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« Face aux effondrements, Zoein offre des clés pour un vivre autrement ». Entretien avec Sophie Swaton, Fondatrice de Zoein

Sophie Swaton – Zoein, fondation d’utilité publique en Suisse, a pour vocation de mettre les connaissances scientifiques les plus solides au service de la transition écologique et solidaire. Sa présidente et fondatrice Sophie Swaton, économiste et philosophe à l’Université de Lausanne, nous invite à découvrir cette nouvelle aventure humaine dans sa mission et ses réalisations sur le terrain.

Quand on crée une fondation d’utilité publique, c’est qu’il y a généralement un manque à combler. Lequel, concernant Zoein?

Un manque de lien, pour commencer : il y a trop d’écart entre les universitaires et la société civile, leurs recherches et la visibilité de ces dernières aux yeux du grand public. Les informations sur l’écologie n’ont jamais été aussi abondantes sans que les passages à l’acte ne se réalisent vraiment. Il s’agit donc de recréer du lien, de faire en sorte que les chercheurs sortent de leur tour d’ivoire pour aller à la rencontre des gens.

Et d’autres manques à combler?

Un manque de coopération, ensuite: animées par un esprit de compétition, les associations et organisations de toutes sortes se battent entre elles pour obtenir des subventions. Zoein a dès lors pour vocation d’inviter les auteurs des projets qu’elle soutient à coopérer entre eux, à créer des réseaux, à mutualiser des expériences. Secteur public et secteur privé sont incités à collaborer, sans arrière-pensée ni retenue.

Un manque de prise de hauteur, enfin: nous avons trop longtemps opposé le Nord au Sud, l’Occident à l’Orient, en prenant comme unique référence notre système de pensée occidentale. De ce fait, nous n’utilisons qu’une partie rationnelle de nos savoirs avec en corollaire une seule forme de transmission de ces derniers. Zoein nous invite à élargir notre champ de vision, à prendre ainsi conscience des subtiles relations d’interdépendance qui se tissent entre les mondes minéral, végétal et humain, à valoriser les coutumes traditionnelles en les connectant aux nouvelles technologies. Tout en veillant à prendre soin de notre environnement local, là où nous vivons, nous pouvons développer une vision plus globale à l’échelle de notre planète, la Terre!

Zoein signifie « vivre » en grec. Pourquoi avoir choisi ce nom?

En ces temps de collapsologie ou d’effondrement de notre civilisation industrielle, on parle à juste titre de menace, de mort, de disparition des espèces. Sur cet horizon très obscur, il me semble indispensable de diriger un faisceau de lumière. Non pas seulement pour survivre mais pour vivre différemment et pleinement.

L’humanité peut donc encore s’en sortir?

Dans l’Etre et le Néant publié en 1943, Jean-Paul Sartre écrit que paradoxalement «nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’Occupation». Cette réflexion apparemment extravagante nous interroge sur la liberté de nos choix: ou bien nous sommes résignés en collaborant, dans le mauvais sens du terme, ou bien nous résistons. Zoein nous convie à faire preuve de résilience. Face au dérèglement climatique et aux effondrements multiples, dont celui dramatique de la biodiversité, nous pouvons nous plonger dans le déni, voire aggraver encore les choses en pratiquant la politique de la terre brûlée, celle du «moi-je». Mais nous pouvons aussi choisir librement de participer à de nouveaux modes d’existence dont certains ont déjà fait leur preuve, non pas seulement individuellement mais collectivement. C’est une quête sans cesse renouvelée de la vie, «ce souverain bien» que l’on désire par-dessus tout dont nous parle Aristote.

Comment Zoein compte-t-elle réenchanter ce «souverain bien»?

Le travail fait à mon sens pleinement partie de la vie, avec notamment ses rites de passage et d’initiation, trop souvent oubliés. Il devrait être épanouissant et permettre à chacun d’entre nous d’être reconnu dans ce qu’il a de meilleur. C’est pourquoi Zoein vise à mettre en œuvre non seulement un soutien monétaire mais aussi un soutien humain à toute personne ou groupe de personnes s’engageant dans la transition écologique et solidaire. Cela passe notamment par la mise en valeur des initiatives alternatives qui désormais germent sur de nombreux territoires, en particulier ceux que notre système économique a profondément blessés. Des territoires entrés en résilience et dont les acteurs doivent apprendre à se reconnecter, à retrouver la dimension humaine que notre type de société a broyée. Cela passe aussi par un revenu de transition écologique, pierre angulaire de Zoein.

Quels sont les fondements de ce revenu de transition écologique (RTE)?

Pendant longtemps, les questions écologiques et sociales ont été dissociées. Mais nous avons pris conscience qu’il était vain de prétendre résoudre des problèmes sociaux sans se préoccuper des problèmes environnementaux. Et vice versa. Voyez les réfugiés climatiques: ils ont économiquement tout perdu; et les nouveaux pauvres dans nos sociétés occidentales: ils sont et seront les premiers à souffrir du renchérissement de l’énergie et des matières premières devenues plus rares.La diminution de notre empreinte écologique et la participation responsable de tous à cet effort sont les fondements du revenu de transition écologique. *

C’est fort différent du revenu de base universel ?

En effet. Versé par une communauté politique à tous ses membres, sans exception, le revenu de base n’exige aucune contrepartie. Ses bénéficiaires n’ont pas besoin de justifier une recherche d’emploi ou un travail en échange. En revanche, toute personne au bénéfice d’un revenu de transition écologique doit impérativement être impliquée dans une activité socio-écologique. Les mesures d’impact sur la planète et d’avancées sociales sont fondamentales. Le revenu de transition écologique peut se voir comme une étape avant l’instauration peut-être un jour d’un revenu de base universel, une étape pour accéler la transition écologique et valoriser les activités innovantes dans ce sens.

Qui sont concernés?

Sont particulièrement concernés les jeunes et tous ceux qui souhaitent opérer une transition dans leur vie professionnelle. Le revenu de transition écologique inclut un dispositif d’accompagnement, de soutien aux personnes concernées dans leurs projets de transition en durabilité. Dans les domaines les plus variés: agroécologie, permaculture, habitat écologique, énergies renouvelables, finance durable, écomobilité, biens ou matériaux biosourcés, recyclerie, etc. Enfin, tout bénéficiaire d’un tel revenu doit adhérer à une structure démocratique: par exemple une coopérative d’activité et d’emploi en France ou l’une des très nombreuses associations existant en Suisse. Une telle intégration sociale est indispensable.

Quelle sont les initiatives déjà soutenues par Zoein?

Quelques exemples: La ferme de Rovéréaz, à Lausanne dans le canton de Vaud, fait participer à ses activités de maraîchage des enseignants , formateurs, jeunes enfants, etc. à qui elle transmet ses valeurs et ses connaissances dans le domaine de la permaculture. Zoein soutient par ailleurs l’activité du gérant du supermarché participatif situé dans l’éco-quartier de Meyrin près de Genève. Dans l’éco-hameau de Tera, dans le Lot-et-Garonne, Zoein a financé deux revenus de transition écologique, dont bénéfice notamment le coordinateur d’un projet qui vise à construire un éco-village exemplaire d’un point de vue écologique et économique. Le développement d’un centre de formation est au programme.

En résumé, Zoein soutient une activité existante qui rencontre des difficultés, ou bien participe à la création de nouveaux métiers qui ne sont pas assez valorisés par le marché.

Hormis ces expérimentations locales, Zoein a d’autres ambitions?

Même si les petits ruisseaux font les grandes rivières, nous voyons en effet plus grand: Zoein a élaboré un modèle économique qui sera vendu aux collectivités locales. Sur un territoire en déclin ou périurbain, par exemple, la fondation s’engage à verser une somme destinée à financer une recherche action ainsi qu’un poste de coordinateur qui met en chantier un revenu de transition écologique à grande échelle à travers la création d’une coopérative de transition. En échange, la collectivité territoriale – la commune par exemple – s’engage à trouver à son tour des fonds pour financer ce poste de recherche. Par ailleurs, entreprises et associations sont invitées à adhérer à la coopérative de transition, pensée sur le modèle des sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic) en France.

Recréer de l’activité économique et sociale sur un territoire en déclin, c’est l’objectif final?

C’est cela. L’idée générale est de former un collège fixe comprenant, selon les circonstances, des coopératives d’activités et d’emploi – qui offrent aux porteurs de projets un statut d’entrepreneur salarié – des coopératives d’habitation, des associations de monnaie locale, etc. Un collège à l’image d’un cœur qui viendrait alimenter un corps social en manque d’énergie vitale.

Les communes réagissent-elles positivement à ce nouveau modèle économique et social ?

Pour ne citer que deux exemples parmi bien d’autres, la Commune de Grande Synthe dans le département du Nord en région Hauts-de-France comme celle de Meyrin dans le canton de Genève se sont notamment montrées fort intéressées par ce modèle. La force de Zoein, c’est de présenter aux collectivités une équipe de chercheurs qui les accompagnent dans leur transition écologique et solidaire.

Précisément, Zoein rassemble treize chercheurs au sein de son conseil scientifique. Quel est leur rôle?

Ces chercheurs sont pour Zoein la garantie d’être au top de l’information scientifique concernant le climat, la biodiversité, les nouveaux modèles économiques et, plus généralement, la transition écologique et solidaire.

Par ailleurs, ce sont des chercheurs engagés qui, dans leur parcours personnel, veulent aller plus loin qu’un simple état des lieux de la science. Enfin, ils proposent une expertise pertinente des projets soutenus par Zoein dont peuvent profiter également les partenaires de la fondation. Qui plus est, chacun de ces chercheurs jouit d’une connaissance plus affinée de certaines régions du monde: l’Inde et le Mexique pour l’économiste Jean-Michel Servet, la Bolivie pour la socio-économiste Solène Morvant-Roux, le monde des Amérindiens pour le climatologue Hervé Le Treut, etc.

Qu’en est-il des relations de Zoein avec la Fondation Nicolas Hulot (FNH)?

Je suis moi-même membre du conseil scientifique de la FNH avec l’économiste Alain Karsenty et la climatologue Marie-Antoinette Mélières. Les deux fondations partagent des projets de recherche. Par ailleurs, Zoein est impliquée dans l’international, contrairement à la FNH.

La transition écologique et solidaire n’inclut-elle pas aussi une transition intérieure?

Assurément. Face aux bouleversements présents et à venir, il nous appartient de dépasser ce sentiment de peur qui fait partie de la vie mais qui ne la résume pas. Une fondation qui précisément met en œuvre la vie, comme son nom le souligne, rassemble des membres qui partagent en commun la volonté de transcender les émotions qui nous paralysent. Autant que faire se peut, en toute humilité. Dans sa dimension spirituelle, la transition intérieure nous relie à la sagesse, notamment celle véhiculée par nos ancêtres, sur tous les continents, qui constituent le socle de notre humanité.

Quels sont les projets de Zoein dans cette dimension intérieure?

Zoein participe notamment à une collection aux Presses universitaires de France (PUF) qui met en lumière la tradition orale de certains peuples par le témoignage vivant de leurs représentants. Nos savoirs universitaires et leurs savoirs ancestraux se valorisent mutuellement. Nous sommes frères et sœurs d’une même planète!

Propos recueillis par Philippe Le Bé.

  • Pour un revenu de transition écologique, par Sophie Swaton, 2018 (PUF)

 




« Les treize miroirs du conseil scientifique de Zoein ». Propos recueillis par Philippe Le Bé, journaliste

«Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité !» Il faisait étrangement chaud ce vendredi 13 octobre 2018 dans les rues de Genève. Comme si, pour marquer cette marche pour le climat, le ciel tenait lui aussi à se manifester. Scandés par des jeunes gens de Greenpeace qui menaient le bal, aussi déterminés que non violents, les slogans étaient repris par des milliers de manifestants, de tous âges, de tous milieux.

L’hiver 2019 n’aura pas refroidi cette prise de conscience collective. Bien au contraire ! Notamment en France, Allemagne, Belgique, Suisse et jusqu’en Australie, le mouvement de « grèves scolaires pour le climat » rassemble régulièrement dans la rue des dizaines de milliers de manifestants, collégiens, lycéens et étudiants, toujours plus nombreux. Ce mouvement rejoint désormais par l’ensemble de la population a été initié par l’adolescente suédoise Greta Thunberg, militante de l’environnement, qui s’est rendue fin janvier à Davos pour clamer à tous les membres du World Economic Forum : «Notre maison brûle et je veux que vous paniquiez!»

Face à l’effondrement de la biodiversité et au dérèglement climatique désormais largement perceptible – celui-ci aggravant celui-là – la tentation serait grande de sombrer dans le désespoir. A l’approche de l’inéluctable fin d’un monde, hypothèse moins insupportable que la fin du monde, à quoi bon dessiner un futur, à quoi bon lutter ? Le renoncement, c’est précisément ce que refuse la jeune génération.

Qui plus est, la lucide analyse des membres du conseil scientifique de Zoein que nous avons rencontrés ne nous conduit pas à une voie sans issue. Qu’ils soient climatologue, philosophe, biophysicien, économiste, juriste, agroforestier ou biologiste, ces femmes et ces hommes suggèrent un éventail de solutions car «il est encore temps d’éviter l’irréparable», comme le souligne Marie-Antoinette Mélières, physicienne climatologue.

Certes, la partie est loin d’être gagnée. «Systèmes économiques et juridiques, modes de vie, tout est à repenser», estime le philosophe Dominique Bourg. Il nous faut ni plus ni moins «inventer un futur différent» déclare le climatologue Hervé Le Treut. Mais si, comme le relève le biophysicien Jacques Dubochet, nous y mettons toute notre énergie «en luttant pour le climat comme le monde a lutté contre les nazis», nos enfants et petits-enfants n’auront pas à nous demander pourquoi, conscients du péril, nous n’avons rien fait pour éviter le pire. Jacques Dubochet est d’ailleurs en première ligne pour soutenir le mouvement des jeunes. «C’est leur affaire, leur vie, ils ne la laisseront à personne», écrit-il dans la presse suisse.

Treize témoignages, dans l’esprit de Zoein, nous invitent donc à passer de la parole aux actes, à prouver qu’un autre monde est possible, en nous inspirant notamment des lois de la nature vivante trop longtemps ignorées et bafouées. C’est seulement en apprenant enfin à les respecter que nous apprendrons à nous respecter nous-mêmes. Ici et maintenant.

Philippe Le Bé.




Vers une Université paysanne

Cet entretien avec Philippe Desbrosses est une façon de revenir sur l’histoire de l’agriculture biologique, au travers du prisme de l’un de ses acteurs. Par ailleurs, nous intéresse au plus haut point, ainsi que notre partenaire la Fondation Zoein, le projet d’université paysanne.

Dominique Bourg

Légende de l’image liminaire :

Cette image illustre la répartition des parcelles protégées, réparties sur les 100 ha du domaine de la ferme Sainte-Marthe pour éviter les croisements, issus de pollinisations intempestives et maintenir la pureté et l’originalité des caractères génétiques de nos collections de semences.

 

Les étangs. La ferme recèle 18 ha d’eau en plusieurs étangs. Ici c’est l’étang du Moulin, que les cygnes de la Loire ont adopté pour en faire leur « pouponnière » annuelle. De nombreux petits naissent en ce lieu, en raison du microclimat favorable généré par la Forêt de Bruadan, qui l’entoure, puis ils repartent ensuite avec les adultes sur les rivières de la Loire et du Loiret.

 

Préambule de Philippe Desbrosses :

 

D’abord je tiens à faire une déclaration de principe, en préambule à cette interview. Je remercie Dominique Bourg de m’aider à cette tâche ardue, raconter une histoire atypique pleine de rebondissements, celle de mon engagement fondateur dans la création des Mouvements d’Agriculture Biologique, français et européens dès les années 70, qui heureusement ont maintenu avec persévérance leur longue marche pour atteindre le succès qu’on leur reconnaît aujourd’hui.

Je veux que l’on sache à quels sacrifices joyeux ont été confronté tous les pionniers historiques qui ont permis cette épopée triomphale surtout quels furent les éléments moteurs de notre démarche, comment, pourquoi, dans quel esprit ; quelle motivation et quel rêve sensé ou insensé nous habitait pour entreprendre ce long parcours.

C’est à ce fil rouge que je me tiendrai pour expliquer toutes les péripéties, les embuches ou les bonnes fortunes, les opportunités ou les chausse-trappes qui ont émaillé mon itinéraire.

 Quelques lignes plus loin j’explique le lieu d’où je viens, l’endroit d’où je parle…

Mais en préambule, je commencerai par ma profession de foi, dont je mesure l’adéquation avec les temps que nous vivons : Préserver notre Bien le plus précieux, la pérennité et la fécondité de la Terre, qui conditionne tout le reste ici-bas, Santé, Beauté, Bien-Être, Prospérité, Bonheur et Paix.

N.B. J’ai toujours été respectueux du travail et de la créativité dont ont fait preuve des générations de Paysans, avant nous, dans leurs patientes innovations.

Je leur voue même de l’admiration pour l’exemple qu’ils suscitent depuis des millénaires, en réinventant les bases et les pratiques de la fonction la plus indispensable et la plus noble au maintien de la vie sur cette planète : l’art de l’agri-culture.

A travers leurs inspirations et avec ce qu’il faut bien appeler « le génie de l’empirisme » tel que l’ont pratiqué depuis des générations, les Paysans se sont adaptés et ont enrichi ce monde en le réinventant en permanence au cours des siècles.

Vue aérienne du site de la Ferme de Sainte-Marthe et des Guineaux, (paysage photographié en hiver). On observe au premier plan le jardin mandala, les serres, les hangars, les parkings, les corps de bâtiments du Centre Pilote de formation, le tout entouré d’un territoire de 100 ha.

 

C’est pourquoi l’idée d’une « UNIVERSITÉ DE LA TERRE » s’impose pour sauver les « savoir-faire » essentiels, et les ressources morales des agricultures paysannes.

Nous avons besoin d’une Agri-culture dédiée aux besoins essentiels de la Terre et des êtres vivants ; (une Agriculture vivrière – écologique – autonome – économe, durable et salubre.

Une Agriculture inspirée des expériences millénaires et des savoirs faires des Peuples qui nous ont précédés, car nos artifices modernes ont montré leurs limites…

Rappel d’où je parle :

Je suis né à la Ferme familiale achetée par mes Grands-Parents Pierre et Agnès Desbrosses en 1921, il y aura cent ans cette année 2021. Ensuite mes Parents, Pierre et Yvette Desbrosses, ont succédé à mes grands-parents (et j’ai failli être le 3ème Pierre de la dynastie) mais sous l’influence du Médecin de la commune, ancien Major de l’armée qui a accouché ma mère, je me retrouvais avec le prénom de Philippe.

Cette ferme du domaine des Guineaux et Sainte-Marthe, ancienne chancellerie fortifiée dont on retrouve mention dans des archives du XIIIe siècle, fait partie du territoire de Bruadan, ancienne Forêt Celtique de 3.000 ha sur la commune de Millançay – 41200. (Loir-&-Cher) et les communes voisines de Marcilly-en-Gault, Loreux et Villeherviers.

Je suis donc né en plein cœur de la Sologne sur une terre peu fertile qui comme l’étymologie de son nom le rappelle « Selogonia…est le pays du seigle », une céréale secondaire des terroirs « présumés » pauvres comme la Bretagne avec son seigle et son sarrasin…

Et puis, comme je crois fermement que nous ne sommes pas là par hasard, je me suis intéressé à l’histoire récente et lointaine de mon lieu d’atterrissage… c’est ainsi que je suis remonté à l’antiquité, à l’histoire de Millançay : « Médiolanium » en gallo-Romain, très ancienne cité, désignée par Jules César dans ses carnets de campagne entreposés à la Bibliothèque de Florence en Italie, où il relate ses faits d’armes, puisqu’ il y est venu livrer bataille aux irréductibles gaulois qui troublaient la « Pax Romana » en 52  de notre ère.

On y apprend que Millançay était la ligne de démarcation, entre le Pays des tribus Bituriges, (Bourges) et le Pays des Carnutes (Chartres) c’est d’ailleurs à Millançay, étymologie de Médiolanium, traduction : « La Plaine Sacrée du Milieu », que s’organisait la rébellion contre César.

Les batailles jusqu’à Neung-sur-Beuvron firent de nombreux morts dont César relate les circonstances dans ses Cahiers de Campagne, en ne citant que 3 sites importants en Sologne : Millançay, Gien et le Pont-de-Sauldre, (un quartier du Romorantin d’aujourd’hui.) Apparemment la capitale de la Sologne n’existait pas encore.

La forêt de Bruadan nous entoure toujours de ses 3.000 ha comme un cocon protecteur.

Elle fut aussi avec les étangs de notre domaine, le territoire de chasse et de pêche de François 1er qui y amena Léonard de Vinci pour dresser les plans d’une future ville Royale, (extension de Romorantin…) Mais en raison des sous-sols marécageux, instables, le projet fut déplacé au nord pour devenir le château de Chambord.

Voilà comment je prends racine dans cette portion de terre au milieu de la France, où je vis une enfance heureuse malgré les rudes conditions des familles paysannes, évoluant avec les pratiques agricoles et les 30 Glorieuses, (ou Désastreuses) qui sonnèrent le glas des 4/5e de la paysannerie française.

 

Philippe au printemps 1982, dans le premier champs de lupin jaune en Sologne. Celui-ci, d’origine Hongroise, est un extraordinaire « précédent cultural » qui enrichit, pour les cultures suivantes, les sols pauvres et dégradés, tout en fournissant des graines plus riches en protéines que le soja pour l’alimentation humaine et animale. Cette variété fut importée clandestinement des pays de l’Est. Elle a donné en 90 jours, cette masse végétale luxuriante, sans aucun apport de fertilisants, alors que la parcelle était devenue stérile, et composée d’un sable squelettique, était devenue une garenne à lapins abandonnée. D’où le surnom donné au Lupin Jaune depuis des décennies de: « PLANTE D’OR DES SABLES »

Dominique Bourg :

Remontons si vous le voulez bien assez haut dans votre parcours de vie. En 1957, vous arrêtez vos études secondaires pour rejoindre la ferme familiale…

Philippe Desbrosses :

J’ai quitté le collège après un accident de cheval de mon père qui a été sévèrement handicapé par une jambe brisée et fracture mal réduite, et j’ai assumé la responsabilité de la ferme avec ma Mère et mon jeune frère de 3 ans mon cadet. Mon grand-père conscient de mon désir intense d’apprendre, m’a alors inscrit et payé les études par correspondance à l’École Universelle de Paris, où j’ai fait un peu de tout… du droit, de l’anthropologie, de la littérature, des langues etc. Mais ce qui m’intéressait le plus, c’était la musique que j’avais découvert en même temps. Je me destinais alors à la guitare. Et très vite j’ai rejoint le milieu de la musique et des orchestres régionaux.

Deux ans plus tard j’ai rejoint un orchestre professionnel de variétés qui a évolué en groupe de Pop’Music – Belisama –, où mon épouse chantait les principaux succès qu’elle avait composés. Jacques Dutronc nous a parrainé pour rejoindre sa firme de disques Vogue. Nous nous sommes alors retrouvés parmi les artistes plébiscités au hit-parade d’Europe 1 en 1969 sous la houlette de Patrick Topalov. Ma période show-business a duré du début des années 1960 au début des années 1970. Nous étions assez sollicités, et partions en tournée à l’étranger, dans les boites à la mode, « Top Hat » de Madrid, « Révolution » à Londres, etc. Cependant l’effet « Mai 1968 » m’avait sérieusement ébranlé dans ma vision et mes attentes sur le monde, et je supportais de moins en moins l’ambiance frivole du show-biz … je rêvais de retour à la Terre.

https://www.youtube.com/watch?v=7uoTqy9hD0o

Pochette du disque Belisama.

Éternelle épouse du Verbe, Belisama est sous des noms divers
Notre-Dame de tous les Temps et de tous les Peuples.
Elle est pour les Celtes, l’épouse du Dieu Belen, part fécondable
De lui-même, Vierge Noire comme la matière primordiale,
Mère éternelle de l’Enfant Dieu.
Les Gaules lui avaient consacré sur la terre qui porte son nom : La Beauce,
(Par contraction du terme Belisama, Belisa, Biausa et Beauce…) les pierres
Qui sont devenues Notre Dame de Chartres.
Louis Charpentier

 

C’est avec cette composition originale de l’épouse de Philippe, que le Groupe accéda aux premières places du Hit-Parade d’Europe 1, en 1969.

 

J’ai donc commencé progressivement à revenir à la ferme, empreint de la nostalgie de mon enfance paysanne. J’étais heureux dans cette nature ou chaque chose avait du sens. Je me souviens encore d’un moment d’exaltation où j’ai compris l’enjeu de mon retour à la Terre, et pleinement assumé mon choix de redevenir paysan, qui me semblait le plus noble des métiers. Je n’en n’étais pas moins amer à l’égard de la société qui affichait son mépris pour les gens de la campagne, les qualifiant de péquenauds, pedzouilles et autres pseudonymes peu amènes, alors que nous accomplissions un rôle indispensable pour la communauté humaine. J’étais en colère en pensant que mes copains avaient leur samedi et leur dimanche, alors qu’à la ferme, nous n’avions que le dimanche après-midi, comme loisir, puisqu’il fallait bien s’occuper des animaux et que je n’avais personne à qui adresser mes revendications hormis à mon entourage où chacun avait aussi sa part des contraintes domestiques… J’étais tellement ulcéré par cette déconsidération injuste, que j’en ai rédigé un poème-plaidoyer, qui m’est tout droit sorti du cœur en quelques strophes et ne m’a jamais quitté, comme gravé dans le marbre  :

 

            Le Dimanche du Paysan !

Au long des chemins creux qui sillonnent les champs,

Dans le matin brumeux, où vas-tu paysan ?

L’aube naît à peine à l’horizon sanglant,

Que déjà dans la plaine, tu marches paysan.

 

Pourquoi ce dos courbé ? Pourquoi ce pas pesant ?

Quel est ce condamné qui marche au châtiment ?

Quoi ! Tu pars travailler en cette heure matinale ?

As-tu donc oublié l’arrêt dominical ?

 

Non, c’est ton lot à toi dans ce monde dévorant,

Il te faut, c’est la loi, continuer, paysan.

Peu t’importent les jours, les années ou le temps,

Car sans cesse toujours tu marches, paysan.

 

On rit de toi souvent dans les salons feutrés,

Et ton nom, paysan, sert d’insulte aux valets ;

Pourtant, quelle noblesse chaque jour humblement,

Tu mêles à ton adresse, dans ta tâche, paysan !

Philippe D. en concert improvisé dans une auberge locale, en famille et entre amis, chante et accompagne ses compositions originales (style Country).

 

C’était une période riche de découvertes et d’engagements pour moi ; j’avais cette foi inébranlable de pouvoir changer le monde, dans le brassage des réflexions, et des idées novatrices qui caractérisaient la mutation historique des années 60/70. Je revenais à la ferme régulièrement chercher mon inspiration dans les valeurs stables du monde paysan.

Un jour ma mère m’a raconté une anecdote qui a achevé de me convaincre… Mon père avait rencontré mon ancien professeur d’agriculture – j’avais en effet suivi des cours agricoles postscolaires. C’était un Monsieur spirituellement engagé, Jean Ridard, qui vivait à l’abbaye de Solesmes. Quand il a revu mon père, un jour sur le marché de Romorantin, il lui a parlé de sa nouvelle orientation. Il était devenu correcteur de cours chez Lemaire-Boucher, l’une des premières structures à avoir développé à grande échelle la promotion de l’agriculture biologique en France. Mon Père, habituellement ponctuel, en avait oublié l’heure du déjeuner tellement il était troublé et impressionné par la rencontre et les révélations de du professeur… qui lui a dit en substance : il faut arrêter cette folle dérive de l’Agriculture chimique et il a conclu par cette déclaration imparable : « Nous les agronomes, nous nous sommes trompés sur toute la ligne, nous devons réapprendre tout le contraire de ce que nous avons appris... ».

Cette sentence a fait l’effet d’un coup de tonnerre, autant sur mes parents que sur moi-même… Ah bon ce n’était donc pas le progrès cette agriculture intensive… ? Non c’était plutôt le contraire et nous n’allions pas tarder à en payer le prix nous fut-il répondu.

La conséquence de ce séisme dans nos consciences, c’est que sans plus attendre mes parents ont pris la décision de convertir la Ferme à l’Agriculture Bio. C’est ainsi qu’en 1969 nous avions déjà la certification Nature & Progrès, l’un des rares labels accordé aux pionniers de l’époque.

Je ne revins à la ferme que vers les années 1971 – 72 et je pris la direction d’une partie de l’exploitation qu’en 1974 pour y introduire le maraîchage. Avec l’opportunité de cette conversion qui faisait sens pour moi, je n’avais plus envie de continuer dans le milieu factice et frivole du show-biz, où les impresarii aux grosses bagues ostentatoires, et aux cigares nauséabonds… n’avaient vraiment rien pour me séduire…

A la Ferme de Sainte-Marthe, le 4 MAI 2000, Raoni, le chef Kayapo d’Amazonie, reçoit de Philippe les graines de la descendance
des variétés « empruntées » 500 ans plus tôt par les Conquistadors, afin que nul n’oublie que ce sont ces variétés natives de l’Amérique Pré-Colombienne, qui ont fait la prospérité de l’Agriculture moderne occidentale : Maïs, Haricots, Pommes-de-Terre, Tomates, Fraises, Tournesols, Cucurbitacées, dont Courges et Potirons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D. B.

Si je comprends bien votre sensibilité aux questions bio apparaît avant même que vous ayez repris la ferme familiale, quand vous êtes encore dans le monde de la « variété » ?

Ph. D. 

Oui c’est ça, on est sur la fin des contrats de galas que nous ne voulions pas renouveler. Le dernier engagement, était un réveillon dansant de la St-Sylvestre à Caen à la fin de l’année 1972.

Il y eut une période où j’étais encore entre deux eaux, un peu à la ferme, et un peu dans le milieu de la variété, où je caressais secrètement un projet d’émission quotidienne avec le soutien de Serge Flateau directeur des Programmes de France-Inter.

Un soir de février 1973, je regardais une émission sur Antenne 2, consacrée au Commandant Cousteau, où l’on parlait du langage des dauphins. Parmi les intervenants Marie-Claire Busnel de la faculté de médecine de Paris, et participant aux Recherches Scientifiques de l’INRA sur le langage des animaux et sur la création de systèmes d’effarouchement sonores dans les aéroports, pour réduire les accidents liés aux collisions d’oiseaux avec les turbines des réacteurs en vol, compromettant gravement la sécurité aérienne… J’y ai découvert un univers d’expériences passionnantes qui rejoignait mon projet d’émissions sur « les Pouvoirs de la Musique et les psycho-structures sonores » . Rendez-vous pris dès le lendemain avec M.- C. Busnel, qui est toujours très active à 96 ans et publie encore des ouvrages sur les sons de la vie intra-utérine dont elle est une des spécialistes mondialement connue ; Je m’honore de son amitié et de ses conseil depuis près d’un demi-siècle… C’est grâce à elle que j’ai rencontré et travaillé avec des agronomes réputés comme le Professeur Keilling… Elle fut une source d’inspiration et un guide précieux pour présenter ma thèse de doctorat à l’Université de Jussieu en décembre 1987, sous la direction du Physicien Jacques Vigneron.

Dès les années 1978 à 1980 j’ai participé à la création des principales organisations professionnelles d’agriculture biologique que j’ai présidées pour la plupart pendant une douzaine d’années. Voir les détails plus loin.

Nous étions en rapport avec des formations politiques engagées dans la reconnaissance officielle de ce nouveau courant de l’Agriculture, et nous pensions, en 1981, que la gauche au Pouvoir faciliterait l’avènement d’une agriculture plus équitable et plus respectueuse de la Nature et des hommes.

Il y eu bien quelques ouvertures, mais l’appareil d’État était entièrement dévolu à la révolution industrielle et au dictat de Bretton Wood et du rouleau-compresseur du Plan Marshall, qui ont anéanti en trois décennies les espoirs du Monde Rural en Europe… transformation instrumentalisée en France par le fameux Rapport Rueff-Armand, du nom des deux technocrates missionnés par le général De Gaulle pour rattraper le retard de l’industrialisation de la France sur la Grande-Bretagne et les États-Unis. La population agricole et l’économie rurale ont été entièrement sacrifiés à cette compétition désastreuse humainement et écologiquement.

Édith Cresson, première femme ministre de l’agriculture a d’abord lancé un grand sondage à travers la France pour recenser le nombre des adeptes de l’Agriculture Biologique, ce qui a pris plus d’un an pour savoir qui nous étions et si nous étions représentatifs… A notre grande surprise nous étions déjà 11.000 exploitations se revendiquant de l’Agriculture Biologique en 1982. Et une grande majorité était adhérente aux organisations que je présidais. Dans la foulée, une Commission Nationale de l’A.B. a été créée par Michel Rocard, nouveau Ministre de l’Agriculture en 1983, pour gérer la certification et le label AB d’abord sous tutelle de l’administration, et que j’ai fini par présider de 2004 à 2007 sous le mandat de Michel Barnier, qui m’avait nommé à ce poste stratégique pour développer la filière agrobiologique à 20% de parts de marché et participer au copilotage des accords de Grenelle.

Stage Octobre 2008

Image d’un groupe de stagiaires parmi les centaines de groupes qui se sont succédé en 25 ans à la Ferme-école de Sainte-Marthe.

D. B.

Revenons à votre engagement paysan et à votre retour à la ferme. Ce fut bien progressif ?

Ph. D.

Oui, mais je voudrais juste faire un retour sur la rapidité de l’effondrement de l’Agriculture paysanne sous l’alibi de la modernisation et donner quelques indications sur l’ampleur des bouleversements vécus par les campagnes entre les années 70, période de l’entrée en scène des mouvements Bio et la fin des années 80, où s’est produit le choc démographique de désertification des campagnes, tel que je l’ai vécu dans mon périmètre immédiat du village de Millançay en loir-&-Cher.

 À l’époque il y avait 18 fermes autour de notre exploitation, qui cohabitaient. Vingt-ans plus tard il n’y en avait plus qu’une en exercice : la nôtre… Imaginez le choc de la métamorphose ! Le silence des campagnes au moment des travaux des champs, l’effervescence autrefois des moissons où tout le monde s’entraidait, la disparition des fêtes traditionnelles des laboureurs, ou des vignerons, des fenaisons ou des pêches d’étangs désormais abandonnées. Avant on vivait dans ce cycle permanent des travaux saisonniers, depuis des temps immémoriaux et soudain, en une génération, toutes les fermes ont disparu les unes après les autres, les petites, les moyennes, les grandes aussi… dans une gigantesque hémorragie silencieuse.

 De retour de mon périple échevelé des tournées de galas, à partir de 1973, je me remémore cette anecdote d’un après-midi d’août 73, à la ferme, où je m’occupais des vaches avec notre fidèle et dévouée Jeanne L., attachée à la famille autant qu’au troupeau depuis des lustres, qui m’avait vu naître et vu naître mon père et vivait intensément les aventures de la famille à laquelle elle s’était attachée. Elle m’observait à ce moment avec curiosité, car elle ressentait le débat intérieur qui m’animait à cet instant. En effet je m’étais pris à imaginer la chute du piédestal si le public me voyait maintenant, moi le Desbrosses sans costume à paillettes, au cul des vaches, avec mes bottes maculées de bouse fraîche, il ne manquerait pas de conclure à une grande décadence et disgrâce.

J’étais revenu, en quelque sorte, à la case départ, celle du petit paysan dévalorisé, sans avenir. Mais, paradoxe ou inconscience, et même arrogance de ma part, au lieu de me sentir affecté ou humilié par cette comparaison, j’en ressentis au contraire une grande bouffée de certitude et d’allégresse à la mesure de la transe qui m’exaltait. J’ai senti la foi qui m’animait et qui m’assurait au contraire que je prenais le départ d’une grande aventure pour l’avenir, un long périple en perspective pour participer à la réorientation de l’agriculture dévoyée. J’ai toujours des frissons dans le dos en me remémorant cet instant. Ça devait être visible à l’extérieur, pour que Jeanne me regarda avec une telle curiosité et murmura : « tu vas faire ça maintenant ? ». Elle avait compris en silence ce qui se passait en moi, ce sentiment d’un destin tout tracé, même si cela peut paraître présomptueux, ne m’a jamais quitté, même (et surtout) dans les moments de doute et de difficultés.

Je pense que ce genre de phénomène n’arrive pas par hasard et que nous sommes nombreux à recevoir de tels présages, mais nous n’y accordons pas l’attention qu’ils méritent.

Puis j’ai commencé à remuer beaucoup dans les médias qui accueillaient volontiers mes chroniques et mes billets d’humeur. J’utilisais mon carnet d’adresses, celui de l’époque flamboyante des tournées et des émissions radio-TV. Je souhaitais transmettre mes réflexions pour réhabiliter la Terre et les Paysans.

La première personnalité à me répondre positivement fut Jacques Chancel, qui m’invita sur France-Inter dans sa célèbre émission Radioscopie, en octobre 1974. Je lui avais écrit une lettre, certainement convaincante, pour lui dire que je voulais parler de la condition des paysans qui n’avaient pas souvent accès à des auditoires comme le sien, mais qui avaient néanmoins des choses importantes à partager avec les autres composantes de la société, tellement éloignées des réalités de la Terre. Il m’a répondu immédiatement par l’intermédiaire de son assistante, Ève Ruggieri, qui après un court entretien téléphonique me proposa la date du 4 octobre.

Ce fut une réelle opportunité et une chance pour moi de m’exprimer pendant une heure de grande écoute, dans cette émission culte pour délivrer un message inspiré par ma passion, face aux répliques pertinentes et bienveillantes du journaliste.

 Cette émission fut un succès avec de nombreuses retombées, venant même du Canada, de Nouméa, et de personnalités inattendues comme le Capitaine Peter Towsend qui m’invita dans sa résidence en vallée de Chevreuse pour parler plantes et jardin. Cet évènement m’a propulsé comme porte-parole des mouvements bio. émergents, dont j’ai contribué à la mise en place et fus élu Président-Fondateur, après avoir cocréé la FNAB en 1978, l’UNITRAB en 1979, devenu SYNABIO, la Charte de Blois, le 19 Juin 1980 et le CINAB (Comité Interprofessionnel National de l’A.B.) auquel adhérèrent la majorité des Producteurs, Transformateurs, Distributeurs et Consommateur de produits Bio, et pour couronner le tout, je fus nommé Chef de la Délégation Européenne de l’ IFOAM, (International Federation of Organic Agriculture Movements) spécialement créée par l’assemblée Générale de la Fédération Mondiale à Witzenhausen en août 1984. C’est ainsi que je me suis retrouvé en responsabilité de l’officialisation et de la certification Bio au niveau français et européen depuis le début des années 80.

Conforté par mes différents mandats je pris contact avec l’ensemble des formations politiques et administrations françaises et européennes, pour faire avancer la reconnaissance et le développement de l’A.B.

En 1985, lors d’une conférence de Presse au salon de l’agriculture par le Commissaire européen de l’époque (Frans Andriessen) qui annonçait la création d ‘une nouvelle PAC Verte, j’en ai profité pour lui demander s’il jugeait opportun d’introduire les propositions de l’agriculture biologique dans cette Nouvelle Politique Agricole Commune. Il m’a confirmé publiquement que oui, et m’a invité a participé avec les membres de ma délégation, aux travaux de la Commission pour la réforme de la P.A.C.

 Nous avons donc participé à l’élaboration du premier Règlement Bio Européen, publié en 1991 et surtout nous avons contribué à fédérer les différentes chapelles de la bio pour un mouvement plus dynamique et plus efficace, en phase avec aspirations naissantes dans la société civile, pour une agriculture respectueuse de la santé et de l’environnement.

Réception officielle de la Délégation de scientifiques RUSSES, juillet 2018 à la Mairie de Millançay – Colloque Franco-Russe sur le LUPIN, organisé par Ph. Desbrosses. On reconnait au premier rang, devant M. le Maire de Millançay et plusieurs élus de la Région, Mme Nadejda Misnikova Secrétaire scientifique de l’Institut Russe du Lupin, le Docteur German Iagovenko, directeur de l’Institut Russe du Lupin de Briansk-Moscou le Professeur Boguslav Kurlovitch, mondialement renommé, directeur des collections de Lupin à l’Institut Vavilov de SainT-Pétersbourg. Également sur la photo les scientifiques français : Pierre-Henri Gouyon Prof. au Muséum d’Histoire Naturelle et Science Po, Pierre Weill fondateur de Bleu-Blanc-Cœur, etc

 

D. B.

Parlez-nous aussi de votre thèse sur le lupin, autre source de votre légitimité à incarner l’agriculture biologique.

Ph. D.

J’ai effectivement soutenu une thèse de doctorat sur le lupin, avec mention à l’Université de Jussieu, le titre en était : Le lupin, plante et méthode de production Biologique avec comme objectif de faire rentrer la bio par la grande porte de la Communauté Scientifique.  J’ai présenté ma thèse dans l’amphithéâtre Jacques Monod, à Jussieu, devant un public de 200 personnes, dont des journalistes. Et le lendemain Le Monde titrait : « Le paysan est devenu docteur ». J’étais très attentif à ce que ma thèse soit reconnue, car les adversaires de la Bio étaient en embuscade, compte-tenu de la portée d’une telle reconnaissance pour l’avenir de la filière.

On m’a demandé ce qui m’avait donné l’idée de cette thèse : c’est simple, parce qu’en France ne sont considérés que les gens détenteurs de diplômes ! Et j’avais bien compris l’intérêt d’une thèse dûment validée par un jury International, en l’occurrence 9 professeurs d’universités et d’institutions françaises et étrangères, dont Kassel, Witzenhausen, Amsterdam, Lausanne, Paris, Tours, Aix, Corte.

Isabelle, directrice du Conservatoire de semences « Mille Variétés Anciennes », oeuvre aux cotés de Philippe en développant la diffusion des variétés traditionnelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D. B.

Quand avez-vous créé le conservatoire des graines ?

Ph. D.

En 1974 et je vais vous dire comment est né mon intérêt pour les semences, (premier maillon de la chaîne alimentaire). Lorsque les cultures de maïs ou de céréales diverses sont envahies par les mauvaises herbes au point d’être submergées, vous vous demandez comment ont pratiqué nos prédécesseurs, autrefois, pour avoir une agriculture prospère, avec des rendements honorables ?

S’impose alors la notion de « variétés rustiques ». Quelles étaient, en ces temps reculés, (1/2 siècle ou un siècle auparavant) les variétés utilisées ?

Là j’ai découvert le pot-aux-roses : La plupart des variétés d’antan avaient disparu, remplacées par les céréales moderne à paille courte comme le CAPELLE, (cas d’école) un petit blé qu’on a raccourci de manière artificielle pour qu’il ne pompe pas trop les fertilisants du sol et qu’il mette toute l’énergie dans les grains pour faire du volume. C’était un blé fourrager, c’est-à-dire non panifiable, mais il nous faisait du 60 quintaux à l’hectare, ce qui est extraordinaire en Sologne, mais ce résultat avec le doping de 120 unités d’azote à l’hectare ! C’était les résultats, des années 50 – 60, quand on faisait encore la moisson avec les chevaux. Mais avec les nouvelles fertilisations intensives, les moissonneuses-lieuses à traction animale ne pouvaient plus absorber les récoltes, tant celles-ci étaient denses !

Alors le marchand de machines agricoles qui nous avait vendu la nouvelle moissonneuse-lieuse, que les 3 chevaux n’arrivaient toujours pas à arracher, nous proposa pour nous dépanner, de nous prêter un petit tracteur McCormick récemment arrivé d’Amérique pour tirer la machine, et en s’engageant à le reprendre à la fin de la moisson si ça ne nous convenait pas.

Mais savez-vous ce qu’il advint, c’était prévisible quand on amène un beau joujou dans une ferme où il y a un adolescent de quinze ans, le tracteur n’est jamais reparti, au contraire c’est toute une panoplie de nouveaux outils agraires qui sont venus le rejoindre. Et toute la gestion des terres en fut bouleversée.

Je vois encore mon grand-père s’arracher les cheveux de voir les grosses roues du tracteur écraser le « guéret » comme il disait, et compromettre la bonne levée des récoltes.

Voilà comment s’est imposé, par la sélection de variétés adaptées et l’usage des engrais artificiels qui ont rendu nos outils traditionnels caducs, avec les machines automatiques et les tracteurs de plus en plus puissants… jusqu’aux mastodontes que l’on voit aujourd’hui arpenter les champs comme des chantiers d’autoroute. Pour ceux qui connaissent la subtilité du vivant dans les sols, ils savent très bien que les récoltes ne dépendent plus de la microbiologie et de la fécondité de la Terre, mais des tonnes d’engrais solubles qu’on y déverse comme sur un support inerte et qui permettent aux plantes de pousser essentiellement avec le doping de cette chimie importée, obtenue à grand renfort d’énergie fossile. D’où le concept du hors-sol… et ses conséquences désastreuses sur le climat. Alors que l’écosystème peut faire ça tout seul, de manière autonome, économiquement, durablement et sainement.

On comprend mieux pourquoi la pétrochimie a imposé sa domination sur toute l’agriculture contemporaine et pourquoi les Paysans ont disparu des campagnes.

Pour revenir à la question des semences je raconterai cette conversation édifiante avec un collectionneur de blés du Berry dans l’Indre, qui me raconta que les blés modernes n’étaient plus pareils à ceux d’autrefois. Trop courts, ils sont plus vite envahis par les adventices, d’où l’obligation d’utiliser des herbicides. Comme de toute façon la Sologne n’a pas pour vocation de produire des céréales, sauf le seigle (qui lui a donné son nom : Séligonia, terre pauvre, marécageuse), j’ai pris la décision dès 1975 de changer d’orientation. L’association traditionnelle polyculture-élevage ne donnant pas de ressources suffisantes, je décidai de me lancer dans la culture de légumes bio, de passer au maraîchage.

Cette photo montre que le nombre des stagiaires n’a cessé d’augmenter au cours des années.
Nous en étions à des effectifs de 45 personnes, sur cette photo, après avoir commencé 25 ans
plus tôt avec des effectifs de 15 ou 20 personnes.

J’avais toutefois redécouvert un blé ancien, le « Rouge Inversable de Bordeaux », qui fait entre 1,50 m et 1,70 m de haut. Magnifique variété, défendue par Véronique Chable spécialiste des semences anciennes à l’INRAE. Mon premier essai fut concluant avec une récolte de 35 quintaux/ha (en Sologne), que Pierre Gevaert, créateur de la marque LIMA en Belgique, m’acheta et fit moudre à la minoterie réputée de la famille De Collogne à Précy-sur-Seine, laquelle a sélectionné et popularisé de nombreuses farines bio, depuis cette époque. Le 24 décembre 1975, M. DE COLLOGNE m’appelait au téléphone pour connaître l’identité de ce blé, dont il semblait émerveillé.

Bien sûr je me suis fait un plaisir de le renseigner en lui demandant pourquoi il tenait tant à cette information, il me déclara : « Monsieur Desbrosses, si nous avions des blés de cette qualité, nous n’aurions plus besoins d’acheter des « blés de Force » au Canada ou aux États-Unis, pour renforcer la valeur boulangère de nos farines médiocres et faire ainsi du pain digne de ce nom ! »

Voilà tout est dit : à force de ne privilégier que les rendements en quintaux, on oublie de faire des aliments comestibles avec des blés de qualité, mais qui bien sûr ont des rendements moins élevés.

Puisque les mauvais blés à gros rendements étaient payés au même prix que les bons, le choix était vite fait par les producteurs. Je ne suis pas sûr que cette situation ait beaucoup changé ?

Pour la petite histoire, Pierre Gevaert à fait découvrir la cuisine des céréales en Europe, popularisée par la « Macrobiotique », une pratique culinaire importée du Japon par le docteur Georges Oshawa. C’est de cette rencontre qu’est née la marque (LIMA) du nom de l’épouse de G. Oshawa, que Pierre Gevaert avait accueilli pour développer son projet d’aliments naturels. Nous nous sommes liés d’amitié avec celui-ci et nous avons créé ensemble l’UNITRAB ( Union Nationale Interprofessionnelle des Transformateurs et Redistributeurs de l’Agriculture Biologique), puis en 1980 je suis passé à l’étape au-dessus avec la création successive de la Charte de Blois et du CINAB (Comité le National de l’Agriculture Biologique), rassemblant tous les opérateurs de la Bio française, avec les réseaux de magasins diététiques ; les agriculteurs, distributeurs, transformateurs et consommateurs d’aliments bio répondirent massivement à mon appel du 19 juin 1980, pour réaliser cette Union qui fit notre force pour la suite du développement officiel de l’A.B.

C’est là, après mon intervention devant le Commissaire Européen à l’Agriculture, que je rencontrai ensuite, la haute administration de Bruxelles, le directeur des Services Administratifs de la Commission, Michel Barthélémy, pour présenter notre démarche, et nos propositions en faveur d’une agriculture européenne, respectueuse de la santé et de l’environnement.

Durant cette audience à laquelle participait également plusieurs hauts-responsables, dont le Chef de la Direction Générale de l’Environnement (Denis Godin), nous avons présenté les contours d’une Directive ou Règlement européen spécialement dédiée au développement de l’Agriculture Biologique.

Grand moment d’émotion lorsque les représentants administratifs de la C.E.E. ont pris la parole pour répondre à notre demande de reconnaissance de la filière A.B. en insistant sur leur satisfaction de nous nous avoir entendus et surtout d’avoir apprécié le discours unanime des membres de notre délégation laquelle comprenait les représentants des neufs pays membres à l’époque : (Allemagne, Belgique, Danemark, France, Grande-Bretagne, Hollande, Irlande, Italie, Luxembourg).

Voici les propos du directeur administratif qui m’ont personnellement marqué : « Mesdames, Messieurs, nous sommes très heureux et très émus de vous avoir entendus… En effet c’est la première fois que nous avons devant nous des personnes qui ne mettent pas en avant leurs intérêts catégoriels, pour parler d’une même voix, avec les mêmes convictions, de leurs responsabilités communes pour le bien de la Terre. Je ne sais pas encore ce que nous allons faire pour vous, mais je puis vous assurer que nous allons tout faire pour vous aider dans votre démarche d’intérêt général. » Quelques mois après cette rencontre, la Commission mettait en place une unité administrative spécifique pour l’Agriculture Biologique avec à sa tête M. Scarpe, qui a piloté nos travaux pendant les 7 années où nous avons bâti le premier Règlement Européen de l’Agriculture Biologique, qui fut promulgué à l’été 1991.

D’où l’importance d’avoir des alliés dans l’administration avec lesquels nous pouvions parler à cœur ouvert, sans craindre les coups tordus et surtout dans une période où les « trente mille lobbyistes » qui sévissent aujourd’hui en groupes de pression, étaient encore absents des coulisses de la Commission. Toutes ces conditions ont rendu notre travail relativement facile et expliquent comment nous avons pu verrouiller le secteur très convoité de l’Agriculture Biologique avant qu’il n’intéresse trop les « sphères affairistes ».

Aujourd’hui, ne pouvant pas simplifier à leur guise les règles de l’A.B., les opportunistes préfèrent inventer de nouveaux Labels qui fleurissent de toutes parts… mais gageons que ça finira également en pétard mouillé, comme la tentative avortée de « l’Agriculture Raisonnée », mise en place par L’U.I.P.P., le célèbre lobby des pesticides.

2ème Vue aérienne du siège de la Ferme – Plan élargi – Photo Printemps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D. B.

Revenons à la question des variétés à laquelle vous n’avez totalement pas répondu. Comment êtes-vous revenu à la culture d’anciennes variétés ?

Ph. D.

Au début ce fut pour l’aspect écologique et esthétique, mais aussi pour ne pas perdre un patrimoine précieux et parce que cette démarche avait du sens au-delà même de ce que j’ai découvert par la suite avec les endophytes, (microbiote des végétaux), désormais absents dans les variétés modernes qui provoquent l’effondrement progressif de l’écosystème terrestre ; d’où la nécessité urgente de sauvegarder les variétés ancestrales détentrices des fonctions vitales de la biodiversité qui n’est pas un aimable folklore pour « baba cools ».

Quand j’ai commencé à cultiver des plantes potagères, je me suis rendu compte qu’il fallait privilégier des variétés rustiques et ancestrales adaptées aux conditions pédoclimatiques des terroirs. Or, ce n’est pas le moindre des paradoxes, que de les avoir trouvées d’abord aux États-Unis, grâce aux héritages des traditions des peuples autochtones.

Les Amérindiens ont découvert que pour se prémunir contre les méfaits de la malbouffe industrielle des « néfastes Foods » (obésité, diabète, cancer, allergies, etc.) qui caractérisent ce pays neuf sans les acquis communs des traditions, ils devaient réhabiliter la cuisine de leurs ancêtres. C’est en constatant qu’ils n’avaient plus les ingrédients pour réhabiliter leurs menus traditionnels, qu’ils se sont aperçus de la perte de leurs flores et faunes spécifiques. Ils se sont donc mis en marche pour reconstituer la diversité de leur flore traditionnelle et créèrent les premiers Seed-savers (Sauveurs de semences). Déjà dans les années 80, ils avaient réussi à sauver 5’000 légumes-oubliés. Je suis allé me fournir dans leurs réseaux en variétés traditionnelles. Nous avons procédé par échanges (troc) de variétés anciennes, car il n’y avait pas de pratiques commerciales dans cette association. Pour cela il y a d’autres organismes spécialisés, comme Peace-seed, Seed-exchange, en Californie et en Arizona, etc., où l’on retrouve les anciennes variétés européennes, comme les melons Cantaloups par exemple, et toutes les variétés qui ont migré d’un continent à l’autre et vice-versa. On est ébloui par la diversité qu’on y découvre ; la richesse des collections de plantes natives de l’Amérique précolombienne : toutes ces courges, potirons et tomates multicolores, haricots, pomme-de-terre, maïs, etc. qui ont fait la prospérité de l’Agriculture occidentale contemporaine. Qu’aurions-nous fait en Europe sans les milliers d’hectares de maïs, de pomme-de-terre, de tomates, de courges, potirons, haricots, fraises, tournesol… originaires du continent amérindien.

Je me suis mis en demeure depuis les années 70, de faire redécouvrir cette biodiversité avec d’autres collectionneurs. Dès 1982, je rédigeais un premier article sur le « potimarron » à la demande d’une revue emblématique des Jardins Ouvriers de France – 1 million d’abonnés… Je n’imaginais pas la suite qui s’est déroulée exactement comme un conte de fées. L’article fut publié au printemps 1982 ; dans les jours qui suivirent la Poste de Blois, le chef-lieu de mon département, m’appela pour m’informer que ma boite postale était submergée des sacs de courriers.

Le Potimarron est la culture emblématique que Philippe D. à popularisé en France dès 1973. Ce beau spécimen, rouge écarlate, est l’aboutissement d’une patiente sélection de 40 années, réalisée sur une souche originelle multicolore, importée de l’Ile d’Hokkaido au Japon, par le Dr. Oshawa. Ce « Cultivar de Sainte-Marthe » en Sologne, uniformément rouge, très sucré et goûteux est toujours diffusé à des milliers de connaisseurs…N.B. Cette précision est nécessaire quand on sait que l’industrie semencière, désireuse de profiter de la réputation de ce légume, produit depuis quelques années un hybride insipide, mais qui a surtout l’avantage de se conserver indéfiniment…On n’arrête pas le progrès !

 

 Que voulaient donc ces correspondants ? Ils voulaient tous des graines de potimarron dont j’avais conté les vertus. Et le phénomène des sacs de courriers s’est prolongé pendant 10 jours, au total  environ 30.000 commandes, avec lesquelles je me suis constitué un fichier-clientèle extraordinaire pour créer ma petite entreprise, laquelle a démarré sur les chapeaux de roue l’année suivante. Il est vrai que je n’avais pas prévu un tel succès à l’attrait des légumes anciens et je n’avais donc pas de stock de graines à vendre. En fait j’avais découvert par hasard un marché nouveau dont j’ignorais totalement la portée. Je me suis donc organisé et j’ai proposé à mes correspondants de leur vendre par souscription les graines que j’ai mis en production aussitôt pour l’année suivante avec un abonnement de circonstances. C’est ainsi qu’on a démarré notre catalogue de vente par correspondance, qui s’est étoffé ensuite de nombreuses variétés originales, bientôt édité en 4 langues : français, anglais, allemand et danois, avec un succès qui ne s’est jamais démenti pendant plusieurs décennies et m’a permis de créer une vingtaine d’emplois au Conservatoire de Sainte-Marthe.

Une Première, montrant la contribution au Tribunal International des Peuples Premiers, organisé en décembre 2015, par l’O.N.G. Ecocide, avec des dizaines de Juristes et magistrats professionnels du Monde entier, réunis à Paris, pendant le Sommet de la Terre, pour juger les « crimes contre l’environnement « versus« Crimes contre l’Humanité ».

 

Le potimarron est lui-même une cucurbitacée originale. Il avait été ramené de l’Ile d’Hokkaïdo au Japon sous le vocable « Potiron Doux d’ Hokkaïdo » dans les bagages du Dr. Oshawa, évoqué plus haut. Ce potimarron, mot inventé par nos amis Belges qui le cultivaient depuis 1957, est le résultat de la contraction des mots «  POTIRON et MARRON », rappelant son agréable goût de Châtaigne quand on le déguste. Très vite on l’adopte et on n’a plus envie de manger de citrouille ou de potirons communs, car sa saveur est vraiment exquise, pour peu qu’il s’agisse du vrai « Potimarron », car son succès lui valut, et encore maintenant, de nombreuses contrefaçons, au point que j’ai dû en déposer le nom à l’I.N.P.I. en 1986 pour le protéger, après plusieurs procès avec une multinationale néerlandaise qui voulait se l’approprier.

Le professeur Rougereau de la faculté de pharmacie de Tours m’avait demandé de lui trouver des variétés intéressantes pour son Institut de Nutrition. Je l’avais orienté vers le Potimarron avec lequel il avait réalisé différentes préparations cosmétiques et galéniques. Il m’appelait toutes les semaines avec enthousiasme, pour me faire part de ses découvertes dans les composants de ce légume-fruit : une véritable Mine d’Or de vitamines et d’oligo-éléments ; ainsi le potimarron contient deux fois plus de bêta-carotène (pro-vitamine A) que les carottes, toutes les vitamines du groupe B, la vitamine C, la vitamine E, et les vitamines D, et K. J’ai gardé toutes les analyses que nous avons faites avec différents laboratoires qui montraient l’exceptionnelle richesse nutritionnelle de cette plante. Et ce n’est pas fini ; avec une amie médecin, Dominique Eraud, nous avons identifié sa teneur importante en collagène, et surtout, sa concentration exceptionnelle en papaïne naturelle, qui permet de l’introduire comme attendrissant et améliorant dans toutes sortes de compositions culinaires et bien sûr dans les cosmétiques.

Gros plan de l’intervention de Philippe Desbrosses – première Université de la Terre à L’Unesco – Novembre 2005. Débat d’ouverture entre Philippe Desbrosses Président de la Commission Ministérielle AB, et Franck Riboud, P.D.G. de Danone, sur la nécessité de multiplier les fermes Bio en France.

D. B.

Jusque-là nous sommes dans la bio classique. Comment avez-vous découvert l’intérêt de combiner différentes plantes, dont la complémentarité est au cœur de l’agroécologie et de la permaculture ?

Ph. D.

La complémentarité entre les plantes je l’ai découverte autant sur le plan agronomique que sur le plan biochimique et par les qualités nutritionnelles de celles-ci. Mais au début je n’avais pas encore une vision très large de l’écosystème, une vision globale, transdisciplinaire qui me permette d’apprécier à sa juste mesure, la métaphore du professeur André Voisin : « Qui change le sol, change le sang ». Vous ne pouvez pas toucher un élément dans la nature, qui n’ait de répercussion sur l’ensemble du Vivant. Tous les composants de la matière sont indissociablement reliés par des éléments plus subtils qui en maintiennent ou en modifient l’ordonnance pour le meilleur et pour le pire, comme l’esprit dans la matière. Lorsqu’on aura compris cette Loi Universelle, il y aura moins de souffrances, de désordres et de maladies. Par exemple, le fait que les endophytes (écosystème microbiens symbiotiques) sécrètent les mêmes molécules que l’on retrouve indistinctement dans les plantes, dans les sols et dans notre flore intestinale, est aussi réel que la physique quantique, mais largement ignoré dans nos représentations scientifiques contemporaines, comme si ces découvertes n’avaient jamais existé. En fait on fonctionne toujours comme si la Terre était plate… et on est incapable d’envisager les autres dimensions. Nous en sommes restés au stade d’une vision matérialiste de la mécanique. Nous nous représentons les organes du vivant comme une succession de petites usines adossées les unes aux autres, étrangères et indépendantes du tout. Imaginons le chemin qui reste à parcourir pour reconstituer la subtilité de la symbiose dans laquelle nous baignons.

Ça nous ramène à la réflexion de mon professeur d’agriculture : « on a fait fausse route sur toute la ligne, il faut réapprendre tout ce qu’on a appris de travers. ». À mon avis, cette civilisation va disparaître, avant d’avoir rétabli son équilibre et sa raison. Mais on peut en construire une autre à coté, sans perdre son temps et son énergie à corriger les défauts de la précédente.

Image surréaliste des Tournesols géants, une variété popularisée en France par Philippe Desbrosses
depuis les années 80. Ceux-ci peuvent atteindre 4,50 mètres de haut. Au premier plan, le Petit-Fils : Dylan Desbrosses, fondateurs des « Paniers de Saint-Marthe » en Sologne,

D.B.

Comment en êtes-vous venu à fonder votre ferme-école ?

Ph. D.

J’ai toujours eu envie de partager ce que je découvrais, d’échanger ce que j’expérimentais. J’avais de plus en plus de demandes de jeunes qui voulaient venir en stage. On a donc fini par créer un centre pilote européen, sous l’égide de la Commission Européenne et avec le soutien des collectivités territoriales de ma Région Centre-Val de Loire, dans la perspective de créer une école d’Agriculture Durable à l’écart du modèle intensif artificiel qui nous emmène tout droit à la catastrophe. Nous ne pouvons plus en douter aujourd’hui, comme les milliers de stagiaires qui sont passés spontanément ici, en 25 ans d’activités pédagogiques pour se consacrer aux soins de la Terre et à la reconstitution du tissu paysan disparu.

L’idée de transmettre cette démarche salvatrice me paraissait indispensable et coïncidait avec les aspirations d’un nombre croissant de personnes éveillées. Nous sommes actuellement un des rares Centres de Formation en agriculture qui soit gratifié de listes de stagiaires en attente d’une année sur l’autre. Et tout concourt de plus en plus au succès de cette démarche qui présage un vaste mouvement de Retour à la Terre. D’où le succès de mon livre : Nous Redeviendrons Paysans, écrit il y a 40 ans, avec la gratification d’une magnifique préface de l’Abbé Pierre.

J’ai voulu très tôt élargir la communication publique sur ces questions d’orientations agroécologiques. C’est ainsi que j’ai créé le colloque annuel, pendant 23 ans, Les Entretiens de Millançay en 1992, pour parodier les Entretiens de Bichat dédiés à la santé…, alors que dans le même temps une véritable insurrection avait lieu en France. Les paysans étaient sur les routes et faisaient brûler les pneus et les animaux dans les camions, abattaient les arbres sur les routes, bloquaient les Préfectures. Une véritable succession d’émeutes. Cette révolte incompréhensible et disproportionnée contre une réforme de la PAC, pourtant plus équitable, et orientée vers une agriculture diversifiée, plus favorable aux petites et moyennes exploitations. Néanmoins la rébellion instrumentalisée par les gros-bras de l’agro-industrie, du syndicat dominant projetait la paysannerie ignorante des enjeux, au-devant des manifestations pour empêcher cette réforme qui, pourtant, pour une fois s’intéressait au sort des agriculteurs. J’ai pu vérifier que la plupart des manifestants avaient obéit aux mots d’ordre sans lire les textes de la réforme et ont fait échouer une réforme qui pour la première fois prenait en compte de manière plus équitable les intérêts des différentes composantes de l’agriculture française. C’est pour faire entendre un autre son de cloche que j’ai organisé les premiers Entretiens de Millançay en 1992 pour expliquer que cette réforme était une chance pour aider les petits paysans. Naturellement, nous n’avons pas été entendu, et les subventions ont continué à être distribuées au plus grand nombre d’hectares, et les vrais paysans à souffrir et à disparaitre de manière accélérée.

Mais notre modeste action avait remporté un succès d’estime et s’était imposée comme une référence dans la Région, très suivie par l’opinion publique et par les institutions.

De là nous avons mis en place des formations pour une autre agriculture et rencontré un vrai succès avec les programmes de notre Ferme-École qui n’a cessé de s’amplifier au cours des dernières décennies. Nous avons touché juste en parlant de Retour à la Terre. Je suis encore plus convaincu maintenant pour franchir une étape cruciale, je me dis qu’il faut créer un enseignement supérieur de l’Agroécologie pour former les cadres nécessaires à cette nouvelle orientation, pour instaurer une Agriculture Durable avec comme point de mire « Une Université Paysanne » ; et ce pour sauvegarder et diffuser les savoirs traditionnels et les connaissances populaires, dont nous aurons besoin quand il ne sera plus possible de tricher avec les artifices de la pétrochimie. Celle-ci n’est qu’un avatar et une malédiction dont l’humanité se remettra comme elle s’est remise des guerres barbares du XXe siècle, à l’origine de tous les désordres qui affectent encore l’esprit humain. Ce dont nous avons besoin, ce sont des disciplines à l’opposé de celles qui ont été appliquées à l’Agriculture et à l’Alimentation depuis un siècle. Elles seules nous permettront d’affronter les défis sociaux et les bouleversements climatiques. Elles seront indispensables à l’autonomie, à la solidarité et à la sécurité des populations. C’est dans cette perspective que nous pouvons nous inspirer de la noblesse du travail et des règles morales des confréries telles que celles des Compagnons du Devoir, dont on admire encore les chefs-d’œuvre partout dans le monde.

Conférence de Presse organisée par Intelligence Verte au Centre d’Accueil de la Presse Européenne, MAISON de la RADIO, Paris, le 24 juin 2008, avec 4 intervenants reconnus, de gauche à droite : Pierre Rabhi, Michel Jacquot U.E. Bruxelles, Edgar Morin, Philippe Desbrosses et Marc Dufumier, AgroParisTech ; actualité suscitée par les émeutes de la Faim dans le monde pendant la Crise de 2008. Alerte auprès des Pouvoirs Publics sur l’extrême vulnérabilité du modèle agricole et alimentaire industriel, nécessité de refonder d’urgence une Agriculture Paysanne.

D. B.

Disons carrément les choses : c’est un projet de formation pour refonder une civilisation.

Ph. D.

C’est très juste et très fort cette dimension. C’est celle qu’il faut se donner comme objectif pour avoir une chance de répondre aux défis qui nous attendent.

Il faut reconstruire sur ces bases spirituelles en renouant avec les racines et les expériences du passé, qui ont fait leurs preuves et dont nous pouvons, avec le recul, mesurer le Bien-fondé. Nous devons sortir du manichéisme et du matérialisme forcené qui a dévoyé les progrès humains authentiques et favorisé la barbarie, dont le nazisme fut l’un des cataclysmes les plus abominables qui sévit encore comme une pathologie récurrente. Et que l’on retrouve dans des orientations scientifiques et politiques consacrées aux seules ambitions égoïstes de quelques-uns, au détriment de toute la communauté humaine.

J’ai l’ambition, pour ces nouveaux réseaux d’enseignement, que l’on puisse se rapprocher du schéma Erasmus, en constituant des Universités Paysannes dans chaque pays, car il y a des trésors à collecter et à faire revivre. C’est ce qui m’amène, avec un grand respect, à m’intéresser à l’expérience morale et spirituelle des Compagnons du Tour de France. Ils ne cherchent pas la notoriété, ni le brevet de création, ni les droits d’auteur. Ils sont tout entier dévoués au chef-d’œuvre qu’ils fabriquent en faveur de leurs frères humains. D’ailleurs, ils signent discrètement leur chefs-d’œuvre sans revendiquer de privilège particulier. Il nous faut retrouver ces comportements altruistes et pacifiques, entièrement tournés vers le bien de la communauté.

Image des abords de la Ferme, à l’arrivée, entourée de cultures maraîchères.

 

 

Bibliographie de Philippe Desbrosses :

Le Lupin, Éditions UNAPEL, 1983 en coédition avec G Kovav’s, Ministre Hongrois Agric.

Le Krach Alimentaire (préfacé par Professeur J. Kelling, Agronome. Éditions Le Rocher. 1987

La Terre Malade des Hommes. Éditions Le Rocher. 1990

Nous redeviendrons Paysans ! Éditions Le Rocher. 1993 Préface de l’Abbé Pierre.

L’Intelligence Verte l’Agriculture de l’avenir. Éditions. Le Rocher. 1997

Agriculture Biologique, préservons notre futur ! Préface J.P. Coffe Éditions Le Rocher. 1998

Le Guide Bio Hachette en collaboration avec J. Desbrosses. Éditions Hachette.2002/2007.

La Vie en Bio (en collaboration avec Jacqueline Desbrosses. Éditions Hachette 2002.

Combien de catastrophe avant d’agir ouvrage collectif avec Nicolas Hulot, Éditions du Seuil. 2002.

L’impasse alimentaire, ouvrage collectif avec Nicolas Hulot. Éditions Fayard. 2004.

– Le Pouvoir de Changer le Monde – sorti en mai 2006. Éditions Alphée.

– Le Pacte Écologique ouvrage collectif avec Nicolas Hulot. Éditions Calmann-Lévy.2006.

Terres d’Avenir pour un mode de vie durable, avec E.Bailly et T.Nghiem. Préface d’Edgar Morin. Éditions Alphée, 2007.  

Médecines et Alimentation du Futur, livre collectif, éditions Courrier du Livre 2009.  

Guérir la terre, livre collectif avec Edgar Morin, Pierre Rabhi, éditions Albin Michel. 2010.

– Manifeste pour un retour à la Terre préface d’Edgar Morin et post-face d’Olivier de Schutter, Rapporteur Spécial à l’ONU pour le Droit à l’Alimentation. Éditions DANGLES – 2012.

 – Face à l’Univers, livre collectif avec l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, Jean d’Ormesson, Matthieu Ricard, J.M. Pelt, Edgar Morin, Joël de Rosnay, Fabienne Verdier, J.C Guillebaud. Editions Autrement 2015.

Retour sur Terre. 35 propositions édit. P.U.F. juin 2020. Livre collectif avec D. Bourg, Sophie Swaton, Pablo Servigne, Gauthoer Chapelle, Johann Chapoutot & Xavier Ricard Lanata.

Philippe avec le cinéaste Jean-Paul Jaud et le photographe – réalisateur Yann Arthus-Bertrand, entourant la jeune icône Severn qui avait ému 20 ans plus tôt le public du premier sommet de Rio, par un discours sans concession, à l’intention des « grands de ce monde » qui continuent à détruire la planète.

 

Films :

Intervenant dans plusieurs films récents : dont « Nous enfants nous accuseront » de Jean-Paul Jaud. et « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau, « Nourrir la Vie » de Kevin Garreau. Au nom de la Terre de Pierre Rabhi et Marie Monique Delshing.

 

Avec la célèbre militante Hindoue, Vandana Shiva, après la séance de plantation des « Mille Variétés Anciennes » de Sologne, au Parc de La Villette à Paris, pendant le Sommet de la Terre en décembre 2015, en présence de nombreuses personnalités, et en soutien symbolique de la biodiversité des plantes comestibles.

 

Courte biographie :

– Agriculteur, Fondateur du Centre Pilote de la Ferme de Sainte-Marthe en Sologne.

– Docteur en Sciences de l’Environnement (Université Paris VII).

–  Expert consultant auprès de l’Union Européenne.

– Cofondateur des principaux Mouvements d’Agriculture Biologique en France et en Europe.

– Président de la Commission Nationale du Label AB, au Ministère de l’Agriculture jusqu’en février 2007, dont il fut à l’origine de la création dès 1983.

– Chargé de Mission auprès du Gouvernement Français – mise en œuvre du programme National Agriculture Biologique, (Grenelle de l’Environnement).   

– Président-fondateur de l’Association Intelligence Verte, pour la sauvegarde de la Biodiversité, fondée avec Edgar Morin, Corinne Lepage, Jean-Marie Pelt, Michel Lis, Pierre Tchernia, Jean-Yves Fromonot, etc.

– EX-Membre du Comité de Veille Écologique (C.V.E). groupe d’experts de N. Hulot.    

– Ex-Administrateur du CRII-GEN avec Corinne Lepage pour la Recherche et l’information Indépendante sur les O.G.M.

 

Visite de grands Chefs étoilés à la ferme de Sainte-Marthe le 23 septembre 2019 :

https://www.youtube.com/watch?v=42pqoTFY3Ag&feature=youtu.be

 

 

 

 




La pensée écologique

Expression peu familière, la « pensée écologique » exige en premier lieu une clarification sémantique.

Il existe toute une nébuleuse terminologique gravitant autour de l’écologie. L’« écologie » est d’abord une science, baptisée telle par Ernst Haeckel. L’« écologie politique » est beaucoup plus tardive – fin des années 1960, début de la décennie 1970 – et renvoie à l’idée selon laquelle l’accumulation de problèmes écologiques, touchant le milieu et ses équilibres, appelle une réforme des sociétés et de leurs modes de production et de consommation. Par « écologisme », on entend les mouvements sociaux, associatifs ou politiques, portés par des motifs écologiques. L’« environnementalisme » évoque les études en sciences sociales concernant des questions écologiques. Les « humanités environnementales » désignent les sciences humaines et sociales en tant qu’elles cessent d’appréhender dans l’environnement et la nature le simple décor de la geste économique et sociale, à l’exemple de l’éthique environnementale, de l’histoire environnementale ou de l’économie écologique, etc. Quant à elle, la « pensée écologique » s’entend d’un mouvement d’idées, apparaissant de manière reconnaissable dès le XIXe siècle, prenant appui sur une échelle nouvelle et menaçante de perturbations infligées au milieu, réinterrogeant la place de l’homme au sein de la nature. À compter de la seconde moitié du XXe siècle, la pensée écologique apparaît comme un courant d’idées distinct du libéralisme, du socialisme, du féminisme, etc. Il se signe par un scepticisme affiché à l’endroit de la prétention des techniques à surmonter les difficultés écologiques qu’elles produisent, et par une critique, à l’éventail assez large, de l’anthropocentrisme. Plus récemment, avec l’entrée dans l’Anthropocène, la pensée écologique emporte un paradigme alternatif à la modernité, et à ce qui la caractérise éminemment, à savoir la séparation de l’homme et de la nature.

Un courant de pensée

Dater les premières expressions reconnaissables de la pensée écologique n’est pas chose aisée. L’antinomie écologie/industrie est telle que l’on imagine spontanément qu’il ne saurait y avoir d’écologie sans industrie. C’est vrai de l’Europe et du Japon avec un pionnier comme Tanaka Shôzô, mais nullement des États-Unis, pays pourtant avant-gardiste en cette double matière. C’est en effet une déforestation aussi brutale que massive, et non l’industrie, qui va provoquer outre-Atlantique les premiers soubresauts de la pensée écologique. Plus précisément, il ne saurait y avoir de pensée écologique avant que l’on inflige au milieu des perturbations importantes, aussi rapides que violentes, qu’on comprend et que l’on est capable d’imputer à des activités humaines et à des choix délibérés. Autrement dit, la pensée écologique est intrinsèquement réflexive. Elle se nourrit ou de constats de visu, empiriques, ou de médiations scientifiques qui se multiplieront au fur et à mesure que passeront les décennies, en provenance non seulement de l’écologie, mais d’un nombre croissant d’autres disciplines. La pensée écologique pourra être impulsée en premier lieu par des constats divers : les effets des pluies acides sur les édifices urbains, la disparition des haies au profit du remembrement, la destruction de telle zone humide, la pollution tangible de tel cours d’eau, l’annihilation de tel paysage, une urbanisation envahissante, telle catastrophe industrielle, etc. ; en second lieu par des analyses scientifiques jouant comme autant de prothèses sensorielles rendant accessibles des dégradations microscopiques, comme l’accumulation de certaines molécules dans nos graisses, ou globales, et donc tout aussi inaccessibles à nos sens, comme le changement de la composition chimique de l’atmosphère. Le rôle de la pensée écologique sera alors de mettre en perspective ces dégradations, d’éclairer les mécanismes sociaux qui les rendent possibles, et d’interroger à partir de là tant nos sociétés que notre organisation du pensable, avec une double attention, à nos techniques et à leurs limites d’un côté, à la compréhension de nos relations à la nature de l’autre.

La proximité de la pensée écologique des origines avec nos propres préoccupations est parfois étonnante. George Perkins Marsh, diplomate américain, avance, dans Man and Nature (1864), l’idée d’une incompatibilité au long cours entre la société industrielle – qui s’apprête alors à connaître sa seconde révolution avec la chimie de synthèse, l’électricité et le pétrole – et la nature (nous dirions : la biosphère). C’est notamment la déforestation qui retient son attention et suscite ses inquiétudes. Or, elle atteindra vers la fin du siècle son point maximal pour l’hémisphère nord. Elle est tout particulièrement spectaculaire aux États-Unis, où la forêt, qui recouvrait quasiment le pays à l’arrivée de Yankees, aura presque disparu deux siècles plus tard ; d’où l’importance de la forêt dans le sentiment américain de la nature, à la différence d’un sentiment européen plus sensible à l’industrialisation et à ses conséquences. Avant lui, dans un essai plus fantasque, La Fin du monde par la science (1855), Eugène Huzar forge aussi une vision apocalyptique, que partagent également d’autres auteurs comme Lamarck. Mais aux yeux de l’avocat français, le danger réside dans la puissance de la société industrielle, puissance que lui confèrent les sciences et techniques. En se couvrant par exemple de fabriques et de moyens de transport, l’équilibre du monde, d’ici cent à deux cents ans, finira par être menacé par les émissions de dioxyde de carbone. Ce ton apocalyptique des origines tend à disparaître de la pensée écologique ultérieure, pour réapparaître en ce début de XXIe siècle dans la littérature scientifique elle-même.

La pensée écologique finira par constituer au cours du XXe siècle l’une des grandes traditions de pensée de la modernité, irréductibles les unes aux autres, aux côtés du conservatisme, du libéralisme, du socialisme et du féminisme (Dobson, 2008). Elle consiste en une interprétation à nouveaux frais de la place de l’humanité au sein de la nature, en termes de limites de la biosphère, de finitude de interprétation s’est construite à la faveur d’une critique plutôt radicale de la modernité occidentale. Elle se décline au travers d’une double affirmation : premièrement, la croissance matérielle (comme la démographie) connaît nécessairement des limites et nos techniques ne sauraient répondre à toutes les difficultés qu’elles rencontrent ou provoquent ; deuxièmement, l’anthropocentrisme mérite d’être critiqué car on ne peut comprendre l’humanité en dehors de son appartenance à la nature.

Penser l’écologie, c’est donc en premier lieu nécessairement penser la technique et, dans une certaine mesure, réciproquement. C’est pourquoi, probablement, les grandes figures de la pensée de la technique du XXe siècle ont été également des pionniers de la pensée de l’écologie : Martin Heidegger, Günther Anders, Ivan Illich, Hans Jonas ou Jacques Ellul ; il est difficile par ailleurs de penser aujourd’hui la technique sans croiser la question écologique (Winner, Dupuy, Lebeau, etc.). A contrario, un courant idéologique contemporain comme le transhumanisme réaffirme l’optimisme technologique baconien et porte la conviction selon laquelle aucun problème écologique ne saurait résister à la puissance des techniques.

Penser l’écologie conduira encore, via la critique de l’anthropocentrisme, à remettre en question les oppositions constitutives de la modernité, à commencer par l’opposition fondatrice entre homme et nature. Ce n’est alors pas seulement remettre en cause, sur un plan éthique, la réduction de la nature au statut de moyens, mais critiquer un partage trop strict entre sciences de la nature et sciences de l’homme, et plus précisément la prétention à pouvoir comprendre sui generis les phénomènes humains et sociaux, donc en dehors de toute forme d’interaction hommes/milieux. Il sied toutefois de distinguer ici l’anthropocentrisme d’immersion, antique, de l’anthropocentrisme d’arrachement, moderne. Le premier, d’origine aristotélicienne, place l’homme, bien qu’immergé dans la phusis, au sommet du monde sublunaire dont tous les bienfaits convergent vers lui. Le second, en revanche, érige l’homme hors nature, lui octroyant une position d’extériorité et même de transcendance prise à Dieu. Dans l’anthropocentrisme d’immersion, c’est la nature elle-même qui octroie ses bienfaits à l’homme, étant lui-même naturel. Dans l’anthropocentrisme d’arrachement, au rebours, c’est par la force que l’homme s’adjuge les bienfaits d’une nature conçue comme étrangère et adverse, telle une fille de joie qu’il convient de maltraiter (Bacon).

Il apparaît que la pensée écologique ne saurait, à l’instar de l’environnementalisme, se réduire à la seule prise en compte de l’« environnement ». Elle est plus qu’une simple démarche d’extension des cadres de pensée habituels au domaine de l’environnement, ou qu’une doctrine parmi d’autres. Elle propose un déplacement et une reconfiguration des cadres de pensée eux-mêmes.

Vers un nouveau paradigme

La modernité s’est caractérisée par une sorte d’extraction de l’homme, de son organisation sociale, de ses fins, de la nature, ravalée à un ordre mécanique, étranger à la flèche du temps, comme à toute finalité. Un arrachement qui a rendu possibles la philosophie du contrat et l’idée de l’artificialité du social, laquelle a conditionné l’émergence des sciences sociales, cherchant à s’abstraire de toute interaction avec des facteurs naturels, jusqu’à l’absurde. Que l’on songe à l’économie cherchant à comprendre nos activités économiques en dehors de toute considération du système qui les accueille et les rend possibles, la biosphère. Il en a résulté ce que l’anthropologue Philippe Descola appelle le naturalisme, à savoir une séparation entre l’homme et tous les autres êtres naturels. Nous aurions en partage avec les autres vivants notre corporéité, mais serions totalement différents en ce qui concerne notre for intérieur, notre aptitude à nous représenter le monde et à communiquer.

Or, depuis le XIXe siècle, singulièrement depuis Darwin, le mouvement des sciences tend à réinscrire l’homme au sein de la nature. Ainsi se développent les recherches éthologiques accréditant une continuité entre les hommes et les animaux bien plus qu’une rupture et, partant, leur insertion dans la nature. Ce mouvement de « naturalisation » de l’homme gagne toutes ses dimensions, jusqu’à la pensée conçue, dans certaines sciences cognitives, comme émanation ou propriété émergente d’un cerveau réduit à sa pure matérialité. La théorie des systèmes, comme celle de l’auto-organisation, reconnaît la perte de maîtrise de l’homme face à des systèmes trop complexes pour son entendement fini, à l’exemple des propriétés émergentes dont l’apparition se constate sans pouvoir s’expliquer. Cet englobement inexpugnable de l’homme par le milieu devient explicite dans l’hypothèse Gaïa, et plus lucide encore dans l’Anthropocène puisque nous y produisons nous-mêmes notre enfermement dans un milieu se péjorant en conséquence de nos propres activités : toute prétention d’une rupture de l’homme avec la nature devient illégitime, complexité intrinsèque conduisant à confesser toute l’humilité d’une science plus guère moderne mais bel et bien contemporaine.

L’Anthropocène nous conduit aux antipodes de la nature décor. Nous sommes devenus une force géologique au point d’engendrer par exemple, avec nos déchets plastiques, des roches nouvelles, le plastiglomérat. Et surtout de façonner volens nolens nos conditions nouvelles d’existence. S’opposent alors deux interprétations possibles. Les modernes continuent d’interpréter l’Anthropocène comme la poursuite de la saga du progrès détachant toujours davantage l’homme de la nature, le faisant apparaître comme le maître incontesté des lieux. L’interprétation portée par la pensée écologique est tout autre. Ce moment d’hubris et de puissance incontrôlée laissera une humanité démunie, partiellement privée de ses moyens les plus efficients d’interagir avec le milieu (abondance d’énergies fossiles et de métaux notamment), en proie à un réchauffement – selon nos modèles, de vraisemblablement 5 °C au moins pour cinq mille ans –, à un rétrécissement continu de l’écoumène, de surcroît devenue plus hostile au séjour humain, à la richesse génétique réduite pour un avenir indéfini. Somme toute, la dynamique d’arrachement à la nature aboutirait à un retour fracassant de ladite nature au sein de nos constructions sociales, tant matérielles qu’idéelles.

De nature prospective, la pensée écologique se retrouve dépassée par ses propres annonces, devenues autant de bilans et de constats en quelque manière rétrospectifs : la pensée écologique n’a même plus à mettre en garde puisque les « faits sont là ». Sa tragédie consiste ainsi à n’en être pas plus entendue pour autant… prêchant dans un désert que l’homme produit avec tant de légèreté.

Dominique Bourg et Alain Papaux
Bourg Dominique, Papaux Alain. 2015. « La pensée écologique ». In Bourg Dominique, Papaux Alain (dir.). Dictionnaire de la pensée écologique. Paris: Puf. 756-759.

L’équipe de la rédaction

Directeur de la rédaction

Dominique BOURG, philosophe, est professeur honoraire de l’Université de Lausanne.

Il dirige avec Sophie Swaton la collection « L’écologie en questions » et la collection « Nouvelles Terres  aux Puf ; il dirige encore la série des Puf sur les Grands textes de l’environnement. Il préside le Conseil scientifique de la Fondation Zoein (Genève).

La revue est partenaire de la Fondation Zoein : https://zoein.org/

Il est ou a été membre de plusieurs commissions françaises : la CFDD, la Commission Coppens chargée de préparer la Charte de l’Environnement désormais adossée à la Constitution française, le Conseil national du Développement durable ; il a vice-présidé la Commission 6 du Grenelle de l’Environnement et le Groupe d’études sur l’Économie de fonctionnalité, et a participé à la Conférence environnementale de septembre 2012. Il a été membre du conseil scientifique de l’Ademe. Il a été président du Conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme (2016-2019), et a participé à l’Organe de prospective de l’État de Vaud (2008- 2016).

Ses domaines de recherches sont l’étude de la pensée écologique, les risques et le principe de précaution, l’économie circulaire, la démocratie écologique et le monisme réflexif.

Lauréat du prix du Promeneur solitaire (2003) et du prix Veolia du livre de l’environnement (2015). Officier de l’Ordre de la légion d’honneur et de l’Ordre national du mérite.

Il a notamment publié : L’Homme artifice, Gallimard, 1996 ; Parer aux risques de  demain. Le principe de précaution, avec Jean-Louis Schlegel, Seuil, 2001 ; Perspectives on Industrial Ecology, Foreword by President J. Chirac, Greenleaf Publishing, 2003 ; Conférences de citoyens, mode d’emploi, avec Daniel Boy, Éditions Descartes & Cie/Charles Léopold Meyer, 2005 ; Vers une démocratie écologique. Le citoyen, le savant et le politique, avec K. Whiteside, Seuil, 2010 ; Pour une VIe République écologique, D. Bourg dir. et al., Odile Jacob, 2011 ; Du risque à la menace. Penser la catastrophe, codirection avec P.-B. Joly et A. Kaufmann, Puf, 2013 ; La pensée écologique. Une anthologie, avec Augustin Fragnière, Puf, 2014 ; Dictionnaire de la pensée écologique, codirection avec Alain Papaux, Puf, 2015 ; Écologie intégrale. Pour une approche permacirculaire de la société, avec Christian Arnsperger, Puf, 2017 ; D. Bourg et al., Inventer la démocratie au XXIe siècle. L’Assemblée citoyenne du futur, Les Liens qui Libèrent, novembre 2017 ; Nouvelle Terre, Desclée de Brouwer, 2018 ; Le Marché contre l’Humanité, Puf, 2019 ; D. Bourg et al., Retour sur Terre. 35 propositions, Puf, 2020 ; D. Bourg et al., Désobéir pour la Terre. Défense de l’état de nécessité, Puf, 2021 ; Primauté du vivant. Essai sur le pensable, avec Sophie Swaton, à paraître en octobre 2021 aux Puf.

Secrétaire de la rédaction

Caroline Lejeune est Docteure en sciences politiques et Maitre de Conférence suppléante en Humanités environnementales à l’Université de Lausanne. Ses domaines de recherches portent sur les liens entre les inégalités et la nature sous l’angle de la justice environnementale et écologique, l’écoféminisme et de la démocratie écologique. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Développement durable & territoire depuis 2012, et co-coordonne le réseau francophone de justice environnementale. Elle a mené entre 2009 et 2015 des recherche-actions avec l’Université Populaire et citoyenne de Roubaix (2009-2015) et travaille depuis avec les réseaux d’acteurs issus de l’action sociale et de la durabilité en Hauts-de-France sur les politiques de transition et de sobriété. Elle est membre du comité scientifique de la fondation Zoein et est co-Présidente de l’association Zoein France.

Elle a notamment publié : Lejeune Caroline, 2020, « la justice – entre détruire et réparer. L’épuisement d’un concept », dans Pelluchon C., Hess G., Pierron J-P., Humains, animaux, nature : quelles éthiques des vertus dans le monde qui vient ?, Paris, les éditions Hermam ; Lejeune Caroline et Hess Gérald,  2020, « L’expérience vécue de la nature : un levier pour transformer le politique dans un monde fini », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Hors-série 32; Caroline Lejeune, 2019, « Justice sociale et durabilité, la rencontre est-elle possible ? Portée politique de l’expérience vécue des injustices écologiques », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Volume 19 Numéro 1; Lejeune Caroline et Drique Marie, 2017 « La justice sociale à l’épreuve de la crise écologique », Revue d’Ethique et Théologie morale, vol. 293, 2017, p. 135-144 ; Lejeune Caroline, 2018, « L’épreuve de la sobriété imposée : reconnaissance, capabilités et autonomie. Le cas du forum permanent de l’insertion » in  Villalba B., Semal L. (dir.), Sobriétés énergétiques : contraintes matérielles, équité sociale et perspectives institutionnelles, Paris, Quae, coll. Indisciplines, pp. 141-158 ;   

Secrétaire de la rédaction

Gabriel Salerno est titulaire d’un Bachelor ès Science et d’un Master ès Sciences en géosciences de l’environnement à l’Université de Lausanne. Il a rédigé un travail de Master sur le climato-scepticisme au sein du Tea-Party, dont il a cherché à identifier les diverses origines. Son travail fut récompensé par le Prix de la Faculté en 2013.
Il fut ensuite assistant doctorant de Dominique Bourg à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne, au sein de l’Institut de géographie et de durabilité. Il termine actuellement sa thèse de doctorat sous la direction de Dominique Bourg. S’inscrivant dans le champ disciplinaire des humanités environnementales, il travaille sur la notion d’effondrement de civilisation, ainsi que sur les questions liées aux discours catastrophistes actuels et à la philosophie de l’Histoire. Plus précisément, il s’intéresse aux différentes représentations du temps que véhiculent les récits d’effondrement de la société contemporaine globalisée. Son travail consiste à étudier les implications philosophiques du potentiel effondrement de la société contemporaine, à l’égard des diverses visions de l’Histoire qui ont traversé la pensée occidentale.
Outre ses études universitaires en sciences de l’environnement, il a effectué un stage dans l’unité « Adaptation au changement climatique » au siège du Programme des Nations Unies pour l’Environnement à Nairobi entre 2012 et 2013. Il a également, entre 2019 et 2020, participé au cycle de conférences Imaginaires des futurs possibles au Théâtre de Vidy en tant que médiateur scientifique. Il est actuellement chargé de cours à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne. Il vient de publier aux Éditions d’en bas l’ouvrage Effondrement… c’était pour demain ⸮ et aux Presses universitaires de France l’ouvrage Aux origines de l’effondrement.




Qui sommes-nous ?

DIRECTEUR DE LA RÉDACTION

Dominique Bourg, philosophe, est professeur honoraire, Université de Lausanne.

Il dirige avec Sophie Swaton la collection « L’écologie en questions » et la collection « Nouvelles Terres  aux Puf ; il dirige encore la série des Puf sur les Grands textes de l’environnement. Il préside le Conseil scientifique de la Fondation Zoein (Genève).

Il est ou a été membre de plusieurs commissions françaises : la CFDD, la Commission Coppens chargée de préparer la Charte de l’Environnement désormais adossée à la Constitution française, le Conseil national du Développement durable ; il a vice-présidé la Commission 6 du Grenelle de l’Environnement et le Groupe d’études sur l’Économie de fonctionnalité, et a participé à la Conférence environnementale de septembre 2012. Il a été membre du conseil scientifique de l’Ademe. Il a été président du Conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme (2016-2019), et a participé à l’Organe de prospective de l’État de Vaud (2008- 2016).

Ses domaines de recherches sont l’étude de la pensée écologique, les risques et le principe de précaution, l’économie circulaire, la démocratie écologique et le monisme réflexif.

Lauréat du prix du Promeneur solitaire (2003) et du prix Veolia du livre de l’environnement (2015). Officier de l’Ordre de la légion d’honneur et de l’Ordre national du mérite.

Il a notamment publié : L’Homme artifice, Gallimard, 1996 ; Parer aux risques de  demain. Le principe de précaution, avec Jean-Louis Schlegel, Seuil, 2001 ; Perspectives on Industrial Ecology, Foreword by President J. Chirac, Greenleaf Publishing, 2003 ; Conférences de citoyens, mode d’emploi, avec Daniel Boy, Éditions Descartes & Cie/Charles Léopold Meyer, 2005 ; Vers une démocratie écologique. Le citoyen, le savant et le politique, avec K. Whiteside, Seuil, 2010 ; Pour une VIe République écologique, D. Bourg dir. et al., Odile Jacob, 2011 ; Du risque à la menace. Penser la catastrophe, codirection avec P.-B. Joly et A. Kaufmann, Puf, 2013 ; La pensée écologique. Une anthologie, avec Augustin Fragnière, Puf, 2014 ; Dictionnaire de la pensée écologique, codirection avec Alain Papaux, Puf, 2015 ; Écologie intégrale. Pour une approche permacirculaire de la société, avec Christian Arnsperger, Puf, 2017 ; D. Bourg et al., Inventer la démocratie au XXIe siècle. L’Assemblée citoyenne du futur, Les Liens qui Libèrent, novembre 2017 ; Nouvelle Terre, Desclée de Brouwer, 2018 ; Le Marché contre l’Humanité, Puf, 2019 ; D. Bourg et al., Retour sur Terre. 35 propositions, Puf, 2020 ; D. Bourg et al., Désobéir pour la Terre. Défense de l’état de nécessité, Puf, 2021 ; Primauté du vivant. Essai sur le pensable, avec Sophie Swaton, à paraître en octobre 2021 aux Puf.

SECRÉTAIRE DE RÉDACTION

Caroline Lejeune est politiste et philosophe en humanités environnementales à l’Université de Lausanne. Ses domaines de recherches portent sur les écologies politiques, la justice environnementale et la justice écologique. Ils se tournent aujourd’hui sur l’écoféminisme. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Développement durable & territoire depuis 2012, et coanime le réseau francophone de justice environnementale en Europe.

Elle est active dans les réseaux d’acteurs publics et privés. Elle est membre du comité scientifique de la fondation Zoein et est Co-Présidente de l’association Zoein France.

Elle est membre du comité de rédaction de la revue Développement durable & territoire depuis 2012.

Elle a notamment publié : Lejeune (Caroline), Drique (Marie), « La justice sociale à l’épreuve de la crise écologique », Revue d’Éthique et Théologie Morale, Vol. 293, 2017, pp. 135-144 ; Lejeune (Caroline), Villalba (Bruno), « Test de charge de la durabilité urbaine : Le cas de l’écoquartier exemplaire’ de la zone de l’Union (Nord, France) », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, Volume 12, n°2, septembre 2012, http:vertigo.revues.org/12227 ; Lejeune (Caroline), « Inégalités environnementales », in D. Bourg, A. Papaux (dir), Dictionnaire de la pensée écologique, Puf, Paris, 2015, pp. 558-561 ; Lejeune (Caroline), Villalba (Bruno), « Délibérer à partir de l’environnement. Une perspective théorique écocentrée de durabilité forte », L. Mermet, D. Salles (dir.), La concertation apprivoisée, contestée, dépassée ? , De Boeck, coll. Ouvertures sociologiques, Paris, 2015, pp. 257-272 ; Lejeune Caroline, 2018, « L’épreuve de la sobriété imposée : reconnaissance, capabilités et autonomie. Le cas du forum permanent de l’insertion » in  Villalba B., Semal L. (dir.), Sobriétés énergétiques : contraintes matérielles, équité sociale et perspectives institutionnelles, Paris, Quae, coll. Indisciplines, pp. 141-158 ; Drique Marie et Caroline Lejeune, 2017, « La justice sociale à l’épreuve de la crise écologique », Revue d’éthique et de théologie morale, vol. 293, no. 1, pp. 111-124 ; Lejeune Caroline, 2020, « La démocratie environnementale dans la tourmente : L’impensé politique de la justice écologique », in Fourniau J-M et al., La Pensée indisciplinée de la démocratie écologique, Paris, les éditions Hermam (sous presse) ; Lejeune Caroline, 2020, « la justice-entre détruire et réparer. L’épuisement d’un concept », in Pelluchon C., Humains, animaux, nature : quelles éthiques des vertus dans le monde qui vient ?, Paris, les éditions Hermam (sous presse) ; Lejeune Caroline et Hess Gérald,  2020, « L’expérience vécue de la nature : un levier pour transformer le politique dans un monde fini », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Hors-série 32.

Secrétaire de la rédaction

Gabriel Salerno est titulaire d’un Bachelor ès Science et d’un Master ès Sciences en géosciences de l’environnement à l’Université de Lausanne. Il a rédigé un travail de Master sur le climato-scepticisme au sein du Tea-Party, dont il a cherché à identifier les diverses origines. Son travail fut récompensé par le Prix de la Faculté en 2013.
Il fut ensuite assistant doctorant de Dominique Bourg à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne, au sein de l’Institut de géographie et de durabilité. Il termine actuellement sa thèse de doctorat sous la direction de Dominique Bourg. S’inscrivant dans le champ disciplinaire des humanités environnementales, il travaille sur la notion d’effondrement de civilisation, ainsi que sur les questions liées aux discours catastrophistes actuels et à la philosophie de l’Histoire. Plus précisément, il s’intéresse aux différentes représentations du temps que véhiculent les récits d’effondrement de la société contemporaine globalisée. Son travail consiste à étudier les implications philosophiques du potentiel effondrement de la société contemporaine, à l’égard des diverses visions de l’Histoire qui ont traversé la pensée occidentale.
Outre ses études universitaires en sciences de l’environnement, il a effectué un stage dans l’unité « Adaptation au changement climatique » au siège du Programme des Nations Unies pour l’Environnement à Nairobi entre 2012 et 2013. Il a également, entre 2019 et 2020, participé au cycle de conférences Imaginaires des futurs possibles au Théâtre de Vidy en tant que médiateur scientifique. Il est actuellement chargé de cours à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne. Il vient de publier aux Éditions d’en bas l’ouvrage Effondrement… c’était pour demain ⸮ et aux Presses universitaires de France l’ouvrage Aux origines de l’effondrement.

LE COMITÉ SCIENTIFIQUE

Le comité scientifique garantit la qualité scientifique des publications de la revue. Il accompagne son orientation, il est force de propositions pour les dossiers thématiques et évalue les textes soumis. Il est composé des chercheur-e-s en sciences humaines et sociales reconnu-e-s dans leur domaine.

Christophe Abrassart est docteur en Sciences de Gestion (CGS, MinesParisTech) est professeur à l’École de design de la Faculté de l’Aménagement de l’Université de Montréal. Il est coresponsable du Lab Ville Prospective (https://labvilleprospective.org) et codirecteur du DESS en Ecodesign stratégique offert en partenariat entre l’Université de Montréal et l’École Polytechnique de Montréal.  Il anime régulièrement des ateliers de codesign prospectif à Montréal (sur les modes de vie en 2037 à Montréal, les styles de vie à très faible emprunte carbone en 2030, la transformation des quartiers par l’économie circulaire dans les vingt prochaines années, ou encore sur les nouvelles bibliothèques d’arrondissement comme tiers-lieux inclusifs). Ses recherches portent sur les méthodologies de prospective stratégique, la conception innovante de la ville durable au XXIe siècle, le design de systèmes de produits-services et de styles de vie durables. Il collabore également avec le groupe Design et Société (École de design, UdeM) sur le thème du design social, avec le groupe Mosaic (HEC Montréal) sur le thème du management de la créativité et avec le Centre de recherche en éthique (CRÉ, UdeM).


Christian Arnsperger, docteur en économie (UCLouvain, 1995), est professeur en durabilité et anthropologie économique à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne (Suisse) depuis 2014. Auparavant, il a été de 1997 à 2014 chercheur au Fonds National belge de la recherche scientifique, à la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale (UCLouvain), où il a développé des recherches sur les théories de la justice sociale, l’épistémologie de la science économique, les fondements existentiels du capitalisme, les alternatives monétaires ainsi que la transition écologique des économies développées. À Lausanne, il occupe la direction de l’Institut de géographie et durabilité (IGD) et exerce également une activité de conseiller scientifique auprès de la Banque Alternative Suisse. Ses enseignements et recherches portent sur les dynamiques de changement des modes de vie contemporains face aux défis environnementaux,  et les liens entre monnaie, finance et durabilité. Auteur, notamment, de Ethique de l’existence post-capitaliste (Cerf, 2009), de Full-Spectrum Economics (Routledge, 2010), de L’homme économique et le sens de la vie (Textuel, 2011) et de Money and Sustainability (Triarchy Press, 2012), il a récemment publié, avec Dominique Bourg, Ecologie intégrale: Pour une société permacirculaire (PUF, 2017).


 Serge Audier est agrégé et docteur en philosophie, maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne. Chercheur en histoire des idées politiques, il a publié des travaux sur le libéralisme, le néolibéralisme, le socialisme, le républicanisme et l’écologie politique. Parmi ses publications : La Pensée solidariste (Puf, 2010), Néo-libéralisme(s). Une archéologie intellectuelle (Grasset, 2012), La Société écologique et ses ennemis (La Découverte, 2017).

 


Stefan Aykut est professeur junior à l’Institut WISO (Economie et sciences sociales) de l’Université de Hambourg. Il a étudié à Berlin et Istanbul avant de soutenir sa thèse de doctorat à l’EHESS à Paris, sous la direction d’Amy Dahan. Ses intérêts de recherche se situent au croisement de la sociologie environnementale, de la sociologie des sciences et de la sociologie politique. Trois directions à ses recherches. 1/ Il étudie depuis plusieurs années la gouvernance climatique internationale, en particulier les conférences climatiques onusiennes, où il s’intéresse à l’articulation entre l’espace des négociations et d’autres espaces sociaux, ainsi qu’au rôle des experts et de l’expertise dans le cadrage des débats. 2/ Il mène des recherches comparatives sur les enjeux soulevés par la mise en place de « transitions énergétiques » en France, en Allemagne et au niveau européen. Dans ce cadre, il s’intéresse en particulier aux liens entre action publique et pratiques de construction de futurs (modélisations, scénarisations). 3/ Il travaille au développement d’une sociologie de la limitation, à partir d’une étude des processus de définition de limites écologiques globales et de leur institutionnalisation à différentes échelles et dans des contextes divers.

Stefan Aykut est coauteur, avec Amy Dahan, de Gouverner le climat ? Vingt ans de négociations internationales (Presses de Sciences-Po, 2015) et codirecteur, avec Jean Foyer et Edouard Morena, de Globalising the Climate. COP21 and the Climatisation of Global Debates (Routledge, 2017).


Loïc Blondiaux est professeur de Science politique à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne où il dirige le parcours Ingénierie de la concertation du master de Science politique. Il est également chercheur au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CESSP) et dirige la revue Participations. Il est par ailleurs  membre du conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme, et de la direction collégiale du GIS Démocratie et Participation. Il est notamment l’auteur de Le Nouvel Esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative, Paris Seuil, 2008, et de Le Tournant délibératif  (en codirection avec Bernard Manin), à paraître en 2018.


Christophe Bonneuil est directeur de recherche en histoire au Cnrs et enseigne à l’Ehess, Paris. Ses recherches portent sur les rapports des sociétés au vivant du XIXe siècle à aujourd’hui. Il dirige la collection « Anthropocène », espace interdisciplinaire sur les enjeux socio-écologiques globaux, aux éditions du Seuil. Il a notamment publié Gènes, pouvoirs et profits (Quae, 2009, avec F. Thomas), Une autre Histoire des ‘Trente Glorieuses’ (La Découverte, 2013, avec C. Pessis et S. Topçu), L’évènement Anthropocène. La Terre, l’histoire et nous (Seuil, 2e éd. 2016, avec J-B. Fressoz), ainsi que The Anthropocene and the Global Environmental Crisis (Routledge, 2015, avec C. Hamilton et F. Gemenne). A l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, il enseigne l’histoire et les études des sciences, l’histoire et les humanités environnementales. Il est également actif aux côtés des mouvements alternatifs, écologistes et altermondialistes.


 Dominique Bourg, philosophe, voir plus haut.


Valérie Cabanes est juriste en Droit International spécialisée dans les Droits de l’Homme. Elle est impliquée dans la défense des droits des peuples autochtones et la reconnaissance des droits de la nature. Elle est porte-parole du mouvement citoyen mondial End Ecocide on Earth qui oeuvre pour l’inscription dans le droit international du crime d’écocide. Elle a publié «Un nouveau Droit pour la Terre, pour en finir avec l’écocide» (Seuil, 2016) et « Homo Natura, en harmonie avec le vivant »  (Buchet/Chastel, 2017).

 


Isabelle Cassiers, Professeure d’Economie à l’Université catholique de Louvain (UCL) et chercheuse qualifiée du Fonds de la Recherche scientifique, est membre de l’Académie royale de Belgique et du Club de Rome (EU Chapter). Pendant trente ans (1975-2005), elle a dédié ses recherches scientifiques à l’histoire économique et sociale, en s’inspirant de la théorie de la régulation. Ses analyses historiques l’ont convaincue de l’urgence d’une réflexion transdisciplinaire sur la transition écologique et sociale, objet de ses activités depuis 2006. Elle a dirigé plusieurs ouvrages collectifs, dont Redéfinir la prospérité. Jalons pour un débat public (Editions de l’Aube 2011 et 2013, version anglaise chez Routledge 2015), et Vers une société post-croissance. Intégrer les défis.


Johann Chapoutot est Professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne (Sorbonne Université, ex-Paris IV). Historien de l’Allemagne et de la modernité occidentale, il a consacré ses travaux à l’étude de l’univers mental et normatif nazi (Le Nazisme et l’Antiquité, Puf, 2008 ; La Loi du sang, Gallimard, 2014 ; La Révolution culturelle nazie, Gallimard, 2017). Après avoir travaillé sur la nature comme norme sous le IIIe Reich, il explore désormais les tentatives de définir une modernité alternative en Occident à la fin du XIXe siècle, période marquée par une modernisation si rapide et si brutale, singulièrement en Allemagne, que se faisaient voix nombre d’appels à « retourner à la nature ».


Denis Chartier est géographe, professeur à l’université Paris 7 Denis Diderot et chercheur dans l’Unité mixte de recherche LADYSS (Dynamiques sociales et recomposition des espaces). Ses premières recherches ont été consacrées aux rôles des ONG environnementales dans la résolution des problèmes environnementaux et aux politiques de développements durables et de conservation de la nature en Amazonie brésilienne. Il travaille désormais à identifier des politiques de l’Anthropocène (en France et au Brésil) en expérimentant des frottements entre pratiques artistiques et scientifiques. Il a publié en 2016 avec Estienne Rodary l’ouvrage Manifeste pour une géographie environnementale (Presses de Science-Po).


Éloi Laurent is a senior economist at OFCE (Sciences-Po Centre for Economic Research, Paris). A macroeconomist by training (PhD, highest honors) and laureate of Sciences-Po (summa cum laude), his current work focuses on environmental sustainability and well-being, social-ecology and territorial economy. He is the author or editor of twelve books (five translated into several languages), three governmental reports and a hundred articles published in french and international journals. Dr. Laurent has a background in policy making as a former parliamentary assistant in the National Assembly (Paris) and aide to the french Prime minister and an extensive international academic experience as a visiting scholar at New York University and Columbia University, visiting professor at the University of Montreal and visiting scholar and visiting professor at Harvard University. He currently teaches new indicators of well-being, resilience and sustainability and ecological economics at Stanford University and Sciences-Po. He is the author (most recently), in french, of Le Bel Avenir de l’Etat-providence (2014), Un nouveau monde économique (2015), Pour une transition social-écologique (2015), Nos mythologies économiques (2016), Notre bonne fortune (2017) and in english of Fruitful Economics (2015), Report on the State of the European Union. Is Europe Sustainable? (2015) and Measuring Tomorrow: Accounting for Well-being, Resilience and Sustainability in the 21st century (forthcoming 2017).


Alexandre Flückiger est professeur ordinaire de Droit public etvVice-doyen à la Faculté de Droit de l’Université de Genève. Il est l’auteur de nombreuses publications dans les domaines du droit constitutionnel, du droit de l’environnement et des constructions, du droit de la protection des données personnelles et de la transparence ainsi que de la légistique. Il a codirigé avec Pierre Moor et Anne-Christine Favre Commentaire romand de la Loi sur la protection de l’environnement (LPE), Berne (Stämpfli) 2012-2017. Il a également contribué à des ouvrages collectifs à travers les chapitres suivants tels que « La transition énergétique entre conflits d’objectifs et conflits de compétence : aspects de droit constitutionnel », in La propriété immobilière face aux défis énergétiques. Du statut juridique de l’énergie au contrôle des loyers [Hottelier, Michel ; Foëx, Bénédict, édit.], Genève (Schulthess éd. romandes) 2016, p. 23-59 ; « La création et le dimensionnement des zones à bâtir : enjeux et méthodes », in Révision 2014 de la loi sur l’aménagement du territoire : faire du neuf avec du vieux ? [Zufferey, Jean-Baptiste/Waldmann, Bernhard, édit.], Zurich (Schulthess) 2015, p. 55-174; « Droits humains et population », in Dictionnaire de la pensée écologique [Bourg, D. et Papaux, A., édit.], Paris (Puf 2015. Pour en savoir plus : www.unige.ch/droit/collaborateur/professeurs/flueckiger-alexandre.html


Nathalie Frogneux est spécialisée en Anthropologie philosophique, professeure de Philosophie à l’Université de Louvain (Louvain-la-Neuve), présidente de l’Ecole de Philosophie et de la collection « Bibliothèque Philosophique de Louvain » (Peeters, Leuven). Elle est membre du Centre de Philosophie pratique Europè (Institut supérieur de Philosophie) et du Laboratoire d’Anthropologie prospective (IACCHOS). Elle a publié récemment l’entrée « Responsabilité (philosophie) », in Dictionnaire de la pensée écologique, ss. dir. D. Bourg et A. Papaux, Paris, Puf, 2015, et H. Jonas, La Gnose et l’esprit de l’Antiquité tardive. Histoire et méthodologie de la recherche, présenté et traduit par N. Frogneux, Milan, Mimesis, 2017. Ses recherches portent sur l’ensemble de la philosophie de Hans Jonas, mais aussi sur Jan Patocka et la question du mensonge.


Jean-Claude Gens est professeur de philosophie contemporaine à l’Université de Bourgogne, chercheur au Centre Georges Chevrier, UMR 5605 CNRS. Il a récemment publié Éléments d’une herméneutique de la nature (Cerf, 2008), codirigé Charles Taylor. Interprétation, modernité et identité (avec C. Olay), Argenteuil, Le Cercle herméneutique, 2014, Gadamer. Art, poésie, ontologie (avec M.-A. Vallée), Mimésis, 2014, La Vie (avec Ph. Cabestan), Alter n° 21 / 2013 (367 p.), Hans Jonas (avec E. Pommier), Alter n° 22 / 2014, et des articles parmi lesquels « L’oikos de l’écologie selon Haeckel et Uexküll : l’adaptation à des places et l’habitation de mondes », in La Nature et son souci. Philosophie et écologie, L’art du comprendre 2012 / n ° 21, p. 121-144, « Gadamer’s Hermeneutics of Space », in Hermeneutics of Place and Space, Bruce Janz éd., Springer, 2017, p. 157-168, ou « Karl Löwith. Le cosmos, la mer et le chaos », in Interprétation et transformation. Hommage à Lombardo, A. Romele éd., à paraître chez Mimésis.

Membre associé de l’UMR 8547 / CNRS Pays Germaniques / Archives Husserl, Paris , codirecteur du séminaire de l’Ecole française de Daseinsanalyse, Paris-Sorbonne, cofondateur et codirecteur du Centre de Phénoménologie herméneutique (Paris IV-Sorbonne), il est par ailleurs directeur adjoint de la revue Le Cercle herméneutique , membre du comité éditorial des Editions Universitaires de Dijon, de la revue de phénoménologie Alter, et, à l’étranger cofondateur du réseau Herméneutique, Mythe, Image (Hermi) entre les  Université Libre de Bruxelles, de Bourgogne, Institut Catholique de Paris, Lausanne, Lille III, Lyon 3, Neuchâtel, Budapest, Verona; il est aussi membre du conseil scientifique de la collection “Parole chiave della Filosofia”, Guida, Napoli (Italie), de la collection “Aisthesis”, EME Editions (Belgique), de la revue Psycho-logik. Jahrbuch für Psychotherapie, Philosophie und Kultur (Alber Verlag, Allemagne), de la collection « Contribution to Hermeneutics », Springer (Allemagne), et de « Collana Germanica », Ed. Othotes, Napoli (Italie).


Bertrand Guillaume est enseignant-chercheur à l’Université de Technologie de Troyes (UTT), où il a successivement dirigé le Centre de Recherches et d’Etudes sur le Développement Durable (UMR CNRS 6281 – ICD) et le département Humanités, Environnement et Technologies. Il a été visiting fellow à l’Université d’Oslo (Norvège) ainsi qu’à Dartmouth College (Etats-Unis), et chercheur affilié et invité à l’Institut Max-Planck d’Histoire des sciences de Berlin.
Ses recherches s’organisent en deux axes autour de la philosophie des risques environnementaux : l’épistémologie appliquée (analogues de la géoingénierie et l’écologie industrielle ; modèles d’évaluation de la durabilité et de l’environnement;  scénarios sociotechniques) ; et les humanités environnementales (éthiques du futur et de l’environnement; pensée écologique et transition; philosophie des techno-sciences; dimensions humaines des changements environnementaux planétaires; fondements de l’Anthropocène et de la géoingénierie).
Il a notamment publié des articles dans la Revue de métaphysique et de morale, Environmental Ethics, Ethical Perspectives, Ecologie & Politique, et The Anthropocene Review.


Luc Gwiazdzinski est géographe, enseignant en Aménagement et urbanisme à l’IGA (Université Grenoble Alpes), où il dirige le master Innovation et Territoire (ITER), et professeur associé à Shanghaï University. Chercheur au laboratoire Pacte et associé au MOTU à Milan, il oriente notamment ses travaux sur les questions de temps de mobilité et d’innovation. Il a publié une dizaine d’ouvrages dont en 2016 La ville 24h/24. La nuit dernière frontière de la ville, chez Rhuthmos Editions, et un ouvrage sur L’Hybridation des mondes chez Elya Editions.


Gérald Hess est philosophe et juriste. Il est actuellement maître d’enseignement et de recherche en Ethique environnementale à l’Université de Lausanne. Ses recherches portent sur l’éthique environnementale, l’esthétique environnementale, l’éco-phénoménologie. Il est membre de la commission fédérale d’Ethique pour la biotechnologie dans le domaine du non-humain en Suisse depuis 2015. Il a notamment publié Éthiques de la nature, Puf, 2013 et il est éditeur avec D. Bourg de Science, conscience et environnement. Penser le monde complexe, Puf, 2016. Parmi ses derniers articles : « Ecological Self from an Aesthetic Point of View: The Mystery of Nature », à paraitre en 2017 dans la revue The Trumpeter, Journal of Ecosophy.


François Jarrige est maître de conférences en Histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne et membre junior de l’IUF, chercheur au centre G. Chevrier (UMR CNRS 7366). Il s’intéresse à l’histoire sociale et environnementale de l’industrialisation et aux critiques qui l’ont accompagnée. Parmi ses dernières publications :
– avec T. Le Roux, La Contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel, Le Seuil, coll. « L’univers historique », 2017 (à paraître en octobre) ;
– dir., Dompter Prométhée. Technologies et socialismes à l’âge romantique, Besançon, PUFC, 2016.
– avec Emmanuel Fureix, La Modernité désenchantée. Relire l’histoire du XIXe siècle français, La Découverte, 2015.
– Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, La Découverte, 2014 [poche 2016].


© Lionel Roux

Virginie Maris est chargée de recherche au CNRS. Elle travaille au Centre d’Ecologie fonctionnelle et évolutive (CEFE – UMR 5175) à Montpellier en philosophie de l’environnement. Ses travaux portent sur les enjeux épistémologiques et éthiques de la conservation de la biodiversité. Elle est l’auteure d’une trentaine d’articles scientifiques sur la biodiversité, le développement durable, l’écoféminisme, les espèces non indigènes, l’économie environnementale, les services écosystémiques ou la compensation écologique. Elle est également l’auteure de Philosophie de la biodiversité. Petite éthique pour une nature en péril, Buchet-Chastel (en 2010, 2e édition 2016) ainsi que de Nature à vendre. Les limites des services écosystémiques, Quae, 2014. Ses publications sont disponibles sur https://www.researchgate.net/profile/Virginie_Maris


Dominique Méda est ancienne élève de l’Ecole normale supérieure et de l’Ecole nationale d’Administration, agrégée de philosophie. Inspectrice générale des affaires sociales, elle est actuellement professeure de sociologie à l’Université Paris Dauphine, directrice de l’Institut de Recherches interdisciplinaire en Sciences sociales (Irisso), titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales, CEM (FMSH). Parmi ses dernières publications : Vers une société post-croissance. Intégrer les défis écologiques, économiques et sociaux, Cassiers Isabelle, Maréchal Kevin, Méda Dominique (dir.), 2016, Editions de l’Aube ; L’Age de la transition. En route pour la reconversion écologique, 2016, Bourg Dominique, Kaufman Alain, Méda Dominique (dir.), Les Petits Matins ; La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer ?, Méda Dominique, 2013, Flammarion ; Einstein avait raison. Il faut réduire le temps de travail, Pierre Larrouturou, Dominique Méda, 2016, Editions de l’Atelier ; Faut-il attendre la croissance ?, Florence Jany-Catrice, Dominique Méda, 2016, coll. « Place au débat », La Documentation française>.


Alain Papaux est juriste et philosophe. Etudes à l’Université de Lausanne (maîtrise de Droit et doctorat en Droit-philosophie du droit), à l’Université de Genève (maîtrise de philosophie), à l’Université de Heidelberg (recherches doctorales) et aux Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles-European Academy of Legal Theory  (LL.M. philosophie du droit).

Il a été conseiller juridique du gouvernement du canton de Vaud (Suisse), professeur d’épistémologie et de sémiotique juridiques à l’Académie européenne de Théorie du droit, à Bruxelles, professeur remplaçant de Droit international, Aspects philosophiques (Chaire du Professeur P.-M. Dupuy) à l’IHEID de Genève, professeur invité de Théorie du droit à l’Université Aix-Marseille.

Il est actuellement professeur de Méthodologie juridique et de Philosophie du droit à la Faculté de Droit de l’Université de Lausanne, professeur de Philosophie du droit de l’environnement (« Droit, science et société ») à la Faculté des Géosciences et de l’Environnement de l’Université de Lausanne, codirecteur de la collection « L’écologie en questions » des Puf  avec Dominique Bourg, membre d’Ethos, plateforme d’éthique interdisciplinaire, de l’Université de Lausanne.

Il est l’auteur notamment d’un « Que sais-je ? » sur L’Ethique du droit international (Puf, 1997) et d’une Introduction à la philosophie du « droit en situation » (L.G.D.J-Schulthess, 2006). Il a codirigé le Dictionnaire de la pensée écologique (Puf, 2015) avec Dominique Bourg et Biosphère et droits fondamentaux (L.G.D.J-Schulthess, 2011).

Ses domaines de recherches sont l’épistémologie générale (en particulier les rapports entre sciences et droit) ; la sémiotique ; l’herméneutique ; la logique indiciaire ; l’interdisciplinarité ; la philosophie du droit et la philosophie de l’environnement.


Corine Pelluchon est philosophe, professeure à l’Université de Paris-Est-Marne-La-Vallée. Spécialiste de Philosophie politique et d’Ethique appliquée (bioéthique, philosophie de l’environnement, éthique et politique de l’animalité). Auteure de plusieurs ouvrages, dont : Leo Strauss, une autre raison, d’autres Lumières, Vrin, 2005, prix François Furet 2006 ; L’Autonomie brisée. Bioéthique et philosophie, Puf, 2009 ; Éléments pour une éthique de la vulnérabilité. Les hommes, les animaux, la nature, Le Cerf, 2011, grand prix Moron de l’Académie française 2012 ; Les Nourritures. Philosophie du corps politique, Seuil, 2015, prix Édouard Bonnefous de l’Académie des Sciences morales et politiques 2015, prix francophone de l’essai Paris-Liège 2016 ; Manifeste animaliste. Politiser la cause animale, Alma, 2017 ; Ethique de la considération, Seuil, 2018 (à paraître). Website : www.corine-pelluchon.fr


Jean-Philippe Pierron est philosophe, professeur des universités, section CNU 17. Spécialité : philosophie du soin, philosophie morale et éthique appliquée. Directeur de l’école doctorale de philosophie ED 487. Ancien doyen de la Faculté de Philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3. Membre de l’Equipe d’accueil EA 4187 IRPHIL (Institut de recherches philosophiques de Lyon). Membre du réseau international inter-universités HERMI Herméneutique, image et symbole. Directeur de la chaire Valeurs du soin (Lyon 3). Il a codirigé Repenser la nature. Regards croisés Europe, Amériques, Asie,  avec M.-H. Parizeau, PUL/Québec 2012 , et il est l’auteur de Rationalités, usages et imaginaires de l’eau. Vers une écologie politique, Hermann 2017.


Stéphanie Posthumus est professeure de Littérature française contemporaine et de Littérature comparée au département de Lettres, langues et cultures de l’Université McGill, Montréal. Ses recherches portent sur la représentation des questions contemporaines telles que la pensée écologique et la question animale dans les textes littéraires français du XXe et du XXIe siècles. Ses articles sur Marie Darrieussecq, Michel Houellebecq, Jean-Christophe Rufin, Michel Serres, et Michel Tournier, ont paru dans Dalhousie, MosaicFrench Studies, et les sites : Contemporary French & Francophone Studies, Interdisciplinary Studies of Literature and Environment, Green Letters, Raison publique, et Ecozon@. Son livre French Écocritique: Reading French Theory and Fiction Ecologically, paraîtra aux presses universitaires de Toronto en octobre 2017. Elle a également codirigé deux recueils d’articles, French Thinking about Animals (2015) avec Louisa Mackenzie et French Ecocriticism: From the Early Modern Period to the Twenty-First Century (2017) avec Daniel Finch-Race.


Grégory Quenet est professeur des universités en Histoire de l’environnement à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il enseigne en master à Sciences-Po Paris et à l’Université de Lausanne, à l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi et à l’Université Paris 5-Sorbonne. Il est un des chefs de file de l’histoire environnementale en France (organisateur du VIIIe congrès de l’European Society for Environmental History) et le fondateur du portail français des humanités environnementales (http://humanitesenvironnementales.fr/). Ses livres : L’Histoire des tremblements de terre en France aux XVIIe et XVIIIe siècles. La naissance d’un risque (Champ Vallon, 2005, pPrix Louis Castex de l’Académie française), Introduction à l’histoire environnementale (avec J.-B. Fressoz, F. Graber, F. Locher, La Découverte, 2014, traduction en cours en anglais et en arabe), Qu’est-ce que l’histoire environnementale ? (Champ Vallon, 2014). Son dernier ouvrage Versailles, histoire naturelle (La Découverte, 2015, traduction en cours en chinois) a reçu le prix François Sommer 2016. Expert auprès de nombreuses institutions et entreprises, il est membre du Comité français du Patrimoine mondial. Ses nouveaux travaux portent sur les « îles du Paradis », l’Anthropocène et les régimes d’historicité de la nature.


Cécile Renouard est professeur de philosophie au Centre Sèvres et enseigne à l’Ecole des Mines de Paris, à l’ESSEC et à Sciences-Po. Elle dirige le programme de recherche «CODEV – Entreprises et développement, de l’Institut ESSEC Iréné. Elle a construit, avec Gaël Giraud et d’autres chercheurs, un indicateur de capacité relationnelle (RCI). Ses travaux actuels portent sur les ressources éthiques et spirituelles, individuelles et collectives, favorisant une justice des communs. Elle fait partie de la congrégation catholique des Religieuses de l’Assomption. Elle est membre du conseil scientifique de la Fondation pour le Nature et l’Homme, et administratrice de l’Agence française de Développement. Elle est l’auteur de : La Responsabilité éthique des multinationales (Puf, 2007), Un monde possible (Seuil, 2008), Vingt Propositions pour réformer le capitalisme (codirigé avec Gaël Giraud, Flammarion, 2009, 2e édition 2012), Michael Walzer ou l’art libéral du civisme (Temps présent, 2010), Le Facteur 12. Pourquoi il faut plafonner les revenus (avec Gaël Giraud, Carnets Nord, 2012), Ethique et Entreprise, (Ed. de l’Atelier, 2013, poche 2015) et L’Entreprise au défi du climat (avec Frédéric Baule et Xavier Becquey, Ed. de l’Atelier, 2015).

Derniers articles publiés: “Crisis and relief in the Niger Delta (2012–2013). Assessment of the effects of a flood on relational capabilities,” (avec G. Giraud and H. L’huillier), Oxford Development Studies, 2017; “Corporate Social Responsibility and corporate service management in Nagpur », (avec Marie-Hélène Zerah), in D. Lorrain et F. Poupeau (dir.), Water Regimes. Beyong the public and private sector debate, Routledge, 2016, p. 107-122; « Vie spirituelle et transition écologique », Etudes, juillet-août 2016, p. 31-42.


©Paris 1-Panthéon Sorbonne

Luc Semal est politiste, Maître de conférences du Muséum national d’Histoire naturelle, Centre d’Ecologie et des Sciences de la conservation (Cesco, MNHN, UMR 7204), et chercheur associé au Centre d’Etudes et de Recherches administratives, politiques et sociales (Ceraps, Lille 2, UMR 8026). Il a soutenu en 2012 une thèse sur la dimension catastrophiste de l’écologie politique: « Militer à l’ombre des catastrophes. Contribution à une théorie politique environnementale au prisme des mobilisations de la décroissance et de la transition. » Il est l’auteur d’un ouvrage de vulgarisation sur les espèces disparues, Bestiaire disparu (Plume de carotte, 2013). Ses travaux actuels portent sur la théorie politique verte, la décroissance et les politiques de biodiversité. Il est l’auteur de plusieurs articles et contributions d’ouvrage, dont « Les chantiers de la théorie politique verte », in Guillaume Blanc, Élise Demeulenaere et Wolf Feuerhahn (dir.), Humanités environnementales. Enquêtes et contre-enquêtes, Paris, Publications de la Sorbonne, 2017, p. 181-200, et “Anthropocene, catastrophism and green political theory”, in Clive Hamilton, Christophe Bonneuil and François Gemenne (eds.), The Anthropocene and the Global Environmental Crisis: Rethinking Modernity in a New Epoch, London and New York, Routledge, 2015, p. 87-99.


Olivier Soubeyran, après avoir été professeur à l’Institut d’Urbanisme de l’Université de Montréal, puis au département de Géographie de l’Université de Pau, est depuis 2001 professeur de Géographie et aménagement à l’Institut de Géographie alpine de l’Université de Grenoble-Alpes et membre du laboratoire CNRS Pacte. Ses travaux portent sur l’évolution de la pensée aménagiste et géographique, sur les théories de la planification environnementale et la question de l’adaptation au changement climatique en aménagement. Derniers livres publiés : Pensée aménagiste et improvisation (2014), et, avec Vincent Berdoulay : Aménager pour s’adapter au changement climatique. Un rapport à la nature à reconstruire ? (2016)


Sophie Swaton est philosophe et économiste. Ses recherches portent sur la philosophie de l’économie, l’anthropologie économique et notamment l’économie sociale et solidaire à travers l’émergence de l’entrepreneuriat social en Suisse romande. Elle est spécialiste de la durabilité forte et opérationnelle. Son ouvrage intitulé Pour un revenu de transition écologique est à paraître aux Puf en janvier 2018. Ses publications portent sur la figure de l’entrepreneur schumpétérien à la lumière de l’influence nietzschéenne ; sur l’histoire et les nouveaux contours de l’économie sociale et solidaire ; sur les pratiques alternatives économiques et leurs interprétations théoriques, notamment en termes de philosophie sociale ; sur les coopératives et la gouvernance démocratique ; enfin, sur la transition écologique et sur les changements socio-économiques qu’implique la durabilité forte.


©leovillalba

Bruno Villalba est politiste, professeur de Science politique à AgroParisTech et membre du Centre d’Etudes et de Recherches administratives, politiques et sociales (CNRS-UMR 8026). Ses recherches portent sur la sociologie environnementale, et plus particulièrement sur la capacité du système démocratique à reformuler son projet politique à partir des contraintes environnementales. Il est rédacteur en chef de la revue Etudes rurales (EHESS/Collège de France/CNRS) et il a été membre fondateur et directeur du comité de lecture de la revue numérique Développement durable et territoire (2002-2013).

Il dirige actuellement le programme national Infrastructures de Transports terrestres, Ecosystèmes et Paysages. Il est l’auteur de nombreux articles et contributions à des ouvrages collectifs dont : « Temporalités négociées, temporalités prescrites. L’urgence, l’inertie, l’instant et le délai », in B. Hubert et N. Mathieu (dir.), Interdisciplinarités entre natures et sociétés, Peter Lang, 2016, p. 89-109 ; « La conversion de l’écologie scientifique à l’écologie politique : retour sur la trajectoire de René Dumont », in Blatrix C., Gervereau L. (dir.), Tout vert ! Le grand tournant de l’écologie. 1969-1975, Musée du Vivant-AgroParisTech, 2016, et entrées « Günther Anders » (p. 30-32) et « Délai » (p. 255-258) », in Bourg D., Papaux A., Dictionnaire de la pensée écologique, Puf, 2015. Pour en savoir plus : http://ceraps.univ-lille2.fr/fr/membres-du-laboratoire/bruno-villalba.html


Kerry Whiteside est professeur de Sciences politiques dans au Franklin and Marshall College, Lancaster, Pennsylvanie, depuis 1983 ; il occupe la chaire Clair R. McCollough Professor of Government depuis 2002. Il est spécialiste de philosophie politique moderne et de la politique européenne. Ses recherches portent sur la philosophie de l’environnement, le principe de précaution, le concept de représentation et l’environnement, et la politique environnementale en France.

Il est l’auteur de Merleau-Ponty and the Foundation of an Existential Politics (Princeton 1988) ; Divided Natures: French Contributions to Political Ecology (MIT 2002) ; Precautionary Politics (MIT 2006), et avec Dominique Bourg, Vers un démocratie écologique (Seuil 2010). Ses articles sont parus dans Environmental Ethics, Environmental Politics, Polity, French Politics, Culture and Society, et d’autres revues américaines et françaises.




Le projet éditorial

LA REVUE EN LIGNE « LA PENSÉE ÉCOLOGIQUE »

La revue en ligne « La Pensée écologique » est une revue francophone et ouverte à d’autres expressions linguistiques, abritée par les Presses Universitaires de France. L’accès au site est libre. Elle est partenaire de la Fondation genevoise  ZOEIN : https://zoein.org/.

Les articles sous la responsabilité de la Fondation Zoein apparaissent avec le logo de la Fondation sur la photo initiale.

La revue est à dominante réflexive et critique. Elle valorise les approches n’hésitant pas à se confronter aux grands enjeux environnementaux, considérant les limites environnementales et planétaires comme source de ruptures, touchant aussi bien les domaines politique, économique que culturel ou spirituel. Elle entend s’opposer aux approches exclusivement fragmentaires et micro, aux stricts constructivismes des sciences humaines et sociales d’aujourd’hui. Elle se distingue des revues francophones environnementales en ce qu’elle propose un espace de publication aux travaux scientifiques qui accordent une place centrale aux contraintes matérielles de l’environnement et à leurs conséquences diverses. Ce positionnement fait l’originalité de la revue dans l’espace francophone.

Elle est un espace d’expression pour la recherche inter- et trans-disciplinaire aussi bien que pour les champs disciplinaires tels que la philosophie politique, la philosophie environnementale, la science politique environnementale, l’anthropologie, le droit de l’environnement, l’histoire, l’économie et la géographie environnementales, etc. Elle diffuse les résultats actuels de la recherche, favorise l’émergence d’un réseau scientifique entre les chercheurs francophones et anglophones. Elle participe à la visibilité des recherches francophones tout en permettant le dialogue avec les travaux s’exprimant dans d’autres langues. Elle explore les impensés et défis écologiques de nos sociétés démocratiques.

La revue n’accepte pas l’écriture épicène mais propose les conventions suivantes  pour contourner le patriarcat grammatical : recourir aux deux genres, rejeter la règle « le masculin prévaut » en employant le féminin comme le masculin pour désigner les deux genres et parfois en ajoutant un adjectif au féminin pour un nom masculin pris au sens des deux genres et vice-versa.

La revue accueille différents types d’expression:

    • Une rubrique « Dossiers thématiques et Varia, » avec une sélection en double aveugle pour les Varia et une relecture critique d’au moins deux experts des articles des dossiers. Ces textes sont dans leur totalité accessibles sur le portail Cairn.
    • Une rubrique « Points de vue » avec des textes, des entretiens ou des podcasts (éventuellement des liens pour des vidéos. engagés de chercheurs ou d’experts liés le plus souvent à l’actualité écologique, soumis à la direction et éventuellement à un membre du comité scientifique.
    • Une rubrique « Expérimentations » est dédiée aux expériences de terrain, concernant notamment le RTE (Revenu de Transition Écologique) promu par la Fondation Zoein.
  • Diverses informations ou annonces pourront également être publiées dans la rubrique « Points de vue ».

La revue « La Pensée écologique » est animée d’un comité scientifique international composé de 34 chercheurs issus de disciplines diverses. La revue est partenaire de la Fondation ZOEIN.

© La revue « La Pensée écologique » – Tous droits réservés –  ISSN 2558-1465




Les expérimentations

Nous
avons voulu mettre en lumière des expériences diverses en leur réservant une
rubrique. Compte tenu du partenariat avec la Fondation Zoein, une place
particulière est réservée aux expérimentations du RTE (Revenu de transition
écologique) et les articles ou entretiens liés à Zoein  et aux
expérimentations du RTE sont identifiables par la présence du logo de Zoein en
première page, sur la photo initiale.




Les partenaires

Découvrir la fondation Zoein




La puissance de l’arbre

L’agroforestier Ernst Zürcher, membre du conseil scientifique de la fondation Zoein, et le documentariste Jean-Pierre Duval assisté de sa fille Anna ont visité et filmé les 36 arbres les plus remarquables en Suisse. Par leur taille, leurs vertus, leur histoire ou leur symbolique. Un documentaire qui dévoile les secrets de ces irremplaçables gardiens du temps et de la vie sur notre planète.

Par Philippe Le Bé

Au commencement, il n’était prévu que de filmer un seul arbre en Suisse. Mais quel arbre ! L’épicéa de Diemtigtal, une vallée latérale du Simmental dans le canton de Berne, est probablement le plus gros arbre de cette espèce dans le monde. Vieux d’environ 450 ans, il pèse plus de 50 tonnes. De son tronc émergent une douzaine de branches. Il est une quasi forêt à lui tout seul. Planté au bord d’un pâturage de montagne très escarpé, le picéa abies, son nom scientifique, ne se laisse pas dénicher facilement. Enfin repéré par l’agroforestier Ernst Zürcher accompagné par le documentariste Jean-Pierre Duval activement assisté de sa fille Anna (19 ans), le géant végétal a donné au trio l’idée d’élargir le sujet à une quarantaine d’arbres exceptionnels, trente-six précisément, répartis sur tout le territoire suisse. Bien plus qu’une série de portraits, l’intention était d’associer chacun de ces arbres à un thème, scientifique, artistique ou spirituel, et de les présenter comme les ambassadeurs de la vie des forêts, sans lesquelles les vies végétale, animale et humaine seraient inimaginables.  Ainsi a éclos La Puissance de l’arbre, remarquable film documentaire réalisé du printemps 2019 au printemps 2020, au fil des quatre saisons tapissées de brumes, de neige ou de soleil éclatant.

Deux amoureux des arbres

Les deux hommes, qui se connaissent depuis peu, sont depuis longtemps des amoureux des arbres. Ernst Zürcher, que l’on voit dans le film auprès de l’un de ses amis feuillus ou résineux ou que l’on entend en voix off, est professeur émérite en sciences du bois à la Haute école spécialisée bernoise sur le site de Bienne (BE). Il est actuellement chargé de cours à l’École polytechnique fédérale de Zurich (sciences environnementales), à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (science et génie des matériaux), ainsi qu’à l’Université de Lausanne (géosciences). Il poursuit notamment des recherches sur la chronobiologie des arbres et leur potentiel de séquestration du carbone. Dans son livre Les Arbres, entre visible et invisible (éditions Actes Sud), il lève le voile sur les ressources insoupçonnées de ces végétaux, acteurs essentiels de la biodiversité. Quant à Jean-Pierre Duval, auteur de plusieurs ouvrages illustrés dans les domaines de la cuisine, du voyage et de la mer, plusieurs fois récompensés, il a notamment réalisé deux films sur les arbres : Les Arbres remarquables, un patrimoine à protéger (2019) et Arbres et forêts remarquables (2020). « La Suisse est un bel exemple de protection des forêts. La forêt-jardin continue à s’y développer », observe, un brin admiratif, le photographe-cinéaste que nous avons contacté.

Les bienfaits pour la santé

Dès les premières images de La Puissance de l’arbre, le ton est donné. Nous apprenons que les arbres émettent des fréquences ultra-basses qui correspondent à celles émises par un homme en méditation. Dès lors, ne soyons pas étonnés si nous nous sentons bien, assis auprès d’un tel organisme vivant ! Dans le Jorat d’Orvin (BE), monticule boisé situé dans les contreforts du Jura, Ernst Zürcher, pieds nus dans un ruisseau, loue les vertus sur la santé des terpènes, hydrocarbures naturels que dégage notamment le pin sylvestre, en abondance dans cette région très verdoyante.  Ce qui profite aux hommes profite également aux animaux. « Quand on donne aux vaches accès aux pâturages, la qualité de la viande est beaucoup plus riche en oméga-3 », ces acides gras dont l’organisme humain a besoin. Ernst Zürcher n’est pas le seul à prendre la parole. Une bonne vingtaine de personnes, des botanistes aux forestiers en passant par des naturalistes et des artistes, nourrissent les commentaires de leurs expériences et de leur vécu. Ainsi Daniel Krüerke, directeur de recherche à la Klinik Arlesheim, observe qu’un séjour en forêt a des effets très positifs sur « les personnes dépressives, souffrant d’anxiété ou de troubles cardiaques ». Ladina Giston, qui tient l’hôtel Engiadina au centre de Scuol dans les Grisons, constate quant à elle que ses clients dorment particulièrement bien. Rien d’étonnant à cela, commente Ernst Zürcher, car cet hôtel est entièrement composé de bois d’arole. Quand on dort dans du bois d’arole, la fréquence cardiaque est réduite à raison de 3500 battements par jour, ce qui pour le cœur correspond à une heure de travail en moins !

Héros de la résilience

Grâce à un drone équipé de six caméras, Jean-Pierre Duval parvient à nous offrir des images non seulement vues du ciel mais aussi à l’intérieur même des arbres, lors de visites ascensionnelles, du bas du tronc à la cime. Le résultat est édifiant. Les arbres choisis ne le sont pas seulement pour leur grandeur exceptionnelle  – comme le séquoia géant de Thun (BE) – ou leur record de longévité – comme l’if de Heimiswil (BE). Ils le sont aussi pour leur capacité de résilience. Ainsi le mélèze à Haute-Nendaz (VS) résiste aux blessures qu’on lui inflige toutes les deux semaines pour récolter sa résine et trouve encore la force de se reproduire après mille ans d’existence. Autre héros de vitalité, le sapin blanc à Couvet (NE) : avec une hauteur de 57 mètres et un diamètre de 1,4 mètre, il grandit encore de dix centimètres par an après quelque 270 ans d’existence. Mais les champions de la résilience sont peut-être ces bouleaux de la chaîne jurassienne filmés dans la brume automnale, qui parviennent à survivre au cœur d’une tourbière glacée et acide.

La forêt jardinée

Comme les organes d’un être vivant, les arbres sont dépendants les uns des autres et font vivre harmonieusement un corps tout entier, celui de la forêt. Encore faut-il que cette dernière ne soit pas monospécifique. C’est ce qu’explique clairement l’entrepreneur forestier Alain Tuller qui rend hommage au sylviculteur Henry Biolley (1858-1939) qui, après une déforestation massive dans les années 1860, a recomposé la forêt de Couvet, dans le canton de Neuchâtel. En 40 ans, il en a fait une forêt jardinée, où s’épanouissent aujourd’hui de nombreuses espèces locales. La régénération y est naturelle et permanente. Une telle forêt produit de façon durable et ininterrompue un volume optimal de bois de qualité, avec un investissement en soins très limité. Ce qui n’est pas du tout le cas avec une forêt monospécifique. La protection renforcée de l’ère forestière en Suisse date d’une loi fédérale promulguée déjà en 1902 !

 A Madiswil (BE) – une autre forêt jardinée exemplaire où cohabitent sapins blancs, épicéas et douglas – chaque arbre est le partenaire de l’autre et non son concurrent, note Ernst Zürcher. Une telle forêt est très résiliente et résistante. « Cela démontre la puissance du partenariat, de la mise en commun des symbioses ». A contrario, « les plantations artificielles sont extrêmement sensibles aux maladies, au stress hydrique, aux tempêtes ». Qui plus est, « la séquestration de carbone est plus du double quand on mélange les essences ». Enfin, oiseaux, insectes et batraciens accompagnent une biodiversité végétale vivifiante. « Les chants des oiseaux qu’on entend ici ont même un effet sur la croissance des plantes », observe songeur l’agroforestier.

Maîtres de la gestion de l’eau

Pas de croissance sans eau. Les arbres comme tout être vivant en ont besoin. Mais ils ne font pas que la consommer. Véritables « maîtres de la gestion de l’eau », ils fournissent notamment de la biomasse en grande quantité. Pour obtenir un kilo de biomasse, les arbres utilisent 300 litres d’eau, alors que les pommes de terre et le blé en consomment deux fois plus. Dès lors, constate Ernst Zürcher, « si l’on veut reboiser avec un minimum de précipitations, il est plus efficace de commencer avec des arbres qu’avec des plantes annuelles ».  Le manteau forestier génère un microclimat que la lisière garde précieusement, point de rencontre entre les milieux boisés et les milieux ouverts.

Tous les êtres vivants ont leur place dans la forêt. Y compris les ours qui ne chassent pas les cerfs, chevreuils et chamois les plus vigoureux mais seulement les plus âgés et les plus chétifs. Comme l’explique l’experte du WWF Joanna Schönenberger, dans le paysage enneigé de Tamangur (GR) où s’étend une forêt d’aroles, en chassant les cervidés les ours contribuent à rendre ces derniers plus prudents. Ils ne se rassemblent plus en grands troupeaux qui font de gros dégâts aux jeunes peuplements forestiers. L’équilibre écologique de la forêt est ainsi préservé.

L’alliance de l’art et de la science

Mathias Duplessy, qui compose régulièrement pour des films et des documentaires, a écrit la musique de La Puissance de l’arbre qui offre au récit une belle dimension artistique. « L’art et la science devraient à mon avis être reliés », souligne Gottfried Bergmann, naturaliste, écrivain et artiste. Un avis partagé par Philippe Chapuis, dit Zep, qui aime dessiner des arbres, pour « être face à un vivant avec qui on a un échange ». Le film se termine en musique avec Juliette du Pasquier au violon et Marc Hänsenberger à l’accordéon. Une musique aux couleurs tziganes qui nous plonge dans nos propres racines que notre civilisation déconnectée du vivant a singulièrement perdues. Il est grand temps que nous les retrouvions, avec l’enthousiasme, la sérénité et l’esprit de solidarité de ces enfants réunis dans un canapé forestier, sorte de cahute faite de branchages empilées. Des enfants dont la joie demeure la touche d’espérance d’un documentaire à déguster sans retenue.

Projeté sur les écrans en versions française et allemande dès que les salles de cinéma seront à nouveau ouvertes, le film La Puissance de l’arbre (90 Minutes) peut être visionné en VOD sur le lien :  https://www.museo-films.com/films




Conférence : Le revenu de transition écologique en France et en Suisse, un an après

Retour sur les expérimentations du RTE en France et en Suisse, un an après leur lancement. Conférence organisée par la fondation Zoein et les territoires d’expérimentation du revenu de transition écologique en France et en Suisse, le 28 Janvier 2021 aux Assises Européennes de la Transition Energétique