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De l’écologie en troisième à l’écologie en première personne

 

Entretien de Gérald Hess avec  Philippe Le Bé

 

Maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, Gérald Hess a commencé à rédiger une trilogie qui nous plonge dans une nouvelle approche de l’écologie qu’il conjugue à la première personne. Fondée sur l’expérience subjective, cette éco-phénoménologie est un précieux complément à l’approche objective et théorique des sciences cognitives.

Nous sommes en février 1985. Val Plumwood, philosophe et écoféministe australienne, est partie en excursion au parc national de Kakadu, au nord de l’Australie. A la recherche d’un rocher couvert de peintures rupestres aborigènes datant de l’époque préhistorique, elle s’aventure en canoë sur une rivière peuplée de grands crocodiles. Surprise par les premières averses de la mousson, elle renonce à sa quête, rebrousse chemin et aperçoit au milieu de la rivière ce qu’elle croit être un tronc d’arbre flottant à la surface de l’eau. Mais elle découvre que ce tronc a deux yeux. Ce sont ceux d’un crocodile qui se met à attaquer l’embarcation. Val Plumwood tombe à l’eau, se fait attraper à deux reprises par l’animal qui tente de la noyer. Grièvement blessée au mollet, elle parvient à rejoindre le rivage à la nage, puis son campement. Bien plus tard, après que la presse sensationnaliste qui s’était emparée de cet accident a tourné la page, la philosophe, aujourd’hui décédée, a écrit un article dans lequel elle revisite son regard sur elle-même et sur la nature.

Cette révélation intérieure, car c’est bien cela dont il s’agit, est le point de départ d’une trilogie que Gérald Hess, maître d’enseignement et de recherche en éthique et philosophie de l’environnement à la faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne (UNIL), a commencé à rédiger. Entretien.

Quel enseignement fondamental Val Plumwood a tiré de cet événement ?

Jusqu’à cet accident, Val Plumwood savait que l’homme faisait partie intégrante de la nature, qu’il vivait en relations d’interdépendance avec le non humain, dans un monde où prédateurs et proies constituent une chaîne trophique, où les plus gros mangent les plus petits. Tout cela, elle le savait intellectuellement, mais ne l’avait jamais expérimenté dans sa propre chair. Brusquement, devenant elle-même la proie d’un crocodile, elle vit en première personne tout ce qui était auparavant théorique et conceptuel.

Son savoir devient connaissance, en quelque sorte.

 Disons plutôt que son savoir devient une évidence. Elle est désormais consciente de son appartenance très étroite d’être humain à la nature, qui devient quelque chose d’indubitable. Croire que l’homme n’a pas de prédateur, c’est une manière de s’extérioriser de la nature. Dès lors que Val Plumwood saisit que son corps est un appât pour une espèce non humaine, elle se voit précipitée dans ce monde naturel dont l’homme a cru pouvoir s’extraire par son intelligence et par son langage. Mais vivre cette expérience subjectivement, en première personne, n’empêche pas la philosophe d’avoir paradoxalement toujours un regard extérieur. Quoi qu’il en soit, les deux perspectives, subjective et objective, en première et en troisième personne, se croisent, se complètent et d’une certaine manière s’enrichissent.

En quoi cette double approche peut-elle intéresser le monde de la science ?

Pour les tenants des sciences cognitives, qui ont pour objet la description et l’explication de la pensée humaine, animale ou artificielle –  par l’étude et la modélisation de phénomènes fort divers comme les neurosciences ou la psychologie cognitive – la dimension subjective d’une expérience est laissée de côté. Ce degré minimal de conscience qualitative, qui fait que mon expérience n’est pas la vôtre, que vous n’éprouvez pas ce que j’éprouve, les sciences cognitives ne parviennent pas à le cerner.

Pour les tenants de la phénoménologie, en revanche, il s’agit de décrire de la manière la plus rigoureuse possible l’expérience vécue par un sujet, en essayant d’en faire ressortir les éléments communicables, partageables, que l’on retrouve chez d’autres personnes. C’est une approche en première personne différente de celle en troisième personne des sciences cognitives. L’idée est donc d’associer ces deux perspectives, autant que faire se peut, parce que chacune permet de connaître des aspects de l’esprit auxquels l’autre n’a pas accès.

Avec quel résultat ?

 Depuis une trentaine d’années, d’aucuns essayent d’élaborer une théorie complète de la conscience dans une perspective scientifique. En vain. Je ne pense pas que cela sera possible.

Pourquoi ?

 Sur ce point les avis sont partagés. Certains estiment que nous ne sommes pas encore équipés technologiquement pour cerner ce qui se trame dans le cerveau humain. Personnellement, je pense, comme d’autres, qu’il y a là une réalité qui échappe à notre entendement et relève du mystère. D’où la nécessité de se fier aussi à une perspective phénoménologique en première personne qui demeure, à mon sens, irréductible à une approche scientifique en troisième personne.

Pourtant, en physique quantique, pour désigner qu’un objet peut se trouver dans plusieurs états à la fois, on parle de « superposition ». Ne pourrait-on pas, dans la même perspective, considérer qu’il sera un jour possible de « superposer » une approche à la fois objective et subjective de la réalité, dans une démarche scientifique ?

C’est possible. Des approches quantiques de la conscience humaine font déjà l’objet d’études par des physiciens-mathématiciens comme Roger Penrose ou Henry Stapp. Mais elles n’en demeurent pas moins des approches objectives propres à la science, fût-elle quantique, et donc hautement abstraite. Elles laisseront toujours échapper la saveur de notre expérience vive.

Dans d’autres circonstances extrêmes comme celle vécue par Val Plumwood, certaines personnes font l’expérience d’une mort imminente (EMI ou NDE dans son sigle anglais). Qu’en pensez-vous ?

 Les expériences de mort imminente sont réelles et vraies pour celles et ceux qui les vivent intensément. Mais elles demeurent privées et intimes, sans jamais pouvoir être soumises à une dimension de partage, « intersubjective ». Pour ceux qui n’ont pas vécu une EMI, le seul intérêt est de considérer ses effets. La plupart du temps, les personnes qui ont expérimenté une mort imminente conçoivent leur existence fort différemment, revoient leurs priorités. Ce qui permet d’attester l’authenticité et la valeur de l’expérience. Mais il s’agit d’une attestation très indirecte.

L’approche en première personne de notre environnement non humain n’est-elle pas la clé d’une réelle prise de conscience quant à l’état de notre planète. Je souffre avec donc je la comprends mieux, de l’intérieur ?

 En effet. Pour répondre à la gravité des enjeux environnementaux, nous avons besoin d’être motivés pour nous engager. Or tenter de s’intégrer à la nature non humaine, tisser un réel lien de compassion avec elle, ressentir dans notre être ses déchirements, voire ses souffrances, c’est une manière très forte de nous inciter à nous engager, à faire évoluer nos comportements et modes de vie. Dans le premier volume de mon ouvrage, je décris de manière rigoureuse ces formes d’appartenance au monde non humain. Que signifie par exemple « souffrir » avec un océan pollué par l’homme ? Au-delà des sentiments éprouvés, comment décrire ce qu’il se passe, notre appartenance corporelle primordiale à la nature, du monde animal jusqu’au cosmos, dans une perspective en première personne ? Cela, me semble-t-il, n’a encore jamais été thématisé de manière structurée et rigoureuse.

« C’est le corps lui-même qui est le véritable sujet de l’expérience », relève le philosophe américain David Abram que vous citez largement dans vos écrits.

 C’est bien cela, en effet.

Aujourd’hui ce n’est pas un crocodile mais un virus, le Covid-19, qui s’attaque à l’humanité. Comment interprétez-vous ce drame planétaire à la lumière de vos recherches sur l’écologie en première personne ?

 Le point commun, c’est évidemment la vulnérabilité que ces deux expériences mettent en évidence : je suis vulnérable autant face à un crocodile qu’à un virus. L’un et l’autre peuvent signifier ma mort. Mais, d’un point de vue phénoménologique, l’attaque du crocodile (dans le récit de Plumwood) présente un spectaculaire et brusque changement de perspective du sujet sur lui-même, puisque, nous dit Plumwood, soudainement elle se voit de l’extérieur, comme quelqu’un d’autre, plutôt que de l’intérieur, en tant que sujet, comme c’est le cas habituellement. Le virus est plus insidieux : il est invisible et, une fois qu’il nous a atteint, il est à l’intérieur de nous, fait partie de nous.

 Faut-il nécessairement passer par la souffrance pour aller vers la connaissance ?

 Pas nécessairement. Mais il faut passer par un renoncement à soi-même. Comment ? En s’abandonnant, ne serait-ce que provisoirement, à ce qui nous entoure, en renonçant à sa propre identité culturelle et sociale, en prenant vraiment conscience de sa propre corporéité, de ses sensations tactiles, visuelles, auditives, olfactives. C’est ce que tente la démarche phénoménologique dont la structure se fonde sur l’analyse directe de l’expérience corporelle vécue par un sujet.

Renoncer à son identité, pourriez-vous préciser ce que cela signifie ?

 Nous avons tous une représentation de nous-mêmes au travers du regard des autres. Nous vivons quotidiennement, sans même nous en rendre compte, avec cette identité sociale forgée par notre éducation, notre langage, les activités que nous exerçons. Il s’agit donc de mettre provisoirement de côté cette construction sociale et de nous recentrer sur cette « strate corporelle » qui se situe en-deçà de notre identité personnelle, comme le décrit le philosophe français Maurice Merleau-Ponty. Du coup, nous explorons de nouvelles relations subtiles avec les mondes minéral, végétal, animal, avec tout ce qui participe au vivant dans sa globalité, des rivières et des montagnes jusqu’au cosmos.

Renoncer à son identité, c’est passer par la mort ?

 Ce renoncement provisoire à notre identité nous fait en effet passer par des petites morts en attendant la grande mort qui va nous faucher, ultime participation à la vie du cosmos. L’expérience de mort imminente est sans doute l’épreuve qui se rapproche le plus de cette prise de conscience.

 Comment expliquer notre relative indifférence collective à la mort de la biodiversité, comme si celle-ci ne nous touchait pas vraiment ?

Contrairement aux peuples premiers qui ont conservé un rapport charnel avec la nature vivante, les sociétés occidentales auxquelles nous appartenons se sont construites en opposition avec celle-ci, notamment depuis le 17e siècle. Ne participant plus corporellement à cette nature environnante, nous sommes devenus indifférents à sa mort lente, longtemps invisible à nos yeux. Mais l’accélération de l’effondrement de la biodiversité, toujours plus tangible, change la donne et nous rend désormais plus sensibles à ce bouleversement sans précédent.

Parmi les personnalités qui vous ont marqué et que vous citez figurent David Abram aux États-Unis et Corine Pelluchon en France. Que vous ont apporté ces deux philosophes ?

 David Abram est l’un des premiers à avoir orienté la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty vers une approche écologique, faisant de l’éco-phénoménologie un nouveau courant dans la philosophie de l’environnement. Quant à Corine Pelluchon, une autre figure de la phénoménologie qui fonde sa pensée sur la philosophie d’Emmanuel Levinas, elle écrit notamment dans son dernier livre à paraître Réparons le monde (Rivages) que « l’écologie, la cause animale et le respect dû aux personnes vulnérables sont indissociables, et la conscience du lien qui nous unit aux autres fait naître en nous le désir de réparer le monde ». Je me place dans le champ de ces deux philosophes qui m’ont précédé, l’un dans le monde anglo-saxon, l’autre dans l’espace francophone.

Quel sera le contenu de votre trilogie ?

 Dans le premier volume, il sera question de l’expérience subjective avec une description de notre expérience de la nature dès lors que nous faisons l’effort de renoncer momentanément à notre identité personnelle. Le deuxième volume fera état de dispositions pratiques, des conditions à remplir pour devenir conscient de cette expérience de l’écologie en première personne, ainsi que la mise en lumière de vertus que l’on développe, comme la solidarité. Le troisième volume portera sur l’impact de ces expériences sur l’idée que l’on se fait de la communauté politique et des institutions.




L’expérience esthétique à l’épreuve des valeurs de la nature : vers une esthétique environnementale intégrale

Par Gérald Hess

Vol 2 (1) – avril 2018 – L’environnement et l’esthétique

Résumé

Grâce aux travaux du philosophe Allan Carlson notamment, l’esthétique environnementale est devenue aujourd’hui un champ de la réflexion philosophique qui s’est clairement émancipé de l’esthétique artistique aussi bien que d’une conception subjectiviste de l’esthétique. Dans cet article je questionne d’abord le modèle cognitiviste de Carlson dans une perspective anthropologique et épistémologique, afin de monter que la beauté de la nature, fût-elle épistémiquement objective, est insuffisante pour servir un argumentaire en faveur d’une protection de l’environnement. Je suggère que ce modèle doit être corrigé ou complété par une approche en 1èrepersonne, comme celle que propose la phénoménologie. Aussi bien l’esthétique de l’engagement d’Arnold Berleant qu’une esthétique de la médiance, inspirée de l’œuvre du géographe Augustin Berque, invitent à dépasser le dualisme épistémologique encore sous-jacent à l’esthétique objectiviste de Carlson. La perspective phénoménologique conduit finalement à revisiter l’esthétique acentrique du détachement de Stan Godlovitch. Le détachement ne signifie pas nécessairement un point de vue extérieur au monde ; on peut être détaché de l’intérieur du monde en étant au plus près de la présence de la nature elle-même. Une esthétique environnementale au service de la protection de l’environnement doit être une esthétique intégrale : elle doit recourir non seulement à la beauté de la nature dans une attitude de désintéressement, mais encore à son « habitabilité » dans une attitude d’engagement et à son mystère dans une attitude de détachement.

Mots-clés : Berleant, Carlson, Godlovitch, esthétique, phénoménologie, beauté, habitabilité, mystère, désintéressement, engagement, détachement

Aesthetic experience under the consideration and point of view of values of nature: toward an integral environmental aesthetics

Abstract

With the work of philosopher Allan Carlson in particular, environmental aesthetics has become a field of philosophical reflection emancipated from aesthetics of arts as well as from a subjectivist conception of aesthetics. In this paper I first question Carlson’s cognitivist model of environmental aesthetic from an anthropological and epistemological point of view, in order to ascertain that the beauty of nature, even if it is epistemically objective, is not sufficient as an argument for the protection of nature. I suggest that this model must be corrected or supplemented by a first-person approach, like phenomenology. Arnold Berleant’s aesthtetics of engagement or aesthetics of “mediance”, inspired by the work of the French geographer Augustin Berque, invites to go beyond the epistemological dualism still underlying Carlson’s objectivist aesthetics. The phenomenological perspective leads at the end to revisit Stan Godlovitch’s model of acentric aesthetics. Aloofness means not necessary to be outside the world; one can be detached from inside the world in being closer to the presence of nature itself. Environmental aesthetics in the service of the protection of the environment must be an integral aesthetics: it must not only refer to the beauty of nature in an attitude of disinterestedness, but also to its “habitability” in an attitude of engagement and to its mystery in an attitude of aloofness .

Key words : Berleant, Carlson, Godlovitch, aesthetics, phenomenology, beauty, inhabitability, mystery, disinterestedness, engagement, aloofness

Plan

    • Introduction
    • Le modèle cognitiviste de Carlson
    • L’approche phénoménologique de l’esthétique environnementale : esthétique de l’engagement et esthétique de la médiance
    • L’esthétique acentrique
  • Conclusion : vers une esthétique environnementale intégrale

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Pour consulter l’article, cliquez ici

Pour citer l’article: Gérald Hess.2018. L’expérience esthétique à l’épreuve des valeurs de la nature : vers une esthétique environnementale intégrale. La Pensée écologique. Vol 2(1)




Introduction : l’environnement et l’esthétique

Par Gérald Hess

Vol 2 (1) – Avril 2018

L’approche philosophique d’une esthétique de la nature est aussi ancienne que la philosophie elle-même. Les travaux de Pierre Hadot (2002) sur la conception de la philosophie antique conçue comme un exercice spirituel sont aujourd’hui bien connus. L’exercice spirituel se caractérise dans l’Antiquité non seulement par le retour à une vie simple, animée par le souci de vivre selon la nature, mais également…

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Pour consulter l’article, cliquez ici

Pour citer l’article : Gérald Hess. 2018. « Éditorial : l’environnement et l’esthétique », La Pensée écologique, vol. 2 (1)




Réconcilier l’éthique environnementale et l’écologie politique : une analyse méta-éthique

 Par Gérald Hess

Vol 1 (1) – octobre 2017 – « Les transitions écologiques »

RÉSUMÉ

L’éthique environnementale et l’écologie politique sont deux courants de la pensée écologique qui visent un même but : une préservation de l’environnement à la mesure des menaces globales qui l’assaillent. Les moyens envisagés par ces deux champs d’étude sont pourtant très différents, en raison de leurs présupposés, de leur questionnement ou de leurs enjeux respectifs. L’objet de cet article consiste à mettre en perspective quelques-unes de ces différences à partir du tournant constructiviste et pragmatiste de l’écologie politique et à montrer à quelles conditions une complémentarité entre l’éthique environnementale et l’écologie politique est possible. Envisager une telle complémentarité débouche finalement sur la nécessité de penser la communauté politique autrement – comme une « communauté écouménique » – avec le souci d’y intégrer à la fois l’éthique, le politique et l’expérience vécue.

Mots-clés : politique, éthique, expérience vécue, communauté, justification, délibération, phénoménologie

ABSTRACT

Environmental ethics and political ecology are two movements of ecological thinking which both have the aim to preserve the environment against global threats. The way to look at the two fields of research though are very different because of its presuppositions, questions and respective consequences. This paper wants to put in perspective some of the differences from the constructivist and pragmatic turn of political ecology and shows which are the conditions to make environmental ethics and political ecology complementary. Taking into consideration of such complementarity demands to conceive the political community elsewise – like an “ecumenal” community” – with the complexity and challenge to integrate at once ethics, politics and lived experience.

Key-words: politics, ethics, lived experience, community, justification, deliberation, phenomenology

PLAN

  • Deux propositions de l’écologie politique et leur critique
  • Deux propositions de l’éthique environnementale et leur critique
  • Repenser la communauté politique : la communauté écouménique
    • La communauté politique de Bryan G. Norton
    • La communauté politique de Bruno Latour
    • La communauté politique de Bryan G. Norton
    • Les quatre aspects de la communauté écouménique

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Depuis plusieurs décennies, deux champs de la réflexion normative bien distincts se sont constitués autour de la préservation de l’environnement : celui de l’éthique environnementale (désigné dans la suite de l’article par le sigle EE) et celui de l’écologie politique (désigné ci-dessous par le sigle EP). Ils relèvent de traditions de pensée fort différentes, tant par leur questionnement, leurs présupposés ou leurs enjeux respectifs.

L’EE s’est posée la question de savoir si et, le cas échéant, à quelle(s) condition(s) la nature pouvait devenir objet de considération morale. Pour ce faire, beaucoup de travaux recourent à la notion de valeur intrinsèque, partant de l’idée qu’une justification morale adéquate du rapport humain à la nature est à même de mieux prendre en compte les dégradations environnementales[1]. De son côté, l’EP est bien moins homogène, comme le souligne Floran Augagneur (2015). Le champ de l’EP se caractérise à l’origine par deux traditions différentes. La première, allemande, renvoie à des penseurs comme Hans Jonas, Günther Anders, Hannah Arendt. La seconde est celle qui se développe en France avec des auteurs comme Bertrand de Jouvenel, Bernard Charbonneau, René Dumont, André Gorz, Jacques Ellul, Ivan Illich, Felix Guattari ou Serge Moscovici. Néanmoins, précise Augagneur, les auteurs de l’EP « s’accordent sur l’origine du problème : l’autonomie de la rationalité instrumentale et le mécanisme automatique du progrès » (Auganeur, 2015 : 333).

Pour consulter cet articlehttps://www.cairn.info/revue-la-pensee-ecologique-2017-1-p-d.htm

Pour citer cet article : Hess Gérald. 2017. Réconcilier l’éthique environnementale et l’écologie politique : une analyse méta-éthique. La Pensée écologique, 1 (1), d-. doi:10.3917/lpe.001.0074.