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Génération Climat : la place de l’écologie dans la famille

Par Hélène Belaunde, Peak Ace

Je suis passionné par les problèmes environnementaux depuis l’âge de cinq ans. Je rendais fou mes parents, qui m’appelaient « l’écolo de service »…

Ainsi se présente Rémy Bigot, 36 ans, créateur de Bioécolo : un blog écologique parmi les centaines qui parsèment aujourd’hui la toile francophone. Une chose est certaine, l’époque qu’il décrit semble définitivement révolue. On s’en doutait avec l’engagement très médiatisé de jeunes activistes comme Greta Thunberg, mais une étude confirme : la jeunesse s’implique de plus en plus dans les questions environnementales. Et les parents, loin de fustiger leurs petits « écolos de service », écoutent. Au sein du foyer, l’avenir de la planète est devenu un sujet de discussion incontournable.

L’étude a été réalisée par la faireparterie et l’institut GECE auprès de 1 001 parents d’enfants entre 6 et 18 ans. Elle interroge la place de l’écologie dans les familles. Comment les jeunes changent-ils leur mode de vie ? De quelle manière influent-ils sur le comportement de leurs parents ? Petit tour d’horizon.

L’essor de la « dépression verte » chez les parents

Dans leur grande majorité, les parents sont non seulement conscients des problématiques environnementales, mais expriment une profonde inquiétude face à l’avenir. Ils sont en effet 78 % à penser que la génération de leurs enfants vivra moins bien que la leur – seuls 3 % des parents pensent le contraire ! L’optimisme technologique (l’idée selon laquelle les nouvelles technologies nous sauveront du réchauffement climatique) n’a manifestement pas pris dans la société française.

Pour cette raison, 91 % parents se déclarent favorables à la transmission de valeurs dites « écocitoyennes » via l’école et au sein de la famille. L’écocitoyenneté désigne « le fait d’assurer un développement durable par ses actions quotidiennes ou d’en défendre l’idée auprès des autorités. » Cela se traduit par des réflexes tel qu’éteindre la lumière en quittant une pièce. Des gestes simples, certes, mais qui, répétés sur le long terme, enseignent aux enfants à réfléchir à leur impact environnemental dans la vie de tous les jours. Une bonne base pour s’impliquer davantage une fois adultes.

En France, la promotion de valeurs écocitoyennes est intégrée au programme scolaire depuis 2019. En Suisse, des démarches de sensibilisation à l’école existent également, bien qu’elles soient considérées encore trop superficielles par des chercheurs comme Daniel Curnier. A Genève, les autorités sont allées plus loin avec la création d’éco-crèches, où les enfants apprennent au contact de la nature. Ces crèches remportent un tel succès que les autorités envisageraient la construction d’une nouvelle école en forêt afin de remédier aux longues listes d’attentes.

22 % des enfants mieux renseignés sur l’écologie que leurs parents

Preuve des progrès accomplis par les militants écologistes, les jeunes sont aujourd’hui très conscients des questions environnementales. Ils sont 22 % à en savoir plus que leurs parents – et 16 % des parents déclarent même que leur enfant est ambassadeur de l’écologie dans le foyer !

Rien d’étonnant à cela : les jeunes générations sont celles qui subiront de plein fouet l’impact du réchauffement climatique, en plus d’être, comme le rappelle WWF, « les décideurs et les consommateurs de demain. » On se souvient encore du discours passionné prononcé par Greta Thunberg, accusant les politiques de lui avoir volé « ses rêves et son enfance ». Un sentiment manifestement répandu parmi sa génération : d’après une enquête du New York Times, 40 % des seize à vingt-quatre ans sont affectés par l’écoanxiété.

Mais ce pessimisme n’entrave pas l’action. Les enfants exercent aujourd’hui un impact réel sur les décisions de consommation du foyer, par exemple en ce qui concerne l’achat de matières textiles. Un parent sur deux affirme prendre en compte l’avis de ses enfants dans ses comportements écologiques. Toujours selon les parents, 84 % des enfants sont prêts à adopter des comportements durables, et 14 % expriment le désir de travailler dans une entreprise éco-responsable.

 

Aborder le sujet de l’écologie en famille

Les discussions familiales autour de l’écologie sont devenues chose courante. 55 % des familles discutent de l’écologie au moins une fois par semaine, et près d’une famille sur cinq aborde même le sujet quotidiennement. Réchauffement climatique, pollution, pénurie d’eau potable, déclin de la biodiversité… sont des thématiques fréquemment abordées autour de la table. Ainsi que les initiatives de la jeunesse pour le climat, comme Fridays for Future, qui a rencontré un soutien important en Suisse.

On notera sans surprise que ces mouvements ont leurs détracteurs : 9,3 % des parents considèrent en effet que ces initiatives empiètent sur le temps scolaire, et 13,6 % n’hésitent pas à affirmer qu’elles sont orchestrées par les politiques. 7,3 % les qualifient également volontiers de « trop radicales ».

Ces sentiments sont néanmoins minoritaires. Autrefois raillé et minimisé, le sujet de l’urgence écologique s’est durablement imposé dans la sphère publique aussi bien que privée. Comme le fait remarquer François Gemmene, spécialiste en géopolitique de l’environnement : « Cela fait quinze ou vingt ans qu’on se désespérait, nos alertes ne prenaient pas, les débats restaient confinés aux cercles d’experts. Nous sommes maintenant à une période charnière. »