1

Débat à l’occasion de la publication de Désobéir pour la Terre. Défense de l’état de nécessité

Accès aux tables rondes du 17 mai (Théâtre de Vidy – Lausanne) organisées à l’occasion de la parution de ce livre-dossier sur la désobéissance civile paru aux Puf :

Tables rondes

20h – Le droit est-il la loi ?

21h – Quelle radicalisation des mouvements climatiques ?

Avec les auteure et auteurs du livre

et :

  • Mathilde Marendaz, élue et activiste
  • Pr Alain Papaux, Unil
  • Me David Raedler, député au Grand conseil vaudois, avocat des activistes
  • Me Luc Recordon, ancien conseiller aux États, représentant du CENAC
  • Dijana Simeunovic, activiste du LAC
  • Me Irène Wettstein, avocate des activistes
 
 



Conférence : Le revenu de transition écologique en France et en Suisse, un an après

Retour sur les expérimentations du RTE en France et en Suisse, un an après leur lancement. Conférence organisée par la fondation Zoein et les territoires d’expérimentation du revenu de transition écologique en France et en Suisse, le 28 Janvier 2021 aux Assises Européennes de la Transition Energétique




Les métiers de la transition écologique

Quels seront les emplois du 21ème siècle ? A quoi ressemble le quotidien de ceux qui s’engagent déjà pour la transition écologique ? Est-il possible de faire un tel métier et d’en vivre? Quels sont les freins qui empêchent ces métiers de se développer ?

Ces questions interpellent. Et elles sont au cœur du travail de la Fondation Zoein. Pour y répondre, il faut aller à la rencontre de ceux qui sont sur le terrain.

Dans cette série de vidéo « métier du futur » se trouvent les témoignages de personnes qui s’engagent professionnellement et qui développent des savoirs faire pour la transition écologique en Suisse romande.




Échanger au lieu d’acheter

Un marché gratuit proposant des fournitures scolaires aux étudiants de Dunkerque, c’est une des actions de l’association des Chrysalides co-fondée par Angélique Févin. Autour d’elle, 1700 personnes qui ont rejoint la communauté « Effet papillon » qui aide à faire des collectes, des ateliers de ré-emploi et ré-utilisation d’objets usagers. Mais comment financer une activité entrepreneuriale basée sur l’échange ? Si les marchés sont gratuits pour les participants ce n’est pas forcément le cas pour les structures qui les accueillent.

Fédérer toutes les bonnes volontés, organiser des actions publiques pour faire évoluer les modes de consommation, et pourquoi pas conseiller des entreprises qui souhaiteraient réduire leurs déchets, un métier d’avenir auquel Angélique croit.

L’association des Chrysalides est soutenue, entre autres, par la Coopérative de Transition écologique des Hauts-de-France Tilt.




Sortir durablement de la galère 2/2

Des porteurs de projets expérimentent le Revenu de Transition Écologique

Anthony Sieckelinck se lance dans la rénovation et l’upcycling de meubles, Marie Depret est en train de mettre sur pied un petit bistro solidaire. Des projets qu’ils portaient depuis longtemps mais qui, il y a quelques mois encore, leur paraissaient irréalisables.

L’absence de fonds propres, l’âge, le manque de connaissance en comptabilité et les discours décourageants des instances chargées de la réinsertion, formaient des obstacles insurmontables. Car tous deux sont passés par la case chômage.

Mais grâce au soutien de Label épicerie et aux contrats CAPE (contrat d’appui au projet d’entreprise) signés en juillet 2020 avec la Coopérative de transition écologique des Hauts-de-France Tilt, ils peuvent aujourd’hui tester leurs activités

Un podcast de la fondation Zoein




Spiritualité et transition : comment sortir du dualisme en réconciliant l’homme avec le vivant

« Quelle
place pour la spiritualité dans la transition ? ». C’était le thème
d’une table ronde organisée mardi 22 septembre 2020 par Alternatiba Léman,
mouvement citoyen pour l’urgence climatique qui promeut des initiatives visant
à construire une société durable. Participaient à ce débat Sophie Swaton,
professeur, économiste et présidente de la fondation Zoein, Noémie Cheval, anthropologue,
formatrice et coordinatrice du Réseau Transition Suisse romande et Michel
Maxime Egger, sociologue et écothéologien, responsable du Laboratoire de
transition intérieure à Action de Carême et Pain pour le prochain.

La conférence
s’est achevée par l’exercice de la « phrase
ouverte 
», une pratique de la transition
intérieure suggérée par Noémie Cheval qui a invité participantes et
participants à exprimer rapidement leurs ressentis intérieurs sur l’état du monde.

Synthèse d’une
rencontre publique où les analyses théoriques ont côtoyé des expériences de
vie, dans une alliance du cœur et de la raison.

Par Philippe Le

Quel sens
donnez-vous au mot spiritualité ?

Michel Maxime
Egger –
A partir de mon vécu et de ce que nous
expérimentons au sein du Laboratoire de transition intérieure, j’observe que si
la spiritualité est partie intégrante de l’intériorité, toute la vie intérieure
ne relève pas de la spiritualité. Le mot spiritualité vient du latin spiritus
qui veut dire esprit et que j’entends avec un E majuscule. Il s’agit donc d’une
vie ouverte et reliée à ce qui est plus grand que soi, à ce qui nous dépasse,
un « Tout Autre ». Lequel est immanent, au plus profond de notre être
et de la nature, et en même temps transcendant. Ce « Tout Autre » est
un mystère sacré, ineffable. Les traditions mystiques lui ont donné toutes
sortes de noms : le divin, l’Un, l’Infini, le Souffle, la Présence, etc.
Cette expérience du sacré est source de sens et aussi d’engagement. Les grandes
figures telles que Gandhi, Václav Havel, Nelson Mandela, Jean Jaurès ou Pierre
Rabhi de nos jours fondent leur engagement sur cette dimension.

Par ailleurs, il convient de ne pas confondre spiritualités et religions. Les spiritualités étant, selon les cas, en-deçà ou au-delà des religions. Ces dernières  sont des systèmes qui ont tenté de donner forme à des expériences spirituelles à travers des doctrines, des dogmes, des symboles ou des rites. Comme des fleuves alimentés par les sources que sont les spiritualités, les religions nous permettent d’avoir accès à ces dernières. A condition bien sûr de ne pas être vécues de manière fermée et dogmatique. Dans ce cas, elles deviennent un obstacle à toute quête spirituelle authentique. En résumé, sur le chemin de la transition, les spiritualités sont nécessairement laïques. Reliance à soi, aux autres et à la Terre, elles nous invitent à faire l’expérience de ces trois vertiges que le psychothérapeute Christophe André nomme l’Infini, l’Éternité et l’Absolu.

« Il convient de ne pas confondre spiritualités et religions » Michel Maxime Egger ©Camille Budin

Noémie Cheval – La
spiritualité, en ce qui me concerne, est à mettre en relation avec différents
chocs vécus dans ma vie privée. L’un d’entre eux fut un épuisement de
militance. Je ne savais plus vraiment pourquoi j’étais mobilisée pour les
autres, pourquoi je me mettais au service de la transition écologique et
solidaire. En participant à une formation de Transition intérieure organisée
par le Réseau Transition, j’ai pu me mettre en relation autrement avec l’autre,
avec le vivant. J’ai alors réalisé que j’étais moi-même partie intégrante de la
nature, qui plus est de la nature qui se défend. J’ai senti une nouvelle force
mobilisatrice en moi. Aujourd’hui, cela me nourrit et m’aide à être plus résiliente
et à réfléchir au sens d’une spiritualité solidaire.

Sophie Swaton – Le mot
spiritualité fait peur. Poser la question « quelle spiritualité pour la
transition ?» peut engendrer de l’inquiétude, voire des grincements de
dents dans certains milieux que je côtoie, aussi bien en France qu’en Suisse.
Comme l’a souligné justement Michel Maxime Egger, la spiritualité n’est ni la
religion ni son exclusion. A mes yeux, elle revêt une double dimension, d’intériorité
et d’extériorité.

Concernant la
dimension d’intériorité, je m’inspire de la célèbre pyramide de Maslow dont les
travaux permettent de classer les besoins humains par ordre d’importance. Je retiens
principalement trois niveaux : matériel, mental et spirituel.

Le niveau matériel
concerne les besoins physiologiques et de sécurité, le niveau mental a trait
aux échanges avec les autres. Il répond à nos besoins d’appartenance et
d’estime. Quant au niveau spirituel, qui nous échappe en partie, il revêt une
dimension philosophique et anthropologique. Il nous interroge : quel sens
donner à ma vie, qui suis-je, où vais-je, dans quelle direction ?  Cette recherche spirituelle a aussi besoin
d’être nourrie. Or, nos sociétés occidentales sont en manque profond de
nourriture spirituelle.

L’autre dimension de
la spiritualité est une référence à un autre que soi, à une extériorité qui
n’est pas seulement l’être humain mais aussi le vivant dans son ensemble qui inclut
les mondes animal, végétal et minéral. Cette double dimension, verticale avec
l’intériorité et horizontale avec l’extériorité, constitue l’essence même de la
condition humaine.

« N’éludons pas le côté sombre de notre personnalité et trouvons un moyen de canaliser en nous cette violence » Sophie Swaton ©Camille Budin

Est-il possible
d’imaginer une transition écologique et solidaire pérenne sans
spiritualité ?

Michel Maxime Egger – Personnellement,
je ne peux pas imaginerune telle transition écologique et solidaire
sans spiritualité n’est pas possible, Celle-ci est une démarche de conscience
qui nous amène à la racine des problèmes, à revenir à l’essentiel. Certains freins
et obstacles à la transition sont assurément d’ordre spirituel. Quand nous
parlons de spiritualité, nous sommes toujours dans des démarches d’unification
intérieure. Une des difficultés pour réaliser une transition est le hiatus qui
peut exister entre la tête et le cœur, le mental et les émotions. Cette
division, cette dualité explique en partie le fait qu’il y a un tel décalage
entre la gravité de la situation planétaire et l’absence de changement dans nos
comportements. L’être humain est divisé intérieurement entre sa tête et son
cœur.

Par ailleurs, même
dans les milieux qui s’engagent pour la transition, j’observe une compréhension
limitée de ce qu’elle est réellement ou devrait être. La transition intérieure n’est
pas une autre version du développement durable mais bien un changement de
paradigme, profond et radical. Il s’agit d’une révolution culturelle
courageuse, comme le souligne le pape François dans son encyclique Laudato si’.

Dès lors, si tout ce
que nous mettons en place avec des lois, des technologies, des éco-gestes est
nécessaire pour assurer une transition, c’est insuffisant. Cela reste figé sur
un plan très horizontal, celui du faire, et ne répond pas aux racines de la
crise écologique, de la destruction de la planète, qui sont de l’ordre de
l’être et demandent des réponses aussi dans la verticalité.

Ces racines ont à voir
avec notre regard sur le monde. Nombre d’initiatives de transition, de manière
inconsciente, ne remettent pas fondamentalement en question une vision de la
nature privée d’âme et réduite à sa dimension matérielle de stock de
ressources. Notre système économique repose entièrement sur une vision du monde
désenchantée et anthropocentrique qui place l’être humain en dehors et
au-dessus de la nature vivante.

Cette relation à la
nature est-elle une condition sine qua non à la pérennité de la transition ?

Noémie Cheval – Sans doute.
Mais beaucoup de personnes dans le monde au sein de villes ou de mégapoles
n’ont pas accès à ce que l’on nomme « la nature », le vivant
extérieur, ou n’en ont pas le privilège. Cependant, je crois qu’il est possible
de pratiquer partout des exercices de reliance à la nature vivante, comme ceux
initiés par Joanna Macy, une fondatrice de l’Éco-philosophie et de l’Éco-psychologie.
Quand, au cours d’un atelier de Travail qui
Relie
nous avons l’occasion d’exprimer notre gratitude pour la vie qui nous est
offerte, de reconnaître la peine que nous avons à assister à la destruction du
vivant, à réaliser que nous ne sommes finalement qu’une espèce parmi des
milliers d’autres, alors notre engagement et notre désir pour une transition et
un changement de cap devient réel et radicalement renouvelé.

La peur serait-elle le
principal frein à la transition ?

Sophie Swaton – A la lecture
des rapports scientifiques régulièrement publiés, et sans même avoir besoin
d’étudier la collapsologie qui évalue les risques d’un effondrement de la
civilisation industrielle, il y a de quoi avoir peur. Certes, cette peur peut
être un moteur pour avancer, mais à condition de la transcender. La prise en
compte des émotions est fondamentale dans la transition. Cependant, la peur
peut aussi engendrer un déni de réalité. C’est peut-être une peur secrète qui
pousse un personnage comme Donald Trump à tenir un discours récurrent de déni !

 Ce que je redoute le plus, c’est un appel à la
violence révolutionnaire, qui ne serait pas une révolution intérieure, mais un
appel à fédérer des mouvements violents. Nous devons sérieusement prendre en
compte la capacité de violence dont les êtres humains sont capables. N’éludons
pas le côté sombre de notre personnalité et trouvons un moyen de canaliser en
nous cette violence, notamment par d’autres formes d’expression. En disant
cela, je pense à René Girard et à son ouvrage La violence et le sacré.
L’anthropologue, historien et philosophe écrit que la violence qui naît du
désir mimétique efface les différences et détruit les hiérarchies. Elle est
contagieuse et interminable. Je pense aussi à l’ingénieur et philosophe Jean-Pierre
Dupuy qui s’est notamment penché sur les risques d’effondrements
environnementaux et sociétaux dans son ouvrage Pour un catastrophisme
éclairé : quand l’impossible est certain.

Nous ne sommes plus des peuples premiers pour qui la mort, avec ses rituels, ses rites de passage, fait partie du quotidien, et pour qui tout individu est intégré dans un écosystème en référence à une cosmogonie. Si la réponse à nos désirs les plus profonds – donner un sens à notre vie – est de nous offrir toujours plus de consommation, toujours plus de matérialité, avec une grille de lecture socio-économique qui n’inclut pas les dimensions de transition intérieure, nous ne sortirons pas de l’impasse. Avec une violence toujours plus attisée. Cela dit, il ne s’agit pas de retourner à l’âge des cavernes, comme cela est souvent reproché aux partisans de la décroissance. Quel serait le niveau de confort acceptable dans les éco-quartiers ou les éco-villages, qui sans être un retour en arrière ne s’égarerait pas dans le superflu pour rester dans les limites planétaires ? Voilà la bonne question à se poser.

Quels sont les outils
pour juguler cette violence intérieure ?

Michel Maxime Egger – Nous vivons
dans un système économique extrêmement violent envers la Terre et les
humains.  Cette violence est souvent
connectée à ce que l’on appelle l’éco-anxiété : la peur dont a parlé
Sophie, la colère, la tristesse qui peut conduire à des formes de dépression, la
colère et l’impuissance qui peuvent aussi nourrir la violence. Alors que tout
se dégrade, rien ou presque ne semble devoir arrêter cette détérioration.
Heureusement, il existe des outils du Laboratoire pour y faire face. Noémie a
mentionné Le Travail qui relie, un des outils importants du Laboratoire
de transition intérieure. Il permet de créer un espace pour visiter ses
émotions. C’est grâce au Travail qui relie que j’ai pu me connecter à
ces émotions. Il y a une dizaine d’années, j’étais certes dans une grande
lucidité intellectuelle par rapport à l’état de notre planète. Mais j’avais des
mécanismes de défense et de refoulement inconscients ; les émotions restaient
bloquées sans venir réellement toucher et brûler mon cœur. J’ai eu la chance de
pouvoir vivre une expérience avec d’autres personnes au sein d’un atelier.
Lequel était en lui-même un outil pour travailler et composter ses émotions.
Pouvoir mettre des mots sur ses maux, accueillir ses émotions sans jugement,
les exprimer, les partager pour en transformer l’énergie, pour les
transfigurer, voilà ce que permet Le Travail qui relie. J’ai ainsi découvert
que derrière la tristesse se cache l’amour de la Terre. Si je pleure à son
sujet, c’est bien que je l’aime ! Finalement, chacune de mes émotions ont
un envers. Et cet envers, que sont notamment l’amour, le courage, la confiance
et la joie est un puissant moteur intérieur pour l’action et l’engagement.

Pouvons-nous guérir de
ces peurs ?

Noémie Cheval – Nous pouvons en tous cas libérer de l’énergie positive au service du vivant. Je l’observe fréquemment : des personnes venant participer à nos formations avec un gros sac à dos d’émotions inconfortables en repartent debout et prêtes à aller de l’avant pour une société qui soutienne la vie. Mais tout n’est évidemment pas réglé dans un hypothétique grand soir. C’est un processus de longue haleine. Au sein de mouvements en faveur de la transition, il y a souvent un essoufflement pouvant conduire au burnout, ou une tendance à s’épuiser voire à s’exploiter les uns les autres. Grâce à différentes méthodes pratiquées dans des espaces de transition intérieure, nous pouvons nous interroger sur la reproduction des ombres d’un système que nous critiquons. Avec l’aide de pratiques collectives faisant intervenir notamment la musique, le soin du corps, la respiration, les rituels, en nous inspirant des traditions anciennes, nous pouvons renforcer notre engagement au service du vivant.

Michel Maxime Egger – Je ne suis
pas sûr qu’il faille guérir. Les émotions font partie de ce qui est vivant en
nous. Si nous éprouvons de la tristesse, c’est que nous sommes sensibles et
touchés par ce qui arrive à la Terre. Plutôt que d’en guérir, un chemin de
transformation nous est proposé. Un chemin de « douloureuse joie »
comme le nomme la tradition orthodoxe.

Selon vous, l’être
humain évolue-t-il vers plus de spiritualité ?

Sophie Swaton – Tous les êtres humains ne sont pas logés à la même enseigne quant à leur évolution. Regardez les peuples premiers comme les Kogis en Colombie, les Suruis au Brésil ou les Bataks de Sumatra en Indonésie. Depuis des millénaires, ils ont conservé dans leur mode de vie et leur culture une reliance avec la nature. Les petits frères et les petites sœurs que nous sommes à leurs yeux ont choisi une autre voie, celle de la technologie, et ils en ont gravement abusé. Aujourd’hui, les peuples premiers sont tributaires de nos actes qui pèsent sur leur existence. En Amazonie, par exemple, la déforestation détruit leur habitat et leur écosystème. Comment dès lors continuer à évoluer ensemble, nous qui sommes comme eux embarqués sur un même navire planétaire à la dérive ? Comme il serait vain de chercher à imiter les peuples premiers, notamment dans des savoir-faire ancestraux dont certains ont hélas disparu, nous devons penser à un nouveau paradigme de civilisation, en référence avec nos propres racines. Encore faut-il que nous apprenions à nous réconcilier avec la nature en l’intégrant dans notre propre culture. Les peuples premiers peuvent nous y aider. Mais il faut bien comprendre que leur langage est bien différent du nôtre. Pour eux, se connecter aux arbres qui ont une âme, comme les animaux, est une évidence vécue au quotidien. La question de la spiritualité ne se pose pas. Elle coule de source. Dans toute construction, par exemple, le vivant minéral et végétal est une réalité impossible à ignorer.

Michel Maxime Egger – Dans la foi
chrétienne qui m’anime, si je constate que le spectacle que l’humanité donne
d’elle-même est tout sauf reluisant, je crois que l’être humain est absolument
capable de changer, qu’il n’est pas réductible à ce spectacle, qu’il y a dans
le tréfonds de son être une « personne secrète indemne », comme le
suggère l’éco-psychologue Paul Shépard. Cet être capable de relations
harmonieuses avec les autres, de transcender l’ego, qui est animé par ses
aspirations à plus grand que soi. Dans la tradition biblique, cela renvoie à la
création de l’être humain à l’image de Dieu. Laquelle est un potentiel, comme
une graine, une semence.

Et le chemin de vie que
nous sommes invités à parcourir, c’est précisément l’accomplissement de cette
image de Dieu. Cette image est ontologique, liée à notre être. Si elle peut
être oubliée, ignorée, elle est toujours là. Même à l’intérieur du plus grand
criminel.

Quant à la
ressemblance à Dieu, elle signifie l’accomplissement de cette image dans notre
vie. Nous avons donc la liberté de manquer la cible ou de l’accomplir. Les
exemples de personnes cheminant dans cette voie sont fort nombreux. C’est la
raison pour laquelle bien que profondément morcelée, l’humanité n’est pas
tombée en morceaux.

N’y a-t-il pas un antagonisme
entre le développement personnel d’un côté et le développement durable de
l’autre ? (question du public)

Michel Maxime Egger – Le développement
personnel rassemble des démarches qui restent très individuelles, centrées sur
la recherche d’une forme d’harmonie intérieure, de bien-être, de santé. Dans
cette optique, si la nature n’est plus un stock de ressources, elle n’en
demeure pas moins un élément de mon bien-être personnel. Elle continue à être,
d’une certaine manière, instrumentalisée.

Dans des démarches de
transition, il y a une dimension collective, citoyenne. La quête d’un plus
grand bien-être n’est pas l’objectif premier de la spiritualité. Celle-ci
implique une démarche de réciprocité, de communion.

C’est autant la nature
qui vient vers moi que moi qui vais vers la nature.

Sophie Swaton – Deux exemples pour
abonder dans le sens de Michel Maxime : des entreprises proposent des
cours de yoga destinés à détendre les collaborateurs pour qu’ils se sentent
mieux, donc plus productifs à leur poste de travail. Le yoga est aussi pratiqué
au sein de l’armée américaine pour aider les soldats à partir plus vaillamment
au combat. N’oublions donc pas que les outils dont nous avons parlé ne sont
finalement que des outils au service d’une intention, d’une vision. Qui peut
aller dans une mauvaise comme dans une bonne direction.

Un mot n’a quasiment pas
été prononcé lors de cette table ronde : l’ego. Qu’il soit individuel ou
institutionnel, car les institutions peuvent aussi en véhiculer, l’ego est l’un
des principaux freins à une authentique transition. Allégeons-nous donc de cet ego
omniprésent et goûtons à l’humilité, cet humus de l’humanité.

Michel Maxime Egger – Sortir des
dualismes, des oppositions, des divisions, du bien versus le mal, des ténèbres
versus la lumière, c’est sans doute la voie à suivre. Au vrai, les ténèbres ne
s’opposent pas à la lumière mais sont de la lumière non encore révélée. Le
travail spirituel nous permet d’ouvrir une porte intérieure pour que cette
lumière puisse vraiment nous éclairer.




Sortir durablement de la galère 1/2

Allier action sociale et transition écologique

Des paniers de légumes frais et locaux à 2.50 €, c’est ce qu’offre Label Epicerie à Coudekerque Branche près de Dunkerque. Cette épicerie coopérative et solidaire, créée en 2019, est aussi un espace où des bénévoles reprennent pied dans la vie professionnelle et voient leurs capacités et leurs talents reconnus.

Encouragé.e.s et accompagné.e.s, certain.e.s démarrent leur propre activités, bistro solidaire, restauration de meubles etc. en signant un contrat CAPE avec la coopérative de transition écologique des Hauts-de-France Tilt.
Portait d’un lieu étonnant et de sa dynamique coordinatrice, Stéphanie Ambellié.

Un podcast de la Fondation Zoein.




Réparateur de vélos à domicile

Des porteurs de projets expérimentent le Revenu de Transition Écologique

Il y a quelques mois Nicolas Devaux a décidé de se lancer dans la réparation de vélos à domicile. Tout cela sans émissions de carbone puisqu’il se déplace uniquement en vélo cargo. Il lance alors son site, lechappee.bike, et quitte un emploi d’ingénieur en informatique.

La Coopérative de transition écologique des Hauts-de-France Tilt, qui expérimente le Revenu de Transition Écologique, ainsi que le club d’investisseurs des Cigales, l’accompagnent dans ce nouveau business prometteur.

Un podcast de la Fondation Zoein.




Colorier pour renaître

Des porteurs de projets expérimentent le Revenu de Transition Écologique

Oser croire en soi, dépasser ses croyances limitantes et devenir entrepreneuse après un grave accident. Proposer à d’autres de retrouver confiance en eux à travers un livre de coloriage anti-stress pour adulte. Se former à l’art-thérapie, pour bientôt peut-être proposer des ateliers, c’est le parcours un peu fou de Laetitia Waryn et de son activité LWillustration.

Elle a signé en juin 2020 un contrat CAPE (contrat d’appui au projet d’entreprise) avec la Coopérative de transition écologique des Hauts-de-France Tilt. Cette coopérative créée à l’initiative de la Fondation Zoein et de la Ville de Grande-Synthe expérimente le Revenu de Transition Écologique.

Un podcast de la Fondation Zoein.




« L’énergie citoyenne, un levier pour une société autonome et durable »

Par Mònica Serlavós *

Propos recueillis par Philippe Le Bé

L’énergie citoyenne s’organise et prend un nouvel essor en Suisse. Production autonome d’énergie décentralisée, participative et collective, elle a désormais son organe faîtier qui mutualise les forces de ses différents membres : l’Association suisse pour l’énergie citoyenne (ASEC). Docteure en sciences de l’environnement de l’Université de Lausanne (UNIL), Mònica Serlavós qui copréside l’ASEC avec Jean-Marc Comment, a réalisé sa thèse de doctorat sur cette forme originale de contribution citoyenne à la transition énergétique en Suisse romande. Directrice de la fondation suisse Zoein, elle précise à La Pensée écologique les enjeux de l’énergie citoyenne qui a pris racine il y a un demi-siècle, notamment au Danemark et en Allemagne.

Quels sont les pionniers de l’énergie citoyenne en Europe ?

  • Mònica Serlavós : C’est à la suite d’événements bouleversant l’économie ou l’écologie mondiale que l’énergie citoyenne s’est développée. Deux ans après le premier choc pétrolier de 1973 qui a fait envoler les factures énergétiques, des enseignants des écoles de Tvind, dans la ville danoise de Ulfborg, ont eu l’idée de fournir à ces dernières une énergie bon marché, écologique et renouvelable. Quelque 400 activistes, dont la plupart étaient professeurs ou étudiants, ont contribué à l’inauguration le 26 mars 1978 de Tvindkraft, la première centrale éolienne citoyenne et aussi la plus grande du monde à cette époque : 54 mètres de hauteur et trois pales de 27 mètres. De nos jours, environ 40% de l’électricité du pays provient de l’énergie éolienne et 80% des installations appartiennent à des coopératives locales. C’est par ailleurs la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986 qui a poussé les rebelles de Schönau, en Allemagne, à racheter le réseau électrique de leur commune en 1997, au terme d’une longue campagne politique. Aujourd’hui, la coopérative qu’ils ont fondée répond aux besoins énergétiques de plus de 160 000 clients, en leur fournissant exclusivement du courant issu des énergies renouvelables.

En Suisse, quels ont été les événements de nature à encourager les initiatives d’énergie citoyenne ?

  • Dès 2009, la rétribution à prix coûtant (RPC), un mécanisme fédéral d’encouragement à la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, a donné une première impulsion. La RPC, qui expire fin 2022, est financée par une taxe sur l’énergie que chaque consommateur paie. L’argent ainsi récolté permet de racheter l’électricité produite par des producteurs renouvelables à un prix préférentiel, dit à prix coûtant. Mais le succès a été tel que dès 2014 une longue liste d’attente s’est formée, laissant de nombreux projets sur le carreau. Ce sont surtout les grandes structures qui en ont profité. En Suisse romande, seulement deux initiatives citoyennes ont bénéficié de la RPC. Les autres sources d’impulsion ont été l’accident nucléaire de Fukushima en 2011 et le film documentaire Demain réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, sorti en 2015.

Combien d’initiatives d’énergie citoyenne avez-vous recensées en Suisse romande ?

  • Lors de mes recherches, j’en ai dénombré quinze impliquant plus de 2000 personnes fin 2018. Depuis lors, d’autres ont vu le jour ou bien se sont développées, notamment à Renens (VD) ou à Nyon (VD). Il y aurait environ 200 coopératives d’énergie en Suisse, la grande majorité se trouvant en Suisse alémanique. Mais comme ces dernières ne répondent pas forcément toutes aux critères définis par l’ASEC (lire l’encadré : « Les repères de l’énergie citoyenne »), il est bien difficile de les comptabiliser.

Pourquoi avoir créé l’ASEC ?

  • Il était nécessaire de fédérer des structures d’énergie citoyenne dépourvues de liens entre elles alors qu’elles rencontrent des problèmes similaires. Une association peut favoriser un esprit de collaboration et d’entraide à l’image du mouvement Énergie Partagée qui regroupe en France des citoyens, associations et institutions pour développer des installations de production d’énergie renouvelable, ou encore à l’image de la fédération européenne eu. En Suisse, les citoyens se sentent concernés par des questions liées à l’alimentation, à l’habitat ou au transport. Au sein d’associations idoines, ils dialoguent et réfléchissent à des stratégies de gouvernance. Rien de tel pour l’énergie qui reste une sorte de boîte noire. Il est donc temps que les citoyens apprennent à mieux la connaître, qu’ils comprennent comment elle est produite et distribuée, qu’ils se l’approprient malgré son caractère technique. L’ASEC pourrait notamment mettre sur pied des séminaires de formation destinés à tous ceux qui souhaitent lancer une initiative de ce type.

Quelles sont les principales difficultés à surmonter quand on lance une initiative d’énergie citoyenne ?

  • La plupart des associations ou coopératives fonctionnent sur la base du bénévolat. Pour lancer une initiative d’énergie citoyenne, il faut avoir du temps, de l’énergie et un minimum de moyens financiers. Le burn out guette ceux qui n’ont pas réussi à s’associer avec d’autres forces vives. Certaines tentatives de projet ont échoué parce que leurs auteurs comptaient sur une rétribution à prix coûtant qu’ils n’ont jamais reçue à cause de l’engorgement des dossiers paralysant le système. La question financière reste prédominante. C’est pourquoi notre association a pour vocation d’aider les candidats dans leur recherche de fonds en augmentant leur visibilité et mise en réseau et de favoriser la mutualisation de certaines tâches, par exemple administratives.

Dans votre recherche-action en Suisse romande, vous distinguez clairement les associations ou coopératives des initiatives communales. Quel est le modèle dominant ?

  • Il existe en effet deux modèles distincts : celui de la coopérative ou de l’association dans lequel les citoyens se chargent d’un projet de A à Z et le modèle communal où les services de l’énergie des communes mettent en place des installations solaires participatives. A Genève, par exemple, la Fondation du stade de Genève et les Services industriels de la ville, les SIG, ont construit une centrale solaire équipée de 5000 m2 de panneaux photovoltaïques sur le toit du stade. Ce dernier consomme 30% de l’électricité produite, les 70% restants étant commercialisés sous une forme participative. Les habitants de Genève ont pu ainsi souscrire une part de cette centrale photovoltaïque qui produit annuellement plus d’un million de kilowattheures. Cela dit, le modèle dominant en Suisse romande reste à ce jour celui des coopératives.

Quelques exemples de coopératives ?

  • Enerko à Genève, fondée en 2016, favorise et développe des projets de production d’énergies renouvelables ou d’économie d’énergie ; la coopérative OptimaSolar à Fribourg construit et exploite des installations sur les toits d’entreprises, de bâtiments publics ou de maisons individuelles ; à Neuchâtel, Coopsol réalise aussi des centrales solaires produisant de l’énergie électrique.

Il s’agit principalement d’installations solaires photovoltaïques ?

  • En effet. Une installation photovoltaïque reste techniquement plus simple et moins coûteuse à mettre en place que d’autres sources renouvelables. Son prix se situe grosso modo à quelques centaines de milliers de francs. Il existe cependant des sociétés coopératives de chauffage à distance comme Le Marais rouge, aux Ponts-de-Martel dans le canton de Neuchâtel. Pour ce genre d’installations, il faut en revanche compter plusieurs millions de francs. Dans ce cas, la commune se porte généralement caution pour l’octroi d’un prêt au bénéfice de la coopérative. Le solaire thermique, malgré ses nombreux avantages du point de vue écologique et d’efficacité, n’est pas encore très répandu. Une seule et unique structure citoyenne le promeut en auto-construction en Suisse romande.

Précisément, les initiatives communales ne sont-elles pas plus faciles et avantageuses économiquement que celles portées par des coopératives ?

  • Dès qu’une commune décide de fonder une bourse solaire participative, à l’image des SI de Delémont dans le canton du Jura, il n’est plus question de bénévolat. Le projet s’inscrit dans le cahier des charges d’un ou de plusieurs collaborateurs de ladite commune. L’initiative communale permet de pérenniser un projet plus aisément, tant humainement qu’économiquement. Le revers de la médaille, c’est une bien moindre implication des citoyens. En fait les deux modèles, avec leurs avantages et leurs limites, sont complémentaires et permettent de mobiliser différents publics.

Quel est le profil des personnes concernées selon les deux modèles ?

  • De manière générale, les personnes qui s’engagent dans le modèle coopératif ou associatif sont plus jeunes, affichent un état d’esprit d’entrepreneurs et disposent d’un revenu plus élevé que celles qui adhèrent à une structure communale. Celles-ci sont souvent des retraités qui souhaitent investir leur épargne dans un projet énergétique qui a du sens, sans avoir forcément l’énergie ou l’envie de s’engager dans la gouvernance de la structure et la prise de décisions.

L’énergie citoyenne serait-elle plutôt réservée aux écolo-bobos ?

  • Comme il y a ces deux modèles, chacun peut y trouver son compte en fonction de ses ressources financières et son temps disponible. Le modèle communal délivre des parts comprises entre 100 et 500 francs amorties en 10 ans. Quant aux coopératives, leurs parts sociales sont généralement fixées entre 500 à 1000 francs. Nous pourrions fort bien envisager qu’elles diminuent pour s’ouvrir à des étudiants, des chômeurs, voire à des personnes en situation de précarité énergétique. En France et au Royaume­-Uni, des coopératives d’énergie citoyennes se sont installées dans des quartiers défavorisés. Des personnes à la recherche d’un emploi ont été formées pour monter et gérer des installations solaires photovoltaïques ou thermiques.

Le modèle communal peut-il favoriser le développement du modèle coopératif ou associatif ?

  • Pas nécessairement. A Genève, par exemple, une cité où les services industriels sont particulièrement dynamiques et novateurs avec notamment leurs bourses solaires, il y a fort peu de structures coopératives. Pourquoi, se dit-on, créer une nouvelle coopérative alors que les SIG créent du renouvelable à foison avec le concours de la population genevoise ? Aller à Coop ou à Migros et acheter des produits bio, ce n’est pas pareil que de participer au jardin communautaire de son quartier. Ce qui est valable pour l’alimentation l’est aussi pour l’énergie. Cela dit, le soutien des communes et des services industriels peut s’avérer fondamental à la survie des initiatives d’énergie citoyenne actuellement à défaut d’un cadre fédéral favorable à leur développement, en leur rachetant par exemple l’énergie produite à un prix correct.

Dans votre thèse, vous écrivez que l’énergie citoyenne peut être un vecteur de transformation de l’économie sociale et solidaire (ESS). De quelle manière ?

  • Apparue au 19e siècle, l’économie sociale et solidaire était un modèle qui faisait écho aux enjeux sociétaux d’une époque notamment caractérisée par de très fortes disparités sociales. Aujourd’hui, la question écologique a pris une place considérable dans nos sociétés. Or, hormis quelques exceptions comme celle de la chambre de l’économie sociale et solidaire APRES–GE, les représentants de l’ESS ne considèrent pas encore l’écologie comme un problème fondamental à intégrer dans leur mode de fonctionnement. Mais une prise de conscience apparaît. Certains auteurs défendent, par exemple, qu’un huitième principe concernant précisément l’environnement soit introduit dans la charte de l’Alliance coopérative internationale fondée en 1895. En Suisse, aucune initiative d’énergie citoyenne ne fait partie intégrante d’une chambre de l’ESS, alors que bon nombre d’entre elles prennent la forme de coopérative ou d’association. Une fructueuse synergie devrait se développer entre les acteurs de l’ESS et ceux de l’énergie citoyenne. Notre association pourrait ainsi l’encourager.

Vous citez le politicien et syndicaliste suisse Rudolf Rechsteiner qui affirme que les pays pionniers ne sont pas ceux avec le meilleur ensoleillement et les vents les plus forts, mais ceux où les énergies fossiles et nucléaires ont perdu leur majorité politique. Concernant l’énergie citoyenne en Suisse, quel est le soutien du monde politique ?

  • Il est plutôt faible, étant donné son manque de visibilité. Aucun parti ne la soutient donc vraiment. Mais certaines communes et certains cantons s’y intéressent de plus en plus. Quant aux personnes qui soutiennent des initiatives, elles ne sont pas nécessairement proches des Verts ou des socialistes. Il y aussi des membres du PLR ou des Vert’libéraux. Les portes d’entrée de l’énergie citoyenne sont finalement assez larges – de l’intérêt pour l’écologie à celui de la sécurité énergétique en passant par la recherche d’une plus grande autonomie – pour attirer un public transversal.

L’énergie citoyenne est-elle un levier pour une société autonome et durable ?

  • Observant ce qui a été écrit par des chercheurs et ce que j’ai pu constater sur le terrain, je peux répondre positivement. Il serait franchement inutile de produire des énergies renouvelables si l’on ne stoppait pas la production d’énergies fossiles ou nucléaire. Par ailleurs l’énergie citoyenne nous incite à devenir plus responsables. Car il ne s’agit pas seulement de produire de nouvelles énergies, mais aussi de diminuer notre consommation énergétique. Il n’est pas question, pour les membres de l’ASEC, d’entrer dans une logique productiviste et de produire du renouvelable à n’importe quel prix. Nous ne sommes pas dupes : les énergies renouvelables peuvent avoir un fort impact sur l’environnement, et aussi sur la géopolitique internationale. Nous ne pouvons ignorer non plus les conditions de travail souvent exécrables de tous ceux qui extraient des matériaux utilisés pour la fabrication de produits de haute technologie. Voyez par exemple le lac toxique près de Baotou, en Mongolie intérieure au nord-ouest de Pékin. Créé par le barrage d’une rivière, ce lac est un immense dépotoir pour des usines productrices de terres rares. L’extraction de ces dernières engendre des déchets extrêmement toxiques. Et ces minéraux sont notamment utilisés pour des installations d’énergie renouvelable ! Encourager l’énergie citoyenne, c’est aussi prendre conscience de cela et mener un mode de vie plus sobre et plus responsable.

Après la première journée de l’énergie citoyenne en décembre 2018 durant laquelle a germé l’idée de fonder l’ASEC, la deuxième journée de l’énergie citoyenne se déroulera en ligne le 21 novembre 2020.

 * Directrice de la fondation suisse Zoein, Mònica Serlavós copréside la toute nouvelle Association suisse pour l’énergie citoyenne. Son objectif : encourager les citoyens à s’approprier la production et la consommation de leurs énergies.

 Pour aller plus loin sur l’énergie citoyenne, une série de vidéos mettant en avant des initiatives Suisses:  https://www.youtube.com/watch?v=y_at5KB–uw&list=PL18c3khjJzEUZMmhtXGag_XEFr47OnhtU

ANNEXE 1

Les repères de l’énergie citoyenne

Selon l’Association suisse pour l’énergie citoyenne (ASEC), un projet d’énergie citoyenne doit répondre aux critères suivants :

  1. Ancrage local
    La création de circuits, les plus courts et directs possible, sont visés entre producteurs et consommateurs pour rendre visible le lien entre besoins et moyens de production. Les personnes physiques ou morales porteuses du projet sont représentées géographiquement proches du lieu de réalisation.
  2. Autonomie et indépendance
    Chaque projet est autonome juridiquement et organise sa propre gouvernance.
  3. Gouvernance participative et démocratique
    Le fonctionnement du projet et de ses partenaires est démocratique et de type participatif (associatif ou coopératif). La gouvernance choisie doit permettre la participation active des membres aux décisions internes et la transparence totale sur les aspects financiers.
  4. Protection de l’environnement et du vivant
    Le projet et ses partenaires s’engagent durablement et volontairement dans le respect et la protection de l’environnement et du vivant.
  5. Utilisation sobre des ressources
    Le projet réalise des études de planification préalables à l’implantation du projet incluant une utilisation sobre des ressources, même renouvelables, qui sont limitées.
  6. Finalité non spéculative et lucrativité limitée
    Les investissements sont réalisés pour être exploités (et non pour être revendus), et la rémunération du capital est strictement encadrée. Une partie des bénéfices est affectée à la sensibilisation publique.
  7. Sources de financement
    Les sources de financement proviennent de partenaires dont les activités et la philosophie sont compatibles aux valeurs de cette charte.
  8. Cohérence dans les partenariats
    Les personnes physiques et morales porteuses des projets recourent à des partenaires dont les activités et la philosophie sont compatibles aux valeurs de cette charte.
  9. Mutualisation
    Tous les projets se créent de manière collective et favorisent la mutualisation des ressources et des compétences. Les acquis d’expérience et les connaissances sont partagés. Une partie des bénéfices est affectée à la sensibilisation publique.

ANNEXE 2

En Suisse, les énergies renouvelables alimentent les trois quarts de l’électricité

Selon l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), En 2019, les énergies renouvelables représentaient en 2019 environ 75% de la consommation finale d’électricité en Suisse (74% en 2018), à raison de 66% pour la grande hydraulique et de 8,4% environ pour le photovoltaïque, l’énergie éolienne, la petite hydraulique et la biomasse, selon le rapport de l’OFEN. Comme l’année précédente, cette électricité a été produite à 76% en Suisse.

La part des nouvelles énergies renouvelables (énergie solaire, éolienne, biomasse et petite hydraulique) continue d’augmenter: elle est passée de 7,85% en 2018 à 8,4% en 2019.

L’électricité fournie en 2019 a été produite à 19,1% dans des centrales nucléaires (17,3% en 2018). L’énergie d’origine nucléaire fournie provenait presque exclusivement de Suisse.

Environ 95% de cette électricité a été produite en Suisse et a bénéficié, à hauteur des trois quarts, d’un encouragement par le système de rétribution de l’injection axé sur les coûts (SRI). Une faible part de l’électricité fournie en 2019 provenait d’agents énergétiques fossiles (2% contre 1,7% en 2018).

L’électricité produite en Suisse est issue à 56,4% de la force hydraulique, à 35,2% de l’énergie nucléaire, à 2,6% des énergies fossiles et à 6% de nouvelles énergies renouvelables. (ATS)