Les Organisations Économiques Paysannes, Indigènes et Originaires (OECAS) en Bolivie, une alternative d’économie solidaire en question

Par Katalina Landaeta[1]

 

Résumé :

En réponse à la crise multidimensionnelle (économique, sociale, environnementale, culturelle et politique) que connaît le monde, un phénomène de mobilisation mondiale propose des alternatives au modèle de développement économique actuel. Cela se produit tant au plan des grandes sphères politiques internationales et académiques-scientifiques, à travers l’organisation de forums et de sommets de débat et de discussion, qu’au plan local par le biais des initiatives sociales de base (grassroots innovations) qui essaient des formes alternatives de développement plus justes et plus durables. En Bolivie, il s’agit des mouvements sociaux apparemment enracinés dans une ancienne tradition culturelle de réciprocité et de respect de la nature, visant à faire face aux problèmes de la pauvreté et de la marginalité et mettant en place une « économie solidaire ». Parmi ceux-ci se trouvent les Organisations Économiques Paysannes Indigènes Originaires (OECAS).

Cet article se fonde sur l’étude de quatre cas d’OECAS qui interviennent dans différents domaines et cherche à comprendre si, dans leur essai de se constituer en modèles économiques alternatifs, il existe une perspective effective de changement de paradigme dans la vision de la « durabilité forte », ou s’il y a une réadaptation et subordination à la logique de l’économie de marché. L’analyse est effectuée à partir d’une approche de la relation société-nature.

L’étude a identifié des tendances favorables et des contre-tendances dans la construction d’alternatives d’économie solidaire de durabilité forte dans les OECAS. Les essais d’innovation technologique et économique à faible impact sur l’environnement et les principes du « bien-vivre » qui l’emportent, même si elles se trouvent affaiblies, représentent des tendances favorables. En revanche, la mise en place d’une économie subordonnée à l’économie de marché, dans un contexte généralement défavorable, constitue une contretendance.

Mots clefs : économie solidaire, vivre bien, durabilité forte, OECAS, relation société-nature

Resumen:

En respuesta a la crisis multidimensional (económica, social, ambiental, cultural y política) que enfrenta el mundo, un fenómeno de movilización global ofrece alternativas al modelo actual de desarrollo económico. Esto ocurre tanto a nivel de las principales esferas políticas y académico-científicas internacionales, a través de la organización de foros y cumbres de debate y diálogo, como a nivel local a través de iniciativas sociales de base (grassroots innovations) que ensayan formas alternativas de desarrollo más justas y sostenibles. En Bolivia, se trata de movimientos sociales aparentemente arraigados en una antigua tradición cultural de reciprocidad y respeto por la naturaleza, buscando hacer frente a los problemas de pobreza y marginalidad y poniendo en práctica una « economía solidaria ». Entre estos se encuentran las Organizaciones Económicas Campesinas, Indígena y Originarias (OECAS).

Este artículo se basa en el estudio de cuatro casos de OECAS que intervienen en diferentes rubros y busca comprender si, en su intento de constituirse en modelos económicos alternativos, existe una perspectiva efectiva de cambio de paradigma en la visión de « sostenibilidad fuerte », o si hay una readaptación y subordinación a la lógica de la economía de mercado. El análisis se lleva a cabo a partir del enfoque de la relación sociedad-naturaleza.

El estudio identificó tendencias favorables y contra-tendencias en la construcción de alternativas de economía solidaria de sostenibilidad fuerte en la OECAS. Las prácticas de innovación tecnológica y económica de bajo impacto ambiental y los principios de « buen vivir » que prevalecen, incluso si están debilitados, representan tendencias favorables. Por el contrario, el establecimiento de una economía subordinada a la economía de mercado, en un contexto generalmente desfavorable, constituye una contra-tendencia.

Palabras clave: economía solidaria, vivir bien, buen vivir, sostenibilidad fuerte, OECAS, relación sociedad-naturaleza.

Nous[2] analysons ici quatre expériences boliviennes d’économie solidaire relevant des Organisations Économiques Paysannes Indigènes Originaires[3] (OECAS), dans les domaines de l’agriculture durable et de l’artisanat : la Centrale des Coopératives de Producteurs de Cacao El CEIBO, la Corporation Agricole Paysanne PROTAL (CORACA PROTAL), l’Association des Artisans Boliviens Señor de Mayo (ASARBOLSEM) et l’Association des Artisans Andins (AAA).

Ces expériences paysannes montrent, à première vue, des perspectives vers un mode de développement local plus durable au niveau social et environnemental. Elles ont été reconnues dans les lois boliviennes comme des modèles d’économie communautaire solidaire (Loi 338[4]). La reconnaissance des formes d’organisation socio-économique communautaire semble représenter une opportunité pour faciliter l’expansion et le développement de telles initiatives locales.

Partant de l’hypothèse que « les OECAS constituent une alternative d’économie solidaire en Bolivie, permettant aux populations rurales de faire face à leurs problèmes sociaux, environnementaux et économiques, dans une perspective de durabilité forte », le développement de ce travail s’appuie sur les conceptions « forte » et « faible » de la durabilité. À partir de ces approches théoriques, adaptées aux caractéristiques du contexte rural productif bolivien, les dimensions d’analyse suivantes des OECAS sont prises en compte :

Durabilité environnementale : celle-ci est notamment envisagée à travers la relation société-nature, qui peut être instrumentale[5] ou intrinsèque[6], ainsi que des infrastructures et technologies de production et de commercialisation mises en place par les organisations sociales.

Durabilité socio-économique : la prise en compte de celle-ci amène notamment à identifier si l’activité économique développée à travers l’OECA permet l’amélioration des problèmes socio-économiques des populations rurales, la viabilité économique de ces structures et le bien-être social généré par leurs activités.

Mécanismes de régulation : la durabilité forte fait appel à des régulations découlant d’une volonté politique progressiste plutôt qu’à des régulations marchandes, généralement envisagées par la durabilité faible. Dans ce sens, il est utile d’identifier le type de mécanisme de régulation qui existe dans les OECAS pour déterminer leur origine, strictement politique ou non, ainsi que l’influence des acteurs externes dans ces régulations.

L’analyse effectuée se fonde sur une recherche de terrain en Bolivie, incluant des entretiens semi-directifs individuels et collectifs avec différents acteurs, dont des représentants et partenaires des quatre OECAS, les directions des organisations de deuxième niveau des OECAS, des représentants d’ONGs d’appui et d’organismes de coopération, des spécialistes dans le domaine et des représentants de l’État bolivien. D’autre part, différentes visites d’observation au sein de ces quatre OECAS ont été effectuées.

Cet article presente une contextualisation des courants théoriques de la durabilité et leur lien avec l’économie solidaire et le bien-vivre selon l’expérience bolivienne. On considère ensuite, les postulats des OECAS comme proposition de modèle économique alternatif, pour finalement analyser l’expérience pratique de ces organisations, montrant leurs réalisations, limites et contradictions dans une perspective de durabilité forte.

Contextualisation

La prise en compte des problèmes environnementaux et sociaux apparaît progressivement à partir des années 70. Des débats et des réflexions autour de ces inquiétudes sont présentés lors de différents forums et sommets internationaux débouchant sur l’inclusion des objectifs de protection de l’environnement et de réduction des inégalités dans les perspectives et processus de développement. Ainsi, le concept de « développement durable » apparaît pour la première fois en 1987 dans le Rapport Brundtland, visant un développement qui « répond aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de satisfaire les leurs » (ONU, 1978 : 37) ; en 1992, il est inclus comme principe pour la formulation des politiques de développement des pays (lors du Sommet de la Terre) et adopté par l’ONU.

Considérant que le modèle économique ne tenait pas compte de l’épuisement des ressources naturelles, les économistes de l’époque proposent l’introduction de la variable environnementale dans la dimension économique en vue d’une meilleure gestion de ces ressources et dans le but de réussir la « durabilité ». Cette inclusion de la dimension environnementale a suscité des postures différentes qui ont donné lieu à un débat entre penseurs, philosophes et économistes.

2.1. Les courants théoriques de la durabilité

Le débat académique autour de la durabilité a débouché sur deux courants différents : la durabilité faible et la durabilité forte. La première ne se découple pas de la pensée mainstream de la croissance économique et suggère l’internalisation du facteur environnemental en tant qu’externalité permettant son « épuisement efficace » (Stiglitz, 1974 ; Solow, 1974) ; par contre, la deuxième rejette la vision de croissance économique et propose un nouveau paradigme économique adapté aux limites de la planète[7] (Costanza, 2013, Rockstrom, et al., 2009 ; Steffen, et al., 2015), dans la vision d’une économie d’état stationnaire (Daly, 1973) et à partir de « changements structurels » du système (Jackson, 2009).

La distinction entre les deux courants de pensée implique des positions éthiques différentes en ce qui concerne l’environnement et les suppositions technologiques et, par conséquent, en ce qui concerne la considération de la substitution des ressources naturelles par un capital artificiel. Les défenseurs de la durabilité faible soulignent la nécessité de maintenir le stock de capital total ou « la capacité de production généralisée d’une économie » (Solow, 1986), ce qui implique que la diminution des ressources naturelles peut être compensée ou « substituée » par une contribution plus importante de travail et par un progrès technologique croissant (Stiglitz, 1974, Solow, 1974, 1986, 1992 ; Hartwick, 1977). De leur côté, les défenseurs d’une durabilité forte rejettent la vision réductionniste de la nature et la position de sa substitution illimitée (Costanza & Daly, 1992) et mettent en avant la prise en compte de la complexité et l’importance du fonctionnement des écosystèmes pour la survie de l’être humain (Costanza, 1996). En ce sens, ces derniers mettent l’accent sur la nécessité de maintenir un stock de ressources naturelles (capital naturel critique) comme une exigence de durabilité (Costanza & Daly, 1992, Ekins, et al., 2003).

De par ses caractéristiques, le développement durable s’insère dans le cadre de la durabilité faible. Dans ce cas, malgré la tentative de réconciliation de l’économie capitaliste avec la protection de l’environnement en 2012 lors du Sommet de Rio+20, ce modèle est considéré comme un échec. En effet, au lieu de remplir les objectifs de prévention des déséquilibres climatiques et de réduction des inégalités sociales, la situation s’est aggravée dans les deux cas (Jouzel, & Debroise, 2014 ; Cingano, 2014 ; OXFAM, 2016).

2.2. Les efforts de construction d’une économie durable sur le terrain pratique

De manière parallèle aux débats mis en place dans la sphère de la politique internationale, divers mouvements socio-économiques émergent partout dans le monde cherchant des alternatives au modèle sociétal dominant, afin de faire face aux problèmes sociaux, économiques et environnementaux. Organisés en coopératives, associations, écovillages ou autres formes d’organisation, ces groupes mettent en avant des modèles économiques locaux plus équitables et durables (Trainer, 2002 ; Silvestro, 2007).

Par ses principes et valeurs, l’économie sociale et solidaire est considérée comme une alternative d’organisation économique. Remontant à leur origine, la notion d’« économie sociale » émerge en France au 19e siècle, face à la « question sociale » de la pauvreté engendrée par l’industrialisation. Ainsi, cette notion est ancrée dans des organisations de base : associations, mutuelles et coopératives. Alors que la notion d’économie sociale avait disparu depuis près d’un siècle, le terme « économie solidaire » apparaît en France dans les années 1980 avec la montée du chômage, des inégalités sociales, de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Baranzini & Swaton, 2013). Dans les pays d’Amérique du Sud, il s’agit de mouvements sociaux ancrés dans une tradition culturelle communautaire séculaire. Ces derniers cherchent avant tout à faire face aux problèmes de pauvreté et de marginalisation provoqués par un modèle de développement inéquitable, prescrit depuis la colonisation et exacerbé par l’instauration du néolibéralisme dans les années 80 (Hillenkamp, 2014).

À ce jour, les concepts d’économie sociale et d’économie solidaire ont été largement débattus et sont globalement reconnus et amenés à la pratique ; ils représentent des alternatives au modèle dominant, ayant comme principes d’organisation la solidarité, le travail au service de la collectivité, la gestion démocratique, l’autonomie, l’équité, la primauté de la personne sur le capital, le respect de l’environnement et la non-lucrativité ou lucrativité limitée (APRÈS-GE[8]).

De par ses caractéristiques cette forme d’économie marque son lien avec la vision de la durabilité forte, notamment en mettant en avant les principes de « démocratie », de « pluralisme et diversité » (APRÈS-GE, 2012 ; Akhabbar et Swaton, 2016, Laville, 2009[9]), d’« interdépendance » des processus socio-économiques et écologiques (APRÈS-GE[10], Costanza, 1996) ; « d’équité » au détriment de la logique de domination, et en cherchant une « relocalisation de l’économie », ainsi que le bien-être collectif à travers une relation directe et respectueuse entre les producteurs et les consommateurs (Swaton, 2017). Ces deux termes se renforcent mutuellement, partent d’une approche contestataire du modèle capitaliste et aboutissent à la recherche d’un modèle d’économie plus équitable et durable.

Économie solidaire en Bolivie

Dans le cas bolivien, les propositions de divers acteurs de la société civile se sont concrétisées dans une nouvelle Constitution Politique de l’État, promulguée en 2009, ainsi que dans une série de dispositions légales en faveur d’un modèle d’économie communautaire dans le cadre d’une économie plurielle (CPE, 2009, Loi 071, Loi 338, Loi 3525). Parmi ces acteurs sociaux se trouvent les Organisations Économiques Paysannes Indigènes Originaires – OECAS, dont les buts principaux sont de faire face aux problèmes communs des paysans, d’améliorer les conditions de vie des populations rurales et de s’insérer dans le marché national et international dans de meilleures conditions (Hillenkamp, 2014, CORACA PROTAL, 2017).

Les OECAS ont été reconnues dans la loi 338 comme des modèles d’économie communautaire qui travaillent sur le principe de l’économie solidaire (Loi 338). Cette loi présente l’économie solidaire comme une forme d’économie « où les hommes et le travail prévalent, cherchant un équilibre entre le social et l’économique ; en vertu d’une décision collective de distribuer les ressources, les biens et les services ; de commercialiser, de consommer et de se développer dans le cadre de relations sociales de solidarité, d’équité et de réciprocité, pour répondre aux besoins humains et contribuer à la réalisation du « Bien-Vivre » du peuple bolivien » (Art 7 – 5, loi 338). Dans les faits, des pratiques collectives ancestrales telles que la Chunca, Mita, Minca, Ayni, à savoir des activités communautaires basées sur des relations de réciprocité, de solidarité et de coopération, sont maintenues (parfois affaiblies) dans des communautés ou groupes sociaux associés tels que les OECAS (Wanderley, et al, 2015; Alvarez, 2012).

2.3. Le concept de « bien-vivre » en Bolivie et son lien avec la durabilité forte

Les relations de réciprocité présentes dans les expériences de l’économie solidaire en Bolivie, ainsi que ses relations d’interdépendance avec la nature, sont enracinées dans la « cosmovision » indigène séculaire, qui renvoie au concept de « vivre bien ». Ce concept, selon ses postulats, montre une inclination à la durabilité forte ; néanmoins, dans l´approche de son intégration à la Constitution Politique de l’État Bolivien, ainsi que dans des pratiques concrètes, il semble avoir une tendance plutôt à la durabilité faible.

Pour comprendre les propositions du « bien-vivre », il est important d’examiner la relation société-nature qui y est inhérente, afin de mieux comprendre sa tendance par rapport aux positions de la durabilité.

2.3.1. Postulats du « vivre bien » : vers un nouveau paradigme de civilisation ou de développement?

Il n’y a pas de définition unique du bien-vivre. Selon Medina (2011), il s’agirait d’une construction conceptuelle des espaces intellectuels cherchant à homogénéiser une diversité d’expressions et de pratiques culturelles communautaires sans traduction en espagnol. Parmi les expressions les plus renommées figurent Suma Qamaña (Aymara), Sumaq Kawsay (Quechua) et Ñandereko (Guaraní). Des anthropologues et linguistes tels que Medina et Albó considèrent que le concept « bien-vivre » ne représente pas son sens profond et offrent des alternatives de traduction. Ainsi, Suma Qamaña signifierait en réalité « élever la vie avec amour » (Medina, 2011), « vivre bien en harmonie avec les autres membres de la nature et avec soi-même », « coexister » ou « douce vie » (Albó, 2011) ; Sumaq Kawsay ou Allin Kawsay « une vie bonne, heureuse, paisible, tranquille » et Ñandereko implique des relations de réciprocité entre les indigènes des terres basses et le territoire dans lequel ils vivent (idem).

De par sa perspective et ses principes, cette notion a gagné en popularité ces dernières années, en tant qu’alternative aux postures classiques de développement et de qualité de vie. Selon Acosta (2008) et Dávalos (2008), le « bien-vivre » met en question et diverge d’avec des postures axées sur la croissance économique, le progrès linéaire et l’anthropocentrisme, et propose un changement radical qui reconnaît, en priorité, les connaissances traditionnelles et indigènes. Pour Gudynas (2010), cette alternative au développement implique une nouvelle façon de concevoir la relation de l’être humain avec la Nature, fondée sur une nouvelle éthique environnementale qui en reconnaît les valeurs intrinsèques. Dans cette perspective, le « bien-vivre » tend non seulement au bien-être humain, mais également à la survie de tous les êtres vivants et des écosystèmes.

Cette perspective du « bien-vivre » se rapproche de la vision de la durabilité forte, celle qui est soutenue par les courants théoriques de l’écologie profonde[11], de l’hypothèse Gaia[12] et de l’économie écologique[13]. Ainsi, différents liens existent entre les deux visions :

  • Premièrement, la vision holistique et intégratrice de l’écologie profonde (Naess, 1973) et la conception de la Terre en tant que macro-système organique, autoreproductible et autorégulateur, formée par un réseau de relations et d’interconnexions dont l’être humain n’est qu’une partie (Lovelock, 1979), sont équivalents à la vision cosmocentrique, ou de « cosmo-coexistence » et au principe de « relationnalité » et d’« interdépendance» de la culture andine (Medina, 2011).
  • Deuxièmement, l’écologie profonde s’oppose au dualisme humme-nature propre à la modernité (Descola, 2002) et invoque une réintégration à travers le principe de « diversité et symbiose » (Naess, 1973, 1989), ce qui ressemble aux principes andins de « correspondance, complémentarité et continuité » selon lesquels les plantes-animaux-êtres humains-divinités constituent un continuum (Torrez, 2001 ; Medina, 2011).
  • Troisièmement, l’invocation de coopération et de coexistence entre les êtres vivants chère à que Naess a également à voir avec le principe de « réciprocité » dans la conception du « bien-vivre ».
  • Finalement, la reconnaissance des valeurs intrinsèques de la Nature a son équivalent dans plusieurs traditions indigènes et est au cœur de la durabilité forte (Gudynas, 2011).

2.3.2. Le « vivre bien » dans la constitution politique de Bolivie

Le terme « bien-vivre » a été intégré dans les constitutions de la Bolivie (CPE)[14] et de l’Équateur, mais avec des postures différentes, notamment en ce qui concerne la conception de la nature. Contrairement à la constitution équatorienne qui tend à adopter des droits de la nature (voir art. 71 et 72[15]), la bolivienne a une approche essentiellement instrumentale. En Bolivie, la Constitution ne reconnaît pas les droits de la nature, au contraire, ce texte constitutionnel affirme que l’industrialisation des ressources naturelles est une « priorité de l’État » (article 355[16]). Selon Gudynas (2010), l’extractivisme ptrésent dans la CPE de Bolivie est justifié par l’utilisation de la captation d’excédents à des programmes d’assistance sociale, ce que l’auteur appelle « capitalisme bienveillant ». En effet, ces programmes sont présentés comme partie du « bien-vivre » et ont comme but d’éradiquer la pauvreté ; cependant, ils offrent de grandes contradictions, d’abord parce qu’ils ne se démarquent pas d’une approche développementaliste et, ensuite, parce qu’ils misent sur une stratégie extractiviste, qui entraîne des impacts environnementaux et sociaux au niveau local, en contaminant et en détruisant les terres des populations (Gudynas, 2011). De plus, la CPE bolivienne ne développe pas le concept du « bien-vivre », elle le mentionne très ponctuellement, mais utilise le terme de « développement durable » au sens mainstream.

En résumé, la perspective du « bien-vivre », telle qu’elle est conçue dans la CPE, se développe au détriment de la nature ainsi que des populations indigènes qui sont touchées par l’extractivisme ; elle se rapproche de la durabilité faible, en concevant la protection environnementale uniquement à certaines fins instrumentales.

2.3.3. Le « vivre bien » sur le terrain pratique

Gudynas observe en Bolivie des contradictions et tensions entre théorie et pratique dans la dimension environnementale du « bien-vivre » : « …alors que le discours international de l’administration de Morales atteint un degré élevé de radicalisme, dans les frontières les stratégies extractivistes sont accentuées […] et la flexibilisation dans les normes environnementales sont aussi accentuées […]. Nous sommes en présence d’une situation curieuse, où les droits de la nature sont annoncés globalement, mais ils ne sont pas appliqués au niveau national ou local » (2011 : 240).

D’autre part, des analystes tels que Spedding (2010) et Uzeda (2010) considèrent qu’il y a beaucoup d’idéalisation dans l’attribution du concept de « bien-vivre » aux expériences des communautés autochtones et exigent des expériences concretes et « actuelles ». Une autre critique concerne le manque de propositions d’action et de politiques concrètes matérialisant le concept du « bien-vivre », ainsi que d’indicateurs mesurables et adaptables à différentes cultures.

Au-delà des critiques possibles concernant la tension ou la contradiction entre la conception théorique du « bien-vivre » et la pratique concrète, nous pensons qu’il est important de sauvegarder l’intérêt porté à la recherche d’alternatives au modèle de développement hégémonique et l’espoir que cette notion éthique puisse inspirer un nouveau paradigme de civilisation.

2.3. Les Organisations Économiques Paysannes en Bolivie (OECAS) comme proposition de modèle économique alternatif

Dans ce contexte, les OECAS émergent dans les années 80 en Bolivie et cherchent à améliorer les conditions socio-économiques des familles paysannes et indigènes, tout en s’ouvrant au marché national et international (Hillenkamp, 2014, CORACA PROTAL, 2017). Celles-ci fonctionnent sur la base de quatre principes : la souveraineté alimentaire, l’économie solidaire, l’autogestion paysanne et l’agriculture durable (Art 14 – 7, Loi 338). La loi 338 définit les OECAS comme :

[…] « une forme d’organisation économique basée sur un modèle de développement de production solidaire et réciproque pour la souveraineté alimentaire avec l’autogestion paysanne, indigène et originaire, basée sur l’organisation dans les familles ; ils développent diverses activités économiques avec différents degrés de participation aux stades de la collecte/manipulation, de la production, du rassemblement, de la transformation, de la commercialisation et de la consommation ou de l’un d’entre eux ; dans les activités de collecte, d’agriculture, d’élevage, de foresterie, d’artisanat avec identité culturelle et de tourisme solidaire communautaire, avec de différents degrés de lien avec les marchés » (Art. 13, loi 338).

Les OECAS sont organisées dans un « système d’agriculture familiale durable » (Art7, loi 338), et ont différentes modalités juridiques : coopératives, Corporations Agricoles Paysannes (CORACAS) et associations. Tous ces types de structures sont regroupés dans la modalité générique d’« organisations » (Art 14-7, loi 338). Pour le développement de leurs activités productives et pour l’amélioration de leurs capacités de gestion, la plupart de celles-ci reçoivent le soutien de la coopération internationale, qu’il soit financier, politique ou juridique.

En 2012, environ 800 OECAS ont été recensées dans tout le pays, regroupant plus de 100’000 personnes comme membres actifs (Wanderley, et al, 2015). Alors qu’on observait en 2002 que seulement 11% des membres des OECAS étaient des femmes (Muñoz, 2004 : 12), ce chiffre est monté à 59% en 2012 selon Wanderley, et al, (2015 :34). Cette évolution tend à montrer que les OECAS représentent aussi un espace d’empowerment des femmes. Les secteurs d’activités auxquels les OECAS se dédient sont l’agriculture (61%), l’élevage (24%), l’artisanat (12%) et les activités de récollection (1%) (Wanderley, et al, 2015 : 34). Elles ont aussi réalisé un important travail d’incidence politique en développant depuis l’an 2’000 des propositions pour la formulation des politiques publiques de lutte contre la pauvreté, et pour mettre en place des formes de production durables au niveau social et environnemental.

La loi 356 reconnaît des coopératives de trois niveaux : au premier niveau, les coopératives de base, ensuite les Centrales des coopératives en fonction des caractéristiques de chaque secteur économique, et au plus haut niveau, les Fédérations régionales et départementales. Dans l’étude de cas présentée CEIBO, ASARBOLSEN, PROTAL et AAA sont établis au deuxième niveau, tandis que la RED OEPAI[17], CIOEC et AOPEB[18] se trouvent au troisième niveau.

La Coordination pour l’Intégration Économique des Organisations Paysannes, Indigènes et Originaires de Bolivie (CIOEC Bolivia), fondée en 1991, est l’organisme suprême qui représente, regroupe, intègre, coordonne et gère les activités des OECAS de toutes les régions du pays devant les institutions gouvernementales et non gouvernementales au niveau national et international ; elle cherche à les renforcer selon les principes de l’économie solidaire, l’agriculture durable, la souveraineté alimentaire et l’autogestion paysanne (CORACA PROTAL, 2017, Red ticbolivia, 2013).

PRATIQUE DES ORGANISATIONS ECONOMIQUES PAYSANNES EN BOLIVIE

Notre terrain est l’étude de quatre OECAS qui nous ont semblé significatives. Nous avons pu à partir de là analyser la continuité ou les contradictions entre postulats et pratiques de ces organisations dans la perspective de la durabilité forte.

3.1. Quatre OECAS dans le monde associatif bolivien

Afin de pouvoir considérer un échantillon représentatif de ces organisations, nous en avons sélectionné quatre, avec les critères suivants :

Historique : comparer la vision de grandes organisations établies qui ont de l’expérience comme EL CEIBO et ASARBOLSEN avec celle de deux plus petites et plus récentes entités telles que PROTAL et AAA ;

Différents domaines d’activité : observer la situation de l’économie solidaire et la durabilité dans deux domaines différents, la production agroécologique comme CEIBO (production de cacao) et PROTAL (essentiellement apiculture) et celui du tissu et de l’artisanat[19] comme ASARBOLSEN et AAA ;

Participation des femmes : comparer des organisations dont la représentation est principalement masculine comme chez PROTAL et CEIBO et des associations où la participation féminine est fortement mise en avant, comme dans les associations des artisanes[20] ASARBOLSEN et AAA.

Cas 1 : Corporation agricole paysanne « CORACA» PROTAL

CORACA[21] PROTAL fut créée en 1991 comme une organisation paysanne à but non lucratif. Elle s’est constituée avec l’objectif d’améliorer les conditions de vie des paysans au niveau socio-économique et sanitaire, de promouvoir leur participation dans la prise des décisions, en particulier des femmes et des jeunes, par des programmes de formation, de promouvoir la commercialisation de produits à partir de la recherche et de l’ouverture des marchés sous l’approche du développement durable et d’empêcher la division des terres communales (CORACA PROTAL, 2017 : 24). Elle a comme principaux domaines de travail la production écologique de locoto[22] en poudre, de miel d’abeilles et leurs dérivés, avec une philosophie de « protection de l’environnement, d’équité et d’identité culturelle ». Elle montre en même temps une vision d’expansion croissante et compétitive dans le marché à travers l’autogestion (idem.: 30).

CORACA PROTAL est composée d’affiliés provenant de six communautés : Qori Mayo, Tocorani, Carmen Pampa, Totolima, Maiqa Monte et San Julián situées dans des régions climatiques subtropicales, de vallées et d’altiplano. Pour cette étude, c’est la région de Totolima qui a été considérée, où la population quechua d’origine andine est établie. Cette même population a émigré dans cette zone durant la seconde moitié du XXe siècle.

Cas 2 : Centrale des Coopératives de Producteurs de Cacao «El CEIBO»

El CEIBO est une centrale de coopératives de producteurs de cacao créée en 1977 dans le but de renforcer la production de cacao bioilogique, l’élaboration et la commercialisation du chocolat. Avec 40 ans d’expérience, celle-ci s’est positionnée avec succès sur les marchés nationaux et internationaux et pour cela compte sur la certification biologique et de commerce équitable. Elle est classifiée comme organisation de deuxième niveau, ayant démarré avec le rassemblement de 12 coopératives cherchant à développer le potentiel de la production de cacao d’une région. À ce jour, elle rassemble 1’200 familles productrices de cacao de 48 coopératives affiliées au premier degré et distribuées dans 5 provinces des régions basses du pays: Caranavi, Sud Yungas, Larecaja dans le département de La Paz et la province José Ballivián dans le département de Beni, et Ayopaya dans le département de Cochabamba (Entretien avec Condori, N., gérant du CEIBO, 2017). Ces régions présentent un climat chaud et humide, faisant partie de la zone habitée de la forêt humide subtropicale, qui occupent des vallées et des zones de colline jusqu’à 800 m d’altitude (Ahlfeld et Branisa, 1960).

CEIBO possède un centre de production de plantes agroforestières et un centre de collecte du cacao situé dans la ville de Sapecho, dans la province de Yungas du Sud, à 270 km de la ville de La Paz. Elle dispose aussi d’une usine autogérée de transformation du cacao en chocolat en barre et produits dérivés dans la zone urbaine d’El Alto à La Paz.

80% de la population présente dans ces régions productrices de cacao sont des migrants de l’Altiplano des provinces des départements occidentaux du pays : Oruro, La Paz, Chuquisaca. Cette population a migré dans les années 60 et 70 vers le nord, à La Paz, principalement en raison des difficultés de production dans ces zones, afin de chercher de meilleures conditions de vie. Ainsi, le CEIBO montre une diversité culturelle, réunissant Aymara et Quechua qui sont migrants, avec des Mosenten originaires de la région (entretien avec Condori, 2017).

Cas 3 : Association des Artisans Andins (AAA) 

Il s’agit d’une organisation économique paysanne de second niveau, orientée vers le marché national et associée au Réseau d’Organisations Économiques d’Artisans (OEPAIC). Elle est constituée de trois centres artisanaux, deux à Tapacarí et un à Arque[23], regroupant 185 personnes (dont 100 sont des membres actifs). Chacun de ces centres possède un comité et une organisation propre. Son objectif principal est de sauver, revaloriser et diffuser l’artisanat textile traditionnel de ces régions, en fournissant un soutien en matière de formation, de production et de commercialisation à ses membres.

Cas 4 : Association des Artisans de Bolivie Señor de Mayo (ASARBOLSEM)

ASARBOLSEM est une association d’artisanes de la banlieue de la ville d’El Alto et des communautés rurales de la région andine de Bolivie. Celle-ci a été fondée en 1989 afin d’améliorer les conditions de vie des personnes marginalisées dans la société (femmes indigènes, handicapés, enfants abandonnés) et de faire face à la crise du chômage intense dans la région d’El Alto (Agosti, 2014, Hillenkamp, 2014). Son objectif est «la consolidation d’une entreprise sociale dotée d’une structure administrative autogérée, qui arrive à être économiquement viable, socialement acceptée et écologiquement durable» (CECI, 2015[24]). ASARBOLSEM étant une association de second niveau, elle intègre des groupes de producteurs associés dans les domaines spécifiques du textile, de la céramique et des instruments de musique. En d’autres termes, ASARBOLSEM associe des individus, mais dans des groupes de production. Ils sont actuellement 100 membres (entretien avec A. Rodriguez, directrice exécutive d´ASARBOLSEM, 2017).

ASARBOLSEM a été nommée modèle d’entreprise sociale en Amérique latine par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et actuellement intègre l’Internationale Federation for Alternative Trade (IFAT) et la World Fair Trade Organization (WFTO). Antonia Rodríguez, directrice exécutive de l’association, a été nommée comme « agent de changement » par WFTO, elle a fait partie du programme des Nations Unies pour l’empowerment et pour l’autonomisation économique des femmes. Elle a consacré une grande partie de sa vie à promouvoir l’amélioration des conditions de vie des populations indigènes historiquement exclues (Agosti, 2014[25]).\

OECATypeDomaine d’activitéPopulationPérimètre géographiqueNiveau
EL CEIBOCentrale de coopérativesProduction agroécologique : plantations agroforestières de cacaoAymara, Quechua (migrants), MosentenLa Paz et Alto BeniDeuxième
PROTALCORACAProduction agroécologique : apiculture et production de locoto en poudreQuechua d’origine andineCochabamba

(Vallées et altiplano)

Deuxième
ASARBOLSENAssociationProduction artisanaleAymaraEl Alto, La PazDeuxième
AAAAssociationProduction artisanaleQuechuaRégion andine du département de Cochabamba : Tapacarí et ArqueDeuxième

3.2. Perspectives de durabilité forte dans les OECAS

Par leurs principes et postulats de création, les OECAS se présentent comme des espaces où l’emportent les valeurs du « Bien-vivre » et qui mettent en avant une économie solidaire. Elles veulent représenter un mouvement en expansion de l’économie solidaire, reconnu légalement en Bolivie et ayant contribué à la création d’emplois dans des secteurs historiquement marginalisés. C’est le modèle d’autogestion qu’elles ont mis en place et les grandes similitudes que nous avons trouvées avec l’approche de durabilité forte, qui nous ont fait formuler l’hypothèse que « les OECAS constituent une alternative d’économie solidaire en Bolivie, permettant aux populations rurales de faire face à leurs problèmes sociaux, environnementaux et économiques, dans une perspective de durabilité forte ». L’étude a permis de comprendre qu’il existe des tendances et des contre-tendances, ainsi que de grands défis dans la construction d’alternatives socio-économiques au modèle hégémonique, et nous en présentons ci-dessous les principaux résultats.

3.2.1. Réalisations, limites, et contradictions

Les OECAS représentent des efforts de construction d’alternatives économiques équitables et durables qui cherchent à résoudre les problèmes sociaux, environnementaux et économiques des populations rurales. Cependant, dans leur processus de constitution de telles alternatives, elles sont confrontées à des limitations et des restrictions provenant du contexte politique, culturel et institutionnel, ainsi qu’à des contradictions internes. À ce stade, nous présentons ici un point de la situation.

A. Durabilité socio-économique au sein des OECAS

Dans leur parcours, les OECAS font face à des contraintes majeures se référant aux « problèmes structuraux » de la réalité bolivienne : la pauvreté, la marginalité (logement précaire et malsain, déchets), le manque d’infrastructures de base et productives, sans solutions données par le gouvernement. En effet, malgré l’important développement réglementaire en faveur du secteur paysan productif et de la lutte contre la pauvreté, tous les cas analysés montrent l’absence de politiques étatiques de promotion et de soutien réel à ce secteur ; au contraire, on observe une continuité dans la tendance de l’Etat à discriminer et abandonner les populations indigènes et paysannes et les exclure des programmes de promotion économique.

Conditions de vie et de production

Face au manque de soutien de l’État, les OECAS s’efforcent d’améliorer toutes seules les conditions de vie et de production des paysans affiliés, en fournissant une assistance technique et de la formation. De cette façon, elles parviennent à atténuer des problèmes ponctuels, mais ne peuvent pas résoudre les problèmes de fond : la situation du logement marginal, précaire et insalubre, et la situation d’incertitude et de vulnérabilité de la production face aux catastrophes naturelles et aux ravageurs dans les cultures. Cette instabilité sociale répandue renforce la tendance migratoire vers les villes à la recherche de meilleures conditions de vie, en particulier dans les jeunes générations.

Sur le plan économique, les OECAS parviennent à augmenter les revenus des producteurs ; cependant, nous avons vu que toutes ces ressources sont orientées vers la recherche d’ « ascension sociale » dans un style de vie urbain capitaliste et consumériste. Cela signifie que la perspective d’amélioration des conditions de vie dans toutes ces organisations se fait dans une approche mercantile. Le « bien vivre » est généralement conçu comme l’augmentation de la capacité d’achat[26] et l’accès à une éducation qui est encore conventionnelle[27] (orientée vers le style de vie urbain capitaliste), malgré les lois qui proposent un enseignement alternatif, adapté à la réalité et aux traditions des paysans. Dans cette perspective, compte tenu de la prévalence des problèmes structurels et en l’absence de mesures efficaces de la part des organisations, que ce soit pour améliorer le logement, pour promouvoir une consommation responsable, ou que ce soit pour proposer une éducation scolaire alternative adaptée, nous voyons se diluer leur projet initial de représenter des modèles socio-économiques alternatifs au capitalisme.

Les OECAS sont essentiellement des espaces démocratiques et participatifs qui promeuvent l’équité et récupèrent l’organisation sociale traditionnelle appelée ayllu[28], existant à l’époque précolombienne. En outre, les OECAS sont des espaces d’émancipation pour les femmes indigènes, historiquement marginalisées, elles leur redonnent leur rôle économique dans la société. Certaines contradictions étaient cependant observées au sein de PROTAL, où des situations de marginalisation des femmes membres de l’organisation ont été exprimées.

Un problème inquiétant est la faible participation et le désintérêt des jeunes paysans vis-à-vis de l’activité agricole et artisanale, ce qui met en péril la durabilité des organisations à long terme. En effet, ceux-ci ont une vision totalement mercantile et ils cherchent des domaines qui génèrent des revenus plus élevés. En l’absence de mesures efficaces pour leur inclusion, le résultat est que les membres actuels sont âgés et anciens à 90% (cas El CEIBO). Face à ce problème, les OECAS ont comme but de mettre en œuvre des politiques visant à améliorer les rendements, pour réussir une croissance plus élevée, de sorte que l’activité soit économiquement plus attrayante pour eux, mais pas nécessairement une alternative quant à la durabilité environnementale. En d’autres termes, la proposition d’inclusion des jeunes passe par le renforcement d’une vision mercantile au sein de l’organisation. Les OECAS, au lieu de représenter une niche de changement et de sensibilisation vers un nouveau modèle de vie, réciproque et durable, cherchent plutôt à s’adapter au marché capitaliste. Avec de futurs membres encapsulés dans une logique commerciale, les OECAS s’éloignent de l’idée d’un projet économique « alternatif ».

B. Durabilité environnementale au sein des OECAS

La conception traditionnelle de la nature, instrumentale ou intrinsèque, varie entre producteurs selon la région d’où ils proviennent (dans les hautes régions andines, il y a une croyance traditionnelle en Pachamama, ce qui n’est pas le cas dans les régions basses), ou selon le niveau d’influence extérieure (éducation, religion, processus migratoires, contact avec les villes, modèles de consommation, etc.). Dans nos études de cas, les populations sont principalement quechua et aymara originaires des régions andines, donc traditionnellement croyantes en Pachamama.

Conformément à leurs objectifs, les OECAS cherchent à renforcer la culture traditionnelle du respect de la nature, en récupérant une idéologie ancestrale intrinsèque. Des efforts dans ce sens ont été observés auprès de certaines, comme CEIBO et ASARBOLSEN. Par contre, d’autres, comme PROTAL, démontrent un manque d’intérêt pour les soins de la nature. Dans tous les cas, la tendance mercantile des organisations ainsi que l’influence externe (éducation, religion, etc.) qui n’est pas atténuée par les organisations, favorise une vision instrumentale et anthropocentrée, en contradiction avec le chemin vers la durabilité forte.

Une innovation technologique en matière de protection de la nature est mise en œuvre par certaines organisations plus que par d’autres, à cet égard nous avons l’appréciation suivante :

  • CORACA PROTAL, censée fonctionner sur la base du principe de l’agriculture durable, mène plutôt des actions contradictoires, comme des pratiques et technologies de production écologiquement négatives sans certification biologique, alors que celle-ci est prévue.
  • Chez CEIBO, un formidable travail d’innovation technologique et d’expérimentation est mis en œuvre depuis vingt ans à travers le Programme d’Implémentations Agroécologiques et Forestières[29] (PIAF), avec l’objectif d’augmenter le rendement de la production de cacao, sans causer d’impacts négatifs sur l’environnement. Cependant, ce progrès, en plus d’être le résultat de la motivation et de l’effort de ses membres, est également dû à la pression des organismes de certification internationale, dont la condition première est la protection de l’environnement en faveur d’une production bioologique. Le problème à cet égard est que cette exigence implique l’utilisation de technologies trop rustiques (travaux manuels ou utilisation d’outils très simples) qui ne permettent pas d’obtenir le rendement attendu ni de faciliter le travail du producteur, conduisant à l'(auto)exploitation de la main-d’œuvre.
  • Dans les associations artisanales, les techniques traditionnelles de teinture et de fabrication de l’artisanat ne causent aucun impact environnemental et, au contraire, sont des exemples d’alternatives à la fabrication moderne de vêtements qui comprend des processus et des matériaux hautement nocifs pour l’environnement et la santé humaine.

3.2.2. Potentialités, limites, forces et faiblesses vers une durabilité forte des OECAS

L’étude identifie les potentialités, les limites, les forces et les faiblesses dans l’entourage (interaction avec les autres acteurs), ainsi qu’au sein des OECAS dans la perspective d’une durabilité forte. En ce sens, suivant notre hypothèse initiale, nous voyons des tendances et contre-tendances à cet égard. Ci-dessous sont présentés les résultats de cette analyse.

*      *      *

Tableau 1 – Potentialités et limitations externes

PortéePotentialitésLimitations
InstitutionnelCoopération et ONG–  Dans le contexte international, des sujets tels que l’environnement, l’agroécologie, les droits humains, l’équité, le commerce équitable, etc., sont en vogue dans les organismes de coopération. Étant donné que ce sont ceux-ci qui donnent les fonds et soutiennent les organisations, il y a une influence positive vers la sensibilisation et la prise des mesures pour la protection de l’environnement et l’équité sociale.

–  Le soutien et l’assistance technique destinés aux organisations permet d’améliorer leurs technologies de production et de transformation en réduisant les coûts d’investissement, sans toutefois provoquer d’impacts environnementaux. La formation donnée permet aussi d’améliorer la gestion interne des associations.

–  Les entrevues effectuées révèlent des contradictions entre discours et pratiques de certaines agences de coopération internationale et ONG. En effet, d’une part, elles exigent une redistribution équitable et la « non-lucrativité » chez les OECAS, et d’autre part, beaucoup de ces agences n’ont pas abandonné le modèle mercantile de génération de revenus et distribution inéquitable entre Nord et Sud, entre consommateurs et producteurs. En outre, le type de support et de coopération donné conduit souvent à la perte de l’autonomie des organisations qui sont contraintes de répondre aux demandes qui ne correspondent pas à leur réalité ou besoin, comme c’est le cas pour CEIBO.
État–  Il existe un cadre normatif avancé qui reconnaît une pluralité économique, les droits de la nature et des peuples indigènes et établit un soutien aux petits producteurs, associations, coopératives et organisations travaillant avec une économie solidaire.–  Réalisation des actions politiques contradictoires à l’approche normative et discursive : d’un côté, le manque de soutien étatique à la production familiale et à l’artisanat durables et, d’un autre coté, la promotion privilégiée par le secteur capitaliste agro-industriel et extractiviste du pays.

–  L’absence d’une différentiation fiscale entre les petites entreprises paysannes et les grandes entreprises.

CIOEC et AOPEB–  Impulsion à la création des Municipalités Écologiques dans le pays par CIOEC et AOPEB, telles que Palos Blancos[30] et Tiquipaya[31], en promouvant une idéologie de production, consommation et vie écologique. La promotion de ces circuits courts peut être un germe pour la relocalisation de l’économie, renforçant le développement local et donnant des alternatives efficaces pour les producteurs du pays, qui ne seront plus obligés de chercher des marchés extérieurs, comme c’était le cas jusqu’à présent.–  Faible institutionnalité publique qui empêche la continuité des processus réussis. Comme certains interviewés l’ont souligné à propos des Municipalités Écologiques, la faiblesse de ce projet local apparait lorsque les maires sont changés, car tout l’effort se dissout si les nouveaux venus n’ont pas la même conscience écologique.

Tableau 2 – Potentialités et limitations externes (suite)

PortéePotentialitésLimitations
MarchéAgents de commercialisation internationale–  La certification organique exige le développement des technologies à faible impact environnemental et la non-utilisation des intrants chimiques. Pour répondre à ces demandes, les producteurs doivent faire l’effort de développer de telles technologies. Cela conduit à une innovation technologique locale au profit de l’environnement et de la santé humaine.

–  Le commerce équitable facilite le renforcement du processus démocratique, de la participation équitable de la redistribution des revenus dans la gestion interne des OECAS en promouvant, par exemple, la rotation des responsabilités.

–  La certification organique maintient la vision utilitariste de la nature, contrairement à la certification écologique qui a une vision plus intégrale.

–  La plupart des organismes de certification sont dans une logique capitaliste et mercantiliste. Les produits organiques certifiés sont les affaires de grandes sociétés transnationales qui profitent avec le label de « produits sains » avec des prix plus élevés, obligeant les petits producteurs à suivre le processus bureaucratique et coûteux pour commercialiser leurs produits.

Consommateurs nationaux–  Aujourd’hui, les efforts sont axés sur le développement et le renforcement du marché écologique national. Ainsi, AOPEB, CIOEC, producteurs et consommateurs travaillent pour former une plate-forme de consommation responsable et aussi un mouvement Slow Food s’est déployé dans le pays. Pour l’instant sa portée est réduite, mais il offre de bonnes perspectives à long terme. Dans ce cas, il pourrait permettre de renforcer le mouvement écologique en Bolivie dans son ensemble, donnant les conditions favorables au développement des OECAS avec une vision de durabilité forte.–  L’absence d’un marché national de produits écologiques organisé et établi est toujours un frein pour les organisations. Ce manque d’alternatives les fait osciller vers des tendances d’un marché conventionnel (cas PROTAL).
Visions Discours et initiatives citoyennes–  L’émergence d’un mouvement agroécologique en Bolivie, dont CIOEC et AOPEB sont des exemples. Malgré ses échecs et ses faiblesses, il représente un élan et une tendance au changement, vers une plus grande prise en compte de l’aspect social et environnemental. C’est aussi un espace d’influence politique qui aboutit à la promulgation de lois en faveur d’une production écologique et d’une consommation responsable.–  Une vision mercantile prédomine encore dans de nombreuses institutions, où l’approche de la résolution des problèmes sociaux passe avant tout par un revenu économique plus haut. Il n’y a pas une mise en question du modèle éducatif conventionnel et du modèle de consommation dominant.

 

Tableau 3 – Forces et faiblesses à l’intérieur des OECAS

PortéeForces Faiblesses
Valeurs socioculturelles dans les OECAS–  Les producteurs conservent des pratiques communautaires telles que l’ayni, fondées sur des relations de réciprocité et de recherche du bien commun. Ces valeurs sont des piliers pour le développement d’un modèle économique équitable.

–  La croyance et la vénération de la Pachamama sont maintenues chez certains producteurs, fondées sur une conception intrinsèque de la nature. Bien que cette conception s’affaiblisse en raison de l’influence anthropocentrique du marché, il peut être plus facile de « renforcer ou récupérer » ces liens avec la nature que de « créer » une sensibilité intrinsèque dans une société qui est émotionnellement et rationnellement éloignée d’elle.

–  Dans les cas étudiés, le rôle des femmes indigènes est primordial dans un projet de société réciproque et durable. Celles-ci souffrent d’une double discrimination, comme femmes et indigènes. Sous cette condition, elles éprouvent une sorte de marginalité qui se traduit par un degré inférieur d’intégration à la société urbaine moderne (moins d’accès à l’éducation et réclusion dans leurs communautés au soin de leurs enfants et de la terre), ce qui leur permet de préserver leur culture et leur langue contrairement aux hommes indigènes qui passent par une plus grande assimilation. Ainsi, les mères indigènes sont une sorte de garantie pour la préservation et la continuité des valeurs communautaires, des savoirs sur la nature et sur l’alimentation.

–  Les conditions structurelles de pauvreté et la forte influence extérieure, facilitées par le type d’éducation dispensé dans les écoles et par le modèle de consommation moderne, constituent un obstacle au projet de récupération et renforcement des valeurs indigènes dans les OECAS.

Tableau 4 – Forces et faiblesses à l’intérieur des OECAS (suite)

PortéeForces Faiblesses
Culture organisationnelle–  Les OECAS sont des niches d’innovation et d’expérimentation, développant des technologies à faible impact environnemental qui en même temps assurent la rentabilité socio-économique pour les producteurs. En outre, en développant des activités dans le domaine de l’agriculture écologique et de l’artisanat avec des colorants naturels, celles-ci dépendent de l’état de la nature à long terme, par conséquent, elles recherchent infailliblement sa durabilité.

–  Elles ont une grande capacité d’action collective et d’influence politique au bénéfice de lois en faveur de leurs droits et des droits de la nature. Cette énergie collective des organisations est une caractéristique vitale qui peut rendre possible la réalisation de tout idéal ; si tel idéal vise un modèle de vie équitable et une justice sociale et environnementale, comme l’indiquent leurs objectifs, une grande partie du chemin vers une durabilité forte sera parcouru.

–  Certaines d’entre elles sont des espaces de sensibilisation des consommateurs au profit d’une consommation responsable et pour la création de marchés alternatifs.

–  Instabilité des organisations face aux opportunités individuelles et tendance à la corruption de certains dirigeants et membres. Cela est devenu manifeste avec un certain favoritisme du gouvernement envers les personnes ou les groupes qui assument une position politique en sa faveur. Le résultat a été la désintégration rapide du fort conglomérat d’associations qui existait dans les années 90 (Entretien). Cela représente un affaiblissement des valeurs, où les principes du coopérativisme, de la solidarité, de la réciprocité et de la recherche de bien commun, qui caractérisaient les organisations, tendent ainsi à se désintégrer en faveur de l’aspiration au bien-être individuel.

–  Tendance à l’exportation : la plupart des OECAS se sont créées et affiliées à l’AOPEB pour exporter ou avec le désir de pouvoir le faire un jour, ne voyant pas le marché national demander des produits écologiques. Ceci est un problème dans l’optique de la durabilité forte : selon cette dernière, un modèle économique doit être aussi local que possible[32]. Les résultats de l’effort actuel de la réorientation des produits des OECAS vers le marché national à travers la création de marchés locaux et de l’amélioration de la certification SPG ne se verront que dans quelques années.

–  Prédominance d’une approche mercantile de la croissance.

 

Dans leur effort de se constituer en une alternative d’économie solidaire en Bolivie qui permettrait aux populations rurales de faire face aux problèmes sociaux, environnementaux et économiques, avec une perspective de durabilité forte, les OECAS développent un processus complexe à propos duquel nous pouvons présenter les conclusions suivantes :

  1. Après 40 ans d’expérience des OECAS, il est possible d’observer aujourd’hui un changement désavantageux dans leur évolution : alors qu’elles rejettaient catégoriquement le modèle capitaliste à leurs débuts, elles ont fini par s’y adapter dans une position fonctionnelle et subordonnée. Cependant, certains éléments essentiels dans la perspective d’une durabilité forte demeurent ; en particulier, le fait qu’elles représentent des sources d’autogestion, d’influence politique, d’innovation technologique (à faible impact environnemental) et économique au niveau local, et des espaces où les principes du « vbien vivre » l’emportent, même s’ils se trouvent affaiblis, ce qui incite à considérer les OECAS comme un acteur pertinent pour la durabilité du pays.
  2. Les conditions du contexte national, soit les politiques réelles de l’Etat et la logique du marché capitaliste, ne favorisent pas le projet alternatif des OECAS, mais constituent un frein et un obstacle : il n’y a pas de promotion étatique de ces économies, ni de marché local ou national pour leurs produits ; au contraire, la concurrence déloyale a été favorisée par les derniers gouvernements eux-mêmes.
  3. Les organisations internationales de coopération ont une grande influence sur la dynamique et le fonctionnement des OECAS à travers les conditions de coopération qui leur sont imposées. Celles-ci poussent au renforcement des processus démocratiques et à la redistribution équitable, et favorisent l’innovation technologique de faible impact sur l’environnement. Cependant, les OECAS finissent parfois par se soumettre à des règles qui sont exagérées par rapport à la réalité des paysans et la vision de ces organisations, car elles conduisent à des problèmes d’auto-exploitation de la main-d’œuvre. D’autre part, dans certains cas, ceci représente une nouvelle forme de dépendance et de soumission aux règles d’un marché lucratif.
  4. Une des principales menaces pour la survie des OECAS est notamment la faible participation et le désintérêt des jeunes paysans vis-à-vis des activités agricoles et artisanales, ainsi que leur vision mercantile, ce qui ne permet pas de maintenir à long terme un projet économique « alternatif et durable ».
  5. En ce qui concerne la relation société-nature dans les OECAS, au niveau du discours, il existe un apparent « rapprochement » entre la vision et les objectifs de ces organisations et la posture de durabilité forte. Cependant, dans les faits, on observe plutôt une « distanciation », car une position mercantiliste ainsi qu’une vision instrumentale de la nature prédominent chez elles.

Pour terminer, nous pensons qu’il conviendrait d’étudier quels sont les ajustements possibles pour garantir le renforcement des OECAS dans leur vision et leur fonctionnement, malgré les contextes négatifs que nous avons décrits. En particulier, comment travailler sur les motivations des jeunes ruraux et le rôle des femmes, sur les relations villes-campagnes, et sur la construction de la durabilité en Bolivie dans un contexte où prévalent encore la pauvreté et la marginalité rurales.

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[1] Diplômée en Sciences de l’Environnement de l’Université Simón I. Patiño de Cochabamba en Bolivie, et avec un master en Fondements et Pratiques de la Durabilité de l’Université de Lausanne en Suisse, Katalina Landaeta développe en Bolivie des projets pour aider les communautés locales à trouver des solutions pour un avenir durable. Actuellement, avec le soutien de la Fondation Zoein, elle mène une recherche-action-participative a Vallegrande, municipalité appartenant au département de Santa Cruz de la Sierra, pour la promotion d’une agriculture at alimentation durables dans la région.

[2] Cet article est le résultat d’une recherche menée dans le cadre d’un mémoire de master à l’Université de Lausanne en Suisse.

[3] En espagnol : Organizaciones Económicas Campesinas, Indígenas y Originarias – OECAS.

[4] Loi 338 de 2013 des OECAS et OECOM pour l’intégration de l’agriculture familiale durable et la souveraineté alimentaire.

[5] Quand il existe une valorisation des objets naturels en tant que moyens pour réaliser une fin. C’est donc une valeur d´usage, marchande puisque ceux-ci peuvent avoir un équivalent monétaire et être remplacés les uns par les autres dans le marché (Hess, 2013).

[6] Quand la valeur d’une entité naturelle comme fin en soi (pour elle-même) est reconnue, sans relation avec d´autres choses et non pas comme moyen pour une autre fin extérieure à elle (Hess, 2013).

[7] Limites que l’humanité ne doit pas dépasser pour ne pas affecter significativement le fonctionnement et la stabilité de la planète, et ainsi éviter de mettre en péril la survie de l’humanité et des autres êtres vivants (Rockstrom, et al., 2009 ; Steffen, et al., 2015)

[8] Chambre de l’économie sociale et solidaire, Genève. www.apres-ge.ch

[9] Selon Laville, le principe de démocratie est attaché à l’approche de la durabilité forte étant donné que les propositions d’une nouvelle économie sont engendrées dans des espaces publics démocratiques, et le principe de pluralisme et de diversité est appuyé sur le principe de démocratie (Laville, 2009, Akhabbar et Swaton, 2016)

[10] www.apres-ge.ch

[11] Fondée par A. Næss en 1973

[12] Proposé par J. Lovelock en 1979

[13] Promu par H. Daly, N. Georgescu Rogen (bioéconomie), R. Ayres et autres, à la fin des années 70

[14] Dans l’Art 8 de la Constitution Politique de l’État Bolivienne, le suma qamaña (vivre bien en aymara) est assumé par l’État comme l’un des principes éthico-moraux de la société bolivienne plurielle.

[15] Constitution d’Équateur

[16] Constitution Politique de l’État Bolivien (CPE), 2009

[17] Le Réseau d’Organisations Économiques d’Artisanes avec Identité Culturelle de Bolivie, est un réseau national, de troisième niveau, créé comme une alliance d’associations d’artisans pour la défense des droits et la reconnaissance du secteur (entretien avec Roxana Cayo, directrice d’OEPAIC).

[18] L’Association des Organisations de Producteurs Écologiques de Bolivie (AOPEB) est une organisation de troisième niveau, fondée en 1993.

[19] Le mouvement artisanal en Bolivie est un espace intéressant d’économie solidaire pour comprendre le rôle important joué par l’association dans le pays, en temps de crise et d’instabilité économique. Ainsi, l’artisanat est avant tout une stratégie de survie pour beaucoup de migrants ruraux et/ou de personnes des secteurs marginalisés qui sont généralement les plus touchés à ces moments.

[20] Bien que les OECAS qui se consacrent à l’artisanat regroupent femmes et hommes, la prédominance est féminine surtout parce qu’on observe que se sont elles qui dirigent. Ainsi la principale différence entre CEIBO et Protal par rapport aux OECAS d’artisanat est justement l’empowerment des femmes.

[21] Corporación Agropecuaria Campesina signifie en espagnol « entreprise de propriété sociale autogérée avec une personnalité juridique, une autonomie de gestion administrative, technique et financière, un capital propre à durée indéterminée » ; celle-ci dépend de la Confédération syndicale des travailleurs Paysans de Bolivie (CSUTCB) » (CORACA PROTAL, 2017: 15).

[22] Le locoto est un chili du genre Capsicum utilisé comme épice dans la cuisine latino-américaine.

[23] Tapacarí et Arque sont des municipalités situées dans la région andine du département de Cochabamba et caractérisées par les racines ancestrales des anciennes organisations indigènes des Andes.

[24]https://cecienbolivia.wordpress.com/2015/11/24/senora-antonia-rodriguez-medrano-agente-de-cambio-y-mujer-de-convicciones/ (consulté le 15.11.2017)

[25] https://www.wfto.com/news/antonia-rodriguez-medrano-story-agent-change (consulté le 15.11.2017)

[26] Les revenus sont principalement orientés vers la consommation industrielle: des objets, des vêtements synthétiques et des aliments transformés (riz, nouilles, sucre, huile, sodas). Cela provoque, en outre, une situation ingérable de déchets, car dans ces régions, il n’y a pas de système du traitement des déchets ni des programmes d’éducation environnementale à cet égard promus par les municipalités. Les déchets (composés principalement de sacs et de bouteilles en plastique et des piles de torches) sont dispersés dans la campagne et dans les rivières ou, dans la plupart cas, incinérés entraînant des effets nocifs sur la santé et l’environnement (observations sur le terrain).

[27] Le modèle éducatif va à contre-courant des principes des OECAS. Tous les répondants considèrent l’importance de l’école comme un moyen d’améliorer les conditions de vie, mais personne ne s’interroge sur l’approche mercantiliste de celle-ci, ni propose une réorientation de l’enseignement qui pousse à un style de vie capitaliste et à la recherche d’un bien-être individuel. En outre, il technifie et rationalise la vision de la nature et entre en conflit avec la conception traditionnelle, écocentrique et symbolique de la « Pachamama » (entretiens). En ce sens, l’éducation représente un premier pas dans la transition vers un mode de vie urbain moderne pour atteindre l’ascension sociale souhaitée. Cela représente également un risque pour la durabilité des OECAS puisque la plupart des producteurs sont âgés et n’ont pas de remplaçants étant donné que les jeunes ne s’y intéressent pas et préfèrent rechercher une vie différente en ville.

[28] Celle-ci est basée sur une gestion collective des territoires et des relations de réciprocité parmi ses membres (Muñoz, 2004).

[29] En espagnol: Programa de Implementaciones Agroecológicas y Forestales

[30] Où la Centrale de CEIBO collabore.

[31] Où les communautés sont affiliées à PROTAL.

[32] D’un côté, pour maintenir une relation de confiance entre les producteurs et consommateurs, et d’autre, pour éviter le transport de denrées alimentaires pour de longs trajets, ce qui implique non seulement une perte de traçabilité, mais aussi l’utilisation des combustibles fossiles.