Le Lupin : fondement et instrument d’une reconstruction du système agricole

Il nous a semblé important de publier ces textes de Philippe Desbrosses, dont nombre ne datent pas d’aujourd’hui, très pertinents en pleine crise agricole avec une profession condamnée à la misère, au suicide et à l’impertinence écologique par ceux-là mêmes qui prétendent la défendre, alors qu’ils l’ont en réalité acculée à une impasse, tout en la faisant progressivement disparaître par le modèle même qu’ils prônent.

Dominique Bourg

 

Par Philippe DESBROSSES (voir sur ce site l’entretien qui lui a été consacré)

 

Le lupin est une légumineuse aux multiples espèces (plus de 450 à la surface du globe soit des milliers de variétés) dont certaines sont deux fois plus riches en protéines que le soja
(63 % de protéines sur graines brut pour les lupins Andins, contre 38% pour le soja américain). De plus cette plante régénère les sols pauvres par sa faculté de synthétiser et de stocker l’azote de l’air.  Le lupinus (littéralement « Pois-loup » est cité dans des textes romains remontant à trois siècles avant Jésus-Christ en tant qu’aliment pour la consommation humaine.

Par ailleurs, les Egyptiens et les Incas, depuis longtemps, ont eu coutume de tremper dans les rivières leurs sacs de graines de lupin en bouillies comestibles avant de les consommer ou de les donner aux animaux.

Dans l’Europe du Moyen-Age, les lupins blancs, jaunes et pileux étaient toujours cultivés pour l’alimentation et comme engrais vert. Cette tradition survit encore en Italie et en Afrique du Nord où les graines de lupin blanc sont consommées en apéritif (les tramousses ou altramuz le nom arabe du lupin). Les graines de lupins sauvages contenant 1 à 2% d’alcaloïdes amers, les anciens les cuisaient dans l’eau et les rinçaient à l’eau tiède afin d’éliminer l’amertume : l’eau de rinçage servait ensuite comme insecticide naturel et stimulant de croissance pour les autres cultures.

Les auteurs Romains racontent les performances de l’époque où les belles dames de la société Romaine obtenaient des jardins luxuriants en les arrosant avec les eaux résiduelles des tremperies de lupin, issues de la désamérisation des graines pour l’alimentation.

Aujourd’hui ces performances exceptionnelles du Lupin amer comme engrais et pesticides naturels ont été vérifiées et validées pendant la décennie 80 par l’institut Hohenheim – Université de Stuttgard en Allemagne sous l’égide de l’Union Européenne qui en a financé pendant dix ans les travaux à hauteur de dix millions d’euros.

Les résultats furent simplement époustouflants, puisqu’avec seulement 6 kg d’alcaloïdes à l’hectare, de « Lupinex », en épandage foliaire, on pouvait augmenter de 30 à 80 % les récoltes de toute autre culture, (céréales, pommes de terre, maïs, betteraves, légumes, etc…)

L’affaire tenait, (tient toujours du miracle), mais les travaux ont été privatisés. Une société pharmaceutique allemande s’est appropriée les brevets à la mort des deux fondateurs, dans la décennie 90, et bien que financés par des fonds publics européens, ces travaux et ces recherches pouvant produire un boum économique de l’agriculture en Europe ont été accaparés et occultés par une puissance économique qui les a mis sous embargo. Moyennant quoi nous n’en avons plus entendu parler…

Ce fut une aubaine pour la galaxie SOJA !

Nous proposons une nouvelle stratégie pour conjurer ce mauvais sort qui a occulté LUPIN depuis le Plan Marshall.

 

SECTION 1

 

 

UNE PÉPITE DU PASSÉ POUR LE PRÉSENT !
LES VÉGÉTAUX SUPERIEURS, AMI-CHEMIN ENTRE RÈGNE ANIMAL ET RÈGNE VÉGÉTAL.

REGARDEZ CETTE PLANTE dont la sève de ses nodosités est semblable au sang des mammifères, comme notre propre hémoglobine, li s’agit de la « leghémoglobine » du lupin protéagineux, la légumineuse la plus riche au MONDE en protéines… Cette plante mythique, qui a nourri les civilisations les plus prestigieuses avant nous, (Grecs, Egyptiens, Romains, Incas…) est aujourd’hui oubliée. Nous voulons la réhabiliter, car c’est une plante magique qui enrichit les sols les plus dégradés, stimule la croissance des autres plantes, en augmentant les rendements de 40 à 80% (réf. thèses scientifiques françaises et allemandes).
Le Lupin arrive juste à point pour restaurer les terres abimées de la planète et dans un premier temps les Jardins Familiaux, qui vont s’enrichir de ses saveurs et de ses bienfaits. C’est un engrais vert complet à cycle court, il apporte dans nos sols, en quantité impressionnante : azote, phosphore, potasse d’origine naturelle. Ses puissantes racines pivotantes exercent une action mécanique profonde et bienfaisante sur les sols asphyxiés. C’est pourquoi ce précédent cultural, à lui seul, justifie qu’on l’implante à l’essai dans nos parcelles et nos jardins pour constater ses résultats d’amélioration sur nos cultures.

Résumé des atouts d’une plante légendaire (4.000 ans), dont l’heure du retour a sonné car, c’est par excellence la plante de l’agroécologie. Pesticide naturel biodégradable, stimulant de croissance des autres plantes, régulateur de l’insuline (médicament d’une Cie Indienne connu internationalement), fertilisant, engrais vert, plante pionnière des terres dégradées, le lupin pousse sur les sols squelettiques, acides et parfois salinisés, comme les polders du Danemark.
C’est un aliment polyvalent très efficace pour les animaux, surtout les ruminants et les poissons d’élevage pour lesquels il constitue un appât très prisé. On comprend pourquoi avec tous ces atouts naturels il a été écarté des marchés spéculatifs, notamment ceux sous influence du Soja, lequel domine à environ 80 % le marché des protéines sur la planète.

Nous savons qu’elle représente l’avenir pour une agriculture autonome, économe et non polluante. Le succès des jardins luxuriants de l’Antique société Romaine, dont les récits nous ont interpellés, peuvent nous permettre de retrouver un atout majeur pour l’agriculture et les jardins d’aujourd’hui.
Nous devons organiser une campagne de communication pour le retour du lupin, d’abord dans les jardins, dont el premier pas sera le Printemps 2020. lI faut une logistique légère pour commencer. Diffuser l’annonce et les propositions de semences et conseils sur les réseaux sociaux et les revues de jardinage. Collecter d’ores et déjà les variétés de lupin les plus avantageuses dans les différentes régions de al planète. Constituer un stock de départ de variétés traditionnelles les plus compatibles avec les conditions pédoclimatiques de l’Europe de l’Ouest.
Editer une plaquette de conseils pour familiariser les utilisateurs et leur expliquer les avantages multiples des nombreuses variétés que nous pouvons multiplier.
lI faut savoir que cette « plante oubliée » est la famille la plus répandue à la surface du Globe, avec 450 espèces qui totalisent 200.000 variétés… vous avez bien lu ce chiffre astronomique, que nous a confirmé le professeur Boguslav KURLOVITCH, taxinomiste reconnu mondialement, à l’institut VAVILOV de St.-PÉTERSBOURG. lI a pour sa part réalisé une collection de 2.500 variétés d’origines diverses, amassées au cours de sa vie et de ses nombreux voyages dans les régions traditionnelles de production .
Sur ces bases, nous organisons des actions de redéploiement du lupin avec pour tremplin une startup : LUPINDOR (nom, logo et domaine déposé), adossée à une association militante pour conduire l’action citoyenne et la dynamique d’intérêt général. En parallèle nous faisons appel au soutien des personnes intéressées pour rassembler les moyens d’une emprise forte, dans el domaine du jardinage d’abord, et vers el réseau des fermes biologiques, permaculture, micro-fermes, etc… dont l’engagement est en cohérence avec notre action.

NB : il y a plus de quinze millions de jardins en France, mais aussi dans les pays voisins francophones… lI nous suffit seulement de toucher 0,1% de cette population pour démarrer une entreprise d’envergure.
Nous proposerons pour commencer un kit de graines de 3 ou 4 variétés pour ensemencer une parcelle de 10 m2 d’engrais verts et fertiliser en alternance toutes les parcelles d’un jardin ; sachant que l’on peut aussi récolter les graines à maturité pour les consommer ou nourrir des animaux …

 

 

SECTION 2

QUEL EST LE POTENTIEL DU LUPIN ?
Préambule et état des lieux.

Le lupin est une plante légendaire, dont l’histoire remonte à l’antiquité. Elle est aujourd’hui l’une des victimes emblématiques de la guerre des protéines orchestrée par les Etats-Unis et les puissances économiques de la sphère SOJA, qui représente un empire commercial tentaculaire avec ses usines de transformation d’huile et de tourteaux, ses élevages gigantesques, dont la viande est transformée par des compagnies intégrées, qui sont à l’origine du fameux corned-beef et font partie de la galaxie soja, avec ses flottes de bateaux et de trains, ses produits dérivés, usines d’aliments de bétail avec les tourteaux, usines de trituration pour l’huile, Cie de production de semences, cosmétiques, alimentation humaine, lait de soja, etc… Un véritable empire dont la puissance égale ou dépasse le P.I.B. de nombreux pays.
Cette néo-colonisation qui s’exerce depuis plus d’un demi-siècle, a vu s’amplifier la domination économique des américains sur l’Europe avec le Plan Marshall. Nous dépendons maintenant pour 80% de nos besoins en protéines, des importations de soja. On peut même dire que la planète entière, hormis l’Australie, dépend à 80% des protéines de soja américain, puisque même la Chine est otage du soja d’importation U.S. alors qu’elle est le Pays d’origine du Soja… Anecdote : elle a du céder dans le récent bras de fer économique lancé par Trump, tellement elle mettait son secteur alimentaire en péril, si les Etats-Unis lui coupaient l’approvisionnement en Soja…
Paradoxe : le soja est d’origine chinoise, et il était inconnu sur le continent américain avant 1930…
Cette situation n’est plus tenable pour diverses raisons :
– L’effondrement de l’agriculture mondialisée est en cours, et requière une re-localisation urgente, des productions pour assurer l’autonomie et la sécurité des approvisionnement stratégiques. (publications Olivier de Schutter Rapporteur Spécial pour l’Alimentation.O.N.U.)
– Les effets collatéraux du couple « Soja – mais » avec leurs monocultures destructrices, des sols, et leur consommation d’eau douce extravagante, sont remis en cause.
– La déforestation induite, dite « déforestation importée » de l’Amazonie. (N.B. derrière el défrichage de la forêt, la terre se consume en 5 ans ( ensuite 1ha passe au désert toutes les 4 secondes – chiffres présentés au Sommet de Rio de 1992)
– Dans le soja importé (O.G.M.), réside un passager clandestin : le Roundup-glyphosate, dont plus personne ne veut en raison des risques sanitaires et environnementaux qu’il
comporte…
– La remise en cause du type d’exploitation des sols (monoculture industrielle intensive qui a déjà contribué à la disparition de 1/ tiers des terres arables en 30 ans sur la planète (chiffres David Pimentel Cornell University New-York)

– La remise en cause, par l’opinion, de la privatisation des biens communs par le hold-up
Cette domination des brevets sur les plantes et leurs applications sont détenus par des
compagnies privées qui imposent leurs souches génétiques (semences) leurs techniques et leurs modèles d’exploitation à toute la planète, ce qui explique les échecs retentissants des pays comme l’Espagne qui ont voulu développer les cultures de Soja sur leurs territoires dans les années 90. Ils ont du s’accommoder des souches américaines (les
seules accessibles sur le marché mondial, (homologuées et en volume suffisant,), mais en totale inadéquation avec les conditions pédoclimatiques des autres continents…
Comment le soja, originaire de Chine, s’est imposé aux Etats-Unis lors de la révolution industrielle initiée par l’arrivée du moteur thermique et l’adoption du tracteur à la place de la traction animale, dans les années 30…
Scénario : Vingt millions de chevaux passent à l’abattoir en une décennie et libèrent un tiers de continent tout neuf pour de nouvelles cultures…
Plusieurs millions d’ha qui servaient autrefois à produire l’énergie nécessaire à la traction animale (prairies, foin, paille, avoine…) se trouvent disponibles.
Les stratèges américains cherchent de nouvelles cultures, non concurrentes du maïs, et jettent leur dévolu sur le soja pour en exploiter les matières grasses végétales (huile de table et autre substituts de graisses animales comme les « beurres végétaux » (margarines) qui inondent le marché pour leurs « supposés bienfaits » sur la santé des consommateurs, lesquels sont abusés par une publicité aussi délirante que mensongère… (N.B. les acides gras « Trans » de l’industrie alimentaire ont tué plus d’individus que les beurres fermiers traditionnels) .
Aujourd’hui, ce modèle à bout de souffle est condamné par les découvertes scientifiques récentes sur les acides gras essentiels qui privilégient les « Oméga 3» anti-inflamma- toires et non les « Oméga 6 » principaux constituants de l’huile de soja…
De plus le soja produit des hormones qualifiés d’oestrogènes-like et soupçonnés d’être
des « perturbateurs endocriniens »…
Et surtout ce modèle d’agriculture délocalisée, totalement dépendante des transports inter-continentaux est l’un des pires émetteurs pour le « réchauffement climatique ».
Pour toutes ces raisons la planète recherche, à grand renfort d’études et de diversification, un modèle de substitution au soja, dans lequel le LUPIN a toutes les chances et tous les atouts pour revenir sur le devant de la scène.

LES PRINCIPAUX ATOUTS DU LUPIN
Plante d’Or des terres pauvres qu’il enrichit fabuleusement par son action sur sol, le lupin apporte entre:
– 250 à 500 kg d’azote naturel à l’ha.
– 80 à 100 kg de phosphate à l’ha.
– 60 à 80 kg de potasse à l’ha.
Ce qui est considérable, d’autant plus qu’il valorise des terres médiocres, souvent en friches ou en déshérence, qu’aucune autre culture ne peut valoriser à ce point.
En fait le lupin peut s’intégrer dans les territoires sans aucune concurrence avec les autres productions.

Plus encore, les variétés de Lupin amer contiennent des alcaloïdes divers qui agissent puissamment comme stimulants de croissance et pesticides naturels, bio-dégradables, sur toutes autres cultures dont ils augmentent les rendements de 20%- 40 % voire 80%.
Certaines espèces de lupins Andins peuvent contenir jusqu’à 63% de protéines sur graines brutes, soit le double du soja…

QUELLES STRATÉGIES POUR PASSER LES BARRIÈRES DU SOJA ?
Dans l’état actuel des choses pour faire face à la concurrence inégale entre ces deux catégories de plantes, surtout face à la puissance du lobby soja, li est exclu d’attaquer de front à ce marché très verrouillé et très convoité…
J’ai réfléchi en long et en large à la manière de procéder. La seule fenêtre d’opportunité est celle que j’ai expérimenté empiriquement, avec succès, li y a 40 ans pour le développement du Potimarron auprès du « petit peuple des jardiniers ».
Or, le moment est propice avec la prise de conscience des populations et la recherche d’autonomie alimentaire généralisée par la multiplication des micro-fermes, jardins partages, jardins familiaux et autres initiatives individuelles et collectives, d’utiliser ces réseaux d’influence et ces réseaux sociaux (15 millions de jardiniers en France) pour développer l’utilisation du lupin comme «engrais vert »fertilisant et pesticide naturel…
Personne ne sera insensible à la Belle Histoire légendaire du LUPIN, dont les aptitudes sont en phase avec les attentes et les besoins de la population: économie, autonomie, écologie, santé, sécurité, climat…
Le faible investissement de quelques kilos par jardin est à la portée des plus modestes
pour tester l’efficacité de la plante dont je connais les performances comme précédent cultural sur un sol…
En contre-partie le nombre des clients potentiels est considerable et permet d’envisager un chiffre d’affaire important avec une bonne communication sur les réseaux et les revues que nous connaissons.
Et le plus important est que cette discrète infiltration ne puisse pas susciter de levées de
boucliers dans les campagnes, ni dans les circuits commerciaux d’intrants agricoles, qui
ne verront pas les effets de ruissellement entre voisins de la promotion et de la popularisation du lupin par des échanges et des débats dans les territoires, au-dessous des radars habituels de la profession agricole, mais qui permettront d’éveiller l’intérêt des agriculteurs et des éleveurs, prenant conscience de l’usage avantageux de cette plante, dont ils seront facilement convaincus par les expériences multiples autour d’eux.
Désolé, mais c’est la seule façon de pénétrer le marché des protéines et des intrants agricoles, par la petite porte des jardins, sans se faire broyer par la puissance d’un adversaire disproportionné…

 

 

SECTION 3

Cinq Bienfaits des Graines de Lupin Sur la Santé

Connaissez-vous le lupin ?

Ce sont ces grosses graines jaunes que l’on mange en apéro. Ces graines de fleurs sont pleines d’énergie et de vertus pour la santé. C’est ma nutritionniste qui m’a conseillé d’en manger régulièrement.

Elles ont plein de qualités nutritionnelles méconnues. C’est vrai que depuis que j’en consomme, je me sens mieux et j’ai perdu du poids car j’ai moins faim qu’avant.

Voici 5 bienfaits des graines de lupins que personne ne connaît :

Les graines de lupin remplacent la viandegraines de lupin pour les salades

Vous cherchez à éviter la viande dans votre alimentation sans avoir de carences en protéines ? Alors, optez pour les graines de lupin. Pourquoi ?

Car on trouve presque autant de protéines dans ces graines que dans 100g de viande.

Soit 2 fois plus que dans d’autres légumineuses. C’est idéal si vous passez au régime végétarien ou vegan.

En effet, elles contiennent de la vitamine B9 qui stimule les globules rouges, évitant ainsi les risques d’anémie. Et même mieux : elles contiennent assez de protéines pour éviter de perdre de la masse musculaire.

Elles font maigrir bienfaits des graines de lupin                             

Les graines de lupin ont un faible indice glycémique et sont peu caloriques. C’est la raison pour laquelle elles sont recommandées dans le cadre d’un régime pour perdre du poids. En plus, elles sont riches en fibres.

On peut même manger les graines comme un fruit sec pour combler un petit creux.

C’est un coupe-fin reconnu.

Ou encore utiliser de la farine de graines de lupin pour cuisiner de petits pains, des crêpes ou des pâtes.

En plus, cette farine ne contient pas de gluten ni de sucres.

Elles réduisent le mauvais cholestérol comment consommer les graines de lupin …

Parce qu’elles sont pauvres en sucre et en gras, les graines de lupin sont recommandées pour les personnes qui font attention à leur cholestérol. Il est donc facile d’en consommer sans risque.

Chaudes ou froides, ces graines sont très faciles à accommoder. Leur richesse en fibres permet d’ailleurs une meilleure digestion, mais surtout ça n’accroît pas le taux de glycémie dans le sang.

Elles conviennent aux personnes diabétiques.

Grâce à son indice glycémique faible, le lupin peut être consommé par les diabétiques. Il semblerait aussi que ces graines aident à réguler le niveau de glucose et d’insuline dans le sang.

Elles se consomment pendant la grossesse.

Enfin, les graines de lupin sont conseillées pendant une grossesse. Tout simplement de par leur richesse en vitamines, en oligo-éléments, en nutriments, en zinc, en magnésium et en phosphore. Elles contiennent aussi des folates qui stimulent le développement des cellules…ce qui est plutôt intéressant pour le fœtus ! Comment consommer la graine de lupin ? La préparation de ces graines est très simple. Ces graines comestibles peuvent être consommées sèches ou grillées. On les met alors dans les salades, dans des plats ou à grignoter en cas de fringales.

La recette que je préfère est le curry masala au lupin. Mais elles sont souvent préparées en saumure ou trempées dans l’eau pour enlever le petit goût amer. C’est d’ailleurs très facile de les acheter au supermarché (Auchan, Leclerc…) au rayon des olives… …dans un magasin bio (Biocoop) ou sur Amazon ici.

On peut même les trouver moulues pour faire du pain ou de la pâtisserie. À votre tour… Et vous, vous avez testé les propriétés des graines de lupin ? Dites-nous en commentaire si ça a été efficace pour vous. On a hâte de vous lire ! Vous aimez cette astuce ? Cliquez ici pour l’enregistrer sur Pinterest ou cliquez ici pour la partager avec vos amis sur Facebook.

Découvrez l’astuce ici : https://www.comment-economiser.fr/bienfaits-graines-lupin.html?utm_source=mailchimp&utm_campaign=nlmailchimp&utm_medium=email

 

 

SECTION 4

FICHE TECHNIQUE LUPIN

Réponses aux questions les plus fréquentes sur la culture du Lupin

 

Considérant l’importance de la tâche à entreprendre pour relancer la culture du Lupin en France, je vous livre mes réflexions et conseils sur ce sujet :

Je vous fais cette confidence, d’avoir cru un moment, que les institutions françaises s’empareraient enfin de cette mission de réhabilitation des plantes protéagineuses locales, face à la dépendance extravagante de la France, et de l’Europe toute entière, aux importations de protéines de soja, 80% de nos besoins, en provenance d’outre-Atlantique avec les conséquences que l’on connait sur la déforestation, la pollution des sols, le changement climatique et le déficit abyssal de notre balance commerciale, imputables aux protéines – 5 milliards par an pour la France et 31 milliards pour l’Europe… ce qui devrait inciter les élus responsables et les institutions à s’emparer du problème et à prendre les mesures qui s’imposent…

Devant cette carence de l’Etat, difficilement justifiable, il n’y a que des initiatives privées et citoyennes pour sortir de l’impasse, dont les jardiniers sont les plus aptes à faire la démonstration sur de petites parcelles.

Nous n’avons d’autres choix que d’avancer à tâtons, car les variétés de lupins rustiques que nous avons cultivé en France, il y a 40 ans, en provenance d’Europe, centrale ont disparu…

Pour commencer, je m’efforce de répondre aux questions récurrentes que se posent tous les candidats à la culture du Lupin aussi bien en Bretagne, en Sologne, que dans le sud de la France, ou dans l’est, en Lorraine ou en Corrèze, voici quelques données de base :

Les terres propices au Lupin, sont des terres légères (sablonneuses ou limoneuses) à pH acide, au-dessous de 7.

Les terres calcaires ou argileuses sont contre-indiquées. Le lupin est une plante « allélopathique » qui fonctionne avec des bactéries symbiotiques pour synthétiser et stocker l’azote de l’air. Elles ont besoin d’oxygène (10 à 15 %) dans la partie superficielle des sols, que l’on introduit en binant les cultures.

Généralement dans les types de terrains, recommandés ci-dessus, ces bactéries (Rhyzobium Lupini) sont présentes de manière endémique.

Les plantes bio-indicatrices qui permettent de reconnaître facilement les aptitudes d’un terrain à recevoir du lupin, sont les genêts et les ajoncs, dont les ryhyzobium (bactéries symbiotiques, auxiliaires de la plante) sont proches de celles du Lupin et peuvent se substituer, apparemment, au rhyzobium Lupini spécifique au Lupin.

Les doses/ha de semences pour Lupin, jaune et Lupin bleu, sont de 120 kg/ha. 
Le lupin blanc à graines plus grosses nécessite entre 160 et 180 kg/ha de semences.

Chiffres pour micro-parcelles : doses conseillées 50 graines au m2 si semées à la volée. Nous verrons qu’il est préférable de semer en ligne comme les petits pois.

Suite fiche Lupin :

Poids de 1000 graines (PMG) pour lupin jaune et lupin bleu : 180 grammes, soit : 5.500 graines au kilo X 120 kg = 660.000 graines / ha.   ( 1 ha = 10.000 m2 )

Poids de 1000 graines (PMG) pour lupin blanc (grosses graines) : 340 grammes soit :  3.050 graines au kilo X 180 kg =  549.000 graines / ha.

Les Rhyzobium (bactéries pour inoculer les semences de lupin) – coût de la doses/ha, environ 30 € – sont parfois nécessaires la première année de culture. Inutiles ensuite puisque le terrain reste inoculé, si les conditions pédo-climatiques demeurent stables.         

N.B. En règle générale les sols sont généralement pourvus avec des bactéries endogènes, d’autres légumineuses de voisinage…

N.B. Dans un terrain calcaire, à pH élevé il y a de fortes chances pour que les bactéries symbiotiques, (rhyzobium lupini) s’estompent et disparaissent.
 Ce qui peut se produire également avec des traitements pesticides ou des terrains hydromorphes dans lesquels la vie bactérienne (aérobie) est asphyxiée et ne peut subsister.

A cet égard, il est fortement recommandé d’implanter les cultures de lupin en rangs espacés de 25 à 30 cm – pour opérer un binage mécanique (sarclage) extrêmement bénéfique pour ce type de légumineuses. (espacement des graines sur le rang 5 à 10 cm)

La faible densité d’implantation est largement compensée par la luxuriance et la productivité des plantes en lignes espacées, moins exposées, du fait de l’espace aéré, aux maladies cryptogamiques comme les fusarioses, l’anthracnose, qui peuvent parfois survenir en année humide.

N.B. profondeur des semis très légère comme pour les Petits Pois…

Pour grandes surfaces, il existe aujourd’hui des bineuses légères avec laser, auto-portées, tout-à-fait idéales et utilisables pour toutes autres cultures, comme céréales, légumineuses, plantes maraîchères, etc… ce qui permet de rentabiliser largement l’investissement sur plusieurs types de production.

Les avantages de cette pratique ne sont plus à démontrer. Au proverbe ancestral « Un binage vaut deux arrosages », on peut ajouter qu’il permet de contrôler les adventices et apporte littéralement un « coup d’azote » en stimulant les bactéries nitrificatrices, présentes dans le sol par l’apport d’oxygène en surface… (Trois actions en Une dirait la publicité…)

Les rendements / ha sont d’environ : 18 à 30 quintaux/ha pour les lupins jaunes et bleus avec 42% de protéines sur graines (brut) et de 25 à 35 quintaux pour le lupin blanc (à 
plus grosses fèves), avec un taux de 36 à 38 % de protéines sur graines (brut).

Les prix de vente des graines de lupin sur un marché en cours de formation, très hétéroclite, où la demande dépasse considérablement l’offre, peuvent varier de 500 € à 3000 € la tonne, voire plus encore… Mais il ne faut pas se fier à ces données aléatoires en période de pénurie et prendre des repères plus fiables que les spéculations outrancières sur internet.

Les prix qui peuvent s’installer durablement sur un marché organisé, notamment pour la fourniture de protéines à destination des élevages, comme les ruminants, (bovins, chèvres, et moutons…mais aussi chevaux, porcs, volailles) doivent s’indexer sur les prix des autres sources de protéines, lesquelles jouerons un rôle régulateur en cas d’inflation du marché.

 

Suite fiche Lupin :

Actuellement les récoltes de lupin bio trouvent preneur pour les aliments du bétail à 900 € la tonne (à 14 % d’humidité). Ce qui laisse une marge confortable, si le coût de production s’établit comme nous le réalisons habituellement à 1.050 €/ha toutes charges opérationnelles inclues. N.B. Un hectare peu produire entre 2 et 3 tonnes/ha…

Mais le plus important à intégrer dans les bénéfices, est l’apport de fertilisant naturel d’une culture de lupin, qui laisse au sol entre : 250 et 500 kg d’azote naturel à l’ha, 100 kg de phosphate et 80 kg de Potasse, selon les chiffres des scientifiques Russes des instituts de Briansk et de Vavilov.

Soit une fumure complète, exceptionnellement riche, qui bénéficiera aux cultures qui suivront, généralement céréales, oléagineuses, ou potagères de plein champ qui, comme nous l’ont confirmé les autorités hongroises en 1986 peuvent générer des récoltes de 80 quintaux /ha en céréales, sans aucun apport d’engrais extérieur.

C’est la principale raison pour laquelle le gouvernement Hongrois, dans les années 80, subventionnait fortement les cultures de Lupin.

Ne pas oublier que ces résultats sont obtenus sur des terres médiocres qu’aucune culture ne peut valoriser comme le fait le LUPIN.

Voilà quelques chiffres et données que nous pourrons affiner en fonction des situations, mais elles seront sûrement plus avantageuses que les chiffres ci-dessus, puisque nous avons pris les options les plus basses pour nos calculs. Ainsi on pourra obtenir de meilleurs résultats en valorisant le lupin en nutrition humaine, (farine de lupin pour la boulangerie, pâtisserie, viennoiserie, lait de lupin, lupin fermenté type tofu, tempeh, etc…

Voici de quoi rêver aux récoltes futures et revaloriser le revenu des terres pauvres et des paysans en difficulté.

 

Cette plante (Le Lupin) pousse sous toutes les latitudes avec ses 200.000 variétés (dixit le Professeur Kurlovitch de l’Institut Vavilov) ; il est adapté à toutes les situations les plus inhospitalières… des plaines arides du Soudan, ou d’Egypte, aux montagnes escarpées de l’Altiplano où il pousse dans la neige, avec des taux de protéines de 53 à 63 % (2 fois plus riche que le soja) ; il est endémique en Islande, en Alaska, en Afrique, en Europe, en Australie, Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis, on le trouve aussi sous forme arbustive de 3 ou 4 m. de haut… Ses alcaloïdes amers, connu depuis l’antiquité, sont souverains dans le traitement du diabète. Une multinationale basée en Inde en a réalisé depuis 30 ans un médicament efficace avec lequel elle réalise, sans publicité, un C.A. de 2 milliards et demi de $ par an. C’est aussi un pesticide naturel biodégradable qui éloigne les insectes parasites des cultures et un fertilisant exceptionnel que l’on peut utiliser simplement comme précédent cultural ou engrais vert pour doper les cultures suivantes…

Périodes de semis : de mars à août  – Récolte grains secs :  120 – 150 jours après                                  

LE LUPIN PROTÉAGINEUX

Ses atouts dans le contexte de la crise économique mondiale

Plante d’or des sols pauvres – Richesse en protéines – Autonomie…

Les importations massives de soja posent problème depuis des décennies. Il ne peut pas y avoir de sol sain sans un bon équilibre entre protéagineux (qui captent l’azote de l’air pour le restituer aux sols) – céréales et protéagineux sont indissociables.
Sans un sol sain porteur de cultures variées et complémentaires, pas de santé possible pour les plantes, les animaux et les hommes qui s’en nourrissent. Sans ces équilibres patiemment construits, pas de santé possible pour la planète non plus.

Ce n’est pas un constat récent. Le premier plan de relance des protéagineux métropolitains date déjà des années 1960 !
Mais pas grand-chose ne s’est passé depuis. Le système terriblement déséquilibré des monocultures céréalières a nourri les déficits commerciaux, les ventes d’engrais, d’additifs, et de médicaments. Il a appauvri les sols et les économies locales.

En France, sur 14 millions d’hectares cultivés, le maïs et le blé en occupent 8,5 millions, les 7 principales cultures (maïs-blé-orge-betterave-pomme de terre-colza-tournesol) occupent 91% des sols et aucune d’entre elles n’est une protéagineuse.

Le Lupin, plante symbole

Le Lupin fut la ressource légendaire en protéines des civilisations qui nous ont précédé :
la Grèce, l’Egypte, Rome et l’Amérique pré-colombienne.
Avec 450 espèces à la surface du globe, soit des milliers de variétés adaptées à toutes les situations et climats : des plaines arides du Soudan, où la mémoire collective a oublié celle qu’on appelait « la fève d’Egypte » aux sommets escarpés de l’Altiplano où elle nourrit encore des milliers d’enfants chaque jour dans les cantines scolaires (Chili), et en Europe ou elle fit, au 19 ème siècle, la fortune des producteurs de laine « Mérinos de Saxe » en nourrissant les moutons sur les plaines ingrates du nord de la Baltique, en Allemagne,

Ou encore, sur le pourtour méditerranéen comme ressource alimentaire privilégiée des Romains, elle couvrait des contrées immenses dont elle améliorait les sols ingrats, ce qui n’est pas la moindre de ses performances.

Aujourd’hui cette plante mythique a pratiquement disparu des territoires où elle perpétuait ses bienfaits, et depuis un demi-siècle, la France et l’Europe toute entière sont dépendantes, à près de 80%, des importations de soja américain pour la nourriture de leurs élevages.

Situation aussi extravagante que préjudiciable à l’équilibre de nos économies et à l’équilibre des écosystèmes qui se dégradent par l’emploi des engrais artificiels, alors qu’un précédent cultural de Lupin peut laisser entre 250 et 500 kg d’azote naturel à l’hectare, Tout en produisant 2 à 3 tonnes / ha. de graines riches en protéines pour l’alimentation humaine ou animale…

Cela paraît à peine croyable qu’on ait pu éradiquer des territoires et des mémoires humaines une plante aussi bénéfique, au point qu’on ne trouve presque plus de graines de lupin jaune en particulier, l’espèce la plus rustique, sur une grande partie de l’Europe, sauf dans les pays de l’Est.

Voilà le débat public que nous devons ouvrir avec des informations et des références pour convaincre les planificateurs de s’intéresser à la réhabilitation de la plante la plus riche en protéines de la flore mondiale.

 




Vers une Université paysanne

Cet entretien avec Philippe Desbrosses est une façon de revenir sur l’histoire de l’agriculture biologique, au travers du prisme de l’un de ses acteurs. Par ailleurs, nous intéresse au plus haut point, ainsi que notre partenaire la Fondation Zoein, le projet d’université paysanne.

Dominique Bourg

Légende de l’image liminaire :

Cette image illustre la répartition des parcelles protégées, réparties sur les 100 ha du domaine de la ferme Sainte-Marthe pour éviter les croisements, issus de pollinisations intempestives et maintenir la pureté et l’originalité des caractères génétiques de nos collections de semences.

 

Les étangs. La ferme recèle 18 ha d’eau en plusieurs étangs. Ici c’est l’étang du Moulin, que les cygnes de la Loire ont adopté pour en faire leur « pouponnière » annuelle. De nombreux petits naissent en ce lieu, en raison du microclimat favorable généré par la Forêt de Bruadan, qui l’entoure, puis ils repartent ensuite avec les adultes sur les rivières de la Loire et du Loiret.

 

Préambule de Philippe Desbrosses :

 

D’abord je tiens à faire une déclaration de principe, en préambule à cette interview. Je remercie Dominique Bourg de m’aider à cette tâche ardue, raconter une histoire atypique pleine de rebondissements, celle de mon engagement fondateur dans la création des Mouvements d’Agriculture Biologique, français et européens dès les années 70, qui heureusement ont maintenu avec persévérance leur longue marche pour atteindre le succès qu’on leur reconnaît aujourd’hui.

Je veux que l’on sache à quels sacrifices joyeux ont été confronté tous les pionniers historiques qui ont permis cette épopée triomphale surtout quels furent les éléments moteurs de notre démarche, comment, pourquoi, dans quel esprit ; quelle motivation et quel rêve sensé ou insensé nous habitait pour entreprendre ce long parcours.

C’est à ce fil rouge que je me tiendrai pour expliquer toutes les péripéties, les embuches ou les bonnes fortunes, les opportunités ou les chausse-trappes qui ont émaillé mon itinéraire.

 Quelques lignes plus loin j’explique le lieu d’où je viens, l’endroit d’où je parle…

Mais en préambule, je commencerai par ma profession de foi, dont je mesure l’adéquation avec les temps que nous vivons : Préserver notre Bien le plus précieux, la pérennité et la fécondité de la Terre, qui conditionne tout le reste ici-bas, Santé, Beauté, Bien-Être, Prospérité, Bonheur et Paix.

N.B. J’ai toujours été respectueux du travail et de la créativité dont ont fait preuve des générations de Paysans, avant nous, dans leurs patientes innovations.

Je leur voue même de l’admiration pour l’exemple qu’ils suscitent depuis des millénaires, en réinventant les bases et les pratiques de la fonction la plus indispensable et la plus noble au maintien de la vie sur cette planète : l’art de l’agri-culture.

A travers leurs inspirations et avec ce qu’il faut bien appeler « le génie de l’empirisme » tel que l’ont pratiqué depuis des générations, les Paysans se sont adaptés et ont enrichi ce monde en le réinventant en permanence au cours des siècles.

Vue aérienne du site de la Ferme de Sainte-Marthe et des Guineaux, (paysage photographié en hiver). On observe au premier plan le jardin mandala, les serres, les hangars, les parkings, les corps de bâtiments du Centre Pilote de formation, le tout entouré d’un territoire de 100 ha.

 

C’est pourquoi l’idée d’une « UNIVERSITÉ DE LA TERRE » s’impose pour sauver les « savoir-faire » essentiels, et les ressources morales des agricultures paysannes.

Nous avons besoin d’une Agri-culture dédiée aux besoins essentiels de la Terre et des êtres vivants ; (une Agriculture vivrière – écologique – autonome – économe, durable et salubre.

Une Agriculture inspirée des expériences millénaires et des savoirs faires des Peuples qui nous ont précédés, car nos artifices modernes ont montré leurs limites…

Rappel d’où je parle :

Je suis né à la Ferme familiale achetée par mes Grands-Parents Pierre et Agnès Desbrosses en 1921, il y aura cent ans cette année 2021. Ensuite mes Parents, Pierre et Yvette Desbrosses, ont succédé à mes grands-parents (et j’ai failli être le 3ème Pierre de la dynastie) mais sous l’influence du Médecin de la commune, ancien Major de l’armée qui a accouché ma mère, je me retrouvais avec le prénom de Philippe.

Cette ferme du domaine des Guineaux et Sainte-Marthe, ancienne chancellerie fortifiée dont on retrouve mention dans des archives du XIIIe siècle, fait partie du territoire de Bruadan, ancienne Forêt Celtique de 3.000 ha sur la commune de Millançay – 41200. (Loir-&-Cher) et les communes voisines de Marcilly-en-Gault, Loreux et Villeherviers.

Je suis donc né en plein cœur de la Sologne sur une terre peu fertile qui comme l’étymologie de son nom le rappelle « Selogonia…est le pays du seigle », une céréale secondaire des terroirs « présumés » pauvres comme la Bretagne avec son seigle et son sarrasin…

Et puis, comme je crois fermement que nous ne sommes pas là par hasard, je me suis intéressé à l’histoire récente et lointaine de mon lieu d’atterrissage… c’est ainsi que je suis remonté à l’antiquité, à l’histoire de Millançay : « Médiolanium » en gallo-Romain, très ancienne cité, désignée par Jules César dans ses carnets de campagne entreposés à la Bibliothèque de Florence en Italie, où il relate ses faits d’armes, puisqu’ il y est venu livrer bataille aux irréductibles gaulois qui troublaient la « Pax Romana » en 52  de notre ère.

On y apprend que Millançay était la ligne de démarcation, entre le Pays des tribus Bituriges, (Bourges) et le Pays des Carnutes (Chartres) c’est d’ailleurs à Millançay, étymologie de Médiolanium, traduction : « La Plaine Sacrée du Milieu », que s’organisait la rébellion contre César.

Les batailles jusqu’à Neung-sur-Beuvron firent de nombreux morts dont César relate les circonstances dans ses Cahiers de Campagne, en ne citant que 3 sites importants en Sologne : Millançay, Gien et le Pont-de-Sauldre, (un quartier du Romorantin d’aujourd’hui.) Apparemment la capitale de la Sologne n’existait pas encore.

La forêt de Bruadan nous entoure toujours de ses 3.000 ha comme un cocon protecteur.

Elle fut aussi avec les étangs de notre domaine, le territoire de chasse et de pêche de François 1er qui y amena Léonard de Vinci pour dresser les plans d’une future ville Royale, (extension de Romorantin…) Mais en raison des sous-sols marécageux, instables, le projet fut déplacé au nord pour devenir le château de Chambord.

Voilà comment je prends racine dans cette portion de terre au milieu de la France, où je vis une enfance heureuse malgré les rudes conditions des familles paysannes, évoluant avec les pratiques agricoles et les 30 Glorieuses, (ou Désastreuses) qui sonnèrent le glas des 4/5e de la paysannerie française.

 

Philippe au printemps 1982, dans le premier champs de lupin jaune en Sologne. Celui-ci, d’origine Hongroise, est un extraordinaire « précédent cultural » qui enrichit, pour les cultures suivantes, les sols pauvres et dégradés, tout en fournissant des graines plus riches en protéines que le soja pour l’alimentation humaine et animale. Cette variété fut importée clandestinement des pays de l’Est. Elle a donné en 90 jours, cette masse végétale luxuriante, sans aucun apport de fertilisants, alors que la parcelle était devenue stérile, et composée d’un sable squelettique, était devenue une garenne à lapins abandonnée. D’où le surnom donné au Lupin Jaune depuis des décennies de: « PLANTE D’OR DES SABLES »

Dominique Bourg :

Remontons si vous le voulez bien assez haut dans votre parcours de vie. En 1957, vous arrêtez vos études secondaires pour rejoindre la ferme familiale…

Philippe Desbrosses :

J’ai quitté le collège après un accident de cheval de mon père qui a été sévèrement handicapé par une jambe brisée et fracture mal réduite, et j’ai assumé la responsabilité de la ferme avec ma Mère et mon jeune frère de 3 ans mon cadet. Mon grand-père conscient de mon désir intense d’apprendre, m’a alors inscrit et payé les études par correspondance à l’École Universelle de Paris, où j’ai fait un peu de tout… du droit, de l’anthropologie, de la littérature, des langues etc. Mais ce qui m’intéressait le plus, c’était la musique que j’avais découvert en même temps. Je me destinais alors à la guitare. Et très vite j’ai rejoint le milieu de la musique et des orchestres régionaux.

Deux ans plus tard j’ai rejoint un orchestre professionnel de variétés qui a évolué en groupe de Pop’Music – Belisama –, où mon épouse chantait les principaux succès qu’elle avait composés. Jacques Dutronc nous a parrainé pour rejoindre sa firme de disques Vogue. Nous nous sommes alors retrouvés parmi les artistes plébiscités au hit-parade d’Europe 1 en 1969 sous la houlette de Patrick Topalov. Ma période show-business a duré du début des années 1960 au début des années 1970. Nous étions assez sollicités, et partions en tournée à l’étranger, dans les boites à la mode, « Top Hat » de Madrid, « Révolution » à Londres, etc. Cependant l’effet « Mai 1968 » m’avait sérieusement ébranlé dans ma vision et mes attentes sur le monde, et je supportais de moins en moins l’ambiance frivole du show-biz … je rêvais de retour à la Terre.

https://www.youtube.com/watch?v=7uoTqy9hD0o

Pochette du disque Belisama.

Éternelle épouse du Verbe, Belisama est sous des noms divers
Notre-Dame de tous les Temps et de tous les Peuples.
Elle est pour les Celtes, l’épouse du Dieu Belen, part fécondable
De lui-même, Vierge Noire comme la matière primordiale,
Mère éternelle de l’Enfant Dieu.
Les Gaules lui avaient consacré sur la terre qui porte son nom : La Beauce,
(Par contraction du terme Belisama, Belisa, Biausa et Beauce…) les pierres
Qui sont devenues Notre Dame de Chartres.
Louis Charpentier

 

C’est avec cette composition originale de l’épouse de Philippe, que le Groupe accéda aux premières places du Hit-Parade d’Europe 1, en 1969.

 

J’ai donc commencé progressivement à revenir à la ferme, empreint de la nostalgie de mon enfance paysanne. J’étais heureux dans cette nature ou chaque chose avait du sens. Je me souviens encore d’un moment d’exaltation où j’ai compris l’enjeu de mon retour à la Terre, et pleinement assumé mon choix de redevenir paysan, qui me semblait le plus noble des métiers. Je n’en n’étais pas moins amer à l’égard de la société qui affichait son mépris pour les gens de la campagne, les qualifiant de péquenauds, pedzouilles et autres pseudonymes peu amènes, alors que nous accomplissions un rôle indispensable pour la communauté humaine. J’étais en colère en pensant que mes copains avaient leur samedi et leur dimanche, alors qu’à la ferme, nous n’avions que le dimanche après-midi, comme loisir, puisqu’il fallait bien s’occuper des animaux et que je n’avais personne à qui adresser mes revendications hormis à mon entourage où chacun avait aussi sa part des contraintes domestiques… J’étais tellement ulcéré par cette déconsidération injuste, que j’en ai rédigé un poème-plaidoyer, qui m’est tout droit sorti du cœur en quelques strophes et ne m’a jamais quitté, comme gravé dans le marbre  :

 

            Le Dimanche du Paysan !

Au long des chemins creux qui sillonnent les champs,

Dans le matin brumeux, où vas-tu paysan ?

L’aube naît à peine à l’horizon sanglant,

Que déjà dans la plaine, tu marches paysan.

 

Pourquoi ce dos courbé ? Pourquoi ce pas pesant ?

Quel est ce condamné qui marche au châtiment ?

Quoi ! Tu pars travailler en cette heure matinale ?

As-tu donc oublié l’arrêt dominical ?

 

Non, c’est ton lot à toi dans ce monde dévorant,

Il te faut, c’est la loi, continuer, paysan.

Peu t’importent les jours, les années ou le temps,

Car sans cesse toujours tu marches, paysan.

 

On rit de toi souvent dans les salons feutrés,

Et ton nom, paysan, sert d’insulte aux valets ;

Pourtant, quelle noblesse chaque jour humblement,

Tu mêles à ton adresse, dans ta tâche, paysan !

Philippe D. en concert improvisé dans une auberge locale, en famille et entre amis, chante et accompagne ses compositions originales (style Country).

 

C’était une période riche de découvertes et d’engagements pour moi ; j’avais cette foi inébranlable de pouvoir changer le monde, dans le brassage des réflexions, et des idées novatrices qui caractérisaient la mutation historique des années 60/70. Je revenais à la ferme régulièrement chercher mon inspiration dans les valeurs stables du monde paysan.

Un jour ma mère m’a raconté une anecdote qui a achevé de me convaincre… Mon père avait rencontré mon ancien professeur d’agriculture – j’avais en effet suivi des cours agricoles postscolaires. C’était un Monsieur spirituellement engagé, Jean Ridard, qui vivait à l’abbaye de Solesmes. Quand il a revu mon père, un jour sur le marché de Romorantin, il lui a parlé de sa nouvelle orientation. Il était devenu correcteur de cours chez Lemaire-Boucher, l’une des premières structures à avoir développé à grande échelle la promotion de l’agriculture biologique en France. Mon Père, habituellement ponctuel, en avait oublié l’heure du déjeuner tellement il était troublé et impressionné par la rencontre et les révélations de du professeur… qui lui a dit en substance : il faut arrêter cette folle dérive de l’Agriculture chimique et il a conclu par cette déclaration imparable : « Nous les agronomes, nous nous sommes trompés sur toute la ligne, nous devons réapprendre tout le contraire de ce que nous avons appris... ».

Cette sentence a fait l’effet d’un coup de tonnerre, autant sur mes parents que sur moi-même… Ah bon ce n’était donc pas le progrès cette agriculture intensive… ? Non c’était plutôt le contraire et nous n’allions pas tarder à en payer le prix nous fut-il répondu.

La conséquence de ce séisme dans nos consciences, c’est que sans plus attendre mes parents ont pris la décision de convertir la Ferme à l’Agriculture Bio. C’est ainsi qu’en 1969 nous avions déjà la certification Nature & Progrès, l’un des rares labels accordé aux pionniers de l’époque.

Je ne revins à la ferme que vers les années 1971 – 72 et je pris la direction d’une partie de l’exploitation qu’en 1974 pour y introduire le maraîchage. Avec l’opportunité de cette conversion qui faisait sens pour moi, je n’avais plus envie de continuer dans le milieu factice et frivole du show-biz, où les impresarii aux grosses bagues ostentatoires, et aux cigares nauséabonds… n’avaient vraiment rien pour me séduire…

A la Ferme de Sainte-Marthe, le 4 MAI 2000, Raoni, le chef Kayapo d’Amazonie, reçoit de Philippe les graines de la descendance
des variétés « empruntées » 500 ans plus tôt par les Conquistadors, afin que nul n’oublie que ce sont ces variétés natives de l’Amérique Pré-Colombienne, qui ont fait la prospérité de l’Agriculture moderne occidentale : Maïs, Haricots, Pommes-de-Terre, Tomates, Fraises, Tournesols, Cucurbitacées, dont Courges et Potirons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D. B.

Si je comprends bien votre sensibilité aux questions bio apparaît avant même que vous ayez repris la ferme familiale, quand vous êtes encore dans le monde de la « variété » ?

Ph. D. 

Oui c’est ça, on est sur la fin des contrats de galas que nous ne voulions pas renouveler. Le dernier engagement, était un réveillon dansant de la St-Sylvestre à Caen à la fin de l’année 1972.

Il y eut une période où j’étais encore entre deux eaux, un peu à la ferme, et un peu dans le milieu de la variété, où je caressais secrètement un projet d’émission quotidienne avec le soutien de Serge Flateau directeur des Programmes de France-Inter.

Un soir de février 1973, je regardais une émission sur Antenne 2, consacrée au Commandant Cousteau, où l’on parlait du langage des dauphins. Parmi les intervenants Marie-Claire Busnel de la faculté de médecine de Paris, et participant aux Recherches Scientifiques de l’INRA sur le langage des animaux et sur la création de systèmes d’effarouchement sonores dans les aéroports, pour réduire les accidents liés aux collisions d’oiseaux avec les turbines des réacteurs en vol, compromettant gravement la sécurité aérienne… J’y ai découvert un univers d’expériences passionnantes qui rejoignait mon projet d’émissions sur « les Pouvoirs de la Musique et les psycho-structures sonores » . Rendez-vous pris dès le lendemain avec M.- C. Busnel, qui est toujours très active à 96 ans et publie encore des ouvrages sur les sons de la vie intra-utérine dont elle est une des spécialistes mondialement connue ; Je m’honore de son amitié et de ses conseil depuis près d’un demi-siècle… C’est grâce à elle que j’ai rencontré et travaillé avec des agronomes réputés comme le Professeur Keilling… Elle fut une source d’inspiration et un guide précieux pour présenter ma thèse de doctorat à l’Université de Jussieu en décembre 1987, sous la direction du Physicien Jacques Vigneron.

Dès les années 1978 à 1980 j’ai participé à la création des principales organisations professionnelles d’agriculture biologique que j’ai présidées pour la plupart pendant une douzaine d’années. Voir les détails plus loin.

Nous étions en rapport avec des formations politiques engagées dans la reconnaissance officielle de ce nouveau courant de l’Agriculture, et nous pensions, en 1981, que la gauche au Pouvoir faciliterait l’avènement d’une agriculture plus équitable et plus respectueuse de la Nature et des hommes.

Il y eu bien quelques ouvertures, mais l’appareil d’État était entièrement dévolu à la révolution industrielle et au dictat de Bretton Wood et du rouleau-compresseur du Plan Marshall, qui ont anéanti en trois décennies les espoirs du Monde Rural en Europe… transformation instrumentalisée en France par le fameux Rapport Rueff-Armand, du nom des deux technocrates missionnés par le général De Gaulle pour rattraper le retard de l’industrialisation de la France sur la Grande-Bretagne et les États-Unis. La population agricole et l’économie rurale ont été entièrement sacrifiés à cette compétition désastreuse humainement et écologiquement.

Édith Cresson, première femme ministre de l’agriculture a d’abord lancé un grand sondage à travers la France pour recenser le nombre des adeptes de l’Agriculture Biologique, ce qui a pris plus d’un an pour savoir qui nous étions et si nous étions représentatifs… A notre grande surprise nous étions déjà 11.000 exploitations se revendiquant de l’Agriculture Biologique en 1982. Et une grande majorité était adhérente aux organisations que je présidais. Dans la foulée, une Commission Nationale de l’A.B. a été créée par Michel Rocard, nouveau Ministre de l’Agriculture en 1983, pour gérer la certification et le label AB d’abord sous tutelle de l’administration, et que j’ai fini par présider de 2004 à 2007 sous le mandat de Michel Barnier, qui m’avait nommé à ce poste stratégique pour développer la filière agrobiologique à 20% de parts de marché et participer au copilotage des accords de Grenelle.

Stage Octobre 2008

Image d’un groupe de stagiaires parmi les centaines de groupes qui se sont succédé en 25 ans à la Ferme-école de Sainte-Marthe.

D. B.

Revenons à votre engagement paysan et à votre retour à la ferme. Ce fut bien progressif ?

Ph. D.

Oui, mais je voudrais juste faire un retour sur la rapidité de l’effondrement de l’Agriculture paysanne sous l’alibi de la modernisation et donner quelques indications sur l’ampleur des bouleversements vécus par les campagnes entre les années 70, période de l’entrée en scène des mouvements Bio et la fin des années 80, où s’est produit le choc démographique de désertification des campagnes, tel que je l’ai vécu dans mon périmètre immédiat du village de Millançay en loir-&-Cher.

 À l’époque il y avait 18 fermes autour de notre exploitation, qui cohabitaient. Vingt-ans plus tard il n’y en avait plus qu’une en exercice : la nôtre… Imaginez le choc de la métamorphose ! Le silence des campagnes au moment des travaux des champs, l’effervescence autrefois des moissons où tout le monde s’entraidait, la disparition des fêtes traditionnelles des laboureurs, ou des vignerons, des fenaisons ou des pêches d’étangs désormais abandonnées. Avant on vivait dans ce cycle permanent des travaux saisonniers, depuis des temps immémoriaux et soudain, en une génération, toutes les fermes ont disparu les unes après les autres, les petites, les moyennes, les grandes aussi… dans une gigantesque hémorragie silencieuse.

 De retour de mon périple échevelé des tournées de galas, à partir de 1973, je me remémore cette anecdote d’un après-midi d’août 73, à la ferme, où je m’occupais des vaches avec notre fidèle et dévouée Jeanne L., attachée à la famille autant qu’au troupeau depuis des lustres, qui m’avait vu naître et vu naître mon père et vivait intensément les aventures de la famille à laquelle elle s’était attachée. Elle m’observait à ce moment avec curiosité, car elle ressentait le débat intérieur qui m’animait à cet instant. En effet je m’étais pris à imaginer la chute du piédestal si le public me voyait maintenant, moi le Desbrosses sans costume à paillettes, au cul des vaches, avec mes bottes maculées de bouse fraîche, il ne manquerait pas de conclure à une grande décadence et disgrâce.

J’étais revenu, en quelque sorte, à la case départ, celle du petit paysan dévalorisé, sans avenir. Mais, paradoxe ou inconscience, et même arrogance de ma part, au lieu de me sentir affecté ou humilié par cette comparaison, j’en ressentis au contraire une grande bouffée de certitude et d’allégresse à la mesure de la transe qui m’exaltait. J’ai senti la foi qui m’animait et qui m’assurait au contraire que je prenais le départ d’une grande aventure pour l’avenir, un long périple en perspective pour participer à la réorientation de l’agriculture dévoyée. J’ai toujours des frissons dans le dos en me remémorant cet instant. Ça devait être visible à l’extérieur, pour que Jeanne me regarda avec une telle curiosité et murmura : « tu vas faire ça maintenant ? ». Elle avait compris en silence ce qui se passait en moi, ce sentiment d’un destin tout tracé, même si cela peut paraître présomptueux, ne m’a jamais quitté, même (et surtout) dans les moments de doute et de difficultés.

Je pense que ce genre de phénomène n’arrive pas par hasard et que nous sommes nombreux à recevoir de tels présages, mais nous n’y accordons pas l’attention qu’ils méritent.

Puis j’ai commencé à remuer beaucoup dans les médias qui accueillaient volontiers mes chroniques et mes billets d’humeur. J’utilisais mon carnet d’adresses, celui de l’époque flamboyante des tournées et des émissions radio-TV. Je souhaitais transmettre mes réflexions pour réhabiliter la Terre et les Paysans.

La première personnalité à me répondre positivement fut Jacques Chancel, qui m’invita sur France-Inter dans sa célèbre émission Radioscopie, en octobre 1974. Je lui avais écrit une lettre, certainement convaincante, pour lui dire que je voulais parler de la condition des paysans qui n’avaient pas souvent accès à des auditoires comme le sien, mais qui avaient néanmoins des choses importantes à partager avec les autres composantes de la société, tellement éloignées des réalités de la Terre. Il m’a répondu immédiatement par l’intermédiaire de son assistante, Ève Ruggieri, qui après un court entretien téléphonique me proposa la date du 4 octobre.

Ce fut une réelle opportunité et une chance pour moi de m’exprimer pendant une heure de grande écoute, dans cette émission culte pour délivrer un message inspiré par ma passion, face aux répliques pertinentes et bienveillantes du journaliste.

 Cette émission fut un succès avec de nombreuses retombées, venant même du Canada, de Nouméa, et de personnalités inattendues comme le Capitaine Peter Towsend qui m’invita dans sa résidence en vallée de Chevreuse pour parler plantes et jardin. Cet évènement m’a propulsé comme porte-parole des mouvements bio. émergents, dont j’ai contribué à la mise en place et fus élu Président-Fondateur, après avoir cocréé la FNAB en 1978, l’UNITRAB en 1979, devenu SYNABIO, la Charte de Blois, le 19 Juin 1980 et le CINAB (Comité Interprofessionnel National de l’A.B.) auquel adhérèrent la majorité des Producteurs, Transformateurs, Distributeurs et Consommateur de produits Bio, et pour couronner le tout, je fus nommé Chef de la Délégation Européenne de l’ IFOAM, (International Federation of Organic Agriculture Movements) spécialement créée par l’assemblée Générale de la Fédération Mondiale à Witzenhausen en août 1984. C’est ainsi que je me suis retrouvé en responsabilité de l’officialisation et de la certification Bio au niveau français et européen depuis le début des années 80.

Conforté par mes différents mandats je pris contact avec l’ensemble des formations politiques et administrations françaises et européennes, pour faire avancer la reconnaissance et le développement de l’A.B.

En 1985, lors d’une conférence de Presse au salon de l’agriculture par le Commissaire européen de l’époque (Frans Andriessen) qui annonçait la création d ‘une nouvelle PAC Verte, j’en ai profité pour lui demander s’il jugeait opportun d’introduire les propositions de l’agriculture biologique dans cette Nouvelle Politique Agricole Commune. Il m’a confirmé publiquement que oui, et m’a invité a participé avec les membres de ma délégation, aux travaux de la Commission pour la réforme de la P.A.C.

 Nous avons donc participé à l’élaboration du premier Règlement Bio Européen, publié en 1991 et surtout nous avons contribué à fédérer les différentes chapelles de la bio pour un mouvement plus dynamique et plus efficace, en phase avec aspirations naissantes dans la société civile, pour une agriculture respectueuse de la santé et de l’environnement.

Réception officielle de la Délégation de scientifiques RUSSES, juillet 2018 à la Mairie de Millançay – Colloque Franco-Russe sur le LUPIN, organisé par Ph. Desbrosses. On reconnait au premier rang, devant M. le Maire de Millançay et plusieurs élus de la Région, Mme Nadejda Misnikova Secrétaire scientifique de l’Institut Russe du Lupin, le Docteur German Iagovenko, directeur de l’Institut Russe du Lupin de Briansk-Moscou le Professeur Boguslav Kurlovitch, mondialement renommé, directeur des collections de Lupin à l’Institut Vavilov de SainT-Pétersbourg. Également sur la photo les scientifiques français : Pierre-Henri Gouyon Prof. au Muséum d’Histoire Naturelle et Science Po, Pierre Weill fondateur de Bleu-Blanc-Cœur, etc

 

D. B.

Parlez-nous aussi de votre thèse sur le lupin, autre source de votre légitimité à incarner l’agriculture biologique.

Ph. D.

J’ai effectivement soutenu une thèse de doctorat sur le lupin, avec mention à l’Université de Jussieu, le titre en était : Le lupin, plante et méthode de production Biologique avec comme objectif de faire rentrer la bio par la grande porte de la Communauté Scientifique.  J’ai présenté ma thèse dans l’amphithéâtre Jacques Monod, à Jussieu, devant un public de 200 personnes, dont des journalistes. Et le lendemain Le Monde titrait : « Le paysan est devenu docteur ». J’étais très attentif à ce que ma thèse soit reconnue, car les adversaires de la Bio étaient en embuscade, compte-tenu de la portée d’une telle reconnaissance pour l’avenir de la filière.

On m’a demandé ce qui m’avait donné l’idée de cette thèse : c’est simple, parce qu’en France ne sont considérés que les gens détenteurs de diplômes ! Et j’avais bien compris l’intérêt d’une thèse dûment validée par un jury International, en l’occurrence 9 professeurs d’universités et d’institutions françaises et étrangères, dont Kassel, Witzenhausen, Amsterdam, Lausanne, Paris, Tours, Aix, Corte.

Isabelle, directrice du Conservatoire de semences « Mille Variétés Anciennes », oeuvre aux cotés de Philippe en développant la diffusion des variétés traditionnelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D. B.

Quand avez-vous créé le conservatoire des graines ?

Ph. D.

En 1974 et je vais vous dire comment est né mon intérêt pour les semences, (premier maillon de la chaîne alimentaire). Lorsque les cultures de maïs ou de céréales diverses sont envahies par les mauvaises herbes au point d’être submergées, vous vous demandez comment ont pratiqué nos prédécesseurs, autrefois, pour avoir une agriculture prospère, avec des rendements honorables ?

S’impose alors la notion de « variétés rustiques ». Quelles étaient, en ces temps reculés, (1/2 siècle ou un siècle auparavant) les variétés utilisées ?

Là j’ai découvert le pot-aux-roses : La plupart des variétés d’antan avaient disparu, remplacées par les céréales moderne à paille courte comme le CAPELLE, (cas d’école) un petit blé qu’on a raccourci de manière artificielle pour qu’il ne pompe pas trop les fertilisants du sol et qu’il mette toute l’énergie dans les grains pour faire du volume. C’était un blé fourrager, c’est-à-dire non panifiable, mais il nous faisait du 60 quintaux à l’hectare, ce qui est extraordinaire en Sologne, mais ce résultat avec le doping de 120 unités d’azote à l’hectare ! C’était les résultats, des années 50 – 60, quand on faisait encore la moisson avec les chevaux. Mais avec les nouvelles fertilisations intensives, les moissonneuses-lieuses à traction animale ne pouvaient plus absorber les récoltes, tant celles-ci étaient denses !

Alors le marchand de machines agricoles qui nous avait vendu la nouvelle moissonneuse-lieuse, que les 3 chevaux n’arrivaient toujours pas à arracher, nous proposa pour nous dépanner, de nous prêter un petit tracteur McCormick récemment arrivé d’Amérique pour tirer la machine, et en s’engageant à le reprendre à la fin de la moisson si ça ne nous convenait pas.

Mais savez-vous ce qu’il advint, c’était prévisible quand on amène un beau joujou dans une ferme où il y a un adolescent de quinze ans, le tracteur n’est jamais reparti, au contraire c’est toute une panoplie de nouveaux outils agraires qui sont venus le rejoindre. Et toute la gestion des terres en fut bouleversée.

Je vois encore mon grand-père s’arracher les cheveux de voir les grosses roues du tracteur écraser le « guéret » comme il disait, et compromettre la bonne levée des récoltes.

Voilà comment s’est imposé, par la sélection de variétés adaptées et l’usage des engrais artificiels qui ont rendu nos outils traditionnels caducs, avec les machines automatiques et les tracteurs de plus en plus puissants… jusqu’aux mastodontes que l’on voit aujourd’hui arpenter les champs comme des chantiers d’autoroute. Pour ceux qui connaissent la subtilité du vivant dans les sols, ils savent très bien que les récoltes ne dépendent plus de la microbiologie et de la fécondité de la Terre, mais des tonnes d’engrais solubles qu’on y déverse comme sur un support inerte et qui permettent aux plantes de pousser essentiellement avec le doping de cette chimie importée, obtenue à grand renfort d’énergie fossile. D’où le concept du hors-sol… et ses conséquences désastreuses sur le climat. Alors que l’écosystème peut faire ça tout seul, de manière autonome, économiquement, durablement et sainement.

On comprend mieux pourquoi la pétrochimie a imposé sa domination sur toute l’agriculture contemporaine et pourquoi les Paysans ont disparu des campagnes.

Pour revenir à la question des semences je raconterai cette conversation édifiante avec un collectionneur de blés du Berry dans l’Indre, qui me raconta que les blés modernes n’étaient plus pareils à ceux d’autrefois. Trop courts, ils sont plus vite envahis par les adventices, d’où l’obligation d’utiliser des herbicides. Comme de toute façon la Sologne n’a pas pour vocation de produire des céréales, sauf le seigle (qui lui a donné son nom : Séligonia, terre pauvre, marécageuse), j’ai pris la décision dès 1975 de changer d’orientation. L’association traditionnelle polyculture-élevage ne donnant pas de ressources suffisantes, je décidai de me lancer dans la culture de légumes bio, de passer au maraîchage.

Cette photo montre que le nombre des stagiaires n’a cessé d’augmenter au cours des années.
Nous en étions à des effectifs de 45 personnes, sur cette photo, après avoir commencé 25 ans
plus tôt avec des effectifs de 15 ou 20 personnes.

J’avais toutefois redécouvert un blé ancien, le « Rouge Inversable de Bordeaux », qui fait entre 1,50 m et 1,70 m de haut. Magnifique variété, défendue par Véronique Chable spécialiste des semences anciennes à l’INRAE. Mon premier essai fut concluant avec une récolte de 35 quintaux/ha (en Sologne), que Pierre Gevaert, créateur de la marque LIMA en Belgique, m’acheta et fit moudre à la minoterie réputée de la famille De Collogne à Précy-sur-Seine, laquelle a sélectionné et popularisé de nombreuses farines bio, depuis cette époque. Le 24 décembre 1975, M. DE COLLOGNE m’appelait au téléphone pour connaître l’identité de ce blé, dont il semblait émerveillé.

Bien sûr je me suis fait un plaisir de le renseigner en lui demandant pourquoi il tenait tant à cette information, il me déclara : « Monsieur Desbrosses, si nous avions des blés de cette qualité, nous n’aurions plus besoins d’acheter des « blés de Force » au Canada ou aux États-Unis, pour renforcer la valeur boulangère de nos farines médiocres et faire ainsi du pain digne de ce nom ! »

Voilà tout est dit : à force de ne privilégier que les rendements en quintaux, on oublie de faire des aliments comestibles avec des blés de qualité, mais qui bien sûr ont des rendements moins élevés.

Puisque les mauvais blés à gros rendements étaient payés au même prix que les bons, le choix était vite fait par les producteurs. Je ne suis pas sûr que cette situation ait beaucoup changé ?

Pour la petite histoire, Pierre Gevaert à fait découvrir la cuisine des céréales en Europe, popularisée par la « Macrobiotique », une pratique culinaire importée du Japon par le docteur Georges Oshawa. C’est de cette rencontre qu’est née la marque (LIMA) du nom de l’épouse de G. Oshawa, que Pierre Gevaert avait accueilli pour développer son projet d’aliments naturels. Nous nous sommes liés d’amitié avec celui-ci et nous avons créé ensemble l’UNITRAB ( Union Nationale Interprofessionnelle des Transformateurs et Redistributeurs de l’Agriculture Biologique), puis en 1980 je suis passé à l’étape au-dessus avec la création successive de la Charte de Blois et du CINAB (Comité le National de l’Agriculture Biologique), rassemblant tous les opérateurs de la Bio française, avec les réseaux de magasins diététiques ; les agriculteurs, distributeurs, transformateurs et consommateurs d’aliments bio répondirent massivement à mon appel du 19 juin 1980, pour réaliser cette Union qui fit notre force pour la suite du développement officiel de l’A.B.

C’est là, après mon intervention devant le Commissaire Européen à l’Agriculture, que je rencontrai ensuite, la haute administration de Bruxelles, le directeur des Services Administratifs de la Commission, Michel Barthélémy, pour présenter notre démarche, et nos propositions en faveur d’une agriculture européenne, respectueuse de la santé et de l’environnement.

Durant cette audience à laquelle participait également plusieurs hauts-responsables, dont le Chef de la Direction Générale de l’Environnement (Denis Godin), nous avons présenté les contours d’une Directive ou Règlement européen spécialement dédiée au développement de l’Agriculture Biologique.

Grand moment d’émotion lorsque les représentants administratifs de la C.E.E. ont pris la parole pour répondre à notre demande de reconnaissance de la filière A.B. en insistant sur leur satisfaction de nous nous avoir entendus et surtout d’avoir apprécié le discours unanime des membres de notre délégation laquelle comprenait les représentants des neufs pays membres à l’époque : (Allemagne, Belgique, Danemark, France, Grande-Bretagne, Hollande, Irlande, Italie, Luxembourg).

Voici les propos du directeur administratif qui m’ont personnellement marqué : « Mesdames, Messieurs, nous sommes très heureux et très émus de vous avoir entendus… En effet c’est la première fois que nous avons devant nous des personnes qui ne mettent pas en avant leurs intérêts catégoriels, pour parler d’une même voix, avec les mêmes convictions, de leurs responsabilités communes pour le bien de la Terre. Je ne sais pas encore ce que nous allons faire pour vous, mais je puis vous assurer que nous allons tout faire pour vous aider dans votre démarche d’intérêt général. » Quelques mois après cette rencontre, la Commission mettait en place une unité administrative spécifique pour l’Agriculture Biologique avec à sa tête M. Scarpe, qui a piloté nos travaux pendant les 7 années où nous avons bâti le premier Règlement Européen de l’Agriculture Biologique, qui fut promulgué à l’été 1991.

D’où l’importance d’avoir des alliés dans l’administration avec lesquels nous pouvions parler à cœur ouvert, sans craindre les coups tordus et surtout dans une période où les « trente mille lobbyistes » qui sévissent aujourd’hui en groupes de pression, étaient encore absents des coulisses de la Commission. Toutes ces conditions ont rendu notre travail relativement facile et expliquent comment nous avons pu verrouiller le secteur très convoité de l’Agriculture Biologique avant qu’il n’intéresse trop les « sphères affairistes ».

Aujourd’hui, ne pouvant pas simplifier à leur guise les règles de l’A.B., les opportunistes préfèrent inventer de nouveaux Labels qui fleurissent de toutes parts… mais gageons que ça finira également en pétard mouillé, comme la tentative avortée de « l’Agriculture Raisonnée », mise en place par L’U.I.P.P., le célèbre lobby des pesticides.

2ème Vue aérienne du siège de la Ferme – Plan élargi – Photo Printemps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D. B.

Revenons à la question des variétés à laquelle vous n’avez totalement pas répondu. Comment êtes-vous revenu à la culture d’anciennes variétés ?

Ph. D.

Au début ce fut pour l’aspect écologique et esthétique, mais aussi pour ne pas perdre un patrimoine précieux et parce que cette démarche avait du sens au-delà même de ce que j’ai découvert par la suite avec les endophytes, (microbiote des végétaux), désormais absents dans les variétés modernes qui provoquent l’effondrement progressif de l’écosystème terrestre ; d’où la nécessité urgente de sauvegarder les variétés ancestrales détentrices des fonctions vitales de la biodiversité qui n’est pas un aimable folklore pour « baba cools ».

Quand j’ai commencé à cultiver des plantes potagères, je me suis rendu compte qu’il fallait privilégier des variétés rustiques et ancestrales adaptées aux conditions pédoclimatiques des terroirs. Or, ce n’est pas le moindre des paradoxes, que de les avoir trouvées d’abord aux États-Unis, grâce aux héritages des traditions des peuples autochtones.

Les Amérindiens ont découvert que pour se prémunir contre les méfaits de la malbouffe industrielle des « néfastes Foods » (obésité, diabète, cancer, allergies, etc.) qui caractérisent ce pays neuf sans les acquis communs des traditions, ils devaient réhabiliter la cuisine de leurs ancêtres. C’est en constatant qu’ils n’avaient plus les ingrédients pour réhabiliter leurs menus traditionnels, qu’ils se sont aperçus de la perte de leurs flores et faunes spécifiques. Ils se sont donc mis en marche pour reconstituer la diversité de leur flore traditionnelle et créèrent les premiers Seed-savers (Sauveurs de semences). Déjà dans les années 80, ils avaient réussi à sauver 5’000 légumes-oubliés. Je suis allé me fournir dans leurs réseaux en variétés traditionnelles. Nous avons procédé par échanges (troc) de variétés anciennes, car il n’y avait pas de pratiques commerciales dans cette association. Pour cela il y a d’autres organismes spécialisés, comme Peace-seed, Seed-exchange, en Californie et en Arizona, etc., où l’on retrouve les anciennes variétés européennes, comme les melons Cantaloups par exemple, et toutes les variétés qui ont migré d’un continent à l’autre et vice-versa. On est ébloui par la diversité qu’on y découvre ; la richesse des collections de plantes natives de l’Amérique précolombienne : toutes ces courges, potirons et tomates multicolores, haricots, pomme-de-terre, maïs, etc. qui ont fait la prospérité de l’Agriculture occidentale contemporaine. Qu’aurions-nous fait en Europe sans les milliers d’hectares de maïs, de pomme-de-terre, de tomates, de courges, potirons, haricots, fraises, tournesol… originaires du continent amérindien.

Je me suis mis en demeure depuis les années 70, de faire redécouvrir cette biodiversité avec d’autres collectionneurs. Dès 1982, je rédigeais un premier article sur le « potimarron » à la demande d’une revue emblématique des Jardins Ouvriers de France – 1 million d’abonnés… Je n’imaginais pas la suite qui s’est déroulée exactement comme un conte de fées. L’article fut publié au printemps 1982 ; dans les jours qui suivirent la Poste de Blois, le chef-lieu de mon département, m’appela pour m’informer que ma boite postale était submergée des sacs de courriers.

Le Potimarron est la culture emblématique que Philippe D. à popularisé en France dès 1973. Ce beau spécimen, rouge écarlate, est l’aboutissement d’une patiente sélection de 40 années, réalisée sur une souche originelle multicolore, importée de l’Ile d’Hokkaido au Japon, par le Dr. Oshawa. Ce « Cultivar de Sainte-Marthe » en Sologne, uniformément rouge, très sucré et goûteux est toujours diffusé à des milliers de connaisseurs…N.B. Cette précision est nécessaire quand on sait que l’industrie semencière, désireuse de profiter de la réputation de ce légume, produit depuis quelques années un hybride insipide, mais qui a surtout l’avantage de se conserver indéfiniment…On n’arrête pas le progrès !

 

 Que voulaient donc ces correspondants ? Ils voulaient tous des graines de potimarron dont j’avais conté les vertus. Et le phénomène des sacs de courriers s’est prolongé pendant 10 jours, au total  environ 30.000 commandes, avec lesquelles je me suis constitué un fichier-clientèle extraordinaire pour créer ma petite entreprise, laquelle a démarré sur les chapeaux de roue l’année suivante. Il est vrai que je n’avais pas prévu un tel succès à l’attrait des légumes anciens et je n’avais donc pas de stock de graines à vendre. En fait j’avais découvert par hasard un marché nouveau dont j’ignorais totalement la portée. Je me suis donc organisé et j’ai proposé à mes correspondants de leur vendre par souscription les graines que j’ai mis en production aussitôt pour l’année suivante avec un abonnement de circonstances. C’est ainsi qu’on a démarré notre catalogue de vente par correspondance, qui s’est étoffé ensuite de nombreuses variétés originales, bientôt édité en 4 langues : français, anglais, allemand et danois, avec un succès qui ne s’est jamais démenti pendant plusieurs décennies et m’a permis de créer une vingtaine d’emplois au Conservatoire de Sainte-Marthe.

Une Première, montrant la contribution au Tribunal International des Peuples Premiers, organisé en décembre 2015, par l’O.N.G. Ecocide, avec des dizaines de Juristes et magistrats professionnels du Monde entier, réunis à Paris, pendant le Sommet de la Terre, pour juger les « crimes contre l’environnement « versus« Crimes contre l’Humanité ».

 

Le potimarron est lui-même une cucurbitacée originale. Il avait été ramené de l’Ile d’Hokkaïdo au Japon sous le vocable « Potiron Doux d’ Hokkaïdo » dans les bagages du Dr. Oshawa, évoqué plus haut. Ce potimarron, mot inventé par nos amis Belges qui le cultivaient depuis 1957, est le résultat de la contraction des mots «  POTIRON et MARRON », rappelant son agréable goût de Châtaigne quand on le déguste. Très vite on l’adopte et on n’a plus envie de manger de citrouille ou de potirons communs, car sa saveur est vraiment exquise, pour peu qu’il s’agisse du vrai « Potimarron », car son succès lui valut, et encore maintenant, de nombreuses contrefaçons, au point que j’ai dû en déposer le nom à l’I.N.P.I. en 1986 pour le protéger, après plusieurs procès avec une multinationale néerlandaise qui voulait se l’approprier.

Le professeur Rougereau de la faculté de pharmacie de Tours m’avait demandé de lui trouver des variétés intéressantes pour son Institut de Nutrition. Je l’avais orienté vers le Potimarron avec lequel il avait réalisé différentes préparations cosmétiques et galéniques. Il m’appelait toutes les semaines avec enthousiasme, pour me faire part de ses découvertes dans les composants de ce légume-fruit : une véritable Mine d’Or de vitamines et d’oligo-éléments ; ainsi le potimarron contient deux fois plus de bêta-carotène (pro-vitamine A) que les carottes, toutes les vitamines du groupe B, la vitamine C, la vitamine E, et les vitamines D, et K. J’ai gardé toutes les analyses que nous avons faites avec différents laboratoires qui montraient l’exceptionnelle richesse nutritionnelle de cette plante. Et ce n’est pas fini ; avec une amie médecin, Dominique Eraud, nous avons identifié sa teneur importante en collagène, et surtout, sa concentration exceptionnelle en papaïne naturelle, qui permet de l’introduire comme attendrissant et améliorant dans toutes sortes de compositions culinaires et bien sûr dans les cosmétiques.

Gros plan de l’intervention de Philippe Desbrosses – première Université de la Terre à L’Unesco – Novembre 2005. Débat d’ouverture entre Philippe Desbrosses Président de la Commission Ministérielle AB, et Franck Riboud, P.D.G. de Danone, sur la nécessité de multiplier les fermes Bio en France.

D. B.

Jusque-là nous sommes dans la bio classique. Comment avez-vous découvert l’intérêt de combiner différentes plantes, dont la complémentarité est au cœur de l’agroécologie et de la permaculture ?

Ph. D.

La complémentarité entre les plantes je l’ai découverte autant sur le plan agronomique que sur le plan biochimique et par les qualités nutritionnelles de celles-ci. Mais au début je n’avais pas encore une vision très large de l’écosystème, une vision globale, transdisciplinaire qui me permette d’apprécier à sa juste mesure, la métaphore du professeur André Voisin : « Qui change le sol, change le sang ». Vous ne pouvez pas toucher un élément dans la nature, qui n’ait de répercussion sur l’ensemble du Vivant. Tous les composants de la matière sont indissociablement reliés par des éléments plus subtils qui en maintiennent ou en modifient l’ordonnance pour le meilleur et pour le pire, comme l’esprit dans la matière. Lorsqu’on aura compris cette Loi Universelle, il y aura moins de souffrances, de désordres et de maladies. Par exemple, le fait que les endophytes (écosystème microbiens symbiotiques) sécrètent les mêmes molécules que l’on retrouve indistinctement dans les plantes, dans les sols et dans notre flore intestinale, est aussi réel que la physique quantique, mais largement ignoré dans nos représentations scientifiques contemporaines, comme si ces découvertes n’avaient jamais existé. En fait on fonctionne toujours comme si la Terre était plate… et on est incapable d’envisager les autres dimensions. Nous en sommes restés au stade d’une vision matérialiste de la mécanique. Nous nous représentons les organes du vivant comme une succession de petites usines adossées les unes aux autres, étrangères et indépendantes du tout. Imaginons le chemin qui reste à parcourir pour reconstituer la subtilité de la symbiose dans laquelle nous baignons.

Ça nous ramène à la réflexion de mon professeur d’agriculture : « on a fait fausse route sur toute la ligne, il faut réapprendre tout ce qu’on a appris de travers. ». À mon avis, cette civilisation va disparaître, avant d’avoir rétabli son équilibre et sa raison. Mais on peut en construire une autre à coté, sans perdre son temps et son énergie à corriger les défauts de la précédente.

Image surréaliste des Tournesols géants, une variété popularisée en France par Philippe Desbrosses
depuis les années 80. Ceux-ci peuvent atteindre 4,50 mètres de haut. Au premier plan, le Petit-Fils : Dylan Desbrosses, fondateurs des « Paniers de Saint-Marthe » en Sologne,

D.B.

Comment en êtes-vous venu à fonder votre ferme-école ?

Ph. D.

J’ai toujours eu envie de partager ce que je découvrais, d’échanger ce que j’expérimentais. J’avais de plus en plus de demandes de jeunes qui voulaient venir en stage. On a donc fini par créer un centre pilote européen, sous l’égide de la Commission Européenne et avec le soutien des collectivités territoriales de ma Région Centre-Val de Loire, dans la perspective de créer une école d’Agriculture Durable à l’écart du modèle intensif artificiel qui nous emmène tout droit à la catastrophe. Nous ne pouvons plus en douter aujourd’hui, comme les milliers de stagiaires qui sont passés spontanément ici, en 25 ans d’activités pédagogiques pour se consacrer aux soins de la Terre et à la reconstitution du tissu paysan disparu.

L’idée de transmettre cette démarche salvatrice me paraissait indispensable et coïncidait avec les aspirations d’un nombre croissant de personnes éveillées. Nous sommes actuellement un des rares Centres de Formation en agriculture qui soit gratifié de listes de stagiaires en attente d’une année sur l’autre. Et tout concourt de plus en plus au succès de cette démarche qui présage un vaste mouvement de Retour à la Terre. D’où le succès de mon livre : Nous Redeviendrons Paysans, écrit il y a 40 ans, avec la gratification d’une magnifique préface de l’Abbé Pierre.

J’ai voulu très tôt élargir la communication publique sur ces questions d’orientations agroécologiques. C’est ainsi que j’ai créé le colloque annuel, pendant 23 ans, Les Entretiens de Millançay en 1992, pour parodier les Entretiens de Bichat dédiés à la santé…, alors que dans le même temps une véritable insurrection avait lieu en France. Les paysans étaient sur les routes et faisaient brûler les pneus et les animaux dans les camions, abattaient les arbres sur les routes, bloquaient les Préfectures. Une véritable succession d’émeutes. Cette révolte incompréhensible et disproportionnée contre une réforme de la PAC, pourtant plus équitable, et orientée vers une agriculture diversifiée, plus favorable aux petites et moyennes exploitations. Néanmoins la rébellion instrumentalisée par les gros-bras de l’agro-industrie, du syndicat dominant projetait la paysannerie ignorante des enjeux, au-devant des manifestations pour empêcher cette réforme qui, pourtant, pour une fois s’intéressait au sort des agriculteurs. J’ai pu vérifier que la plupart des manifestants avaient obéit aux mots d’ordre sans lire les textes de la réforme et ont fait échouer une réforme qui pour la première fois prenait en compte de manière plus équitable les intérêts des différentes composantes de l’agriculture française. C’est pour faire entendre un autre son de cloche que j’ai organisé les premiers Entretiens de Millançay en 1992 pour expliquer que cette réforme était une chance pour aider les petits paysans. Naturellement, nous n’avons pas été entendu, et les subventions ont continué à être distribuées au plus grand nombre d’hectares, et les vrais paysans à souffrir et à disparaitre de manière accélérée.

Mais notre modeste action avait remporté un succès d’estime et s’était imposée comme une référence dans la Région, très suivie par l’opinion publique et par les institutions.

De là nous avons mis en place des formations pour une autre agriculture et rencontré un vrai succès avec les programmes de notre Ferme-École qui n’a cessé de s’amplifier au cours des dernières décennies. Nous avons touché juste en parlant de Retour à la Terre. Je suis encore plus convaincu maintenant pour franchir une étape cruciale, je me dis qu’il faut créer un enseignement supérieur de l’Agroécologie pour former les cadres nécessaires à cette nouvelle orientation, pour instaurer une Agriculture Durable avec comme point de mire « Une Université Paysanne » ; et ce pour sauvegarder et diffuser les savoirs traditionnels et les connaissances populaires, dont nous aurons besoin quand il ne sera plus possible de tricher avec les artifices de la pétrochimie. Celle-ci n’est qu’un avatar et une malédiction dont l’humanité se remettra comme elle s’est remise des guerres barbares du XXe siècle, à l’origine de tous les désordres qui affectent encore l’esprit humain. Ce dont nous avons besoin, ce sont des disciplines à l’opposé de celles qui ont été appliquées à l’Agriculture et à l’Alimentation depuis un siècle. Elles seules nous permettront d’affronter les défis sociaux et les bouleversements climatiques. Elles seront indispensables à l’autonomie, à la solidarité et à la sécurité des populations. C’est dans cette perspective que nous pouvons nous inspirer de la noblesse du travail et des règles morales des confréries telles que celles des Compagnons du Devoir, dont on admire encore les chefs-d’œuvre partout dans le monde.

Conférence de Presse organisée par Intelligence Verte au Centre d’Accueil de la Presse Européenne, MAISON de la RADIO, Paris, le 24 juin 2008, avec 4 intervenants reconnus, de gauche à droite : Pierre Rabhi, Michel Jacquot U.E. Bruxelles, Edgar Morin, Philippe Desbrosses et Marc Dufumier, AgroParisTech ; actualité suscitée par les émeutes de la Faim dans le monde pendant la Crise de 2008. Alerte auprès des Pouvoirs Publics sur l’extrême vulnérabilité du modèle agricole et alimentaire industriel, nécessité de refonder d’urgence une Agriculture Paysanne.

D. B.

Disons carrément les choses : c’est un projet de formation pour refonder une civilisation.

Ph. D.

C’est très juste et très fort cette dimension. C’est celle qu’il faut se donner comme objectif pour avoir une chance de répondre aux défis qui nous attendent.

Il faut reconstruire sur ces bases spirituelles en renouant avec les racines et les expériences du passé, qui ont fait leurs preuves et dont nous pouvons, avec le recul, mesurer le Bien-fondé. Nous devons sortir du manichéisme et du matérialisme forcené qui a dévoyé les progrès humains authentiques et favorisé la barbarie, dont le nazisme fut l’un des cataclysmes les plus abominables qui sévit encore comme une pathologie récurrente. Et que l’on retrouve dans des orientations scientifiques et politiques consacrées aux seules ambitions égoïstes de quelques-uns, au détriment de toute la communauté humaine.

J’ai l’ambition, pour ces nouveaux réseaux d’enseignement, que l’on puisse se rapprocher du schéma Erasmus, en constituant des Universités Paysannes dans chaque pays, car il y a des trésors à collecter et à faire revivre. C’est ce qui m’amène, avec un grand respect, à m’intéresser à l’expérience morale et spirituelle des Compagnons du Tour de France. Ils ne cherchent pas la notoriété, ni le brevet de création, ni les droits d’auteur. Ils sont tout entier dévoués au chef-d’œuvre qu’ils fabriquent en faveur de leurs frères humains. D’ailleurs, ils signent discrètement leur chefs-d’œuvre sans revendiquer de privilège particulier. Il nous faut retrouver ces comportements altruistes et pacifiques, entièrement tournés vers le bien de la communauté.

Image des abords de la Ferme, à l’arrivée, entourée de cultures maraîchères.

 

 

Bibliographie de Philippe Desbrosses :

Le Lupin, Éditions UNAPEL, 1983 en coédition avec G Kovav’s, Ministre Hongrois Agric.

Le Krach Alimentaire (préfacé par Professeur J. Kelling, Agronome. Éditions Le Rocher. 1987

La Terre Malade des Hommes. Éditions Le Rocher. 1990

Nous redeviendrons Paysans ! Éditions Le Rocher. 1993 Préface de l’Abbé Pierre.

L’Intelligence Verte l’Agriculture de l’avenir. Éditions. Le Rocher. 1997

Agriculture Biologique, préservons notre futur ! Préface J.P. Coffe Éditions Le Rocher. 1998

Le Guide Bio Hachette en collaboration avec J. Desbrosses. Éditions Hachette.2002/2007.

La Vie en Bio (en collaboration avec Jacqueline Desbrosses. Éditions Hachette 2002.

Combien de catastrophe avant d’agir ouvrage collectif avec Nicolas Hulot, Éditions du Seuil. 2002.

L’impasse alimentaire, ouvrage collectif avec Nicolas Hulot. Éditions Fayard. 2004.

– Le Pouvoir de Changer le Monde – sorti en mai 2006. Éditions Alphée.

– Le Pacte Écologique ouvrage collectif avec Nicolas Hulot. Éditions Calmann-Lévy.2006.

Terres d’Avenir pour un mode de vie durable, avec E.Bailly et T.Nghiem. Préface d’Edgar Morin. Éditions Alphée, 2007.  

Médecines et Alimentation du Futur, livre collectif, éditions Courrier du Livre 2009.  

Guérir la terre, livre collectif avec Edgar Morin, Pierre Rabhi, éditions Albin Michel. 2010.

– Manifeste pour un retour à la Terre préface d’Edgar Morin et post-face d’Olivier de Schutter, Rapporteur Spécial à l’ONU pour le Droit à l’Alimentation. Éditions DANGLES – 2012.

 – Face à l’Univers, livre collectif avec l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, Jean d’Ormesson, Matthieu Ricard, J.M. Pelt, Edgar Morin, Joël de Rosnay, Fabienne Verdier, J.C Guillebaud. Editions Autrement 2015.

Retour sur Terre. 35 propositions édit. P.U.F. juin 2020. Livre collectif avec D. Bourg, Sophie Swaton, Pablo Servigne, Gauthoer Chapelle, Johann Chapoutot & Xavier Ricard Lanata.

Philippe avec le cinéaste Jean-Paul Jaud et le photographe – réalisateur Yann Arthus-Bertrand, entourant la jeune icône Severn qui avait ému 20 ans plus tôt le public du premier sommet de Rio, par un discours sans concession, à l’intention des « grands de ce monde » qui continuent à détruire la planète.

 

Films :

Intervenant dans plusieurs films récents : dont « Nous enfants nous accuseront » de Jean-Paul Jaud. et « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau, « Nourrir la Vie » de Kevin Garreau. Au nom de la Terre de Pierre Rabhi et Marie Monique Delshing.

 

Avec la célèbre militante Hindoue, Vandana Shiva, après la séance de plantation des « Mille Variétés Anciennes » de Sologne, au Parc de La Villette à Paris, pendant le Sommet de la Terre en décembre 2015, en présence de nombreuses personnalités, et en soutien symbolique de la biodiversité des plantes comestibles.

 

Courte biographie :

– Agriculteur, Fondateur du Centre Pilote de la Ferme de Sainte-Marthe en Sologne.

– Docteur en Sciences de l’Environnement (Université Paris VII).

–  Expert consultant auprès de l’Union Européenne.

– Cofondateur des principaux Mouvements d’Agriculture Biologique en France et en Europe.

– Président de la Commission Nationale du Label AB, au Ministère de l’Agriculture jusqu’en février 2007, dont il fut à l’origine de la création dès 1983.

– Chargé de Mission auprès du Gouvernement Français – mise en œuvre du programme National Agriculture Biologique, (Grenelle de l’Environnement).   

– Président-fondateur de l’Association Intelligence Verte, pour la sauvegarde de la Biodiversité, fondée avec Edgar Morin, Corinne Lepage, Jean-Marie Pelt, Michel Lis, Pierre Tchernia, Jean-Yves Fromonot, etc.

– EX-Membre du Comité de Veille Écologique (C.V.E). groupe d’experts de N. Hulot.    

– Ex-Administrateur du CRII-GEN avec Corinne Lepage pour la Recherche et l’information Indépendante sur les O.G.M.

 

Visite de grands Chefs étoilés à la ferme de Sainte-Marthe le 23 septembre 2019 :

https://www.youtube.com/watch?v=42pqoTFY3Ag&feature=youtu.be