Abstract

We propose to present the foundations of the theory of environmental aesthetics that Ned Hettinger has developed under the name of « aesthetic protectionism ». In his theory Hettinger thinks that aesthetic considerations provide an important rational justification for environmental protection, without being exclusive of other types of arguments aimed to achieve the same objective. Aesthetic protectionism is a pluralist theory that strives to achieve a balanced synthesis of the different models of environmental aesthetics advanced since the early 1970s. Even if it grants a privilege to the cognitive aesthetics developed by Allen Carlson, then developed by Holmes Rolston as part of his own philosophy, Hettinger’s theory is aware of the limits of such an approach and expressly recognizes the existence of a multiplicity of legitimate aesthetic reactions to the environment, some of which, however, appear as being preferable to others.

Key-words: Carlson, pluralism, aesthetic protectionism, aesthetic objectivity, Rolston

Plan

    • Qu’est-ce que le protectionnisme esthétique ?
    • De la nécessité des arguments esthétiques en matière de protection environnementale
    • Protectionnisme esthétique et anthropocentrisme
    • Protectionnisme esthétique et objectivité esthétique
  • Pour un modèle pluraliste en esthétique environnementale

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Pour citer l’article : Hicham-Stéphane Afeissa.2018. Le protectionnisme esthétique de Ned Hettinger. La Pensée écologique. Vol 2(1).




Redistribution classique : le sublime comme réponse à l’aisthétisation du beau

 Par Carole Talon-Hugon

Vol 2 (1) – L’esthétique et l’environnement – Avril 2018

Résumé

L’esthétique environnementale plonge-t-elle ses racines dans l’esthétique classique de la nature ? On montrera ici que non. La révolution scientifique moderne, en renonçant au Cosmos au profit d’un paradigme mécaniste corpusculaire de la nature a conduit à une subjectivisation du sensible. L’esthétique qui naît au xviiiesiècle s’est d’abord donné pour tâche de prendre en charge le rapport sensible au monde que la nouvelle science négligeait au profit de l’étude des qualités premières. Mais l’intérêt de l’art, et notamment de la peinture, pour cette configuration particulière du sensible qu’est le paysage a produit une artialisationdu rapport sensible de l’homme au monde, c’est-à-dire a conduit à considérer ce dernier sous les catégories de beauté et de sublime, à privilégier le sens de la vue, et à prôner une attitude désintéressée. Autant de traits avec lesquels l’esthétique environnementale contemporaine rompt.

Mots-clés : esthétique environnementale, esthétique classique, monde sensible, paysage, beau, sublime, goût

Classical redistributions : The sublime as an answer to the aisthetisation of the Beauty

Does Environmental Aesthetics come from the classical Aesthetics of Nature? I will show here that that is not the case. The modern scientific revolution, in dismissing the Cosmos in favour of a corpuscular-mecanical paradigm of nature, lead to a subjectification of the Sensible. The agenda of the new discipline named aesthetics, which emerged during the 18th Century, dealt with the men’s sensitive relationship with nature – a relationship that the new science neglected in favour of the study of primary qualities. Yet, the interest of the painting for the landscapes produced an artificationof the men’s relationship with the world. That is to say that it leads to consider the nature under the values of beauty and sublime, to choose sight rather than the others senses, and to advocate a disinterested attitude toward environment. Environmental Aesthetics refuse many of these characteristics.

Key words : Environmental Aesthetic, Classical Aesthetics, nature, landscape, beauty, sublime, taste.

Plan

  • L’aisthétisationdu monde
  • L’aisthétisationde la beauté
  • L’invention de l’esthétique
  • Le paysage ou l’artialisationde la nature
  • La catégorie rivale du sublime
  • Esthétique environnementaleversusEsthétique classique du paysage

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Pour citer l’article: Carole Talon-Hugon.2018. « Redistribution classique : le sublime comme réponse à l’aisthétisation du beau ». La Pensée écologique. 2(1).




Introduction : l’environnement et l’esthétique

Par Gérald Hess

Vol 2 (1) – Avril 2018

L’approche philosophique d’une esthétique de la nature est aussi ancienne que la philosophie elle-même. Les travaux de Pierre Hadot (2002) sur la conception de la philosophie antique conçue comme un exercice spirituel sont aujourd’hui bien connus. L’exercice spirituel se caractérise dans l’Antiquité non seulement par le retour à une vie simple, animée par le souci de vivre selon la nature, mais également…

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Pour citer l’article : Gérald Hess. 2018. « Éditorial : l’environnement et l’esthétique », La Pensée écologique, vol. 2 (1)




Entre finitude et infinitude: le paradoxe de l’ingénierie climatique

Par Léon Hirt

Résumé

Cette recherche propose d’étudier la géo-ingénierie – ou ingénierie climatique (IC) – sous le prisme d’un paradoxe d’ordre anthropologique que je nomme le « paradoxe de l’IC ». Ce dernier est défini comme étant l’existence simultanée d’une perception de la finitude et d’un esprit infini qui cherche à transcender cette finitude. Je suggère que l’IC découle de cette tension entre la perception de la finitude et l’esprit infini, et qu’il résulte de cette situation paradoxale une recherche d’un sentiment de transcendance ontologique. De façon générale, ce cadre d’analyse invite à repenser la manière d’aborder l’IC et les techniques y afférentes. Plus concrètement, il invite à repenser la définition de l’IC et les critères employés pour classer les techniques relevant de l’IC.

Mots-clés: géo-ingénierie, ingénierie climatique, finitude, infinitude, anthropologie

Abstract

In this study, I propose to apprehend geoengineering – or climate engineering (CE) –through an anthropological paradox named “the paradox of CE”, which I define as the fact that, simultaneously, one perceives finitude, but through a particular mind-set, I call “infinite mind” that strives to transcend finitude. I suggest that CE stems from the tension between the perception of finitude and the infinite mind, and that the paradox results in a feeling of ontological transcendence. Consequently, the framework through which CE is analysed suggests we need to rethink the way we perceive CE and its techniques. More specifically, we suggest reconsidering both the definition of CE and the criteria used to classify CE techniques.

Keywords : geoengineering, climate engineering, finitude, infinitude, anthropology

Référence: Hirt Léon, 2019, « Entre finitude et infinitude : le paradoxe de l’ingénierie climatique », La Pensée écologique, vol. 3, no. 1



Sous le voile du langage : l’expérience du monde. Quels fondements pour une écologie incarnée ?

Par Christophe Gilliand

Résumé 

Dans la lignée d’une riche tradition philosophique située au croisement de l’éthique environnementale et de l’anthropologie, cet article identifie le dualisme entre nature et culture comme l’origine ontologique de la « crise environnementale » et s’interroge sur les conditions de possibilité de son dépassement.  En mettant en évidence la façon dont le langage structure notre façon d’appréhender le monde, il s’agit d’explorer les fondements épistémologiques du dualisme. En tant qu’êtres doués de raison, ne sommes-nous pas condamnés à vivre dans l’espace-temps abstrait de notre univers conceptuel plutôt qu’au contact véritable des choses ? En adoptant une perspective phénoménologique, ce travail soutient au contraire que notre enracinement dans la nature se manifeste comme une évidence dès lors que l’on prête attention à notre expérience directe du monde.

Mots clés: Environnement, dualisme, épistémologie, langage, expérience, phénoménologie

Abstract

Under the veil of language: the experience of the world. What groundings for an embodied ecology ?

Following a rich philosophical tradition located at the crossroads of environmental ethics and anthropology, this article identifies dualism between nature and culture as the ontological origin of the environmental crisis and asks under what conditions it is possible to surpass it. By showing how language structures our way of viewing the world, the aim is to explore the epistemological groundings of dualism. As rational creatures aren’t we condemned to live in the abstract time-space of our conceptual universe instead of living truly in contact with things? By adopting a phenomenological perspective, this paper seeks to show, on the contrary, that our embedment in nature becomes obvious as soon as we look under the veil of language and pay close attention to our direct experience of the world.

Keywords: environment, dualism, epistemology, language, experience, phenomenology

Référence : Gilliand, Christophe, 2019,« Sous le voile du langage : l’expérience du monde. Quels fondements pour une écologie incarnée ? », La Pensée écologique, vol. 3, no. 1.

Pour consulter l’article : https://www.cairn.info/revue-la-pensee-ecologique-2019-1-page-63.htm?contenu=resume




L’assèchement des choix. Pluralisme et écologie

 Par Bruno Villalba

Vol 1 (1) – octobre 2017 – « Les transitions écologiques »

RÉSUMÉ

La démocratie est le régime politique qui légitime la liberté de chacun à choisir les conditions politiques et sociales de son existence. Le pluralisme, dans sa dimension procédurale – et notamment à travers le vote – met en scène la diversité des choix et des trajectoires politiques possibles pour un peuple. Il organise l’expression et la compétition des choix politiques ; il met en place une conception de la citoyenneté qui s’élabore sur des choix illimités dans le temps et dans un monde politique d’abondance, sans limites. Mais confronté aux finitudes écologiques, il se trouve face à la contraction des options possibles, ce qui produit un assèchement des choix offerts par la démocratie. Le pluralisme actuel doit alors imaginer des adaptations temporelles et des procédures de limitation susceptibles d’ajuster l’idéal d’émancipation de la démocratie au contexte limité de son assise matérielle.

Mots clés : Pluralisme procédural, choix, limites écologiques, ajustement`

ABSTRACT

Democracy is the political regime that legitimizes everyone’s freedom to choose the political and social conditions of their existence. Pluralism, in a procedural dimension – and especially through voting – shows the diversity of choices and possible political trajectories for a people. It organizes the expression and competition of political choices; it puts in place a conception of citizenship that encroaches on unlimited choices in time and in a political world of abundance, without limits. But confronted with the ecological ends, it is faced with the contraction of the possible options, which produces an assortment of the choices offered by the democracy. Current pluralism must be adapted to the temporal adaptations and procedures of adjustment limitation of the ideal of the emancipation of democracy to its limited context.

Key words: Procedural pluralism, choice, ecological limits, adjustment

PLAN

  • Éclipses des conséquences de l’extension du pluralisme
    • Une aspiration de choix sans limites
    • Une aspiration à contextualiser
  • Ajuster les choix. Compatibilité et renoncement.
    • Contextualiser les choix. Apories matérialistes du pluralisme
    • Rééquilibrer nos modes de vie
    • Choisir des temporalités adaptées
    • Un pluralisme dans le monde déterminé

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« Le mot clé – quasiment sacré – de l’époque actuelle est “et” » Günther Anders, L’Homme sans monde. Écrits sur l’art et la littérature, Paris, Fario, 2015, p. 21.

« Et puis quoi d’autre ? Et puis. Et puis. » Peter Heller, La Constellation du chien, Paris, Babel, p. 207.

« Et » : ce mot clé de l’époque actuelle souligne la possibilité – l’injonction – de cumuler : l’enjeu n’est pas de savoir si l’on peut accéder à cela ou ceci, de détenir ce droit ou celui-ci, d’aller ici ou là, mais bel et bien de posséder ceci et cela, de majorer celui-là et celui-ci, de voir ailleurs et autre part. « Et puis. Et puis » : l’enchaînement s’impose, faisant oublier la contingence écologique qui pourrait le remettre en cause. Le « et » tend aussi à abolir l’espace et le temps, puisqu’il s’agit de profiter constamment des biens (aujourd’hui et encore plus demain) et d’en étendre le champ d’application (au Nord comme au Sud…). Simultanéité et cumulativité. Instantanéité et permanence. Et même si nous n’avons pas, temporairement, la capacité économique de choisir maintenant, le choix demeure une espérance qui motive l’action individuelle. Ce « et » présuppose la capacité de chacun d’envisager le choix comme un enchainement cumulé de possibilités ; il sous-entend de pouvoir différer pour un temps la réalisation successive des options offertes. Chacun concrétise cette promesse et ce désir du « et ». Ainsi, avec deux lettres, se met en place un récit, pour reprendre les termes de Paul Ricœur, qui accorde une certaine représentation de l’histoire moderne. Cette intrigue mobilise un imaginaire de l’abondance des possibilités, présentes et à venir ; un projet tout à la fois réalisé et toujours en devenir.

Pour consulter l’articlehttps://www.cairn.info/revue-la-pensee-ecologique-2017-1-p-j.htm

Pour citer l’articleVillalba Bruno. 2017. L’assèchement des choix. Pluralisme et écologie. La Pensée écologique, 1, (1), j-. https://www.cairn.info/revue-la-pensee-ecologique-2017-1-page-j.htm.




Simplicitaires et expériences esthétiques de la nature : pour une transition écologique et spirituelle des modes de vie

 Par Diane Linder

Vol 1 (1) –  octobre 2017

RÉSUMÉ

La transition écologique et spirituelle des modes de vie est discutée sous le prisme de la simplicité volontaire et plus particulièrement via la relation que ses représentants tissent avec la nature. Cette relation est appréhendée grâce une articulation théorique originale entre des expériences esthétiques de la nature, les représentations qu’elles insufflent et les comportements éthiques à son égard. Une enquête de terrain a permis de discuter et d’amender ce corpus théorique. Un tel cheminement heuristique éclaire les représentations de la nature qui habitent les simplicitaires, leurs spécificités et notamment le rôle crucial de l’identification phénoménologique à la nature pour développer une représentation emprunte d’humilité se traduisant dans l’élaboration de certaines valeurs morales.

Mots clés : Nature, simplicitaires, expériences esthétiques et transesthétiques, éthique.

ABSTRACT

The ecological and spiritual transition of the lifestyles is discussed under the prism of people practicing voluntary simplicity, more particularty the relation their representatives build with nature. This connection was questioned and thought through an articulation between the aesthetics experiences of nature, her appreciation and the definition of an ethical behaviour towards her. This approach allowed also to put into perspective both the theory issues and the empirical data. This heuristics process allowed us to underline the advocates of the voluntary simplicity’s appreciation of nature. We have attested the crucial role of the phenomenological identification with the nature to develop a representation of the order of humility that is expressed in some of their behaviours and more fundamentally in moral values. The continuity, that the advocates of the voluntary simplicity settle in their connection with the nature, emphasizes the possibility of an everyday ethical engagement towards nature.

Keywords : Nature, voluntary simplicity, aesthetic and transaesthetic experience, ethic.

PLAN 

  • Une articulation théorique originale : d’une cosmologie générale aux mondes vécus
  • En quête d’explicitation
  • Une pluralité d’expériences et de représentations dans un même monde

Ce travail de recherche a été récompensé à double titre : Diane Linder a obtenu le prix de la Faculté des Géosciences et de l’Environnement ainsi que le prix Durabilis de l’Université de Lausanne et de l’Ecole Polytechnique de Lausanne (EPFL). Pour consulter le mémoire de recherche: http://igd.unil.ch/diane.linder/fr/publications/ 

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« Notre expérience spontanée du monde, chargée de contenus subjectifs, émotionnels et intuitifs, demeure l’obscur et vital fondement de notre objectivité. » (Abram, 2013 : 56)

Le diagnostic scientifique ayant réduit le monde des Modernes – infini et ouvert – au monde de la biosphère – clos et fini -, réviser notre relation au monde est une entreprise nécessaire. Celle-ci exige une appréciation des enjeux écologiques qui va au-delà de ce que l’on peut percevoir ici et maintenant (Bourg et Whiteside, 2010). Ce qui a pu caractériser notre habilité à évaluer la portée de nos actes relevait majoritairement de nos cinq sens et selon un ancrage temporel et spatial de l’ordre du palpable, alors qu’aujourd’hui les événements tels l’érosion de la biodiversité, le changement climatique, le bouleversement des grands cycles biogéochimiques, l’introduction de micropolluants, les effets de seuil, etc, échappent à notre aptitude sensible à pleinement les cerner. Il faudrait, dès lors, parvenir à faire ressentir l’« insensible » et insuffler des représentations « irreprésentables » (Poirot-Delpech et Raineau, 2012 : 17). Or, d’une part la psychologie sociale nous enseigne l’impuissance du gain d’information pour réellement infléchir des comportements (Schultz et al., 2007) et d’autre part, plus les sciences de la nature acquièrent de nouvelles connaissances, plus le système Terre se montre animé d’interrelations complexes échappant à une quelconque maîtrise humaine. Nous sommes, plus que jamais, confrontés à notre finitude et à la mise en présence d’une nature « sous-déterminée » (Gloy, 2010).

Référence : Linder, Diane. « Simplicitaires et expériences esthétiques de la nature : pour une transition écologique et spirituelle des modes de vie », La Pensée écologique, vol. 1, no. 1, 2017. doi:10.3917/lpe.pr1.0001.

Pour consulter l’article : https://www.cairn.info/revue-la-pensee-ecologique-2017-1-page-221.htm?contenu=article